‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 58 sur 127 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

COLLECTIONS DE GAXTS.

Gants dans C'cst surtout Cil [juiits (le pepsonnagcs célèbres qu(!

notre Curieux est d'une richesse incomparable. Il lui reste tout juste assez de sagesse pour se consoler de n'avoir pas ini de ces {j,ants homériques avec lesquels le vieux Laërte s'en^jardait des buissons (2) ; luie paire de ces mitaines épaisses et chaudes que Xénophon , dans sa Cyropëdie, reproche aux Perses dégénérés (3) ; un de ces doigtiers romains employ(?s à la cueillette des olives, ipiand on n'avait pas lu son Varron (4). A grand'peine il est résigné à n'avoir aucun gant de c(! fameux glouton nommé PithvHus, dont j)arle xVthénée, qui ne s'assevait jamais à im repas sans avoir les mains gantées , afin de pouvoir appréhender les mets plus

(1) Juv., X, 147.

(2) " l^aerte rtait rcvr-tu triiiie ])aiivie tunique et ses mains

étaient garnies de gants, a cause des buissons. »

{Odyssée, eb. xxiv, v. 229.)

(3) Xknopiion, Cyropcdir, VIII, 3, 13; VIII, 17. i'.c passage est reproduit pai- Ai iikm;k . Ilb. XII, p. 51.1, t. IV, p. 413 de l'édition des I Jeux- Ponts donnée par SclnveigliaMiser.

(4) « L'olive est meilleure cueillie av<>c la main nue qu'avec li! doigtier ou {;ant. Qi/.r juanu xlrirta , invlior ea iiuie diqilis niidix Icffitnr, ijuam ista <iux cum dii/ilitlibus. » Vaiiiio^ J)e rc riislicii , lib. I, r. 55.

UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 321 chauds, et qui j)ou.ssait la précaution jusqu'à se cranter Pitiiyiius

^ se (;aiile

la langue d'un étui de peau (1). la lanjjue.

Il est probable qu'un pareil lioumie ne manquait ja- v..mitif

. ^ ■ i i avant le repas.

mais de se faire vomir avant de se mettre a table , ne fût-ce que poiu' diner deux fois avec appétit. Et de fait, c'eût été faillir h la politesse, en Grèce, et plus encore à Rome, que de ne pas se pré})arer ainsi avant de prendre place chez un amphitrv'on. Quand Cicérou tlonna une fête à César dans sa maison de campagne de Pouzzoles , celui-ci s'était mis eu règle avant le bain et la table (2).

Un gourmand, (pii mourut d'indigestion, au temps Kxcemiicités de Louis XIY, et qui a été peint ])ar Despréaux dans le ju chanoine Lutrin sous le nom iVÉvrard, Louis-Roger Danse, chanoine de la Sainte -Chapelle par la faveur de la reine Anne, n'avait pas poussé la précaution jusqu'à se ganter la langue; mais portant jusqu'au ridicule la passion de la propreté, il eût mangé, disait Despréaux, des cerneaux à la fourchette. Il avait im surtout qu'il passait par-dessus ses habits quand il se mettait à taille, pour les préserver de la graisse et des sauces , et manger plus vite sans avoir des précautions à prei^dre. Allait-il manger en ville, il se faisait porter cet habit de table, et ne le (piitlait qu'après le repas (3). il était

(1) Deipnnwphiste^ (/'Atiiknék, liv. i, t. I, p. 23 de l'édition citée.

(2) Voir, sur cette coutume de prendre un vomitif avant le repas, SÉsèqce, Consol. ad Helviam, c. 9. « Vomunt ut edant, edent ut vomant. » C'était surtout l'usage de César. Voir Cicer., pro Dejolaro , c. 7, et dernière lettre du livre xni à Atticus.

(3) Voir page 110 d'un Recueil manuscrit intitulé: Mémoires concernant la vie et les ouvratjes de iV. Boileau-Desprcaux , recueillis par Brossetle, de Lyon, avocat. 1702 à 1703. Cabinet de l'auteur.

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