‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 45 sur 127 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

lie bossus

contre (les veaux.

iov LES te:mps modernes.

blessé et mis hors de combat , essayer de sortir de l'arène ; la populace enflammée l'en empêcha et criait au veau : « Tue ! tue ! » afin d'en avoir pour son argent. Combats Parmi les bizarres folies des temps anciens, on se

aveiijies. rappelle l'abominable récréation qu'on se donnait, il y a quatre siècles, à la cour de France, aux dépens de pauvres aveugles. On en mettait quelques-uns aux prises, couverts de fer et armés de longs bâtons, et la maladresse des coups qu'ils se portaient faisait la réjouissance des spectateurs.

Dans les Flandres, peut-être aussi chez nous, on a conservé la barbare habitude antique d'éborgner des pinsons pour les rendre meilleurs chanteurs. On les fait ensuite lutter de ramage, et l'on ouvre de formidables paris sur le courage de ces aveugles ailés. On eut à la cour de France, sous la régence de Marie de Médicis, des représentations où figuraient des écureuils dressés. « Les escuriaux ne dansèrent point au Louvre ; bien en parut-il trois ou quatre , mais ils disparurent tous aussitôt : le roi devait les voir ce soir, » dit Malherbe (1). Kal a'enfaiiîs II u'y a là ricu que de bien innocent; mais on se rap-

<l('{;iiis(''s ,, . 111 111 iiT-i'

pelle avec tristesse ce ballet que la duchesse de la Ferte eut l'indignité de faire danser devant Louis XV enfant, par des enfants déguisés en chiens.

Croirait-on que dans la ville de Gand il y a des concours publics pour constater les plus habiles claqueurs d(; fouet, les meilleurs imitateurs de chants et de cris d'animaux, les meilleurs siflleurs ? Des silfleurs! voilà <les artistes que l'empereur Commode eût traités à

(1) Maliikiibk, Lettre à Peiresc , 27 janvier 1614.

IIICIIS

souhait. Il eut houoré le vaiuqueur d'une coupe uio- L'empereur

(Commode

patron (les siffleurs.

Collections (le boutons.

delée de sa propre main, à moins qu'en un jour de gaieté il ne lui eût enlevé la tête (comme il décapitait les marbres des dieux et des héros), pour se décerner à soi-même le prix, car il sifflait en maître : « Jam in his artifex quse stationis imperatoriae non erant, ut

calices Jingeret sibilaret (1 ) . » Que Gand se rassure :

Lampride affirme que l'empereur bourreau, le gladiateur parricide , fut traîné au croc et jeté au spoliaire. Son talent de siffleur ne l'a point sauvé !

C'est dans cette même ville qu'on a pu voir une collection innombrable de boutons remontant à peu près à une centaine d'années. Le curieux qui l'avait formée l'avait exposée, en 1845, au profit des pauvres, dans les bâtiments de l'Université. C'était beaucoup plus piquant et varié qu'on ne le suppose. En effet, au dernier siècle, la fantaisie des petits maîtres et des élégants avait poussé jusqu'à une extravagance si étrange le luxe des boutons, que les chroniqueurs du temps ont sorti leur férule. Non content de les porter de la gran-

aii temps

deur d'un écu de six livres et en acier travaillé, en dt-LouisXVF. marcassite, en vernis de Martin, en bijoux précieux, et même en diamants, comme dans sa jeimesse le grand Frédéric en portait sur tout son habillement, comme le comte d'Artois portait un habit brodé de pierres de prix , on fit orner ses lioutons de peintures par le miniaturiste et l'émailleur, et telle garniture montait à des prix fabuleux. C'étaient les portraits de beautés célèbres, ou les douze Césars, ou des statues antiques,

Uoutous

(1) Al. Lamprid., Commodus Ant. I.

196 LES TEMPS MODERINES.

OU les métamorphoses des dieux. Une fois que le goût se fut porté vers ce détail de toilette , on vit un prince se faire des boutons d'autant de petites montres , sans en devenir plus exact à ses rendez-vous. Le précieux peintre équivoque Klingstet se mit de la partie et fit des boutons à double détente. On vit même un impudent se présenter au Palais Royal et faire baisser les yeux aux femmes en étalant sur ses boutons les tableaux des contes de Grécourt et les impuretés de l'Arétin (] ). Honoré Fragonard qui, en 1773 , avait décoré le salon de mademoiselle Guimard , peignit pour un marquis à la bergamote une garniture délicieuse de petits bergers Watteau. Une jeune pupille, tout fraîchement échappée du couvent, offrit en présent de noces à son fiancé une suite de tableaux de Greuze, exécutée sur émail avec une finesse et un goût exquis, h' Accoj-dée de village était, dans la suite, un tour de force d'adresse et de réussite. La fatuité ou le sentiment se para, sur ses boutons, du chiffre d'une maîtresse, et sur les leurs de beaux esprits à t'ébits s'évertuèrent à l'cnvi pour fournir aux fadaises des soupers.

Gomment le luxe du bouton et des boucles ne se serait-il pas jeté dans tous les hasards de l'imagination, Luxo (juand le gilet avait ses folies? L'élégant qui se respectait comptait ses gilets par douzaines, par centaines, sans rivaliser cependant avec ces illustres personnages des temps antérieurs (jui poussèrent le luxe

(1) Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la re'publif/tte des lettres en France, ou Journal d'un observateur [par Baciiai'MONt et autres]. 18 iiov. 1786. C'est le livre qu'on appelle les Mémoires de Bachaumont ^ et dont nous aurons à reparler en détail.

des jjilets.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 197 des toilettes à l'apogée la plus idéale. Mais tout dégénère. Ainsi le baronnet John Arundcl , du tem])s de Richard II d'An^jleterre (1377-1309), comptait cinquante-deux habillements complets tout neufs en tissu d'or (I). Brantôme raconte que la reine d'Espagne Elisabeth, femme de Philippe II, ne porta jamais deux fois la même robe. A la mort d'Elisabeth d'Angleterre, on ne trouva pas moins de trois mille différents habits dans sa garde-robe. Elle avait des costumes de tous les pavs (2). L'impératrice Elisabeth de Russie laissa une garde-robe garnie de huit mille sept cents habits complets, de déshabillés innombrables et d'une multitude infinie d'étoffes de tout genre en pièces (3). Le fameux comte de Brûhl , ce page devenu premier ministre de la monarchie saxonne, fastueux étourdi « qui avait tant de perruques, disait le grand Erédéric, et si peu de tète, » possédait trois cents habits complets, avec la répétition de chacun d'eux, parce qu'il changeait de vêtement l'après-dînée , et ne voulait pas que son habit du soir fût différent de celui du matin. Chaque habit avait sa canne et sa tabatière attitrées, et était exactement enregistré sur un grand livre que monsieur le valet de chambre de Son Excellence lui apportait le matin, afin qu'elle déterminât l'habillement du jour. Il en était des chaussures comme des habillements (4) . Brummel seul

(1) Anecdote.'; of fashion dans I. Disraeli, Curiosities oflitcrature , p. 80. Eleventh edit. London, Moxou, 1839.

(2) In., ibU.

(3) Correspond, secrète de Métra, t. III, p. 202 (26 juillet 1776).

(4) John MoORE, M. D.; A View of society and manncrs in France, Sivitzerland and Gennany. London, 1781 et 1792, f. II. Il v a une traduction française. Paris, 1806.

eût pu de loin rappeler la splendeur d'une telle profusion pour le nombre des chemises et des cravates , ou bien encore mon pétillant camarade de colléfje Roger de Beauvoir, au temps de ses gilets d'or, quand il jetait par les fenêtres sa jeunesse, sa verve, sa fortune et sa vie, et se retrouvait toujours sur la pointe du pied. Éclat des Mettez donc nos mesquines garde -robes à côté de

garde-robes iiii- •<!- ^i / -i

anciennes, cellcs du dernier siècle, a cote de ces musées en gilets

surtout •!• -Il • l'-r'-fi^i i-i

des gilets, dont on eiirichissait le dessin a 1 infani ! On brodait de haut en bas de petits personnages galants, ou des scènes comiques, ou des chasses, ou des pastorales, ou les fables de la Fontaine. Sur tel ventre privilégié s'étalaient les amours de Mars et de Vénus , et sur un antre une revue de cavalerie. « On assure, disent les Mémoires secrets (1), qu'un homme passionné pour les belles choses a fait commander une douzaine de gilets qui doivent offrir les scènes de Richard Cœur de lion, de la. Folle par amour, de la Folle Journée, etc., afin que sa garde-robe devienne un répertoire savant de pièces de théâtre, et puisse, un jour, lui servir de tapisserie. Il est fâcheux qu'on ne nomme pas ce petit maitro curieux. »

Cette mode dura longtemps, et les sacs d'écus cousus dans des gilets de drap d'or voulurent être brodés galamment sur toutes les coutures. Le gilet s'élevant enfin à la hauteur de l'histoire, devint un monument. Lors de la réunion des notables, on eut des gilets aux Notables brodés d'après l'estampe : « Le roi est au milieu, sur son trône; de la main gauche, il tient une légende.

(1) l" décembre 1786. Pa{îc 229 tl.i tome XXXIII.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 199 OÙ on lit CCS mots : L'âge d'or; mais par une maladresse fort indécente, il est placé de façon sur la poche, que de sa main droite il semble fouiller dedans (1). »

Mais tous ces jeux du luxe et du hasard étaient allés. Boutons

ilii temps

six ans après, se perdre dans les folies sanglantes de la tie

la révolution

Terreur, et notre collection offrait, sans transition, un «le 1793. assortiment de boutons des amis de la carmagnole où figuraient en miniature, toujours de la dimension d'écus de six livres, des scènes de la révolution ou des portraits de l'homme le mieux poudré de France, le sanguinaire Robespierre; du doucereux Gouthon, coiffé à l'oiseau royal ; de l'ignoble Henriot, de l'orgueilleux Saint-Just, de Fouquier-Tinville, de Joseph Lebon, de Jourdan Goupe-téte et de Marat, ou des guillotines en action , le tout encastré sous des verres de montre. Marat surtout et Lepelletier de Saint-Fargeau , dont les noms étaient entrés dans les formules sacramentelles d'initiation et d'admission des étrangers aux clubs révolutionnaires, avaient été reproduits sous toutes les formes. La déesse de la Raison, inventée par Ghaumette en attendant mieux , eut aussi les honneurs des boutons sous les traits de filles de bonne volonté qui recevaient l'encens sur l'autel , ou étaient promenées comme les divinités du bœuf Apis de notre carnaval : — Et d'abord la femme de l'imprimeur jacobin Momoro, Raison un peu hommasse, et qui eut mieux joué le rôle de la Vénus vivandière ; puis vingt autres commères de mœurs plus ou moins olympiques ; enfin une

(1) BACnAUMONT,3/cmoi;pf, 26 mars 1787. Page 327 du tome XXXIV.

200 LES TEMPS MODERINES.

l)onne fille, belle comme le beau jour, danseuse de l'Opéra où elle figurait dans les gloires, mademoiselle Aubry. Posée un jour sur le maitre-autel de Notre-Dame, où le comédien Monvel, monté en chaire, jouait le rôle de grand prêtre, la belle Terpsichore, passée déesse de la Raison, avait reçu avec dignité les hommages de son peuple. Sept ans après cette Auguste cérémonie, comme on disait alors, elle remplissait le rôle de Minerve, et fut gravement blessée, à l'exemple de tant de héros, en tombant de son nuage sur la scène.

Le cuite de VEtre Suprême, qui détrôna la farce de la Raison , ne pouvait se figurer que sous les traits tangibles de soupape, Maximilien de Robespierre. Et les Théophilanthropes , qui n'eurent que le temps d'être ridicules, n'offraient guère au pinceau que la maussade figure de leur grand prêtre la Réveillère-Lépeaux. La sainte guillotine, instrument de tous les partis, fut l'emblème qui se maintint le plus longtemps. Avec les boutons dont elle faisait la parure, on en vendait même de petites qui étaient montées en épingles pour les sansculottes des deux sexes.

Collection Toutcs CCS curiosités sanglantes se retrouvent au-

de "

M.Desciiions. jourd'luii dans un j)récieux cabinet composé des collections célèbres de M. Deschiens et du colonel Morin. La collection révolutionnaire du premier, dont le catalogue, d'ailleurs fort incomplet, a été imprimé (1), est un des monuments les [)his extraordinaires de nos crimes et de nos nyilheurs. Tous les pamphlets, toutes

(1) Collection de rtiate'riaux pour l'hifloire de la Révolution de Fiance, depuit 17S7 Jitx/fu'ù ce Jour. Paris, 1829. 1 vol. in-8"

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 201 les affiches, tous les cris de liberté, de sang et de mort, tous les documents politiques de cette époque homérique, qui commença par les élans généreux et finit par le crime, comme presque toutes les révolutions, composaient cette collection à Versailles. Là étaient ramassées les moindres miettes de l'orgie révolutionnaire, et la curiosité courageuse avait porté défi au temps.

Dans une rue solitaire du quartier Saint-Victor, dans l'humble et terrible faubourg Saint-Marceau , rue des Boulangers, le lieutenant-colonel du génie Morin avait, de son côté, consacré depuis 1820 les loisirs de sa retraite à accumuler pièce à pièce, sur des ais de bois vermoulu, sa collection ethnographique de la révolution. Je n'ai jamais rien vu de plus étrange ni de plus poignant. C'est lui qui avait les clefs de la Bastille, et de petites Bastilles faites avec les débris du château même, par le patriote Palloy (1) ; et les livres de police trouvés dans la prison, et tous les instruments de fuite de Latude, et des lettres de Louis XVI, de Marie- Antoinette, des princes et des émigrés, interceptées par les Bleus; et des costumes incroyables, avec armes non moins bizarres, de sans-culottes. C'était comme un champ de bataille encore fumant. Il v avait les serrures des châteaux, les débris du trône de Louis, les cachets des établissements des jacobins, avec un de ces assortiments de boutons révolutionnaires que nous venons de décrire. Rien n'y manquait. Il y avait aussi de ces bouquets en fleurs artificielles, relevés, au centre, d'un

(1) Voir, sur ce patriote Pallov, la France littéraire de M. QuÉraud, XI' volume.

Collection

du colonel

Morin.

202 LES TEMPS MODEREES.

petit bonnet rouge, tels que les avaient portés les

femmes, patriotes par conviction ou par peur.

Tout, dans ces deux collections aujourd'hui fondues dans le cabinet du célèbre bibliophile comte de la Bédoyère, dont on déplore la perte toute récente, a sa curiosité propre. Le cabinet de M. Morin, dont les principaux autographes avaient passé de son vivant dans ma collection, a été décrit par M. Augustin Ghallamel, dans mi livre devenu rare quand on en a donné une édition nouvelle (1).

Un cabinet analogue , plus particulièrement relatif à l'histoire de la ville de Lvon et recueilli par un M. Rosaz, a été acquis pour le musée de l'hôtel de ville de cette cité, et n'en est pas la curiosité la moins instructive.

D'accord , dira mon censeur ; mais quels services tirer de ces collections de titres de livres, de dédicaces, de préfaces, de prospectus, citées plus haut? A quoi bon particulièrement un recueil de prospectus, alors que les livres annoncés sont terminés ? Servit p leridii Lcs Prospcctus out , commc le reste, leur temps et

par une

roiicftioii leur jour. Ils recèlent une foule d'informations l)i])lio-

<le Prospectus.

graphiques, littéraires et iconographiques qui donnent ina])or(ues. En veut-on un exemple? On était en possession de quelques portraits de Michel de Montaigne réputés authentiques, mais dont en définitive rien n'é-

(1) Hislnire-mn^i-L' de la Be'pitblitiue franraise , dff)itis l' Assemblée des JSolublca jusfjii'ù rjùnpirc, par Autjuxlin Ciiallamel. Paris, Challa' mel, éditeur, et Dclloye. 1842. 2 vol. praïul iii-8".

Le Cabinet Deschiens a été apporté de Versailles à Paris en sept voitures à deux clievaux. Le second cal)iiict a reinjili trois voitures.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 20?, tablissait péremptoirement l'authenticité. Thomas de Leu avait gravé le plus ancien en 1011 , portrait d'ailleurs fort excentrique et peu flatteur, reproduit à peu près par Ficquet avec le nom de du Monstier comme peintre , ce qui donnerait lieu de supposer que Thomas de Leu aurait eu également pour type un crayon de l'un des du Monstier. Mais voici que la question s'embrouille et que les descendants d'Olivier de Guerngelin, chevalier de Saint-Michel comme Montaigne, s'avisent de faire regraver trait pour trait la même effigie ])ar Léonard Gaultier sous le nom de leur aïeul. Au bas du premier portrait était un quatrain attribué à Malherbe , célébrant en charmantes antithèses l'art du peintre et le bel esprit du modèle. Le quatrain a disparu de la seconde gravure, et l'artiste y a substitué une légende qui contient les noms et qualités à'Olivier de Lavnay, sieur de Guerngelin, contreroleur général de lliostel de madame Eléonor d'Aiistriche , royne de France. Et pour qu'on n'en ignore, le fond de la planche est tind^ré d'un écu aux armes de Guerngelin.

Entre les deux effigies quelle était la vraie? quelle était l'apocryphe?

Tout à coup paraît un portrait nouveau gravé par Dtcouverte

o • i 4 1 • 1 • • 1 (11111 portrait

ISamt-Aubm, sans nom de peintre, en tête du voyage autheiiii.iue de Montaigne en Italie, publié en 177 4 par Meusnier de ^.rontaijnc. Querlon, dont nous aurons à reparler plus tard. Chacun se demandait la source et l'autorité de ce type improvisé. Rien dans la préface qui mit sur la voie, et par malheur le portrait original, qui aurait peut-être fourni quelque révélation, s'était égaré chez le graveur. Mais un curieux bien avisé remonte à la collection de pro-

spectiis, et qu'y trouve-t-il? Que l'effigie vient du château de Montaigne , et qu'elle a été exécutée d'après nature dans le voyage du grand douteur en Italie,

Voilà on vrai présent que nous devons h un prospectus oublié, et le grand artiste Henriquel-Dupont, dont le burin a popularisé de nouveau cette image d'un de nos plus aimables écrivains , a bien mérité des gens de goût.

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