CABI.NET DE COIFFURES
En 1827, j'ai visité à Cologne une belle collection de chapeaux, et à Paris un musée de perruques formé par le glacial poète erotique , glacial traducteur de Virgile, Jean-Nicolas-Marie Deguerle , censeur des Coiffures. étudcs au lycée impérial de Louis le Grand. Son goût de curieux lui avait ins[)iré V Eloge des Perruques (1), espèce de continuation du livre de Thiers sur les perruques (2), et qui a été de beaucoup dépassé par l'excellent traité allemand ])ublié à IJcrlin , sur le mémo sujet, par Frédéric Nicolaï (3). Thiers est plein de
(1) Eloije (les pciriKjtics , ciiriclii de iiolcx plus cnnplos i/iie le texte, par le docteur A.K.v.^h\o, Paris, Maradan, an 7 (1799), iii-12.
(2) Histoire des perruffues , où l'on fait voir leur oritjine, leur usage, leur forme , l'abus et l'irrcr/ulurite de celles îles eccle'siastitfues, par M. J. B. TiiiKHs, docteur en tliéolot/ie , cure' de Cliamproiid.
(3) Recherches historii/ues sur l'usatje des cheveux postiches et des perruques dans les temps anciens et modernes , pur Nk'oi.aÏ.
C'est le conlrc-picil dv.s Mémoires du he'nedictin dom Fantje , pour
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 205 vraie science et de bonne critique. Le livre de Deguerle prouve des recherches, mais il est maniéré à force de vouloir être badin , et ses notes interminables sont affadies de ce jargon coagulé , versification lymphatique sans rhythme, sans images, sans poésie, dont le bon censeur avait la manie. J'ai lu Nicolai dans la traduction française, publiée chez Léopold Collin. Ecrit avec sûreté d'érudition , son livre remplit quelques lacunes de Thiers, et rectifie plusieurs des légèretés de Deguerle.
Il ne nous manquait qu'un musée de bonnets et autres coiffures. Cette collection existe, amusante à ravir, et bien autrement piquante que de froides estampes. Ce musée est relevé d'un assortiment de collerettes, de grandes fraises du seizième siècle , de golilles espagnoles, sorte de collerettes roides établies par Philippe IV d'Espagne; de cravates et de canons du dixseptième siècle, et de vertugadins du siècle suivant.
Le petit mercier dauphinois du seizième siècle, Coiffeurs David Rigaud (1), et le menuisier de Nevers, si célèbre dans le dix-septième, eurent des émules sous Louis XV et sous Louis XVI. Le perruquier André prêta son nom à l'avocat Marchand pour faire réussir une tragédie sur le tremblement de terre de Lisbonne, supercherie qui
servir à l'histoire de la barbe de l'homme. Liège, Broncait, 1774, in-S".
Persuadé qu'il restait encore quelque chose à dire sur ce riclie sujet, Dulaure a publié la Pogonologie ou Histoire de la barbe. Coiistantiiiople et Paris, chez Lejay, 1786.
(1) Recveil des œuvres poétic/ues du sieur David Riqaud, marchand de la ville de Crest en Dauphiné , avec le poème de la Cigale, autant merveilleux en ses ronceptioiis qu'en la suite; à L\on , chez Claude de la Rivière, 1553, petit in-8".
écrivains.
fit fureur tant qu'elle ne fut pas dévoilée (1), Un épicier droguiste de Saint- Germain en Laye, Baudouin l'aîné , composa, ou l'on composa pour lui , des tragédies entre le poivre et la cannelle (2) ; et un paveur illustre, nommé Aubry, tailla des vers dans le granit. Aucun de ces génies dévoyés n'eut la verve poétique de maître Adam ni du perruquier maître Jasmin, dont l'esprit délicat honore, de nos jours, la muse de Gascogne. Mais nombre de coiffeurs écrivirent à l'envi, ou se firent faire , en manière de réclames , des traités sur leur art, toujours accompagnés d'estampes. Là, nous retrouvons le facétieux avocat Marchand qui s'attachait volontiers aux perruques, et fut le réel auteur d'un livre attribué fort improprement par Grosley au comte de Cavlus : Y Enciclopédie -perruquière , ouvrage à l'usage de toutes sortes de têtes, par le sieur Beaumont, coeffeur dans les Quinze-Vingts (3) ; avec cette épigraphe : S'en torche qui voudra les barbes. Suit une épître dédicatoire : A monsieur l'illustre poète, monsieur André, perruquier (4). Jeu d'esprit assez froid, paru avec la gravure de plus de cent sortes de perruques et coif-
(1) Cette trafjédie, piihliée en 1757, a été réiinpriiiiée plusieurs fois, toujours sous le nom du perruquier André.
(2) Les acteurs de la Comédie Française jouèrent avec succès, le 8 décembre 1785, à Saint-Germain, une tragédie de Baudouin, intitulée Démélrius. Le rôle principal était rempli par Saint-Prix. H avait fait aussi une comédie en trois actes, intitulée Estelle, on la Coupable innocente.
(3) L'enclos des Quinze-Vingts , oii demeuraient beaucoup de coiffeurs, était sur l'emplacement des rues de Rolian et de lieaujolais, couverte aujourd'hui par l'aile septentrionale du nouveau Louvre, C'est là qu'avait été bâti jiriniitivcment l'iiospice des Ouinzc-Vingts.
(4) Paris, lioclioreau, in-12; et Amsterdam et Paris, chez l'auteur.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 207 liires , le livre était oublié au bout de huit jours (1). Vint ensuite un nommé la Garde, auteur d'un livre intitulé le Coeffeur d'homme et de femme. Puis un certain le Gros , qui de son temps tâchait à faire grand bruit, et fut le fondateur primitif du musée que nous allons parcourir, prit son essor. Pour attacher son grelot à la robe de la renommée, il avait publié de sa propre Minerve, en 1766, un Livre d'estampes de l'art de la coeffure des dames françaises , gravé sxir les dessins oi'iginaux , d'après mes accommodages , avec le traité en abrégé d'entretenir et de coiiserver les cheveux naturels. Les estampes sont enluminées et n'en sont pas pour cela meilleures (2).
Le Gros était un de ces impatients qui touchent à Le coiffeur
tout et prétendent du premier coup enlever le succès.
Il s'était élancé des cuisines dans la région des coiffures. Lui-même s'en vante dans son discours préliminaire. « J'ai , dit-il , été cuisinier chez le marquis de Belmare , dont j'ai fait un livre de cuisine qui n'est point encore imprimé , parce que je n'ai point eu le temps de le finir, car il aiuait été très-utile pour l'armée et pour la ville. " Il avait exposé à la foire Saint-Ovide, Fonde
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en 1 /bd, un étalage de trente poupées coirrees qui lui .le coiffure. avaient fait le plus grand honneur, et il avait établi , dans l'enclos des Quinze- Vingts , une académie de coiffure , composée d'autant de classes que l'Académie
(1) Voir la Correspondance littéraire de Grimm, janvier 1766, et Dictionnaire des ouvrages pseudonymes , de Barbier, au mot Encyclopédie.
(2) Janvier 1766. L'ouvrage a cinquante-quatre pages.
208 LES TEMPS MODEREES,
des sciences (1). Profondément persuadé d'établir son système sur des principes assez solides et absolus à priori, pour obtenir en coiffure les mêmes résidtats généraux que les grands métaphysiciens dans l'ordre moral de l'univers , il se flattait de faire passer sous le niveau de son coup de peigne toutes les bonnes têtes de l'Europe. Il pensait juste : son système a duré autant que ceux des philosophes qu'il avait pris pour modèles.
Je ne sais quel plaisant du bas Parnasse lui avait fait confidence des vers d'un imitateur de Ronsard, l'honnête Chassignet, si fort oid)lié de nos jours , et qui traduisant un psaume, disait à Dieu :
Par toi le mol zéphyr, aux ailes diaprées, Refrise d'un air doux la perrucjue des prées,
Et sur les monts voisins Eventant ses soupirs far les vignes ])amprées, Donne la vie aux Heurs et du suc aux raisins. Par toi le doux soleil à la terre sa femme. D'un œil tout plein d'amour communique sa flamme ,
Et tout à l'environ Lui poudre les cheveux, ses vestements embasme, Et de fruits et de grains lui jonche le giron !
Ailleurs, le même Chassignet, qui avait donné une perruque aux prairies ; en prête une au soleil :
Soit que du beau soleil la pcrrufjue empourprée Redore de ses rais cette basse contrée.
Le Gros tressaillait à ces beaux vers où les images sont empruntées à son art, et il les avait fait peindre en lettres d'or sur les murs de son Académie.
(1) Correspondance littéraire de GniMM. 15 janvier 1766. Paris, Furne et Ladrangc, 1829, in-8". Excellente é«lition anonyme donnée par M. Jules Taschereau.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI O.N S. 20y L'idée de cette Académie germa dans la tête d'un perruquier philosophe, nommé Lelevre, un de ceux à nui la pommade monta au cerveau. On a de lui un Traité des principes de l'art de la coiffure des femmes , où il est démontré qu'avec uti peu de réflexion on peut apprendre avec facilité à coiffer et soi-ynême et toutes autres personnes. Il en publia en 1783 une seconde édition dédiée au beau sexe, et l'augmenta du projet d'une École générale de coeffure pour le bien des mœurs, l'intérêt public, et le soulagement des pauvres malheureux (1).
Et de fait , ce Figaro de nouveau modèle se posait Le coiffeur
de Diderot.
en philosophe et en artiste dans son livre comme dans sa boutique, attendu qu'il avait été le barbier de M. Diderot. Grand critique en matière d'art, adroit à se renseigner auprès des habiles, mais étrange philosophe, plein à la fois de feu , de génie , et de niaiserie audacieuse , que l'auteur des Bijoux indiscrets et de Jacques le fataliste! Le bonhomme Lefèvre pouvait, il est vrai, s'y méprendre dans un siècle où l'on était adepte de philosophie à si bon marché. Il avait cependant la modestie de ne se pas croire beaucoup au-dessus des peintres et des sculpteurs. S'il admire avec extase , dit-il , leurs productions , « ils n'en sont pas moins des hommes, par conséquent frères, et, qui plus est, confrères avec tous les états, puisqu'ils copient tout ce qu'ils voient avec la plus exacte vérité. »
On publia en 1778, chez le libraire Desnos, qui
(1) Voir le Mercure de France du saiiudi 6 scptcinhrc 1783. pp. 47-48.
■JOME U. 14
210 LES TEMPS MODEREES.
Recueils s'iiititulait Inqénieur-qéoqraphe de Sa Majesté Danoise,
de coiffures ^ . , ...
gravées. uii « Recueil général de coëffures de différents goûts, (1589 à 1778) avec des vers analogues à chaque costume; ouvrage fort désiré de l'un et de Vautre sexe. « Ce sont de petites têtes de femmes assez agréablement gravées, dont les madrigaux mêmes qui les accompagnent , vers de mirliton parfois amusants , font trèssouvent la criticpie.
Le plus joli recueil de ce genre est la « Galerie de modes et costumes français dessinés d'après nature; ouvrage commencé en 1778 », et publié par Esnault et Rapilly. Ce ne sont à la vérité que des gravures de modes, mais agréablement dessinées par Watteau fils et Desrais, et qui sont recherchées des curieux, si nombreux aujourd'hui , des choses de ce siècle.
De véritables artistes n'ont pas dédaigné de consacrer leur crayon ou leur pointe à de pareils dessins. Moreau le jeune, par exemple, fils d'un perruquier, Moreau sans contredit l'un des plus élégants et des plus féconds artistes qu'ait eus la France et comme graveur et comme dessinateur de vignettes , et dont la fille j)ar son mariage avec Carie Vernet a eu le bonheur de nous donner notre illustre peintre Horace, père de madame Delaroche, a gravé à l'eau forte un caprice de quelques feuilles de modes et de coiffures. Le petit journal de costumes de théâtre du dernier siècle (1) renferme quelques précieux portraits d'une
(1) Costumes et annales des qrands théâtres de Paris, accompagnés de notices intéressantes et curieuses. Ouvra{;e périodique. 8 vol. in-8" [par M. de Cliarnois qui est nommé aux titres des Vh', VII* et VIII"
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 211 éxecution charmante, qui laissent bien loin toutes les (euvres de pacotille consacrées de nos jours aux re- <;ueils de même nature. Enfin, le Joiiriial des Dames et des Modes de la Mésangère, commencé à la fin du dernier siècle, contient une quantité considérable de costumes gravés d'après Bosio , Dutertre , Carie Vernet , Horace Vernet et Lanté. Les coiffures y jouent leur rôle.
Un coup d'œil jeté sur tous ces recueils avant ou après une visite au Musée de Coiffures serait excellent pour s'y préparer ou se souvenir.
En vain eût-on lu avec fruit les Lois de la Galanterie (1), les dictionnaires de Furetière et de Richelet aux mots Cheveux, Coins, Bigottère, Tours, Tresses, Toupets, Perruque, etc.; en vain eùt-on lu l'article de M. de Garsault dans l'Encyclopédie méthodique sur VArt du Perruquier et du Barbier étuviste (2), on ne saurait qu'imparfaitement encore tout ce qu'il y a dans un coup de peigne, si l'on n'avait pas vu le musée parlant que nous citons. Rien là qui sente la prétention. On ne s'y vante pas de posséder une tresse de
volumes]. Du 15 juillet 1786 au 4 mars 1789, date de l'approbation. L'ouvrage complet est fort rare. Les figures sont de Duplessis-Berteaux et de Dutertre.
(1) Il y a un passage très-curieux du livre qui porte ce titre dans le Nouveau recueil des pièces les plus agréables de ce temps. 1644, in-S", pp. 15-17.
(2) Cet article a été publié séparément en 1767, avec cinq plan- «;lies in-fol.
On peut consulter également le Parfait ouvrage ou Essai sur la coiffure. Paris, 1775, in-S", et un passage intéressant sur les perruques et les perruquiers dans YHistoire des Français des divers états par Moxteil; lvi" chapitre, dix-septième siècle. Voir la dernière édition, publiée en 1853, chez Victor Lecou, in-12, t. IV, p. 225.
cheveux d'Absalon , tirée du cabinet de Bochart , ni la Chevelure de Bérénice, ni la Boucle de cheveux enlevée. Ce sont tout bonnement des têtes à perruque; mais quelles perruques ! Point d'études rétrospectives sur l'antiquité , sur le moyen âge , sur le seizième siècle. Rien que deux seules perruques de cette dernière époque.
L'une était du nombre des perruques blondes de Perruque la première femme de Henri IV, cette reine Margot ,
de la première
femme qui, puv la seulc vue de Vyvoire de son bras, selon le père
de Henri IV.
de Coste (1), triomphait des hommes les plus froids, et qui, ajoutant la coquetterie de la chevelure h ses autres séductions , faisait tondre ses pages pour dissimuler, sous leurs tresses cendrées, les crins noirs rebelles dont l'avait dotée la nature.
L'autre est vin de ces terribles contrastes, une de ces affreuses antithèses comme il s'en trouve parfois dans les collections, un de ces poignants souvenirs dont on voudrait éloigner l'horreur, mais dont, malgré soi , on Perruque afflige son regard : c'est la perruque de toilette d'exé- Marie Stuart. cutiou de 1 infortunée Marie Stuart , rajiportée de Fotheringay sur le continent par deux des Maries , après l'exécution, le 18 février 1587, La triste relique est accompagnée des authentiques qui ne laissent aucun doute sur ses origines. Oui, une perruque de cette magnifique princesse, qui « paroissoh une vraye déesse » ; » la plus belle qui naquist jamais au vionde », au dire de Charles IX amoureux (2) ! Une perrucpie de cette
(1) Vies ov Ëlofjes des Dames illustres, t. II, |i. 301,
(2) Bbanïo.me, Dames illustres, Disiouis III.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 2i:j femme jadis si fière de sa superlje chevelure ! Et de fait, un détail qu'avaient jusqu'ici laissé ifjuorer les relations connues , et qui est constaté par le Vi^ay rapport de l'exécution faicte sur la personne de la royne d'Escosse, publié par M. Teulet, des archives générales de l'Empire (1), c'est que la longue captivité de Marie Stuart lui avait fait perdre presque entièrement sa belle chevelure, qu'elle avait fait raser le peu qui lui en restait, et en portait une fausse.
Misérable victime, dont la beauté, sa dernière couronne, n'avait pas même été à l'abri des férocités de sa rivale !
« Le prochain coup de hache du bourreau , dit le rapport, fut justement sur le premier, par lequel sa teste fut tranchée du corps, sans qu'il retirast sa hache après le coup , de peur que de fortune , elle ne tinst à quelque peau. Et aussy tost l'exécuteur ])rit la teste et la leva, la monstrant au peuple, disant, selon la coutume : God save the Queen! Dieu sauve la royne Elisabeth ! Comme il l'eust eslevée, ceste teste tomba soudainement de ses mains , pour ce qu'il ne l'avoit prise que par la peau de ses cheveux faux
« La teste estoit nue de cheveux devant et derrière , et rasée exprès , et, en chaque costé, petits cheveux gris, mais non pas beaucoup. »
Non loin , et j'ai regret qu'il y en eût si peu, sont Pemiques neuf à dix têtes du temps de Louis XIV, où cependant Louis xiv.
(1) Vray rapport, t. II, p. 881 du Recueil des papiers d'Etat relatifs à l'histoire d'Ecosse au seizième siècle, public par HT. Teulet pour le Bannatyne Club d'Edimbourg, en 1852. Ce beau et l>()ii livre a été l'objet d'un savant rapport de M. Miynet à l'Institut.
les coiffures eurent leurs élégances, leurs grands maîtres et leurs ridicules. Malheureusement, ce peu qu'on en possède en notre musée n'est point classé par ordre chronologique, comme ce qui appartient aux règnes suivants, chose qui pourtant eût été bien facile en consultant les tableaux du temps et les traditions de théâtre. Ces perruques ne portent pas les noms sous lesquels elles étaient connues , et une seule est signée de la Martin, cette fameuse coiffeuse qui bretaudait (1) L' Hurluberlu, par plaisir à Y Hurluberlu la jeune duchesse de Nevers comme un patron de mode ; testonnait (2) la vieille madame de la Mothe à faire pâmer de rire le roi et toutes les dames sensées (3), et, suivant Ninon, faisait ressembler comme deux gouttes d'eau madame de Ghoiseul à un printemps d'hotellei-ie (4). Cheveux coupés sur la tète et frisés naturellement par cent j)apillotes, avec quoi la pauvre madame de Nevers souffrait mort et passion toute la nuit, et avait une tête de chou ronde, sans que rien accompagnât les côtés, voilà V Hurluberlu outré jusqu'à la folie (5) . Quelques femmes poussent l'exagération si loin, qu'il y en a, s'écrie la marquise de Sévigné , qu'on voudrait souftleter (G) .
(1) Mot (le niadainc de Sévij|n(', et (lui, an iii-oprc, sij|niHi' tonclrr itu'galenient un chien; au Hguré , couper /t'v cheveux très-courl.
(2) Accommoder la tète.
(3) Lettre de madame de Sévujné à su fille. 18 mars 1671.
(4) La même, l*'^ avril 1671. C'est une allusion à ces estampes d'auberges d(' campagne représentant les Saisons, qui, de nos jours, ont été remplacées par la Belle Eiaillère et les Souvenirs et Regrets de M. Dubufe.
(5) Id., Lettre du 18 mars déjà citée.
(6) Lettre du l'' avril.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 21ô Mais le goût s'en mêle, on supprime les «cent petites boucles sur les oreilles, qui sont défrisées en un moment, qui siéent mal, et qui ne sont non plus à la mode que la coiffure de la reine Catherine de Médicis » . Et avec ce petit changement la duchesse de Sully et la comtesse de Guiclie ont eu l'art d'être charmantes. « Je suis rendue, M dit la marquise, et elle conseille V Hurluherhi à sa Madame
de Sévigné
fille : « Cette coiffure est faite justement pour votre vi- adopte
l'hurliiberlii
sage; vous serez comme un ange, et cela est fait en un pour sa fille. moment. Tout ce qui me fait de la peine, c'est que cette mode, qui laisse la tête découverte, me fait craindre pour les dents. "Et elle décrit la coiffure par le menu (1). Et cette coiffure devient celle de madame de Montespan , de madame de Crussol , de « la petite Thianges » , et enfin de la reine, comme elle l'était de madame de Nevers et de deux ou trois autres beautés charmantes qui l'avaient hasardée les premières. Mais madame de Soubise, qui craignait pour ses dents, se révolta parce qu'e//e avait déjà été une fois attrapée aux coiffures à la paysanne. Elle eut le courage de ne se point faire couper les cheveux , et une main habile lui fit une coiffure qui était tout aussi bien que les autres par les côtés. Madame de la Troche suivit ce courageux exemple. Il y avait encore de ce temps-là, où tout était grand, des femmes de caractère.
C'était en 1671. Mais, en 1677, on est à cent ans de cette coifFure à l'hurluberlu, qui avait fait faire tant de sottises. L'exagération allait toujours son train sous
(1) Lettre de madame de Séviqné et de madame de la Troche i madame de Grignan. 4 avril 1671.
d'autres formes et sous d'autres noms. On est à Vichy en septembre : « Je voudrais que vous vissiez , dit la marquise de Sévigné à sa fille (1), jusqu'à quel excès la présence de Termes et de Flamarens fait monter la coiffure et l'ajustement de deux ou trois belles de ce pays. Enfin , dès six heures du matin , tout est en l'air : coiffure hurliipée , poudrée, frisée, bonnet à la Bascule, roufje, mouches, petite coiffe qui pend, éventail , corps de jupe long et serré ; c'est pour pâmer de rire. Cependant il faut boire, et les eaux leur ressortent par la bouche et par le dos. »
Révolution Quatorze ans après , il s'opérait une révolution ; le
dans
la coiffure moudc était en émoi : « Parlons, dit madame de Sévi-
eulGUI.
gné au duc de Chaulnes (2), parlons de la plus grande affaire qui soit à la cour. Votre imagination va tout droit à de nouvelles entreprises ; vous croyez que le roi, non content de Mons et de Nice , veut encore le siège de Namur : point du tout. C'est une chose qui a donné plus de peine à Sa Majesté, et qui lui a coûté plus de temps que ses dernières conquêtes. C'est la défaite des Fontanges à plate couture. Plus de coiffures élevées jusqu'aux inies; plus de Casques, plus de Rayons, plus de Bourgognes, plus àe Jardinières (3). Les princesses ont paru de trois quartiers moins hautes qu'à l'ordinaire.
(1) A Vichy, lundi 6 soptPinbre 1677.
(2) A Gri{;nan, ie 15 avril 1691.
(3) La Fontange était une sorte d'édifice à plusieurs étages de fil d'archal, sur lesquels on plaçait différents morceaux de toile séparés par des rubans ornés de boucles de cheveux qui les recouvraient tout a fait. Chaque pièce avait son non», si étrange (ju'il eût fnllu un glossaire pour expliquer l'usage et la place de chacune de ces pièces.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 217 On fait usage de ses cheveux, comme on faisait il y a dix ans. Ce changement a fait un bruit et un désordre à Versailles qu'on ne saurait vous représenter. Chacun raisonnait à fond sur cette matière , et c'était l'affairie de tout le monde. On nous assure que M. de Langlée a fait un traité sur ce changement pour envoyer dans les provinces. Dès que nous l'aurons , monsieur, nous ne manquerons pas de vous l'envoyer. »
Hélas ! le cheveu n'avait pas dit son dernier mot : — le traité de M. de Langlée n'était pas arrivé à Angouléme, patrie de la comtesse d'Escarbagnas , que déjà la réforme était détrônée, et que les coiffures hautes avaient repris leur essor.
« N. est riche, dit La Bruyère, elle mange bien, elle dort bien ; mais les coiffures changent, et lorsqu'elle y pense le moins et qu'elle se croit heureuse, la sienne est hors de mode (1) ! "
Peut-être en notre musée, et je le présume, v avaitil quelques-unes des belles choses citées par madame de Sévigné. Je soupçonnerais notamment y avoir distingué variété une variété de Y Hurluberlu. Mais, en historien véri- riimiuheria dique, je n'oserais affirmer bien nettement quelle est la collection. l'espèce dans le genre. J'ai eu du moins la satisfaction d'y reconnaître une de ces perruques en cadenettes
(1) Ce Langlée dont parle madame de Sévigné a son portrai: dans les Caractères, et c'est un des mieux frappés. V. De la Cour, n" xvni. « Les cours ne sauraient se passer d'une certaine espèce de courtisans.... » C'était un parvenu, familier avec les grands, même avec le roi, et qui fut, un jour, rappelé à l'ordre d'une façon fort vive par le comte de Gramont avec lequel il prenait de», libertés : u Gaidez, je vous prie, lui dit le comte, ces familiarités pour le roi. » Complaisant des femmes, il réussissait par elles.
218 LES TEMPS MODEREES.
qu'on appelait des paresseuses et dont se paraient à leur
petit lever les belles élégantes (1).
Du reste, dans cette partie du cabinet, tout porte un cachet original et authentique. Cela sent bien son grand siècle ; c'est bien au vif la blonde poupée olympique des Tuileries et de Versailles, blonde de la veille, sinon de naissance. Et de fait, qui donc eût osé décemment être brune, alors, comme nous le disions ailleurs, que la souveraine, ou la maîtresse, ou l'idole du jour était blonde? La reine Anne était blonde; la duchesse de Longueville , cette indolente et voluptueuse idole de la ville des frondes et des révolutions, était du blond le plus beau; la reine Marie-Thérèse était blonde : — toute femme qui se respectait, sous Louis XIV, devait donc être ou paraître blonde ; pas de miheu. L'avènement de mesdames de la Vallière et de Fontanges, d'un blond un peu hasardé, ne changea rien à ces graves exigences. Aussi madame de Montespan se garda-t-elle d'être brune , et la comtesse de Chastillon , qui avait le malheur de l'être, cacha son péché originel sous la poudre ou les tresses blondes. Blonde, dans le dictionnaire de cour, était synonyme de belle, de même (ju'nujourd'hui encore, en Angleterre , ce paradis des blondes, le mot fair a les deux significations. « L'Angleterre, a dit le poète, est un nid de cygnes au miheu des eaux. » Malheiu- donc à qui eût eu la maladresse de déparer le nid do cygnes de Versailles! Langlée veillait, (pii eût rappeh'* d'office
(1) Voir le Lnngueruaua , In meilleur dos ana après le Meuaçjiana de la Monnoye.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIO^■ S. 219 que le blond est la véritable couleur de la femme , et qu'une brune (on le lui a reproché) n'est qu'un garçon adouci. La femme de cour empruntait donc son type à l'antiquité mythologique, qui donne invariablement à Vénus une chevelure blonde ; elle l'emprunta aussi à la tradition des peintres, qui, toujours un peu payens, n'ont pas manqué de peindre blonde la première femme, VAlma parens. Il n'est pas jusqu'à ce blond antique et doré des têtes du Titien , du Tintoret et du Véronèse qui ne fût l'adroit produit d'une teinture en vogue à Venise au seizième siècle (1). Chez nous aussi, du temps dupoëte cynique maître Guillaume Goquillart , au
(1) Voir page 113 du livre de Cesare Vecelho : Hubiti antichi et moderni di tutto il Mondo (Venetia, appresso i Sessa, 1598). La recette est à l'explication de l'estampe : Donne di Venetia, menlre si fanno biondi i capelli.
On trouve cette même recette de teinture avec une foule d'autres pour se rajeunir, se faire aimer, etc., dans un précieux manuscrit du seizième siècle, qui existe aux archives de Venise, sous le titre de Recitario délia contessa Nani.
Toutes ces modes de teintures ne sont en résumé que des traditions antiques. Le minium, dont le meilleur était tiré d'Espagne, jouait un grand rôle chez les Romains. Ils s'en servaient jjour la peinture, l'écriture et la toilette. Le triomphateur se barbouillait tout le corps de vermillon. Les Bretons et les Belges, et quelques peuplades des Gaules, s'en teignaient le visage et les cheveux pour se rendre effroyables à leurs ennemis. Les dames romaines en firent un tout autre usage et prétendirent y trouver des charmes nouveaux. Quant à la chevelure, elles voulaient rivaliser avec les beautés de la Germanie et avec nos mères les blondes Gauloises , et pour donner plus de piquant aux traits de leur visage, elles se transformaient en blondes.
La brune eut bien aussi son culte au dix-septième siècle, et le Bérolas du Grand Dictionnaire, Bary le précieux, qui n'a pas manqué dans son livre de l'Esprit de conr (dialogue xi:ii, p. 386) de faire une conversation de la belle coiffure, vante une beauté brune comme la Sulamite. De son côté, le cavalier Marin a chanté une autre Sulamite dans un de ses meilleurs sonnets que le recueil des Muses illustres a imité.
quinzième siècle, les hommes se teignaient la chevelure en jaune :
Tant aux jours ouvriers qu'à la feste,
A Paris , un tas de béjaunes
Lavent trois fois le jour leur teste,
AfKn qu'ils aient leurs cheveulx jaunes (1).
Du moins n'en est-on point venu jusqu'à se coiffer à la poudre d'or, comme le faisait Poppée, comme le faisait le piètre gendre de l'empereur Marc-Aurèle, Lucius Vérus, adorateur de sa chevelure blonde ; comme le faisait aussi l'empereur Gallien , au rapport de Trébellius Pollion (2). L'or de la chevelure était donc une réalité, mais c'était aussi l'une des fréquentes comparaisons de la poésie antique : « Est-ce l'or, Gentia, dit un fragment de Gallus, est-ce l'or qui a doré tes blonds cheveux? ou plutôt n'est-ce pas l'or lui-même qui a emprunté à ta blonde chevelure sa blonde couleur?
Anne coma ex auro flava est tibi , Gentia? An auri Ex ipsa nia{jis est bractea flava coma?
Ce mot, dans Monsieur de la Sablière , n'est aussi qu'une figure galante de poésie :
Souvent la Ijelle Iris d'une tresse dorée Couvre le brun de ses cheveux.
Est-elle brune, est-elle Ijloude?
lllen ne l'égale dans ce monde.
Rien n'égale aussi mon amour, Et, sans être inconstant, j'ai la bonne fortune
D'être amant, en un même jour, Et d'une belle blonde et d'une belle brune (3).
(1) Le monologue des Perruques ou du Gendarme cassé, par maistre Guillaume CoQLiLLAnT. Voir ses OEuvres. Paris, Jannet,1857, t. II, p. 28G.
(2) TnKiiKi.Lirs Poi.i.io, GuUicni duo, xvi.
(3) xxiv<^ madrigal du V<^ livre.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 221 Tout jeune courtisan, tout Clitantlre, quelle que fût la couleur de ses cheveux , mettait alors des perruques ordinairement blondes :
Vous êtes-vous rendue avec tout le beau monde Au mérite éclatant de sa perruque blonde ?
dit le jaloux Misanthrope à Gélimène.
Ces perruques coûtaient jusqu'à mille écus. Les cheveux, on le voit dans le musée, en étaient si abondants et si lonfjs, qu'il fallait dépouiller dix têtes pour avoir de quoi en couvrir une seule (1) .
Vers le milieu du dix-septième siècle, les perruques blondes devinrent aussi le luxe des petits maîtres de l'Allema^jne, comme l'affirment les Visions saiyriques de Philander de Sittewal, l'ennemi déclaré des perruques (2) . « Ne dirait-on pas , comme ils se l'imaginent, qu'avec cet accoutrement ils sont les plus beaux et les plus aimables du monde? L'un s'affuble d'une vaste perruque blonde frisée, l'autre d'un surcroît de cheveux postiches en queue ou en fausses boucles. " Ce Sittewal, ou plutôt Moscherosch, n'est pas l'ennemi le Guerre contre
1 » • X I I 1 • 1 les coifFures.
plus amer qu aient eu les perruques : le chanome de Reims, maître Drogon de Hautvilliers, professeur de droit civil au treizième siècle, et dont la Somme était l'ouvrage classique commenté pour l'enseignement du droit dans les écoles du chapitre, attaque les perruques sur toutes les tètes , et fait une sortie à fond contre les affiquets des femmes, au titre de la position et des
(i) Pellisson, Lettres histo?i(]ues, t. I, p. 395. (2) Ce livre de Jean-Michel Moscuerocu a été publié pour la première fois en 1647.
222 LES TEMPS MODEREES,
droits d'icelles. " Les ornements des femmes, dit-il, ne sont-ce pas des incantations par lesquelles elles appellent le Diable à venir en leur compagnie, au fond de leur cœur, pour y combattre Dieu? Tous ces affiquets qu'elles portent sur leurs têtes, après les avoir reçus de leurs amants, ne sont-ce pas les couronnes des triomphes nombreux que par elles le Diable a remportés?... Et quand elles portent des perruques, des cheveux coupés à des cadavres, n'est-ce pas le Diable qui leur donne cette audace, à elles qui n'oseraient porter la chemise ou tout autre vêtement d'une personne morte ! »
Un certain abbé de Vassets a voulu dire également son mot sur l'horreur du luxe des coiffures. Son livre, publié en 1694, a des passages assez divertissants, dans le genre des sévérités de l'abbé Boileau, sur ïabus des luidités de gorge. Voici quelques-uns des titres de chapitre : Absolution : Les filles et les femmes immodeslement coëffées en sont indignes. — Astrologie des coiinettes. — Cloître profané par le luxe des coèffeiirs. — COEFFURE A LA MODE : Combien dangereuse aux femmes. — Mariage : Une file coifjée à la mode n'est pas digne de recevoir ce sacrement, etc., etc. (1).
A coup sur, Vassets eût été de ceux qui crièrent au scandale quand l'abbé de la Rivière, le courtisan à la suite de Gaston d'Orléans et qui mourut évêque de Langres, osa (le premier entre les prêtres) donner l'exemple de prendre perruque, chose alors essentiellement mondaine et profane.
(1) Traité contre le luxe dex coiffures (sans nom (l'aulciii-). Paris, Edme Coutciol, 1694, in-8".
perruques.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 223 On tissait bien quelques perruques en Allemagne et ailleurs, mais les plus belles venaient de France, ce lieu de toute diabolique perdition. Et ce devint partout un luxe effréné , pareil à celui de ces barbes postiches que la moitié du quatorzième siècle avait vu naître dans la péninsule ibérique, et qu'un arrêté des Certes, rendu en 1351, sous le roi d'Aragon Pierre le Cruel, avait menacé de peines sévères.
Un édit, donné à Versailles, en janvier 1706, sur le Ordonnances
. -. 1 • 1 . , de Louis XIV
grave sujet des perruques, laissa chacun se nuner a cet sur les endroit comme il l'entendait, mais il pourvut au règlement du prix des perruques de moindre état.
« Déclarons , dit le roi , être du prix de dix livres et au-dessous la perruque commune, brune, courte et sans allonges; du prix au-dessus de dix livres jusqu'à trente livres la perruque brune, tant ii l'espagnole qu'à la cavalière, et généralement les perruques d'abbés; et du prix de trente livres et au-dessus les perruqi^es à l'espagnole et à la cavalière des autres couleurs , et généralement les perruques carrées de toutes couleur et longueur. »
Mépris du brun : le brun était donné. Le blond, on l'a vu, avait une autre ampleur et d'autres prix.
Et l'édit crée des lettres de maîtrise dans toutes les villes , " afin que le public puisse être mieux servi. » Et, « comme plusieurs particuliers sans expérience et sans titre s'ingèrent à faire des pei'ruques, » il est arrêté qu'à l'avenir toutes les coiffes des permques seront frappées d'une marque royale , au moyen de quoi sera tacilement reconnue l'œuvre des particuliers travaillant sans lettres, et partant sans art. Malheur à qui porterait
22V LES TEMPS MODEREES.
une de ces œuvres interlopes! Je fermier préposé à la régie pourrait la faire saisir sur le crâne même du porteur. Et de peur de méprises, l'édit, dans sa mansuétude, accorde un délai de quatorze mois aux vieilles perruques pour se mettre en règle avec le timbre.
En échange de pareils bienfaits, l'État règle assez grassement ses droits ; et comme des cheveux rebelles et malintentionnés pourraient chercher à s'y soustraire, l'œil du fisc suit ah ovo la perruque, et l'enregistre partout où elle passe avant livraison au consommateur.
Les cheveux « Lcs perruquiers , ajoute l'ordonnance, sont tenus
sont cuits de faire déclaration du nom et de la demeure du bouchez les luîiger qu'ils auront choisi pour cuire les cheveux qu'ils
botilanjjers. • . i- ; 7 • . / ; 1
emploieront, ht, de leur cote, les boulangers sont astreints (i tenir registre des pâtés que les perruquiers feront cuire dans leurs fours et de la quantité de perruques que contiendra chaque pâté. »
Signé Louis et plus bas Phélipeaux. Vu au conseil : Ghamillart.
Le grami Le fils aiué/ du grand Racine, Jean-Baptiste, alors
et la perruque sccrctaire auprcs de M. de Bonrepaus, a J ambassade de France en Hollande, et qui n'avait encore que vingt ans (Louis, qu'on appelait Lionval dans sa famille et qui fut auteur du poëme de la Religion, n'était que le second fils), n'attendit pas cet édit j)our se décider à prendre perruque. La mode en était trop inexorable, « Votre père, dit Catherine de Romanet, femme du grand Racine, dans une lettre de ce dernier à son fils, votre père est bien fâché de la nécessité où vous nous marquez estre de prendre la perruque. Il remet cette
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI O.N S. 225 affaire au conseil que vous donnera monsieur l'ambassadeur. Quand votre père sera en bonne santé, il enverra quérir M. Marguery pour vous faire une perruque selon que vous souhaittez. Madame la comtesse de Gramont est bien fâchée pour vous que vous perdiez l'agrément que vous donnoient vos cheveux (1). »
Monsieur l'ambassadeur ayant opiné pour la perruque , le jeune Racine pressait son ])ère ; et celui-ci , atteint de la maladie de langueur dont il mourut six mois après, lui répondait, le 10 novembre :
« J'enverrai cette après -dînée chez M. Margnery. Ne vous chagrinez point contre moi, si je ne l'ai pas fait plustôt. »
Oter sa perruque ailleurs qu'à sa toilette était chose il est
. 1)1 • "^^ mauvaise
aussi peu d'un gentilhomme que d ôter aujourd hui compagnie
. d'ôter
son habit et se mettre en manches de chemise en com- sa perruque. pagnie. Coulanges se plaint, en 1694-, des jeunes gens qui en prennent trop h leur aise :
La perruque en ce temps-cy
Qu'on oste dès qu'elle incommode,
Et le tabac qui, Dieu mercy, i<
Est devenu fort à la mode, \^CI«îtC«-'<-** .!f"»«-"*-^^3'^
Font qu'ils se montrent sans cheveux
Et barbouillez jusques aux yeux (2).
Qu'en eût dit Louis XIV?
On voit par une lettre de Pellisson , en date du
(1) Lettre du 3 octobre 1698.
La comtesse de Gramont dont il est ici question est la belle épouse
du frère du maréchal, de ce fou de Philibert dont le beau-frère, Antoine Ilamilton, a écrit les délicieux mémoires de ton si leste, si fin et si français.
(2) Recueil de chansons choisies [par M. de Coulanges], t. II, p. 1, édition de 1694.