‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 48 sur 127 · FÉLIBIEN · texte numérisé non relu

FÉLIBIEN

(2) Muse historique, lettre vi , il février 1662.

228 LES TEMPS MODEREES.

La ricîiesse et les ornements

Des superbes habillements ;

Bref, les dix-buit grandes entrées,

La moindre valant vingt bourrées ,

Et dont Louis, la fleur des rois,

Paroist à la tête de trois.

Que dis-je, trois? Sans rien rabattre,

Il danse pour le moins dans quatre ,

Se faisant (sans exagérer)

Dans toutes les quatre admirer.

Il représentoit en sa danse :

En l'une la Maison de France ,

Puis Pluton, Mars et le Soleil,

Le dernier dans un appareil

Assez conforme à la manière

Que l'on peint ce dieu de lumière.

Mais surtout furent admirés,

De son clief les cheveux dorés ,

Agencés d'une main habile,

Et d'une façon si subtile.

Que jusqu'à présent nul mortel

!N'avoit admiré rien de tel.

ISotre cher porte-diadème

Les prisa fort, dit-on, lui-même.

Et tous les gens de qualité

Estant près de Sa Majesté.

L'autrice de ce bel ouvrage.

Femme spirituelle et sage, S'appelle madame Touzé, Kom digne d'être éternisé, Puisqu'elle est au monde l'unique Capable de telle fabrique; Et comme elle n'avoit soucy De travailler jusques icy Qu'à faire d'admirables tresses Pour prélats, ])rinces et princesses.

On peut dire avec vérité Que la rare dextérité De cette ouvrière inimitable, Par un sort assez honorable De son art plus qu'industrieux.

En sait faire aussy pour les Dieux.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 229 Ce genre de Ijallets olympiques était entré dans la cour de France avec Catherine de Médicis, qui les faisait composer par Beaujoyeux. Henry IV eut souvent aussi les siens, et après le dégel du grand hiver de 1607 , il fit danser à Saint-Germain , par tous ses enfants et quelques garçonnets , le ballet des Douze Nymphes. Ce fut charmant , et les étrangers qui le virent , dit le bonhomme Hilarion de Goste , « furent contraints d'aduoûer que les lys se desnouënt et font sentir leur odeur premier que les autres fleurs. " Or, notez qu'on «tait au premier jeudi de carême ; mais le roi y fit ^assister deux jésuites , un Italien et un Espagnol, disant que c'était le ballet des innocents qui se pouvait voir en carême. Dansé d'abord masqué, il le fut ensuite sans masque. Le Dauphin , depuis Louis XIII , y ])araissait en Achille déguisé parmi les filles, et la petite Elisabeth de France , alors âgée de cinq ans , enleva toutes les admirations par la précocité de ses grâces (1) . Le Grand ballet du Soleil dansé par Louis XIII n'était qu'une imitation de ces divertissements de Catherine et de Henry IV, dont Louis XIV se fit le contiiuiateur avec plus d'éclat.

Déjà dans le ballet des Noces de Pelée et de Thétis, Ballets

1 , ^ , . . 1 r» °" dansa

danse en 1654, ce souveram avait paru sous la figure Louis xiv d'Apollon, mais avec une perruque blonde.

En 1655, il avait adopté dans le ballet des Plaisirs le caractère d'un Débauché; et dans le ballet âiAlcidiane, dansé en 1658, il avait représenté un Démon et im Maure.

(1) Voir DE CoSTE : Vies et éloges des Dames illiislies, t. I, p 592.

Le [joëte Isaac de Benserade , dont la réputation n'était guère

des ballets ,

Benserade, fondée que sur le pauvre talent des équivoques, 'des merveilles pointes et des turlupinades , comme ses Métamorphoses en rondeaux en fournissent trop d'exemples, a été fort maltraité, à cet endroit, par Furetière, dans son second Factum contre l'Académie française, et c'était justice. Néanmoins, à travers tout le mauvais goût et les fades devises de Benserade pour les ballets de cour, il lui en a parfois échappé d'assez heureuses où il a prodigué l'esprit ; ce qui , à la vérité , ne les a pas fait vivre , parce que l'esprit, quand il est seul, s'évanouit avec l'à-propos. Parmi ses plus jolies est celle qui célèbre la perruque dorée du roi-soleil. Dans le ballet à' Hercule amoureux, il ne lui consacre pas moins de six quatrains; mais pour le ballet de Flore, dansé en 1669, et où le roi parut pour la troisième fois en Phœbus, le poëte s'est surpassé (1) :

Soleil de qui la {jloire accompajjne le cours,

Et qu'on m'a vu loi'tcr toujt)ur»

Avec assez d'éclat quand vostrc éclat fut iiioiiidre : L'art ne peut plus traiter ce sujet comiue il faut ,

Et vous estes monté si haut, Que l'éloge et l'encens ne vous sçauroieiit plus joindre.

Vous marchez d'un jjraud air sur la teste des rois.

Et de vos rayons autrefois L'atteinte n'estoit pas si ferme et si profonde ; Maintenant je les voy d'un tel feu s'allumer

Qu'on ne sçaiu'oit en exjirimer JNon plus qu'en soustenir la force sans seconde.

(1) Voir la sccondi; partie dos OEuvrex de mnnsieiir de Benscmdr, contenant les vers des balets dansez par Sa Majesté. Charles do Scrcy,

Je doute qu'on le prenne avec vous sur le ton

De Daphné ni de Phaëton :

Luy, trop ambitieux; elle, trop inhumaine; Il n'est point là de piège où vous puissiez donner.

Le moyen de s'imaginer Qu'une femme vous fuye , et qu'un homme vous mène !

Voici quelle fiit la distribution des rôles dans le ballet Ballet

-, ^ . d'Hercule

d Hercule amoureux : amoureux.

. , 1 1 r • 7 nisiribution

Première entrée. Le roi représente la Maison de des rôles France. La Valeur, inséparable de cette Maison, parle les entrées. par la bouche du comte de Saint- Aignan.

Seconde entrée. La reine Marie-Thérèse d'Autriche, mariée depuis environ deux ans , représente la Maison d'Autriche. Monsieur, duc d'Orléans, représente V Hymen ; M. le Duc, VAtnour.

Mademoiselle, mademoiselle d'Alençon, la duchesse de Sully, la duchesse de Gréquy, la comtesse de Guiche, mademoiselle de Rohan , mademoiselle de Mortemart, mademoiselle des Autels , représentent la Famillle impériale.

Sixième entrée. Le comte de Marsan, le baron de Gentilly, M. HesseHn fils, M. Sanguin fils, M. d'xUigre fils, figurent en Zéphirs.

Huitième entrée. Le roi danse dans le caractère de Platon.

Neuvième entrée. Le roi représente le dieu Mars, suivi à' Alexandre (Monsieur le Prince), de Jules César (le comte de Saint-Aignan) , de Marc Antoine (le marquis de Rassan ou Rassent , page du roi) .

Douzième entrée. Le duc de Guise paraît sous la figure de Jupiter.

Treizième entrée représentant Vénus et les Plaisiys.

232 LES TEMPS MODEREES.

Le récit de Vénus est chanté par mademoiselle Hilaire,

l'élève et la belle-sœur du célèbre Lambert.

Monsieii7- le Duc, le prince de Lorraine, le comte d'Armagnac, le comte de Guiclie, le comte de Séry, le marquis de Genlis, le marquis de Mirepoix, le marquis deVilleroy, le marquis de Rassan , M. Coquet, dansent le rôle des Plaisirs.

Quinzième entrée figurant les douze Hein-cs delà nuit.

Le comte d'Armagnac représente une des Heures.

Dix-septième entrée. Le Soleil et les douze Heures du jour.

Le roi est le Soleil. Monsieur le Duc, le comte de Saint- Aignan , le comte de Guiche, le marquis de Genlis, sont des Heures.

Dix-huitième et dernière entrée. Entrée des Étoiles.

Mesdemoiselles Mancini, de Brancas et de Bailleul sont les Étoiles. Le Ciel, dit Benserade,

Le Ciel ne fut jamais en Testât (jiiil se treuve, L'on diroit qu'il a mis une parure neuve : De tous ces petits feux l'esclat est pur et fin , Et la ]Nuit aura beau tendre ses sombres voiles, On ne laissera pas de faire du (rhemin Avec la plupart de ces jeunes Estoilles.

Le roi Dans le ])allet des Saisoiis, dansé en IGGl, à Fon-

reprcseiite .•11 -i i-i < 1111 i/->.\

cérts. tamebleau, il remplit le caractère de la blonde Ceres, et c'est là, dit-on, (pi'il devint amoureux de mademoiselle de la Yallière, qui était l'une des Nymphes. 11 représente Dans le ballet des Nopces de village, dansé au château

une fille , . , r^-ii i

lie viiiaj;e de V incenucs en 1663, le roi représentait une rille de bolicmien. village, puis un Bohémien.

Enfin, dans le ballet des Muses, dansé en 1666, il

UTILITE DE TOUTES LES COLLECTIONS. 233 parut en Nymphe, et ce fut la dernière fois qu'on le vit Pour la

- , dernière fois ,

sur le théâtre. il |,arait

" Avant que le roi se lève, dit VÉtat de la France de 1708, le sieur Quentin , qui est le barbier qui a soin des perruques, se vient présenter devant Sa Majesté tenant deux perruques ou plus, de différentes longueurs. Le roi choisit celle qui lui plaît, suivant ce Pptit lever

,., ' 1 1 r ■ J I • ' r\ 11 • •'eîaperruque

qu il a res»lu de raire dans la journée... Quand le roi royale. est levé et peigné, le sieur Quentin... lui présente la perruque de son lever, qui est plus courte que celle que Sa Majesté porte ordinairement et le reste du jour.

» Après la cérémonie du grand lever, le roi se rend au conseil. Entré dans son cabinet, il prend sa perruque ordinaire. Dans la journée, il change de perruque, comme quand il va à la messe, après qu'il a dîné , quand il est de retour de la chasse ou de la promenade, quand il va souper, etc. »

Dans le Joiamal de la santé du roi, tenu par Fagon , Le roi manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale, on A^oit Louis XIV s'enrhumer pour s'être laissé morfondre la tète en essayant trop longtemps sa perruque, et quitter le cabinet des ministres , en prenant son bâton , pour se rendre, comme Argan, à la garde-robe.

C'était chose de conséquence que le choix des che- Une perruque

1 1 • p 1 • 1 'l*^ qualité.

veux dont devait être fabriquée une perruque de qualité; à plus forte raison une perruque royale. Phi- Une perruque

|. . 1 I ^ II- rovale.

lippe V avait perdu ses cheveux pendant une maladie, en 1701. On le coiffait horriblement mal, et la reine lui en faisait la guerre ! On commanda pour lui des perruques h Paris. « Les cheveux dont on les fera, écrivait le marquis de Louville au marquis de Torcy,

234 LES TEMPS MODEREES,

doivent être de cavaliers ou de demoiselles , et M. le comte de Benavente n'entend point raillerie sur cela. // veut aussi que ce soient des gens connus , parce qu'il dit qu'on peut faire beaucoup de sortilèges avec des cheveux (1). >»

C'est ce même comte de Benavente, de la maison de Pimentel , grand chambellan de Philippe V, qui avertit, un jour, en pleurant, le marquis de Louville, de se méfier d'une berline attelée, que la reine douairière, veuve de Charles II, avait donnée au Roi Catholique, et qui devait, disait-il, par l'effet d'un sortilège, devenir caisse d'oraiiger pendant que le roi deviendrait oranger en caisse (2). « Si on l'avait laissé faire, ajoutait Louville, il aurait exorcisé la berline, les mules, les juments, et tout ce qui s'ensuit (3). » Or, ce Benavente était fort de mise à la cour de Madrid.

En mai 1702, la duchesse de Beauvillier écrivait au marquis de Louville : « Hervé m'a envoyé un échantillon de perruque blonde pour le roi. Il dit qu'il y aura pour huit cents livres de cheveux. Ces messieurs sont bien effrontés. Je ne me mêlerai pas de cela. Tâchez que le roi soit en tète naissante pendant la campagne , en attendant que ses cheveux soient revenus. Cela sied bien mieux (4). »

Si à la cour de Louis XIV les })crru(pies avaient leur officier, il en était de même, ])our le dire en passant,

(1) Lettre du 27 mars 1701, dans les Mémoires- du duc de Nouilles, t. II, p. 121. Collection Petilot.

(2) Mémoires secrets- de Louville, t. I, pp. 116-117.

(3) Mémoires de Nuailles. Ihid.

(4) Mémoires de Louville, t. I, p. 258.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 235 des autres détails de la (jarde-robe de Sa Majesté , des cravates et des dentelles, par exemple.

« Le sieur de Miramond , dit VÉtat de la Fratice Garde

«les cravales

pour 1687 (1), est commis pour avoir soin des cravates «l» ro\. du roy. Il a 600 livres de récompense, 1095 livres pour sa nourriture, à raison d'un écu par jour, et 220 livres pour son logement. De plus , quand il va en campagne à la suite du roy, il a 330 livres pour acheter un cheval, et alors, au lieu d'un écu par jour pour sa nourriture , il touche une demi-pistole chaque jour ; et il est payé de tout cela svu^ la cassette du roy. "

« Il plie les cravates du roi et y noue les rubans , afin qu'elles soient toutes prêtes à mettre. Il les présente au maître de la garde-robe. Il attache, tous les matins, les diamants et les manchettes aux poignets des chemises du roy. Il a soin de garnir de coiffe et de dentelle le bonnet de nuit de Sa Majesté, et a entre les mains toutes les cravates , les manchettes et tous les points et dentelles pour le linge du roy. Il a pareilles entrées que les officiers de la garde-robe. »

Généralement c'étaient des coiffeuses qui accommo- Des coiffeuses,

point

datent les femmes. Cependant, avant Louis XIV, et de coiffeurs

|)iiiir femmes.

depuis, on avait vu, de temps à autre, poindre quelque artiste renommé que les femmes avaient pris en fantaisie, goût un peu payen qui relevait la vogue de ces esclaves coifl^eurs de Rome , appelés Cinerarii et Cinijlones, à cause du réchaud ardent qu'ils portaient avec eux, et à qui les belles caj>ricieuses jetaient quelquefois leur miroir d'airain à la tête, quand ils étaient mala-

droits (1). Qui se souvenait ou se souciait, au dixseptième siècle, que le concile tenu, en 305, à Elliberitanuni, aujourd'hui Elvire, dans le royaume de Grenade, en Espagne, eût proscrit l'usage payen des coiffeurs de femmes , et lancé l'anathème contre celles qui contreviendraient à ce canon? « Prohihendum , ne qiia fidelis vcl catechiimena viros cinerarios haheant. Quœcuniqne hoc fecerint, à coninmnione arceantur (2).» Les plus scrupuleuses eussent, il est vrai , pu se prévaloir de l'opinion des casuistes qui considèrent ce concile fameux comme un recueil de canons pénitentiaux à l'usage exclusif des Églises d'Espagne et d'Afrique. Lenglet-Dufresnoy est de cet avis, ce qui est rassurant. Dans tous les cas , on voit par ces défenses canoniques elles-mêmes, combien est ancienne l'institution des coiffeurs de femmes.

A la fin du règne de Louis XIII, brillait, en dépit des coiffeuses en vogue :

La Baransay, la Jeanneton , La Poulet et la lîariton ,

Le coiffeur brillait, disons-nous, c(;t insolent Champagne, qui lut

Chamjiaoïie. i i • • / i' i i

mis en vers j)ar Loret le chroniqueur (3) , cité par 1 abbé de Laffémas (4), par l'abbé d'Aubignac (5), par Talle-

(1) Unus de toto pecravoiat oihe comaïuin Anulus, incerla non Ijcne fixas acu.

Hoc facinus Lalage, sjîeculo <juod videiat, ulla i:st, Et cecidit sectis icla Pletusa coniis.

Martial, II , (56.

(2) Soixante-septiènie Canon.

(3) Muxe /ii<;tu>i(pic. 21 octoliic Kl.lO cl 2 novcmbii' 1().")8.

(4) L'Enfer hiirlc.u/iic, au sixième livre de i Enéide. 16V9.

(5) Illxtoire du temps on Relation du Hoyatimc de Co'juetterle. 1659, ii.-12.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 237 mant des Réaux (1 ), et joué sur le théâtre du Marais (2) . C'était une manière de personnage, de rare insolence, qui laissait telles femmes à demi coiffées, et disait à d'autres, après leur avoir fait un côté : « Je n'achèverai pas que vous ne me baisiez. » Vrai faquin, à mériter aujourd'hui le bâton, et demain célébrant effrontément ses bonnes fortunes , vraies ou fausses. Avec tout cela , dit Tallemant, les femmes le coinçaient, faisaient trophée d'être coiffées par lui , et le payaient follement de cadeaux, car il se donnait les airs de ne point recevoir d'argent. La reine de Pologne, Marie de Gonzague, ne se tenait pour bien coiffée que de sa main. Elle l'emmena à Varsovie , et ce fut lui qui eut l'honneur, avec madame de Sénecé, de poser, devant l'ambassadrice extraordinaire de France, Renée du Rec, maréchale de Guébriant , la couronne royale sur la tête de cette princesse , pour la cérémonie de son mariage , en 1645 (3).

Il n'avait pas tenu aux habitués de la petite cour de l'hôtel de Nevers , et surtout au fameux menuisier poëte , l'ivrogne maître Adam , que Champagne ne fût privé de cette gloire. Dans un voyage qu'Adam avait fait à Paris en J638, étant allé rendre ses hommages à la princesse Marie , il avait été fort surpris de voir la belle chevelure d'ébène de la princesse aux mains de

(1) Les Historiettes , t. V, p. 412 de la meilleure des éditions de Tallemant, celle de M. Paulin Paris, qui y a joint un commentaire fort instructif et fort bien fait.

(2) Voir la comédie intitulée Champcujne le Coèffeur. Paris, 1663, chez Charles de Sercy, in-12.

(3) Mémoires de madatne DE Motteville.

cet homme de mauvais bruit ; il adressa les vers suivants à la future reine :

La beauté qui vous accompagne

Estant digne de tous les vœux,

J'enrage quand je voy Champagne

Porter la main à vos cheveux.

Vous ternissez vostre louange,

Souffrant que cet homme de fange Maistrise des liens qui font tout souspirer.

Et vous faites un sacrilège

De luy donner un privilège De jîrophancr ainsy ce qu'on doit adorer.

Tel monarque pour vous souspire.

Dont personne ne s'aperçoit, Qui voudroit changer son empire Aux biens que cet homme reçoit.

Quittez ce fat et ses remèdes.

Croyez , pour vous désabuser, Que si l'art n'est propre qu'aux laides, Vous n'en devez jamais user (1).

Le fat passa en Pologne , en Suède , et revint avec la reine Christine briller de nouveau à Paris , pour tomber, dans le Midi , assassiné sur la grande route , j)ar des brigands. Le temps seul lui jnait manqué pour mourir à Paris sous le bâton,

Cet original n'eut de pendant digne de lui qu'un certain Bocan , maître à danser des reines de France, d'Espagne , d'Angleterre , de Pologne et de Danemark, favori du roi d'Angleterre Charles T'. Celui-là, goutteux , cagneux , les pieds tors , les mains crochues, enseignait à ravir, et, de seize ans à soixante-

(1) Les Chevilles. 1664, in-4", p. 31.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI 0-\ S. 2^9 dix, il fut sans rivaux, ne montrant qu'aux dames, les aimant à la folie , voulant qu'elles fussent belles , qu'elles lui plussent et souffrissent ses caresses. Voyez la mode : on se l'arrachait comme le coiffeur Champagne (1) !

En 1671, quand la cour était h Saint-Germain, et Les coiffeur

^ de femmes

que la coiffure à l'Hurluherhi était dans sa première détrônent

* les coiffeuses.

faveur, les dames n'appelèrent point des coiffeuses pour se faire écourter les cheveux. La reine et tout ce qu'il Y avait de filles et de femmes de qualité les firent couper par le fameux la Vienne , le baigneur à la mode , qui devint celui du roi , du temps de ses amours avec madame de la Vallière, et fut à la fin investi de la charge de l'un des quatre premiers valets de chambre de Louis XIV (2).

En 1673, quarante charges de perruquiers suivant la cour furent créées. Mais, au commencement du règne de Louis XV, les femmes eussent trouvé de l'indécence à se faire coiffer par des hommes : la pudeur leur était venue sous la Régence. Mais, à la fin du rèpne , un coiffeur de Versailles , nommé Larseneur, Larseneur

]>rodiiit par

avant étalé des poupées à coiffures basses, plut à Mes- Mesdames. dames, filles de Louis XV, qui ne pouvaient souffrir les coiffures hautes. Elles l'essayèrent et le mirent quelque peu en vogue. Les jeunes femmes renoncèrent aux coiffeuses , et celles-ci tombèrent dans le mépris et dans le domaine des gens qui n'avaient point bouche à cour.

(1) Sauval, Anlujuités de Paris, t. I, p. 329. Ce Bocan a donné son nom à une sorte de danse : la Bocaiie.

(2) Lettre de madame de la Troche dans les Lettres de madame de Sévigné, le 4 avril 1671.

240 LES TEMPS MODEREES.

Nous retrouverons plus loin ce Larseneur qui avait un instant fait émeute dans le cheveu.

Les coiffeurs Goiffcurs et coiffeuscs imaginèrent à l'envi pour leurs

et coiffeuses iili/ •• t- -xn-tr

sépuisent œuvres d innombrables denommations, sous Louis AlV

en noms , - i o / • '

bizarres commc SOUS tous Ics rcgucs. Par madame de Sevigne

de coiffures. . J'-> l'ir / / / 1 -rc ^ 1

nous connaissons cleja 1 Huruiberlii , les coutures a la Mongohei^t et à la Paysanne, les Foyitanges avec leurs variétés, et les bonnets à la Bascule. Palaprat cite encore parmi toutes les pièces dont se formait l'édifice capillaire des beautés régnantes : la Duchesse, le Solitaire, le Chou, le Tête-à-tête , la Culbute, le Mousquetaire, le Croissant, le Firmament, le Dixième ciel, la Palissade, la Souris, VEffrontée. Une scène piquante de Boursault entre M. Josse, madame Josse et ses filles, ajoute à cette nomenclature des noms aussi bizarres et aussi ridicules. On peut voir par les Ménechvies de Plante que celle des ajustements de femmes était aussi savante chez les Athéniennes de l'antiquité que chez nous. Elles avaient le Petit linge blanc, VLpi de blé, le Jaune souci, VEtrangère, la Basilique, la Vermilloyine, la Meline, hi Pluniatile, la Cérine, la T?'ansvarente, la Diamantée, que sais-je encore? C'a toujours été l'usage des ouvriers de luxe de donner des noms arbitraires et de circonstance aux inventions de leur industrie , j)our attirer et renouveler l'attention d'un public blasé. Chez nous, un coup de canon tiré , une grande alliance, une comédie en vogue, une peinture nouvelle, un charlatan, un malheur public , tout ce qui fait du bruit, crée des noms de tabatière, de pipe, d'étoffe, d'ajustement, i,:i de coiffure. L'histoire n'a pas dédaigné de rappeler

Sleiukci(jiie. i <> i i i • ' •

cette parnrc, appelée Steinkerque, de la journée victo-

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 2Vl rieuse du 30 août 1093, où los princes de Yendômo et de Conti , emportés par le feu de la bataille contre les alliés , n'avaient eu que le temps de passer néffli^jemment leur cravate à dentelle autour de leur cou (1). Hélas! neuf ans et quatorze ans après, ror(;ueilleux et inepte duc de Yilleroy donnait à la mode anglaise l'occasion de nous rendre coup de canon pour coup de canon ! Général en chef eu Italie , il se laissa enlever à Crémone parles Impériaux, le 1" février 1702, tandis que la valeur de la (garnison française sauvait la ville. Aussitôt on eut à Londres et à Vienne des toupets à la Toupets

à la Villeroy.

Villeroy; et la France, chez qui la chanson est une des justices du peuple, se consola en répétant avec l'armée le fameux couplet :

Palsaiiibleu ! la iiouvolle est bonne, Et notre bonheur sans é{;al !

Kous avons recouvré Crémone Et perdu notre général.

Trop habiles pour ne pas relâcher un homme qui faisait si bien leurs affaires et ne nous laissait que la gloire des chansons, les alliés lui rendirent la liberté; et Louis XIY, qui croyait donner les talents en même temps que les places, le nomma de nouveau général en chef contre les alliés, connnandés par Marlborough, tandis qu'il usait le maréchal de Yillars à une triste guerre contre les paysans des Cévennes. Aussi , le malheureux Yillerov, objet de dérision et de honte pour l'armée, depuis sa déconvenue de Crémone, était-il, suivant son habitude, battu à plate couture, le 23 mai 1706,

(1) Siècle de Louis XIV, par Voltaire.

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