TOME
à Ramillies, journée plus sanglante, plus humiliante, plus cruellement décisive que celle de Hochstett. Parmi ses bagages pillés se trouvait une superbe perruque à nœud ou à l'espagnole dont voulut se parer le vain- Perruques qucur. Au bout de quclqucs jours, il n'était pas à Lon-
àla Ramillies. , , ., i • , • ' «i
dres luie tête un peu bien posée qui n eut sa perruque à la Ramillies. Et les Français de se consoler encore en chantant sur l'air si connu de Vendôme! Vendôme l
Villeroy, Villeroy A foi't l)ien servi le rov....
Guillaume !
Guillaume!
En 1 703, à la première représentation de VAndricnne, madame Dancourt , qui jouait Glycérie, relevant de couches , avait j)aru en robe à la paresseuse , robe lon- L'Andrieniie. guc, ouvcrtc, abattue. Vite on adopta ce déshabillé galant sous le nom à'Andinenne , et l'on mit au rebut les robes troussées et rattachées , qui, la veille, étaient de mode.
Quand, sous Louis XV, Linguet liit rayé du tableau de l'ordre des avocats, on imagina des étoffes rayées qu'on appelait à la Lingnet , et qui eurent une grande vogue, tant avait soulevé de haines cet esprit hautain et acerbe !
i,cs ijiaïuis Les têtes d'hommes dans cette série Louis XIV de
faiseurs , / l • l I
eii (luvcux notre musée , ont passe j)ar les mains des j)liis renom- Louis \iv. mes pour les ouvrages et marchandises de cheveux el singulièrement les perruques : l'illustre Binet, le faiseur du roi, demeurant rue des Petits-Champs; Pascal,
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 2i3 quai de Nesle, au coin de la rue Guénégaud ; Pelé, rue Saint-André ; Vincent, quai des Auçustins; Marfjuery, rue des Saints-Pères ; de la Rose , à l'entrée de la rue Saint-André : artistes avec lesquels il fallait compter, le dernier pour les perruques abbatiales surtout. Là étaient aussi des calottes de toile jaune et de serge à mettre sous les perruques , et qui se vendaient chez un calottier avant sa boutique sous la porte de la cour neuve du Palais. Les calottes ordinaires se trouvaient sur le quai de l'Horlo^je. Ces détails sont confirmés par un curieux volume très-rare, publié en 1691 et 1602, et intitulé : Les Adresses de la ville de Paris , avec le Trésor des alinanachs , Livre commode en tous lieux, en tous temps et en toutes conditions, par Abrahain de Pradel, astrologue lionois (1).
Notre collection possède une perruque in-folio du grand Dauphin , par Pascal; une du janséniste courtisan M. de Cavoie , l'ami de Racine, par Pelé; et par Binet une du « petit Piguilhem » , le « cadet Lausun « , l'aimé de la Grande Mademoiselle : ce modèle des fats de son temps , et qui aurait cru déroger en confiant sa tète vide à un autre fiiiseur que celui du roi.
On regretterait plus vivement l'absence d'une per- Penuqur
d-r • -tT-Ti- 1 I • , »•! ' ., de Louis XIV
j e Louis AiV dans ce cabmet, s n n y en avait sur
ml . -i 111 son portrait
^ du roi, dans la chambre en cire.
même de Louis XIV, au palais de Versailles : portrait
(1) Paris, veuve Denis ÎNvon, in-8'\ Ce nom d'Abraliam du Pradel est un pseudonyme de ]M. de Blt'{;ny, l'auteur du Médecin empiiiijue.
Ce livre a été assez mal contrefait ou plutôt imité et paraphrasé sous ce titre Le Voyageur sincère, par l'Auxerrois Louis Ligeb, auteur d'un grand nombre d'ouvra{;cs utiles, mais médiocres, sur l'agronomie.
de cire, dont la précision et la fermeté de modelé, la vérité de coloris , l'ardeur de l'œil qui est en émail , l'expression haute et saisissante ont quelque chose d'une apparition. Qui n'a point vu^ cette effigie ne connaît qu'imparfaitement le grand roi , ce Jupiter Olympien dont la vaste perruque achève l'imposante grandeur. Le monarque n'est plus à l'âge des perruques d'or et des fêtes théâtrales , où les maîtresses étaient un des luxes du trône. Il n'a plus sur la lèvre cette légère moustache qu'il avait portée depuis sa jeunesse jusqu'en 1700, et qui fut aussi l'un des ornements de Frédéric l" de Prusse. Il a dépassé sa soixantième année, et, incliné sous les reliques, près de la robe austère de la veuve Scarron, atteint de cet immense ennui qui dévore un jour tout ce qui a été grand sur la terre, il pleure de vieillir et redemande ses légions à Varus. Mais à l'air de sa grande figure qui se relève encore, on voit qu'il s'est senti, comme Vespasien , devenir Dieu. Cette portraiture , prodigieuse d'effet et en quelque sorte palpitante , un des rares monuments restés aujourd'hui de cet art fragile des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles , provient du cabinet du comte de Maurepas, et rappelle les effigies d'ancêtres modelées en cire chez les anciens Romains.
Sur raiitpiir L'autcur de ce portrait, Antoine Renoist, à la fois peintre et sculpteur, né à Joigny en 1G31, mort à Paris en 1707, avait commencé par peindre des portraits. Celui du sculpteur Buirette, qu'on voit encore à l'école des Beaux-Arts, et (pii ouvrit, en 1()81, à l'auteur les portes de l'Académie de peinture, donne la mesure de l'habileté de son pinceau. Il fit, en terre
(lu portrait
à |)crruf(ii<'
tic Louis XI V
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 2i3 cuite, pour la chapelle de l'hôpital de la Charité, un beau Christ et la statue d'un ecclésiastique de Dijon enterré dans cette chapelle. Mais c'est surtout le modelage en cire qui lui valut sa principale renommée. Sept fois, de 1660 à 1704, le fier Louis XIV posa devant lui avec la })atience d'un dieu. « Par une bonté particulière, dit le Mercure galant, le roi a bien voulu lui accorder tout le temps qui lui était nécessaire. On y voit un air vif et naturel, auquel il ne manque que le mouvement pour faire croire que c'est quelque chose de plus qu'un portrait. » Finalement le roi le décora du titre de son peintre ordinaire et son premier modeleur eu cire. Toute la cour passa par ses mains, et il en représenta le cercle, tel qu'il se tenait au Louvre (1). Il est probable que c'est ce même ciiambre
1 I ' 1 r 11 /->/ 7 1 ''" Siil)lime
artiste qui avait modèle les ng^ures de la Lhatnbre du off.rte au duc Sublime que madame de Thianges offrit en étrennes par madame
1 1 •»!■• 1 1' ' -irti--^ r\ de TIlianges.
au petit duc du Maine, dans l année Jb/o. Cette chambre était grande comme une table et toute dorée. Au-dessus de la porte , il y avait en grosses lettres le nom de la chambre. « Au dedans, un lit et un balustre, avec un grand fauteuil dans lequel était assis >L le duc du Maine, fort ressemblant. Auprès de lui, M. de la Rochefoucauld, à qui il donnait des vers pour les examiner. Autour du fauteuil, le fils du duc de la Rochefoucauld, M. de Marcillac, et M. Bossuet, alors évéque de Gondom. A l'autre bout de l'alcove, madame de Thianges et madame de la Fayette lisaient ensemble
(1) « Toutes les personnes principales qui composent le cercle de la cour en la manière qu'il se tient au Louvre, sont représentées en cire et vêtues avec tout l'éclat qu'elles y font paraître. » Gazette de 1669.
Benoist
défenilu
contre
la Bruyère.
246 LES TEMPS MODERISES.
des vers. Au dehors du balustre, Despreaux, armé d'une fourche, empêchait sept ou huit méchants poètes d'approcher. Racine était auprès de Despréaux , et un peu phis loin la Fontaine, auquel il faisait signe d'avancer. Toutes ces figures étaient de cire, en petit, et chacun de ceux cpi'elles représentaient avait donné la sienne (1). "
Le bruit du nom de Benoist l'ayant fait appeler en Angleterre, il y modela toute la cour de Jacques II. A Paris , il avait ouvert , rue des Saints-Pères , un cabinet où ses œuvres, toutes coloriées au naturel, comme on disait alors, attirèrent une foule immense, les étrangers surtout , curieux de voir la cour ; et les gazettes du temps sont pleines des admirations des visiteurs. La Bruvère, qui parle de Benoist dans ses Caractères , et qui, je le crains fort, n'avait pas le sentiment des arts plastiques, a méconnu l'art charmant de ce modeleur, et l'a traité à l'égal d'un charlatan montreur de marionnettes ou vendeur de panacée : « B* *, dit-il, s'enrichit à tnonlrer dans un cercle des marionnettes ; B. B à vendre en bouteille l'eau de la rivière. Un autre cliarlatan (2). "
Madame de Sévigné, dans une allusion rapide, ne caractérise que le mode matériel d'exécution des bustes : « Si par un miracle cjue je n'espère ni ne veux, dit-elle à sa fille, vous étiez hors de ma pensée, il me semble que je serais vide de tout, comme une figure de Benoist (3). » La Fontaine, tout en traduisant mot à mot Phèdre,
(1) Menagiana, t. I, pp. 222-223.
(2) Chapitre des Jiif/eiiieiUs\
(3) Lettre (lu 8 avril 1671.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 247 dans la fable Le Renard et le Buste, avait en vue l'une des œuvres du sculpteur en cire, quand il a écrit :
Belle tète, dit-il, mais de cervelle point (1).
Là, il ne faisait non plus allusion qu'au mode d'exécution; mais un connaisseur du temps, l'abbé de Marolles , mentionne avec honneur l'art de notre artiste dans ces vers di(;nes du Jardin des Racines grecques :
C'est Antoine Benoist, de Joignv, en Bourgogne, Qui fait toute la cour si bien au naturel, Avecque de la cire où se joint le pastel, Que de la vérité l'àme seule s'élogne (2).
L'excellent dessinateur et graveur Abraham Bosse, juge sévère en matière d'art , et dont l'œuvre ingénieux est aujourd'hui si fort recherché des curieux, venge de visu avec vivacité les « beaux et surprenants portraits de cire de M. Benoist » .
Si, ajoute-t-il , ceux (fui ont prétendu le inépinser, en avaient vu comme moi, à qui il a donné l'air de la vie par une gaieté souriante , ils n 'auraient peut-être pas été si prompts à déclamer contre une si belle invention (3).
La multiplicité des talents de Benoist a donné le change à quelques écrivains : d'Argenville, Heinecken et Nagler, qui ont fait de lui deux artistes différents, nés la même année, l'un à Paris, l'autre à Joigny. Dans tous les cas, le grand artiste Gérard Édelinck a gravé madame de Montespan d'après un des médaillons de
(1) Fable xiv du livre IV.
(2) Quatrain xxii du Livre des Peintres et des Graveurs.
(3) Le Peintre converti aux pre'cises et uitiverselles réelles de son art, Paris, 1667, in-8".
2i8 LES TEMPS MODEREES.
Beiloist; enfin, les cires de Louis XIV ont trouvé pour interprètes les plus Iiahiles burins de cette triomphante époque de la (jraude gravure française. Au bas de ces gravures réunies, ou a inscrit lui quatrain digne des papillotes du Fidèle Uerger ou des vers de Sedaine, mais que relève l'intention :
Dan» ce» portraits, on voit Louis également :
Il ne iiiaunue plus pour sa gloire Qu'à trouver un auteur qui puisse dans l'histoire
Le peindre aussi fidèlement.
Il faut lire une charmante notice du conservateur du musée de Versailles, JNI. Eudoxe Soulié, sur l'auteur du médaillon de Louis XIV (1). Le talent de Benoist v est apprécié avec une justesse parfaite. Autres «{jures Berlin possèdc quelques figiu^es de cire, notamment celle de Frédéric le Grand (2). Ces figures, assez icGnin'd. bouncs d'cxécutiou , sont fort loin d'égaler l'œuvre de Benoist. Il en est de même d'une figiu'e entière de cire et assise de Pierre le Grand, qu'on voit à Saint- Pétersbourg.
Portrait ^l . le doctcur Waagcn , directeiu' de la galerie de
de Henri IV. . . , ,. i • i /t
peinture a Berun , cite, dans son livre anglais des Galeries et cabinets d'art de la Grande-Bretagne , une tête de Henri IV, de cire coloriée, exécutée, à ce tpi'il suppose, d'après le moule j)ris sur nature. Cette cire fait partie du cabinet de M. le duc d'Aumale à Twickenham. M. \Vaagen eu loue beaucouj) l'exécution et surtout l'expression de bienveillance et d'amabilité. Mallieu-
(1) Chez Montalant-Bouglcux , iMiprimein- à Versailles, 1856.
(2) Il V avait une répétiliou de ce l'n'ih'i ie II au Palais-Hoyal , en
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 249 reusement il ne fait pas coiinaitre le point, si important , de la date de cette oeuvre ( 1 ) ,
Les Mémoires de Bachaumont parlent, sous la rubrique du 8 décembre 1773, « d'une figure de Henri IV, extrêmement curieuse par la vérité de la ressemblance. Elle est en pied , dans les mêmes proportions qu'avait la personne de ce grand roi. La matière dont elle est combinée a permis d'en conserver le coloris et toutes les formes. Les cils, les soiu'cils, les cheveux, la barbe sont naturels et enracinés. On a eu soin d'habiller ce prince de vêtements pareils à ceux dont on se servait alors. Les étoffes ont été faites dans la plus exacte recherche, relativement au costume. En un mot, àl'àme près, c'est Henri IV tel qu'on le voyait de son vivant. L'artiste prétend que cette composition est si bien faite, qu'on n'a rien à redouter des injures du temps pour les différentes substances qui y enti'ent. «
Le procédé d'exécution de cette figure est identiquement celui de Benoist. La tête de Twickenham seraitelle cette même cire du roi Henri? Alors, elle aurait été exécutée sous Louis XV (2).
(1) V. pafje 265 du supplément au quatrième volume. Londres, Murray, 1857.
La figure existait au château de Chantilly avant la révolution de 1848.
(2) Les figures de cire forment de nos jours un des arts industriels du colportage dans le Mexique. Aux marchés de Mexico l'on voit, à côté d'Indiens métis exerçant la profession d'écrivains publics amluilants, d'autres métis, le plus souvent complètement illettrés, qui exécutent en cire, avec l'ébauchoir, des portraits en médaillons ou de ronde bosse, ou bien des statuettes habillées, des crieurs de la ville. Pose qui veut, à des prix minimes, comme on pose, dans nos foires, pour des pliotographes. Ces gens appartiennent plus au métier qu'à l'art, et cependant leurs œuvres, improvisées de la façon la j)lus leste, ont parfois un accent de vigueur et de naïveté digne d'un meilleur théâtre.
Deux hommes Avaiît clc «usser cu reviie les perruques et les coif-
gardent ...
la perriKiiie fures du teuius (le ce dernier roi , il est à noter qu'il Louis XIV '■ , ^ ^
sous fut deux hommes, Bacliaumont et Voltaire, qui s'obs-
Louis XV; . . , . ;
l'uu deux tinèrent à conserver, sous Louis XV, le dernier même
même sous
Louis XVI. sous Louis XVI, la perruque classique à cinq écheveaux, pour ne pas dire à cinq lauriers (1), inventée par M. de Nevers. Arrivé à Paris le dernier jour de janvier 1778, et descendu rue de Beaune, chez le mari Voltaire. de sa uiècc belle et bonne, le marquis de Villette, Voltaire fit pour la première fois toilette entière à la fin de mars, depuis son séjour. « Il avait un habit rouge doublé d'hermine, une grande perruque à la Louis XIV, noire , sans poudre , et dans laquelle sa figure amaigrie était tellement enterrée qu'on ne découvrait que ses yeux brillants comme des escarboucles. Sa tête était surmontée d'un bonnet carré rouge en forme de couronne, qui ne semblait que posé (2). »
Une heure après son arrivée, deux mois auparavant, il était allé « gaillardement et de son pied rendre visite à M. le comte d'Argental, quai d'Orsay, dans un accoutrement si singulier, enveloppé d'une vaste pelisse, la tète dans une perruque de laine surmontée d'un bonnet rouge et fourré, que les petits enfants, qui l'ont pris pour un chienlit, dans ce temps de carnaval, l'ont suivi et hué (3). «
J.J.Rousseau. j j^ Rousscau avait ad()j)té la petite perruque à trois marteaux, et l'a toujours gardée.
(1) Conexpondanre liUcraire Je GniMM, juin 1771, t. VII, p. 266.
(2) lUciiiACMONT, Méin. secrets. 28 mars 1778.
(3) Il/cm. 2 f<;viiiT 1778.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 251 Maupertuis avait rendu célèbre sa perruque ronde et Maupeituis.
courte, composée de cheveux roux et crins poudrés en
jaune (1).
Les coiffeurs d'hommes façonnèrent la tête des sei- Coiffures
.,.>.■ . il lioininp sous
gneurs à ï Oiseau royal, à la Cabriolet, à l Aile de pigeon, i>ouis xv. à la Légère, à l'Aventure, à la Petit-niaitre, à la Con(juérant, à la Plus tôt fait, à la Jalousie, à l'Inconstance, à la Mousquetaire, à la Dragonne, et le reste. Plus tard, on passa à l'Abbé Poupin bien cardé, au Petit-maitre en chenille, aux Délices de l'Angloniane.
Mais une tête de femme fut une palette d'artiste. Coiffures
(le femme.
Que de chrfs-d'œuvre ! Quelle variété d'échafaudages, de boucles, de nœuds, de tortillons! Tour à tour on allongea et l'on raccourcit les cheveux. A partir du règne de la marquise de Prie, un élève du célèbre coiffeur Bligny, nommé Frison , homme de belle humeur et de saillies, fut mis en vogue par madame de Cursav, l'une des divinités de la mode, et devint le faiseur des dames de la cour, qui , voulant imiter les hommes , se firent couper les cheveux à trois doigts de la tète et mirent leur cornette à pouff d'une façon coquette et agaçante (2) :
La Dodun dit à Frison, Coiffez-nioi avec adresse ; Je prétends avec raison Inspirer de la tendresse ; Tignonnez et tignonnez , bichonnez-moi , Je vaux bien une duchesse ;
(1) Mon séjour auprès de Voltaire, par Colini. Paris, 1807, p. 3G.
(2) Madame de Prie, gouvernée par Paris du Verncy, gouverna M. le Duc, premier ministre, durant la minijrité de Louis XV, de 172>i à 1726. Bligny fut en vogue jusqu'en 1730.
Tignonnez et tignonnez, bichonnez-moi, Je vais souper chez le roi (1).
Le mirliton. Toiit à coiip , vers 1740, OU se prit de passion pour les cheveux courts roulés en boucles égales autour de la tête en façon de perruque ronde. Les plaisants appelèrent cette coiffure le Mirliton, et le nom lui en resta. La mode eut bientôt quitté cet Hurluberlu dégénéré qui passa en Allemagne et s'y maintint. Vingt ans après et plus tard , on voyait encore à Dantzig de vieilles matrones de la movenne bourgeoisie promenant avec gravité des mirlitons de couleur brune, chargés de touffes de rubans multicolores, et de jeunes filles souriant, tout enrubanées, sous des mirlitons châtains. Gomme c'était une sorte de luxe voisin de la coquetterie, les mirlitons se dissimulaient, aux jours de prêche, sous des perruques blondes, de peur des foudres sacrés. Ce qui rappelle ces fameuses coiftures du temps de notre Charles YI qu'on nommait des Hennins, et qu'iui fameux carme breton, apj^elé Thomas Corette, poursuivait partout de ses austères et ardentes prédications. C'étaient des coiffures à cornes merveilleusement hautes et larges, car les ouvrages en cheveux ont eu de tout temps leurs hauts et leurs bas. Corette paraissait-il, c'était un sauve qui peut général. A peine était-il parti (jue h's hennins relevaient leurs cornes à
(1) Mémoires de ^laurepa^ , premier ministre. Ces nu'iiioircs , en trois volumes, annoncés comme compilés par Salle, secrétaire du comte, ne sont ni du comte ni de Sallé. C'est un recueil de pièces arrangé par Soulavie l'ainé , et dès lors fort suspect. Paris, lUiisson, 1792, V vol. in-8".
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 253 outrance (1). Les Fontanges de madame de Sévigno n'étaient que des hennins renouvelés.
Dans le musée, le mirliton a sa place; mais on y voit fourmiller la poupée Pompadour, vêtue de nuages et d'azur, la mouche assassine au coin de la lèvre, le bonnet et la rose pompon sur l'oreille; poudrée, enrubanée, chargée de choux et de dentelles. C'est follement divertissant. C'est parfait. Il y a là surtout des affiquets vainqueurs inventés par la Duchapt, marchande de modes qui étalait vis-à-vis du cul-de-sac de l'Opéra, et s'était surpassée pour le mariage de Madame première, en 1739. Ses pompons, que parait la ravissante figure de madame de la Martellière, firent tourner toutes les tètes. C'était justice. On voit que tous ces accommodages , comme on disait alors, ont été exécutés de verve, d'original et de main de maître. La série est signée de la Dufour, de Larseneur, de la Garde et de le Gros.
Ce le Gros avait l'honneur de travailler, en matière M.deSaitine. de cheveux , avec le lieutenant général de police M. de Sartine, qui eut le portefeuille de la marine, au commencement du règne de Louis XVL C'était pour la tête l'homme le phis coquet de ce temps, et qui se piquait d'être le mieux coiffé de France. Il avait la perruque du matin , la perruque du conseil , la perruque du soir. Il avait même la perruque à bonne fortune , ornée de cinq petites boucles flottantes. Trois valets de chambre perruquiers avaient chacun le département d'un format, sous la direction de le Gros, qui seul jouis-
(1) G. Paradix, Annal, de JJvur<fogne; et Jouvekel des Ursiss.
25'f LES TEMPS MODERNES,
sait du privilège de coiffer ce maître difficile et connaisseur. On le frisait le matin , on le frisait le soir ; et si quelque accident avait dérangé l'économie de sa coiffure dans la journée, le fer était mis au feu. On dit que, durant sa lieutenance de police , quand il avait un criminel à interroger , il s'affublait d'une perruque terrible à cinq serpentaux, qui lui donnait l'air des trois juges des enfers. On avait surnommé cet instrument anticipé de supplice : la Sartine ou l'Inexorable. Perrui]iie Lc parlement de Paris , les parlements de province
sous laquelle
s'ensevelissait étaient cliargés de cette immense perruque à laquelle
le président . , .
de Brosses. Didcrot uc pouvait S accoutumer ; et M. de Brosses luimême qui se riait si bien dans sa correspondance des vastissimes perruques carrées sous lesquelles étaient cachés le doge de Gènes et ses sénateurs, s'était vu forcé de s'en affubler comme les autres, quand il fut devenu président au parlement de Dijon. « Voilà pourquoi, disait Diderot, ce président de Brosses, que je respecte en habit ordinaire , me fait mourir de rire en habit de palais. Et le moven de voir, sans que les coins de la bouche se relèvent, une petite tète gaie, ironique et satirique, perdue dans l'immensité d'une forêt de cheveux qui l'offusquent; et cette forêt descendant à droite et à gauche, qui va s'emparer des trois quarts du reste de la petite figure ( 1 ) . »
La Saiiine La Sartiuc passa en Angleterre, le pays classique de
enAii;jici.irc. Ui pcmique. Elle couvre la tête des grands juges. Le lord chancelier assis sur le sac de laine, l'orateur de la (^hamlire des communes, les avocats, ont, en toute sai-
(1) Diderot, salon de 1765.
UTILITE DE TOUTES LES COLLECTIONS. 255 son, la perniquo inamovible. Une des curieuses es- Têtes
.1» r^i'Ti il ' 1 11. '' perruque
tampes ai eau lorte cl H ofjarth représente une assemblée caricatunes (le médecins qu'il intitule « les entrepreneurs d'enterrement ». Ce sont toutes têtes à perruque, et qui, pressées les unes contre les autres , ont l'air d'opiner sous le même couvre-chef, touchant les destinées humaines. Quelques-unes dorment, ce qui rassure.
Ce Larseneur que Mesdames avaient sorti de pair, avait été envoyé à Vienne par la cour de France, audevant de Marie-Antoinette, pour lui prêter ses services, et revint avec la suite de la nouvelle Dauphine. Il la coiffait on ne peut plus mal , à ce que rapporte le prince de Ligne; mais elle était si bonne, que, pour ne pas lui faire de la peine , elle se laissa accommoder par lui pendant plusieurs années ; seulement, dit encore le prince, « la Dauphine, en sortant de ses mains, mettait les siennes dans ses cheveux pour s'arranger à l'air de son vidage. » Le Gros, le coiffeur de M. de Sartine, :m,„ i tranirnie était en pleine gloire, et probablement eût-il eu l'hon- Vmnlm X' neur de remplacer Larseneur auprès de la Dauphine, "^ •" ""^ s'il n'eût été l'une des victimes de la catastrophe de la j)lace Louis XV, le 30 mai 1770, aux fêtes du mariage de cette princesse. Du nombre des victimes fut aussi un descendant de ce célèbre Martin, si renommé pour ses vernis, grandement recherchés encore de nos jours. Il portait le même nom et exerçait le même art, dont on pensa un instant qu'il avait emporté le secret avec lui(I).
Ce fut le grand Léonard, académicien de cocj-f lires Lemiffeur
Li'oiianl.
(1) Voir la Correspondance de Grimm.
et de modes , comme il s'intitulait, qui, libre de toute rivalité redoutable, devint le coiffeur de la reine (1). Il fit une révolution véritable dans le cheveu et transforma les têtes des femmes en monuments d'architecture. Sa réputation devint si bruvante, que le comte de Provence , depuis Louis XYIII , le surnomma le marquis Léonard, pour le distinguer de son frère, surnommé le chevalier, qui se bornait modestement à la coupe des cheveux.
Plus le marquis fut bizarre, et plus la mode applaudit. Tous les événements ])ublics ou particuliers , depuis son entrée à la cour, furent l'occasion des étran- ^jes triomphes des académiciens , et s'écrivirent en quelque sorte dans les coiffiu'es.
Coiffures A la Qucsaco , qui eut sa vogue pendant que Marie-
sous Marie- . . -rv l • / 1 l ii /- •
Autoineite. Antomctte était encore Dauphme, succéda le ioufj au sentiment , coiffure bien autrement brillante et compliquée , où la multitude d'objets qui entrait d^ns sa composition devait se rapporter à ce qii'ou aimait le Pouff plus. Ainsi, le pouff de la duchesse de Chartres avait (le la duchesse tout Ic mcritc d unc biographie. Au lond, se voyait une
de (Jliartres. „ . . r> 1 1
temme assise, tenant un nourrisson, pour ngurer le duc de Valois (depuis le roi Louis-Philippe) et sa nourrice. A droite , un perroquet bec(juetant une cerise , oiseau précieux à la princesse ; à gauche , un négrillon , image de son serviteur favori. Le reste était étoffé de cheveux du duc, son mari , du duc d(? Penthièvre, son père, et du duc d'Orléans, son beau-père (2).
(1) On a j)ul)lié, sous le nom de ce coifrcur, des mémoires aju cryplies.
(2) Uaciialmont, Mémoires. 2G avili 1774.
UTILITE DE TOUTES LES COLLECTIO>" S. 257 A peine Louis XVI, devenii roi, s'était-il fait inocu- Coiffure à
l'iiiociilation.
1er avec ses frères et madame la comtesse d'Artois (1), que parurent les coiffures historiées et emblématiques à Vinocnlation , flatterie à laquelle le grand deuil de cour empêcha la reine de répondre en s'y associant. On eut aussi des coiffures à la circonstance , autre flat- Coiffures terie encore à l'adresse du roi , et qui s'exprimait j)ar circonstance. un soleil essorant de crêpes funèbres, pour symboliser les espérances données au peuple par le règne naissant. Un peu auparavant, on venait d'avoir, par allusion à à riphijjinie. l'opéra de Gluck, le protégé de la reine , la coiffiire à Vlphigénie , couronne de fleurs noires , surmontée du croissant de Diane et d'un voile flottant. Tout à coup , à travers ce bon accord, éclata, l'année suivante, au mois de mai 1775, sous le ministère de Turgot, cette révolte des grains , qui reçut de la légèreté publique le ridicule sobriquet de guerre des farines , et n'en était pas moins le menaçant prélude des scènes de 1780. Les marchandes de modes, qui profitent de tout, lan- Bonnets cèrent des bojinets à la révolte, qui mrent adoptes avec fiireur, et passèrent comme tout passe. L'émeute oubliée, on se sentit encore tout lait et tout miel pour la cour, à cette aurore du règne ; et les femmes, avides de complaire à leur jeune reine qui raffolait de plantes et de fleurs , à son Trianon que lui avait donné le roi , se jetèrent dans les coiffures à l'imitation de toute sorte de fleurs et de plantes. Si bien qu'en étudiant un peu les bonnets, pendant sej)t à huit mois, on eût pu devenir un botaniste passable (2), Le Gros n'eût pas man-
(1) Juin 1774.
(2) Coriespoiidaitce secrète de Metha, V novembre 1775.