n . 1' . • 1 M 'I ornée d'auto
produites d après 1 écriture de personnages célèbres. graphes. Lors de la dernière descente de l'expédition galloanglaise à Canton, en 1858, le gouverneur général de la province fit prier les chefs alliés d'ordonner que les pagodes fussent respectées. Son vœu a été accompli.
On comprendra qu'on n'ait pas eu les mêmes égards pour le palais personnel du général tartare Moncktanar. M. le baron Gros en a fait enlever une inscription solennelle montée dans un cadre de deux mètres de long sur un de large, cadre de bois d'un admirable travail. L'inscription, en caractères gigantesques, signifie :
QUAND L'OCCASION DE FAIRE LE BIEN SE PRÉSENTE, SAISIS -LA, ET REMERCIE LE CIEL.
Le Chinois ne ménage pas la splendeur morale de ses sentences; mais le mensonge est sa vertu.
Comme musée autographique, on vante surtout un Temple dédié grand temple de Péking dédié à Confucius. Celui-là, tapissé de même que le palais de Pan-Se-Tchen et la pagode de .ipsenipeieurs Canton, n'a également pour toute décoration que des ,ie ce pancartes d'autographes. Malheureusement, nulle re- P " """i' ^*'lique ne s'y trouve de la main de cet immortel philosophe, qui mourut cinq cents ans avant Jésus-Christ. Ses autographes se sont perdus, quoiqu'on en ait de deux cents ans plus vieux. Si la nation eût eu ce bonheur
18 LA CHIINE.
d'en posséder encore de Gonfucius, ils seraient conservés religieusement dans ce temple, comme se conservait autrefois dans la citadelle d'Athènes l'olivier sacré que, suivant la tradition. Minerve elle-même avait donné à l'Attique , et qui , selon Pline l'Ancien , fleurissait encore de son temps. Les pancartes des murailles du temple de Péking sont de l'écriture des empereurs qui ont régné en Chine depuis deux mille ans.
C'est en effet une coutume qui remonte aux temps les plus anciens, que tout empereur, en arrivant au pouvoir, écrive de sa propre main deux sentences à la louange du grand Koimg-Tseu ou Koung-Fou-T seu, dont, par corruption, nous avons fait un savant en us, en l'appelant Confucius, et qu'il les suspende lui-même en ex-voto dans le temple consacré au plus sage des Chinois. Ainsi s'échelonnent, avec les âges, les chapeaux des cardinaux sur les murailles des églises de Rome dont ces cardinaux ont été les titulaires.
L'empereur Khang-Hi a fait plus, il a composé des commentaires sur les livres canoniques du grand philosophe.
Mais cet hommage à Koung-Fou-Tseu n'est pas, dans la pensée des peuples de la Chine, un vain souvenir d'étiquette , c'est comme un serment prêté par la puissance au génie modeste du bien. Et, chose digne d'étonnement et d'admiration ! tandis que, dans notre Europe, l'orgueil d'un vainqueur jouit des débris de la ruine du vaincu; tandis que la guerre et le fanatisme religieux ou j)olitique brisent les statues, broient les inscriptions et les épitaphes de leurs ennemis , traitent les vivants comme s'ils élaient morts, et les morts
PRIÈRES AUTOGRAPHES DES EMPEREURS. 19 comme s'ils étaient vivants ; jamais en Chine les nombreuses révolutions qui ont amené tant de changements de dynastie n'ont profané cette collection précieuse. L'élève d'Aristote, le grand Alexandre, fit épargner, dans le sac de Thèbes, la famille de Pindare et la maison qu'il avait habitée ; là , c'est un peuple tout entier Respect
des peuples
qui montre le même respect pour le nom de son philo- pour
la mémoire
sophe, qu'il appelle par excellence le Père, tant fut tou- de Confucius. jours générale et profonde la vénération des races diverses de la Chine pour les reliques du génie ! On ne voit nulle part qu'aucun temple de Confucius — la véritable incarnation chinoise, en quelque sorte le dieu domestique entre les dieux — ait été violé, tandis que cela est arrivé souvent en Chine aux pagodes bouddhiques dédiées au dieu indien Fô.
L'avènement impérial consacré par l'éloge de Con- Occasions
„ . , 11- 1» solennelles
fucius n est pas la seule circonstance où 1 empereur où l'empereur
consacre ses
écrive des autographes solennels. H y a des siècles qu'à autographes. l'occasion de grandes calamités publiques, d'infortunes de famille ou de souffrances personnelles, le souverain du Céleste Empire, unique médiateur entre son peuple et le Ciel, adresse à Dieu des prières publiques qu'il écrit de sa propre main et consacre avec certaines formalités éclatantes.
Sous l'empereur Tching-Tang, fondateur de la dynastie des Chang (1), l'empire fut désolé par une sécheresse affreuse qui dura sept années, et réduisit les populations à la plus cruelle misère. Les astrologues, consultés par l'empereur, furent d'avis que pour calmer
(1) Les Chang ont régné de 1766 à 1123 avant l'ère clncticnne.
la colère du Ciel il n'y avait d'autre moyen que de lui
offrir des holocaustes humains.
« Dans quel but, répondit Tching-Tang, demanderais-je au Ciel le bienfait d'une pluie féconde, si ce n'est pour soulager les souffrances de mes peuples ? Comment donc pourrais-je les convertir eux-mêmes en victimes? Si le sang humain est nécessaire pour fléchir les rigueurs du Ciel, je verserai plutôt le mien. »
Plein de cette pensée de dévouement , l'empereur se condamna au jeûne le plus rigoureux, se coupa les cheveux et les ongles, sacrifice aussi grave pour un Chinois de haut lignage, que pour un hidalgo espagnol de couper sa moustache, ou pour un Persan de nos jours de couper les boucles de cheveux qui tombent derrière ses oreilles. Il attela à un char dépourvu de tout ornement un cheval de ro])e blanche, prit une provision de racines sauvages, et s'enfonçant au milieu d'une forêt déserte, il adressa au Ciel la prière suivante qu'il écrivit de sa main :
Priùre « Daigucz, Ciel Suprême, ne pas affliger le peuple à
de lempeiem causc dc ma faiblcssc. Je vois plusieurs ordres de choses dans lesquels je puis craindre d'avoir failli. Serait-ce dans la rectitude des lois ou dans le gouvernement du peuple? Serait-ce dans le luxe des maisons ou dans le nombre des concubines? Serait-ce enfin dans l'avidité des présents ou des flatteries de la cour? »
L'em])ereur avait à peine fini cette invocation , qu'une pluie générale et abondante reudait à l'empire la fraîcheur et la fertilité (1).
(l) Tiiô (les Annales OEl-clie-i-che.
Tching-Tanj.
PP.IÈRES AUTOGRAPHES DES EMPEREURS. 21 Voici la prière que l'empereur Khien-Loun{] eliurgea son ministre de l'intérieur d'aller faire en son nom dans le temple du Dieu de la Pluie, le jour du quatrevingtième anniversaire de sa naissance :
« C'est par l'union de votre toute-puissante vertu Prière
autofiraphe
avec celle du Ciel que toute chose existe et se reproduit, iie lempereur
Khien-Lounjj.
Vos bienfaits se répandent sur la terre comme les vastes eaux d'un fleuve ou comme celles de l'Océan. La foudre et les nuages sont dans votre main les instruments de votre puissance. Sous votre action , tous les êtres reprennent de la vigueur et se développent avec exubérance. Si, à des époques régulières et sous la coïncidence de certains signes célestes, une pluie abondante vient féconder nos champs, n'est-ce pas à votre intervention invisible et régulatrice que nous le devons ? Quant à moi, pendant les quatre-vingts ans que j'ai vécu, je n'ai eu qu'à vous offrir des actions de grâces pour la constante fertilité dont les laboureurs ont eu à s'applaudir. Aussi viens-je vous présenter ces humbles offrandes en vous suppliant de les avoir pour agréables (1). «
Une grande sécheresse avait de nouveau désolé l'Empire du Milieu en 1832 : l'empereur Tao-Kouang, père du souverain aujourd'hui régnant, adressa au Ciel, le 24 juillet, pour obtenir de la pluie, la prière suivante, qui est une sorte de confession expiatoire :
« Ciel Suprême ! si l'empire n'était point affligé par Prière
, . j autographe
des intempéries inusitées, je n oserais pas vous adresser de lempereur
Tao-Kouan,".
(1) Voir la Descrij)tion illustrée des fètcs (lonné(>s à Pi'kin{; à l'occasion du quatre-vinytièuie anniversaire de l'empereur Kliicn-Loung.
cette prière hors de saison. Mais cette année, contrairement aux phénomènes habituels, l'été s'est écoulé sans une goutte de pluie, de telle sorte que non-seulement les plantes se sont trouvées exposées aux plus dures souffrances, mais les animaux, mais les hommes eux-mêmes et les insectes, à l'instar des végétaux, ont presque cessé de vivre.
» Placé, en ma qualité de représentant du Ciel, à la tête du genre humain et responsable de l'ordre et de la tranquillité du monde, je me suis privé de sommeil et de nourriture, et j'ai livré mon âme à la douleur et à l'angoisse. Et cependant aucune averse bienfaisante ne m'a été accordée.
" Il y a peu de jours encore, je me suis condamné au jeune et j'ai offert de gras sacrifices sur l'autel des Dieux de la Terre ; mais si quelques nuages se sont groupés et ont répandu quelques gouttes, il n'y eut pas assez de pluie pour causer une renaissance.
)' Si j'élève mes regards vers le Ciel, je vois que tout y est bienveillance et amour. La seule cause des calamités qui accablent l'empire réside dans la gravité, chaque jour croissante, de mes fautes; dans le peu de religion, dans le peu de sincérité que je j)ratique. Voilà j)ourquoi il m'a été impossible de lléciiir le cœur du Ciel et d'attirer sur mon peuple ses magnanimes bénédictions.
» En compulsant avec respect les archives, j'ai trouvé que, dans la vingt-quatrième année de son règne, mon impérial aïeul Khien-Loung s'est livré avec ferveur h un exercice solennel de purification morale. Mille UKjtifs m'engagent à imiter cet exemple et à faire
PRIÈRES AUTOGRAPHES DES EMPEREURS. 23 en toute conscience l'examen de mes défauts et de mes erreurs, dans l'espoir d'en obtenir le pardon.
« Je me demande donc si j'ai été irrévérencieux dans les sacrifices;
» Si l'orgueil et la prodigalité se sont emparés de mon cœur sans que je m'en sois aperçu ;
» Si j'ai apporté de la négligence dans le gouvernement, au lieu d'v consacrer tous les efforts dont j'étais capable ;
» Si j'ai tenu des discours inconvenants dignes de reproche ;
» Si j'ai gardé la plus stricte équité dans la distribution des récompenses et l'infliction des châtiments ;
» Si j'ai pressuré le peuple ou porté atteinte à la propriété en élevant des monuments ou en construisant des maisons de plaisance ;
» Si j'ai désigné pour les emplois publics des personnes incapables, qui, par leur mauvaise gestion, aient mécontenté ou maltraité le peuple ;
» Si les opprimés ont été privés de moyens de recours ;
j) Si dans la persécution des sectes hétérodoxes on n'a pas impliqué des innocents ;
» Si mes magistrats ont méprisé le peuple et refusé de prendre soin de ses intérêts ;
» Si , dans les opérations militaires sur les frontières de l'Ouest, le sang humain n'a pas été répandu à flots en vue de récompenses impériales ;
» Si les secours envoyés aux provinces du Sud en détresse ont été distribués à propos, ou si l'on v a laissé le peuple mourir de faim dans les fossés de la route ;
» Si la pacification des rebelles du Houan et de Canton a été conduite avec prudence, ou si les habitants ont été indistinctement enveloppés dans le même sort,
» Tous ces sujets ont profondément préoccupé mon attention, et je me suis dit que mon pressant devoir est d'y appliquer la ligne d'aplomb et de faire les plus courageux efforts pour corriger ce qui est vicieux , n'oubliant pas , en outre , qu'il doit y avoir encore en moi bien des fimtes qui ne se sont pas présentées à mon esprit dans cet examen de conscience.
» Prosterné donc devant le Ciel Suprême, je le supplie de pardonner à mon ignorance et d'opérer ma conversion , car c'est pitié que des milliers d'innocents souffrent pour un seul homme. Mes fautes sont nombreuses : il est impossible de m'en excuser. Cependant, l'été s'écoule, l'automne arrive, une plus longue attente, ô Ciel ! serait désastreuse.
» C'est pourquoi, le front dans la poussière, je prie le Ciel Suprême de hâter notre délivrance en nous accordant promptement une pluie bienfaisante qui sauve la vie du peuple et rachète autant qu'il est possible mes propres iniquités.
» 0 Ciel Souverain, jetez les yeux sur ces choses! O Ciel Souverain, daignez avoir j)itié de nous! Mon chagrin, mes alarmes, mes craintes amères dépassent toute expression humaine.
w Prière (jfferte avec les plus pnjfonds sentiments de vénération. »
La gazette de IN'king tlii '2\) jnillcl 183:2 rapporte <|ii'ii|)rès que l'empereur eut jeune et récité cette |>ri(r(' (levant l'autel du Ciel, le jour même, à huit
PRIÈRES AUTOGRAPHES DES EMPEREURS. 25 heures du soir, le ciel s'est couvert de nua/jes, s'est embrasé d'ëclairs, et une pluie des plus abondantes est venue rendre la vie à la contrée. Le lendemain et les jours suivants, les divers préfets des provinces voisines annoncèrent à Péking une pluie également abondante.
A en croire l'opinion de la dynastie actuelle, il ne Caractère
des prières
faudrait pas attribuer le même caractère aux prières que de lemijereur composait l'empereur Tsin-Tche-Hoang-Ti ^ le même Hoaug-Ti. qui, environ un siècle et demi avant Jésus-Christ, fit construire la grande muraille , et qui , afin de passer aux yeux de la postérité pour le seul fondateur de l'empire, ordonna, sous peine de mort, la destruction de tous les livres qui se trouvaient en Chine. Il avait imaginé la singulière coutume d'adresser aux Dieux, aux Esprits et aux Démons, des lettres autographes Autographes
, , , . , impériaux ,
dont le contenu devait rester un mystère pour tout mystérieux. autre que pour l'empereur qui les avait écrites.
Ces lettres, tracées avec une grande solennité sur des pièces de soie, contenaient, à ce qu'on suppose, telles formules plus ou moins cabalistiques que le Fils du Ciel croyait propres à obtenir des Dieux la prospérité, la paix de l'empire, une descendance nombreuse, la santé et une longue vie.
L'autographe impérial était roulé et renfermé pre- Lieux oi\ ces
autographes
mièrement dans un étui d'or, puis dans une boîte de étaient jade qu'on enterrait profondément sur une des plus hautes montagnes de l'empire. Là une garde imposante était chargée de veiller sur ce précieux dépôt, de peur qu'une main indiscrète ne vînt l'enlever et profaner par la publicité l'écrit sacré dont les Dieux seuls de-
enterres.
valent prendre connaissance. On appelait ce genre
d'autographes mystérieux Foung-Chan.
La plupart des dynasties postérieures aux Tsing suivirent cette coutume, dont on trouve des applications curieuses sous la dynastie des Soung, dans le onzième siècle. La dynastie régnante regarde cette pratique comme immorale, et s'en est abstenue jusqu'à ce jour. On suppose, je ne sais sur quelle donnée, très-probablement gratuite , qu'en ces lettres si mystérieuses et si secrètes, les empereurs entraient, sur les principes générateurs , dans des détails que la science ellemême, qui interroge sans scrupule les secrets et les sources de la vie , aurait eu peine à ne pas trouver indécents.
Tombeaux Au changement de chaque dynastie, ces tombeaux
d'auto(;raphes . / ' • i / ii
violés. d autographes ont presque toujours ete violes. Il ne paraît pas cependant qu'ils aient livré leur intime pensée. On rapporte en effet qu'aucun écrit n'a été retrouvé lisible , soit que le tissu en eût été pourri par l'humidité du sol, soit que l'encre n'eût pas été de nature à résister pendant un très-long cours d'années.
Bureau Parmi les plus curieuses institutions des Chinois, il
historique.
faut compter ce qu'on appelle le Bureau Historique : Kouo-se-Kouan, éta])h à Péking depuis nombre de siècles, et qui, de nos jours, est encore en pleine activité (1). Deux classes d'historiographes y tiennent la plume : les uns recueillent la chronique publique, les faits de l'histoire générale; les autres, les faits,
(1) Ii'.\lin;iii,i( Il iiii|M'ii,il (le la (lliim; (loiine le nom îles j»eison- Iiayi'S r|iil le cuiiiiiosciil.