TOME II
322 LES TEMPS MODERISES.
ami du comte de Biissv-Rabutin, et rimait de petits vers entre ses repas. Gants Pline l'Ancien avait toujours à son côté un secrétaire
du secrétaire 'Ti- iii t-<i- /•
de Piino arme d un livre et de tablettes. Ln hiver, ce secrétaire
l'Ane
len.
dé,-Tl
ise.
avait les mains garnies de mitaines, afin que la rigueur de l'air n'enlevât aucun moment au travail. Notre curieux a lu cette histoire dans Pline le Jeune, et a fini par en prendre son parti (1).
Le ceste. En revauchc, à force de recherches, il est venu à
bout de se procurer un débris de ces gants garnis de fer ( clîirothecse ) , dont les lutteurs antiques se couvraient les mains pour asséner à leurs adversaires des coups plus vigoureux (2).- Gants de i;ci;s II a SU également trouver un de ces gants de peau de mouton que portaient les moines sous le règne de Louis le Débonnaire, par ordonnance du concile d'Aix ; puis un de ces gants de cérémonie qui servaient à la collation d'une dignité dans quelques parties de la chrétienté : par exemple, pour l'investiture des évêques, privilège que le concile de Poitiers leur maintint avec l'anneau et les sandales, à l'encontre de quelques abbés dont l'ambition prétendait aussi aux honneurs des petits gants à prélat. Notre collection montre un de ces gants de l'an 1000, tout enrichi d'émaux, de perles, de rubis et d'émeraudcs, pareil îi la paire que possé-
(1) « Ad latus notarius cuni libro et pufjillaribus, cnjus manus liienie inanicis iimniebaiitur, ut ne cœll (juidom aspcritas ulliuii sludiis leiiij)u.s criperct. » Lettre de Plise le Jeine à Mackh, sur la nianiîie do travailler de son oncle, livre III, lettre v.
(2) Cette espèce d'armure, le cette, était aussi faite de cuivre. Vinc. yEu., v. 379-400.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI 0>; S. 323 dait la chapelle de Charles \ I (i), et plus riche encore que ces gants de l'évêque de Saint-Bertrand de Comminges , ornés de broderies dans le goût du onzième siècle , dont le Voyage pittoresque de l'ancienne France a donné le dessin (2).
Venise, nourrie, du temps de ses splendeurs, aux r.idiesse plus fines élégances et parée magnifiquement des dé- de vénise. pouilles commerciales du monde, avait aussi des gants de soie à broderies merveilleuses où l'or et les perles se relevaient en bosse. Elle en avait de dentelles d'une incomparable richesse , et ces dentelles , pour être bien portées , devaient être jaune paille et très-fines. Mais ce que révèle notre collection , c'est le luxe prodigieux des gants vénitiens et espagnols , de peau, à peintures, comme les éventails. C'étaient des paysages, des bergeries, des mascarades, des scènes galantes à ravir, des miniatures de prix. On a bien vu des talons de souliers décorés par Watteau et par Parrocel !
Longtemps les gants ont été des objets de présents plus ou moins riches, ornés de pierres précieuses et de perles. Ils ont surtout figuré parmi les présents diplomatiques dans le seizième et le dix-septième siècle. Notre collection est fort riche surtout en gants diplo- Cams
, . . ,, . (lipIomati(]iies
matiques espagnols et vénitiens , d une variété merveilleuse , et elle possède des comptes d'ambassade de sa seigneurie la république de Venise , où l'article des honnêtes paragiiantes figure pour des sommes considérables, jusqu'au jour où l'usage de la nicotiane y a lait
(1) Viiir l'inventaire de cette cliapclle.
(2) Taylor et DE Caillelx, Voyage du Languedoc, p. CLXxxviii bis
substituer soit des tabatières à portrait et à diamants , soit d'autres gracieusetés officielles. En Portugal, par exemple , la cour avait établi l'usa^je , lors de la remise des lettres de créance d'un ministre étranger, de lui offrir en cadeau âesfj'in'ts du pays, à savoir des lingots d'or enfermés dans une boîte de bois du Brésil. Cet usage, qui se maintint jusqu'en 1824, fut supprimé sous le roi Jean YI , par suite du relus fait par le ministre de France, le vicomte Hvde de Neuville, d'accepter le présent.
Ganis Gants de guerre, gants à porter le faucon , gants de
lie j]iiprre
etijants ducl , gauts dc cour brodés d'armoiries, gants de
de cour.
femme, du seizième siècle, garnis de crevés, pour laisser voir la blancheur de la main et les anneaux; gants de senteur apportés d'Italie, au tenq)s de la reine Elisabeth d'Angleterre, par le beau illustre Edouard de Vère, comte d'Oxford, lesquels n'étaient rien moins que tressés avec des feuilles de roses. Tout est là. Oui, des gants de roses , et la reine en avait été si fort charmée, qu'elle avait vouhi être peinte avec ces gants à la main. La réputation des parfums et des gants de Rome, on le voit par la collection, s'était maintenue au dixseptième siècle, et l'on recherchait curieusement les gants à la Irangipane de la signora Maddalcna, lameuse pour les parlnms (1). Tout auprès on retrouve, dans la même case, une de ces mitaines (pion voit aux femmes vénitiennes dans les mascarades peintes à fresque par Gio-Battista Tiepolo, à la villa Valmarana sur Yicence, et dans quelques j)cintnres de îiOn(jhi ,
(1) V. Lettres (lu Poussin, des 7 octobre 1G4G et 18 oiiobre 1CV9.
mitaines de soie roii{»e, soutachées d'or, inontaiit jusqu'au coude, avec retroussis de velours noir et garniture de dentelles d'or. On retrouve également des {jants de femmes célèbres |us([u'à nos jours ; des gants d'Espagne et de Suède, des gants à pouce doublé de plomb, à l'usage des coupeurs de bourse ; et même, sous verre bien luté, une paire de ces gants empoisonnés si communs , dit-on , au temps de Catherine de Médicis , de Sainte-Croix et de la BriuAilliers.
Toute complète que soit sa collection, notre curieux ne paraît pas avoir jamais trouvé quelqu'un de ces gants où Collin d'Harleville , méfiant de ses goûts d'é- Gants
... de Colliti
conomie et songeant à se raire de petites ressources dHaiicviiie inattendues, avait glissé des louis d'or dans les doigts. Les mois, les années, se passaient sans qu'il v touchât; était-il gêné, les doigts lui faisaient signe, et les gants le tiraient d'affaire. Précaution fataliste qui ra])pelle le bon Rotrou, méfiant aussi de son goût pour la dépense, et qui jetait des louis, comme ressource lointaine, derrière son bûcher (1).
Une case coquette par excellence et parfumée, appelée la case des petites mains, est une des réserves de la collection. Là figment les gants de quelques-unes Les de ces belles mains blanches, effilées, délicates à plaisir, mains oisives qui parlent du bout du doigt, brodent comme des fées, chiffonnent des dentelles et des pompons, lisent en courant les romans et les petits vers, effeuillent les violettes et les roses, et envoient à ravir
(1) Notice r/'A>DPiiErx sur la vie et les ouvrages île Collin d'IIarlkviLLE , en tête île l'édition en qnatre volumes des œuvres de ce dernier.
326 LES TEMPS MODEll^ES.
les baisers menteurs et les petits soufflets provoquants. Il V a là tout un monde de boudoir et de merveilles. Gants Parmi tout cela brillait en un coin cette étiquette :
parFumés
des fétcs Giianti vrofinnati délie f este dei duchi Estetisi di Feri'ara . ducs d'Esté « Gants parfumés des fêtes des ducs d'Esté de Ferrare. »
à Ferrare -ii' !•'- i- -i
^uxvi» siècle. Gcs gauts étaient brodcs et enlummes a souhait. Mais la tradition du détail s'était perdue, et le curieux, maître du musée, n'en savait pas plus long que l'étiquette, vieille comme les gants. Mais voilà que cette année même, un ingénieux archéologue, fouilleur infatigable qui pratique sans relâche les archives de l'Italie et en tire des trésors de science et d'histoire publique et privée, M. Armand Baschet, vient de découvrir tout le secret de ces gants en un vieux manuscrit de la bibliothèque do Modène. Ce manuscrit, intitulé BancJietti, compositioni di vivande et apparecchio générale di Cristoforo di Messisburgo, est de belle main, sur parchemin de choix, dédié au cardinal d'Esté et relié à ses armes. Qu'on ne se figure pas, d'après ce titre, un simple répertoire de viandes et de science de la gueule. C'est mieux. C'est un tableau des étiquettes et cérémonies de table au seizième siècle, dans cette Italie sensuelle et voluptueuse où la vie du graïul monde se passait , comme un décaméron , à deviser, banqueter et danser dans les fleurs. La curiosité et la plume ont de quoi s'exercer sur ce recueil étrange du siècle des grands noms, des grandes aventures, des folies et des petites choses.
Le samedi 20 mai 1529, jour de la Saint-lJernard, dit le manuscrit, sa révérendissime et illustrissime seigneurie (Ion HippoKle d'Esté, al.irs archevêque de
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTIONS. 327 ]\Iilan , depuis cardinal de Ferrare, donna une fête splendide à sa villa de Belfiore près Ferrare, et y convia tout ce que la ville et les châteaux voisins pouvaient offrir d'élégances. Don Hercule, son frère, alors duc de Chartres et de Montargis, depuis Hercule H, et sa brillante èj)ouse madame Renée de France (celle qui aima tant les lettres et crut trop à Calvin et à Marot), puis l'illustrissime François d'Esté et autres seigneurs et grandes dames, allèrent s'asseoir, au nombre de cinquante-quatre, à la ])remière table. Suit tout le détail du service avec les noms des plats : vraies noces de Gamache à faire frémir le palais aux plus fins gourmands. Enfin, au dessert, parmi les sucreries et gimblettes, sa révérendissime seigneurie fit apporter une navicella d'argento toute pleine de chaînettes d'or, d'ornements d'oreilles (abigliamenti d'orecchie), d'anneaux, de gants parfumés et autres gentilezze, toutes gentillesses qui furent distribuées entre les illustres convives : à qui une chose, à qui une autre. Et à ce moment sonnèrent les cinq heures de nuit, et les fanfares eurent leur tour, et parurent vingt-quatre livrées, portant chacune une torche blanche à la main, qui dansèrent une fort belle moresque. Après quoi chacun se retira chez soi , pour bientôt recommencer.
Ainsi, l'on donnait, après le fruit et le vin, le régal de gants parfumés, relevés de broderies, à d'aussi grands personnages que l'illustrissime François d'Esté, troisième fils de Lucrèce Borgia, que le duc héritier de Ferrare, que madame Renée de France, fille de Louis Xn et d'Anne de Bretagne, et depuis mère de cette fière Eléonore, l'amour et le désespoir tlu Tasse.
Prix des {janis Ce geiirc de curiosité a ses prix dans les ventes.
historiques
dans Aux enclières du mobilier du comte d'Arran , le 6 avril
les ventes.
1759, les gants donnés par Henri VU à sir Anthony Denny ont été vendus trente-huit livres sterling dixsept shillings ; ceux cjue son fils Edouard Denny tenait de Jacques I", vingt-deux livres quatre shillings ; les mitaines données à lady Edouard Denny par la reine Elisabeth, vingt-cinq livres quatre shillings. Le tout fut adjugé à sir Thomas Denny, d'Irlande, descendant en ligne directe du grand sir Anthony Denny, l'un des exécuteurs testamentaires de Henri VIII (1); et ces reliques qui avaient fait fausse route en sortant de la famille, y sont aujourd'hui rentrées, ce qui est consolant. La j)erruque do Kant s'est vendue beaucoup plus cher : elle a atteint trente mille florins à la mort du philosophe. Il est vrai qu'elle n'a plus été payée que douze mille écus à l'une des dernières foires de Leipzig. Le système de Kant baisse dans l'opinion. Faut-il en dire autant de la philosophie de J. J. llousscau, dont les sabots, vendus à la même foire, se sont donnés pour dix écus (2) ?
Gants J'ai eu moi-même ce bonheur de contribuer à la pré-
la roin. Aune cicusc collcction dc gauts dc mon ami , en y déposant mon tribut à la case du dix-septième siècle : savoir un gant à hautes manchettes de la belle main de la reine
(1) V. Présent xlate oftlie Republic ofLellers, t. X, p. 289. Cf. Mont- FAL'Co:^, Hloituineiits de lu tnitiutrchie française , t. II, j). xviii , n"l, pour le {jaiit à poignet dciitcli'- d'un fils de Louis VIII; le même ouvrage, p. XVI, pour le {jaiU du poitrail en [)i(;d de lMiilij)pe le Ihm; SiiAW, J)res.<!e.i and Décorations, t. 1, pi. IX; Vii.lk.min , Monuments inédits, t. I, ji. xxiii; Atlas de Dlsommeiiaiiu, pi. VI du «liap. vi.
(2) Voir Mémoires de QuESNÉ, t. II, p. 321.
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI O.N S. 329 Anne d'Autriche, envoyé en Espa^jne pur cette j)iiiicesse, an chic d'Arcos, comme; échantiUon ponr en connnander d'autres. Cliose cnriense! cette reine Anne, si ^ente et si délicate qu'on s'inquiétait à ^Madrid commejit elle pourrait coucher dans des draps de toile de Hollande, avait supporté ces {jants <pii sont de peau un peu forte. Dans tous les cas, rien de plus authentique : le fjant est dûment accompa^jné de la lettre autographe de notre belle souveraine. Après deux pages d'affaires sérieuses, vient un j)ost-scrij)tum ainsi conçu en espagnol : « Monsieur le duc et compère, je vous envoie ci-joint un gant qui servira de modèle pour la douzaine que je vous prie de vouloir bien me faire parvenir. »
Celui-là n'est pas, dans la collection, le seid (jui ait ses authentiques. Il en est d'autres encore, accompagnés de leurs lettres d'envois, devenues célèbres. Ce sont de ces gants de peau de chien , simples ou couverts de chevrotin et garnis de boutons de perles, produit galant pour lequel l'Espagne de Philippe II s'était rendue fameuse, et que sa nouveauté avait mis à la mode dans le grand monde européen.
«J'envoie à Votre Seigneurie, écrivait à madame L-itieiienvo; Knolles l'ancien ministre du Roi Catholique, Antonio ,ie êhien Ferez, qui fuvait en Angleterre et surtout en France Knolles
1 I . • 1 1 ., •> . . par Antonio
les colères jalouses de son maître, « j envoie a Votre Perez. Seigneurie des gants de chien , présent indigne de paraître devant ses yeux. Mais la grâce avec laquelle je l'ai vue accepter d'un pèlerin une conque de la mer, m'encourage et me rassure, d'autant mieux que ces gants sont parfumés des senteurs les plus suaves, les plus estimées en la terre comme au ciel : l'Amour et
330 LES TEMPS .AIODERAES.
la Foi Il est peu de foi telle que la mienne, éprouvée
à tous les combats de l'adversité : c'est pour l'avoir tenue haut, qu'aujourd'hui je me vois errant et pèlerin. Ces (jants, madame, sont tirés d'un chien, l'animal le plus vanté pour sa fidélité. Que Votre Seigneurie daigne m'accorder ce nom avec une place dans ses bonnes
grâces Et si de ma personne je ne puis être d'aucun
service , ma peau du moins pourrait être bonne à faire des gants.
» Le chien et serviteia^ de Votre Seigneurie ,
« Anton. Ferez. »
Tout ce phébus paraît d'invention si charmante à Ferez, qu'il le renouvelle presque en pareils termes à lady Riche , sœur du lord Essex :
Autre envoi " J'^ii rcssenti tant d'affliction, lui écrit-il, de n'avoir de chien p^s SOUS la main les gants de chien désirés par Votre
à ïady Rkhe. Seigneurie , qu'en attendant l'arrivée de ceux qu'elle a demandés, je me suis résolu à me sacrifier pour son service et à écorcher un peu de ])eau de la plus délicate partie de moi-même, si tant est qu'il se puisse rencontrer de la peau délicate sur chose aussi rustique que ma personne. Enfin, l'amour et le dévouement au service de sa dame peuvent faire (pi'on s'écorche pour elle, et que de sa j)ropre peau on lui fasse des gants. Mais saurais-je m'en j)révaloir anj)rès de Votre Seigneurie , quand c'est chez moi une habitude dem'écorcher l'àme pour ceux que j'aime? Et si la mienne se pouvait voir aussi bien «pic mon (•()rj)S, on vcri'ait l'âme la plus déchirée , la chose la j)lus lamentable du
UTILITÉ DE TOUTES LES COLLECTI O.N S. 331 monde. Les {jants sont de chien, madame , et pourtant ils sont de moi, car je me tiens pour chien , et je supplie Votre Sei{>neurie de me tenir pour tel , par ma foi comme par ma passion à son service.
» Le chien ëcorche de Votre Seigneurie (1),
» AxTON. Ferez, »
Telles sont les sublimes fadaises cpii sont attachées en autographe à des gants qui , pour avoir été à la mode , n'en sont pas moins d'assez piètre apparence.
Pur gongorisme, à coup sûr, qu'un pareil entortillage de phraséologie, mais curieux à observer à cette époque oiï l'on ne saurait méconnaître les funestes origines du style précieux qui infesta les ruelles et notre littérature épistolaire au dix-septième siècle. La faveur du roi Henri IV avait mis Ferez à la mode. On lut ses Mémoires, ses Relations et ses Aphorismes, qui ont tout le parfum d'une bonne langue castillane ; on
(1) « Yo me lie resuelto de sacrificaiine por su seruiçlo, y de
desoUar de nii vn pedaço de mi pelleju de la parte mas delicada que he podido : si en cosa tan rustica como yo puede liauer pellejo delicado. En fin esto puede el amor, y el desseo de seruir, que se dessuelle vna persona su pellejo por su seTiora : v que haga guantes de sy. Perô non lo tenga V. S. à niucho en my, que el aima suelo vo desollar por quien amo. Que si pudiesse verse, como el cuerpo, la mia, se veria vna aima la mas lastimada, y lastimosa cosa, que jamas se ha visto. De perro son, Senora, los guantes, aunque son de mv, que j)orperro me tengo, y me tenga V. S. en la fee, y en el amor à su serviçio.
» Perro desollado de V. S.
« Anton. Ferez. «
Les deux lettres sont imprimées dans le recueil de Ferez, intitulé : Carias de Antonio Ferez secretario de Estado , qve fve del Rey Catholico don Phelipe II de este nombre. Para diuersas personas despues de su salidu de Espana. Faris, 1624. In-4". F. G4 et 65.
lut surtout ses Lettres, dout le mauvais (joùt (le uiauvais yoùt a tou)ours cliauce Je réussir) fit fureur alors que l'avènement de l'Espagnole Anne d'Autriche eut fait ouvrir partout des cours de langue espagnole. Chacun devint GastiUan à la guise de son propre génie : Corneille le fut par le côté le plus élevé; Voiture, Georges de Scudérv, l'hôtel de Rambouillet, se réservèrent tout le côté de l'afféterie, déjà infiltrée par les concetti itaViens. Ferez est-il sérieux, badin ou simplement familier dans ses Lettres, il n'y laisse plus rien entrevoir de l'esprit sévère de l'homme d'affaires , rien de l'écrivain des Mémoires et des Apliorismes pohtiques et sociaux, et le Ijadinage de ce conspirateur émérite tourne en poudre de senteur. En vain essave-t-il de se moquer de ce qu'il appelle les alchimistes, les distillateurs cV esprit, il est lui-même plus quintessencié que personne; il charge la fureur de ses hvperboles de tous les excès, quand il fournit les grands de parfums, de gants, d'auibi'c blanc, de cure-dents, de recettes et de collyres. Voiture a beau se trémousser, ses envois délions du Maroc à la lionne Paulet, ses bouquets et poulets les plus travaillés, tout remplis de feux, de soupirs, de flèches et de cœurs navrés, même son fameux envoi de galands, n'atteignent pas en bizarrerie les billets alambicpiés de Ferez.