CABINET DE GUY PATIN
bijou : l'oraison funèbre d'une vieille sorcière de fille nommée Aurillot, béate confite en toutes pratiques dèvotieuses et ligueuses. Il en tire, avoue-t-il , un exemplaire de la pochette d'une dévote de la Ligue, sans doute pendant la piéoccupation d'une élévation pieuse ou la distraction d'un petit somme de la dame, n'étasit pas possible d'en recouvrer autrement, parce que l'allié de cette fille, conseiller du Roi, maistre des comptes, Acarie, qu'on appeloit à Paris le valet de la Ligue, en avait retiré toutes les copies et n'en faisoit distribuer qu'à ceux qu'il savoit être bien avant dans l'Union (1). L'Estoile tressaille à sa conquête. Il serait homme à prendre un passant à la gorge pour lui arracher quelque recoupe autographe ou imprimée, et s'en irait dormir sur un oreiller de ses dépouilles. Voilà l'Estoile; voilà le Curieux. Guy Patin. Que n'aurait point fait Guy Patin, le bourgeois franc,
énergique et salé, emporte-pièce et fort en gueule, pour surpasser les riches iiibliothèques médicales de Morcau, de Riolan, de Mantel, et compléter la série des thèses de médecine dont il faisait collection! Il eût donné la robe de son maître Rabelais pour remplir une de ses lacunes, et ramasser des lazzi, des satires, des diatribes contre les pharnuicopoles , dont le meilleur n'avait Salins. p^is même pour lui de l'esprit à fleur de tête. Il y avait aussi un médecin de ses amis, nommé Salins, grand
(1) Journal de l'Extoile. Cet Acarie était le mari dniic Harl>e Aurillot, qui , après In inurt du niaitrc- des comptes, entra en relij'ion, en l'an 1614, au monastère des Carmélites d'Amiens, et est mort(>, l'an KilS, en opinion de sainteté. Elle portait le nom de stcur Mûrit; tic l'Iiictirnation. Son éloge est partout.