‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 78 sur 127 · CABKNET DK LA CROIX DU MAI .NE. W · texte numérisé non relu

CABKNET DK LA CROIX DU MAI .NE. W

Curieux de nouvelles à la manière de l'Estoile , et qui en tenait journal. Déjà il en avait fait plusieurs volumes fort substantiels, malins, instructifs à réjouir Rabelais. Malheureusement cette mine précieuse d'informations, restée en cahiers volants, a été divisée et perdue. Ce Salins était un homme de trempe moins forte que Guv Patin, mais disj)osé comme lui à se consoler de (piitter ce monde, pourvu qu'il trouvât dans l'autre Aristote, Platon, Virgile, Gicéron et Galien (1).

Entre les plus anciens Curieux et les plus passionnés cabinet qui ont exhumé des documents historiques et en ont du MainT compris la valeur, est ce François Grudé, sieur de la Croix du Maine, si lestement traité par le cuistre or- (^{ueilleux Joseph Scaliger. Cet homme fut lui de nos plus laborieux bibliographes. 11 a donné le premier volume d'une Bibliothèque Française contenant le catalogue général de tous les auteurs qui avaient écrit en français depuis cinq cents ans. Ses collections lui avaient été d'un grand secours pour cette œuvre, et il y aurait puisé de nouveau à pleines mains, pour une encvclopédie dont il avait conçu le plan. Incessamment préoccupé de prélever, en chaque genre, la fleur des mortels, comme disait Pline l'Ancien, il avait fait appel à tous les savants, à tous les Curieux de l'f^urope, s'était prociu'é une quantité considéraljle de livres , de manuscrits grecs, latins, français, espagnols, italiens, et il avait fait son entrée à Paris, en mai 1582, avec trois charrettes chargées d'imprimés et de manuscrits,

(1) La maison de Guv Patin était à Curincil , en Parisis. Elle existe encore, et appartient aujourd'hui à la célèbre cantatrice madame Catalan.

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parmi lesquels les autographes se mêlaient iimombrables. Tous ces trésors, qui eussent ouvert à lui comme h d'autres de riches et nombreuses sources de l'esprit, devinrent stériles ou du moins se dissij)èrent du jour où la main d'un ligueur, qui le soupçonnait de professer les principes de la réforme , le tua d'un coup de poignard, à Tours, en 159"2. Il n'avait encore que quarante ans.

A cette époque où le pays était en proie à toutes les Cabinet couvulsions intérieures, l'Estoile ramassait à sa ma-

des frères . , , , , il- i

Dupiiv. mère, comme ou 1 a vu, des collections de tout genre. En même temps, le conseiller au Parlement de Paris Claude Dupuy (1) fo)idait son cabinet si célèbre. Lié d'amitié avec Turnèbe, Lambin, Daurat, Cujas, desquels il avait suivi les leçons; en amitié avec Montaigne, qu'il avait connu aux grands jours de Guyenne ; avec le président de Thou, son parent; avec Nicolas Rigault, avec du Bartas; avec Pierre Pithou et les autres écrivains salés de la Satyre Ménippée, avec les frères Sainte-Marthe; en lui mot, avec tous les beaux esprits et la plupart des hommes d'Etat de réj)oque, il accumulait des monceaux de manuscrits d'histoire, de politifjue, de généalogie, de diplomaticpie; des myriades de lettres grecques , latines , françaises et italiennes des plus grands personnages contemporains, sur les points importants de la littérature et des sciences. Ses frères puînés , Pierre et Jacques , conservateurs tous deux de la Bibliothèipie royale, ajoutèrent encore à tant d'acquisitions précieuses où était allé se fondre,

(I) >;<'• A T'.iri-; en 15 V5, mort on 1594.

CABI>ET DES F II EUE S DUPUV. 4H

comme en un vaste fleuve , le tribut d'autres collections : et celle de Loménie de Brienne, (jui donna les ori(;inaux et (j,arda des cojues , mais dont j)artie des originaux est allée s'égarer en Angleterre, au Musée britannique; et celle du précepteur de Louis XIII, Nicolas Lefebvre , et celle des de Tbou , déjà rehaussée du cabinet de Scévole de Sainte-Marthe; et celle d'Antoine de Loménie de la Ville aux Clercs, sans compter quelques débris égarés des vastes recueils du malheureux la Croix du Maine. A la mort de JacfjUes , le dernier survivant des frères, tout le cabinet passa, par succession, à des collatéraux qui le vendirent, en 1720, au procureur général J(dy de Fleurv, et celui-ci le rétrocéda, en 1734, à la Bibliothèque royale. Il en forme, aujourd'hui, avec ini don particulier de Jacques au roi, l'un des fonds les plus magnifiques, qui ne s'élève pas à moins de neuf cent cinquante-huit volumes : mine Lacoiiecti inépuisable, fouillée sans relâche depuis plusieurs siè- a 958 volumes clés par tout ce qui tient une plume, et dont cependant tous les filons ne sont pas connus encore de la Bibliothèque elle-même. Curieux complaisants, eu même temps que travailleurs infatigables, les Dupuy prêtaient et empruntaient des manuscrits. Comme je l'ai rappelé en un autre écrit où je touche incidemment ces sortes de sujets (1), les Curieux d'autrefois, à l'exemple du célèbre l)ibliopliile Grollier, qui inscrivait sur tous ses livres, lo. Grollei-ii el Ainicoruvi, n'avaient (;uère de recueils d'autographes fjue poui- l'usage de la science et

une richesse non encore (imisée.

(1) Réponse a une incroyable atUnjue de la Bibliotliè//ue nationale touchant une lettre de Michel de Montaigne. Paris, 1851, p. 90.

442 PORTEFEUILLE DE MADEMOISELLE DE GOURNAY. de l'histoire , et les mettaient sans scrupule à la disposition de leurs amis. Le {}oîit des collections, en tant que puies curiosités, était fort restreint à cette époque. Quand celui-ci ou celui-là venait à être enlevé, le mort saisissait le plus souvent le vif, et les restitutions ne Les Dupiiy suivaicut pas toujours le décès. De son côté, on possé-

prt'-taient

leurs dait des recueils ou des lettres qui a])j)artenaient au

mamisciits ^ ^

poiu l'étiuie. défunt, et qu on ne rendait })as : cela faisait compensation. C'est ainsi que les Du[)uy avaient incessamment dans la circulation savante des volumes de leur grande collection qu'ils prêtaient pour l'étude ou poiu* la copie. Gela résulte du témoi{;na{;'e de l'Estoile, qui le dit dès le début de son Journal, et le répète |)lusieurs fois ailleurs, car il leur faisait de fréquents emprunts. On voit même en un lieu de ce même Journal , (pie Pierre Dupuy possédait plusieurs lettres autographes de Rabelais , qu'il prêta un jour à l'Estoile ; la collection Dupuy n'en contient plus que des copies. En outre, il manque en totalité quelques volumes. Par contre, elle s'est enrichie de plusieurs volumes et dossiers ami'coriim. La Bibliothèque se garderait de les rendre aux collections de particuliers où ils font défaut. Mais que les volumes qui manquent à la collection Dupuy, et ne sont puuais entrés chez elle, ai(,'nt l'imprudence de paraître en vente, le vendeur court grand risque d'un procès en revtMidication.

On a vu (juc la religion tlu souvenir j)ortait Montaigne; à garder l'écriture, même la signatvue de ses ancêtres et de ses amis, et tel est en général le premier fondement des collections. Sa fille adoptive, la savante Marie de Jars, demoiselle de Gournay, suivit cet

CABINET DES CO-MTES J)E l'.ETlIUNE.

exemple. Elle fit plus, elle jjartla toutes ses coirespon- Marii.i. .i^rs,

, . demoiselle

dauces, et le Père Hilanou de Coste rapporte qu à la mort «le Goumay,

conserve

de cette uolde fille ou trouva daus ses papiers des lettres <ies lettres. des cardiuaux du Perron, Bentivoglio et de Richelieu; de saint François de Sales, de Henry-Louis de Chasteigncr de la Roche-Posay, évéque de Poitiers; de Godeau , évéque de Grasse; de Charles T"'', duc de Mantoue; de Louis de Valois, comte d'Alais ; de Charles de Gontaut, duc de Birou; du président Jeanuin, de Scipiou de Gramont, de Juste Lipse, de Balzac, de Daniel Tleinsius, de iNIavnard, d'Anne-Marie Schurniann, de Marie Bruneau, dame des Lo^jes, et de quantité d'autres dont tous les originaux passèrent aux mains de la Mothe le Vayer, historiographe du roi.

Les lettres personnelles furent aussi la base primitive de la collection qui porte le nom de Béthune à la Bibliothèque impériale, et qui a été commencée })ar Philipp(.', comte de Bétliune, de Selles et de Charost, frère puîné de Maximilien de Béthune, duc de Sully. Fortemplov*' Collection

,1 11 1 1 ■! • ' , 'I" comte

a la guerre et dans les ambassades, u avait conserve de Kétiuiue ,

, , 1 ' 1 1' rp ""^ '^^* plus

avec ses papiers prives toutes les dépêches d omcc iiia;jiiiK.jues

,., . P . . . , . <{iii aient été

qu II avait reçues, se taisant ainsi un cartulaue pei - formées. sonnel, à défaut de celui de sa famille, qui était demeurti aux mains de son frère aine. Autour de ce noyau déjà assez considérable, il avait groupé des lettres de princes, de grands seigneurs, de guerriers, de savants; et ces lettres sollicitées passionnément de toutes parts, recueillies de toutes mains, il les avait amassées en nombre d'autant plus grand, que ce genre de recueil occupait moins le goût général, et que ce qui se V(Mid si cher aujourd'hui, se donnait alors pour rien. Il était ambas-

444 CABI^"ET DKS COMTES DE liÉTIiU^F.

sadeiir à Rome quand ie fils aîné do l'illustre historien Jacques-Auguste de Thou, François- Auguste, depuis décapité par Richelieu qui ne sut pas gouverner sans faire couler le sang, traversa la Ville sainte, lors de son voyage en Levant. Il reçut le jeune et savant voyageur avec toute la distinction qu'appelait sa personne et que crommandait le renom de son père, et de Thou fut émer- Aeillé de l'art du Curieux pour attirer à lui les documents. Il l'exprime dans une de ses lettres. Et, de fait, tout cédait à l'ardeur de cette passion. Monuments contemporains ou anciens devenaient inévitahlement sa conquête. Partie des archives même des Borgia était Son fils allée se fondre dans ses portefeuilles. Son fils Hippolyte

continue i-r,/i ■ • > i rii

la collection, dc Bcthuue, qui était également fort de la cour et avait suivi Louis XIII dans ses plus importantes expéditions, (|ui avait fait merveilles aux sièges de Montauhan , de la Rochelle et de Corbie, et ne mourut qu'en 1665, à l'âge de soixante-deux ans, ne fut pas moins passionné que le créateur de la collection pour l'enrichir.

Son adresse Habile à sc glisscr dans toutes les bonnes grâces, il avait,

à tout faire , , . . . . i / -n

venir à lui. comuie SOU })èie , léussi par uisinuation à dépouiller tous les portefeuilles. Correspondances de souverains, de j)rinces, de princesses, de ministres, de seigneurs, d'écrivains, français et étrangers; dépêches, m-gociations, extraits, copies, nuMUoires hisloritjues, (l('j)uis le quatorzième siècle jusfpi au dix-septième, tout alla s'entasser sans beauconj) d'ordre dans ce gou lire de Cnrieux. La Ci'ande Mademoiselle dit,j(.' ne sais à ([uelle occasion, en ses Mémoires, qu'elle ne peut donner hî texte d'une hîttre que lui a écrite Monsieur, son père, j)arce (]u'<!lle en a fait présent à M, de Bélhune. De son côté, Michel

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