‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 5 sur 127 · L'ÉCRITURE EX CHINE · texte numérisé non relu

L'ÉCRITURE EX CHINE

fixées à leur ceinture, comme le faisaient les a]>origènes du Pérou à l'époque de la conquête. Chez les Analogie

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Péruviens, ces nœuds s appelaient quipos, auto(jrapnes les quipos

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étranges dont quelques-uns ont eu les honneurs de la traduction. Qu'était-ce en réalité que cette espèce d'autographes? C'était une correspondance entre deux amants, dans laquelle la délicatesse des sentiments exprimés a révélé toutes les ressources que des moyens aussi bornés pouvaient fournir à l'imagination. Aujourd'hui encore, les sauvages de la Louisiane et du Canada se servent, pour le même usage, d'espèces de chapelets. Le langage des fleurs pourrait être regardé comme une variété de cette langue symbolique.

Si l'on en croit encore les vieilles traditions de la ^^',

caractères

Chine, les caractères v furent inventés par un nommé „ , ^*'"' ,

■^ Ad abord ideo-

Paou-Che. Avant d'être lîhonétiques , ils furent idéo- ciapiuques

II' ou hjjuratiis.

graphiques ou figuratifs, et analogues, jusques à un certain point, aux hiéroglyphes de la vieille Egypte. Les mots poisson, oiseau, tortue, cerf, dragon, éléphant et mille autres, étaient représentés par l'image même de ces êtres, et parlaient aux yeux en même temps qu'à l'esprit. On inventa ensuite certains caractères de formes conventionnelles comme celles de nos animaux de blason. Dès lors, tout homme de loisir, tout calligraphe adroit s'appliqua à donner à ces représentations le naturel et la grâce compatibles avec les formes consacrées ; et quand un talent calligraphique venait à percer la foule, ses écrits étaient recherchés, imités, reproduits sur la pierre ou sur le bronze. Les Mémoires historiques sur les peintres célèbres, par Tchang-Yen-Youen , cités dans VEncyclo-

Le mode (l'écriture rlianjje graduellement.

Caractères figuratifs composés.

pédie chinoise, disent : « Les ministres de la dynastie des Tchéou (1134-256 avant notre ère) instruisaient les fils de l'empereur dans les six sortes d'écriture, dont la troisième était dite « représentant la forme, siang hing. » C'est cette espèce d'écriture qui a donné l'idée de la peinture « lioa » . On sait alors que si l'écriture et la peinture ont des noms différents, leur essence est la même.

Mais les besoins toujours croissants d'une littérature en prog^rès firent à la longue abandonner les formes purement pittoresques de l'écriture primitive. L'invention du papier amena, comme cliez tous les peuples, la substitution d'un pinceau léger et flexible au style de fer; et un nouveau système graphique, compliqué, il est vrai, dans ses détails, mais admirable dans son principe et son application, changea d'objet l'émulation des calligraphes. Plusieurs classes de caractères furent adoptées; et, parmi ces classes, celle des caractères combinés, dont la diversité d'associations produisit autant de significations diverses. Ainsi, la com])inaison des caractères soleil et lune, qui dans l'ordre phvsique expriment clarté, éclat, splendeur, signifièrent, dans un sens moral et métaphori(pi(!, noble , fameux , illustre. L'o«/>// lut figuré par l'union des caractères le cœur et la mort; Vinconstance et la légèreté eurent pour symbole l'union des signes pensée et jeune Jîlle; Jlattcr fut rej)résenté par les signes mot et lécher,- se vanter par montagne et parler. Là encore il y eut analogie entre la Cliiue et l'Egypte dans les opératious de l'esjirit pour la lormalion (h; la Ian{jue. La jjrauuuaire égyptienne de Cliampollion le

LA CALI.IGP.APIIIE CHINOISE. 13

jeune contient en effet une série d'images ou si^jfnes généraux ou spéciaux qui rentrent dans le même système et qui ont servi à déterminer des nuances de la pensée en une certaine classe d'hiéroglyjihes. Par exemple, deux jambes en marche signifient le mouvement; un l)ras exprime la pensée d'action; la représentation d'une mère allaitant son enfant veut dire nourrir; un homme renversé à terre signifie défaite, et ainsi de suite. Des images simples les hiérogramniates allèrent, suivant le caprice de leur imagination, aux images de plus en plus composées.

Du moment que la transformation fut opérée en Chine, le goût des curieux d'autographes reçut une direction nouvelle, et ces curieux composèrent presque toute la partie lettrée de la nation chinoise. N'ayant Écrimre

>• • 11 11 1 !• c jjlionélique.

plus à S inquiéter de la ressemblance des objets, ce rut la symétrie des traits nombreux dont chaque lettre se compose qu'on rechercha; ce fut l'harmonie des pleins et des déliés ; ce fut la vigueur, la légèreté des contours, en un mot, le talent calligraphique, signe infaillible d'une grande habitude du pinceau , d'vme grande persévérance au travail , par conséquent d'une grande érudition , si ce n'est d'un profond savoir. Car, hàtons-nous de le dire, il n'en est point chez les Chinois comme dans nos pays d'Occident, où une belle écriture peut être l'apanage d'un esprit peu cultivé. Chez eux, il v a corrélation nécessaire entre l'ha- Considération

,.,,,,. , . " ,,. . I< qni s'attache

bnete calligraphique et 1 instruction , parce que 1 une a ihai.iieté

,, >/•».. caili-

et 1 autre ne peuvent s acquérir qu en même temps, graphique. et pour ainsi dire par le même procédé , h savoir l'étude, sous toutes les formes possibles, matérielle et

intellectuelle, des grands monuments de la littérature chinoise. En un mot, la calligraphie en Chine n'est pas seulement un art, mais une science. On y possède un grand nombre d'écritures diverses , comme les anciens avaient la moulée, l'onciale, la cursive, comme nous avons la gothique, la moulée, la bâtarde, la coulée, la ronde, l'italique, l'anglaise, etc. On rapporte même qu'un empereur, Kien-Loung, ami des lettres et littérateur lui-même, fit écrire, l'an 1742, en trentedeux espèces de caractères ou écritures différentes, un poëme dont il était l'auteur, et où il chantait iSIoukden, la capitale de l'empire.

Examen Aussï u'cst-il pas Surprenant que, dans les examens

en"chhie rigourcux où, par la collation des divers degrés aux calligraphie, lettres, OU ouvrc aux hommes d'étude la carrière du mandarinat, on attache une égale importance à la composition et à l'écriture, à l'érudition et à une connaissance exacte des parties constitutives de chaque lettre classique. C'est à ce point que, pour ceux qui aspirent à devenir membres de l'académie de Péking, c'est l'empereur en personne qui examine les compositions, qui comj)te les traits des caractères employés, qui vérifie le parallélisme que doivent avoir les lignes de caractères dans tous les sens. On est dojic sur, quand on a affain; à un Hàn-Lin ou académicien , de traiter tout à la fois avec un érudit, un litlérateur distingué et un homme habile dans l'art calMj';raphique de son pays.

liicii entendu, les Chinois ont, comme nous, la (•in\siv(; riipidc, l'c-criliirc [\ main levc-e. Tel pinceau (jui auia (onnc: de beaux caractères à main posée cessera

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