‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 88 sur 127 · Il' 1 1 1 > 1 • '^*^*' (jraveurs · texte numérisé non relu

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boutiques des almanachs et des thèses. La boutique des graveurs en taille-douce est en effet , pour le dire en passant , une des traditions du seizième siècle , du dix-septième et du dix-huitième. De même que de nos jours, la plupart des graveurs de cachets, les graveurs en taille-douce et à l'eau-forte avaient, de Henry lY jusqu'à Louis XV, leurs boutiqiies ou leurs échoppes, qui étaient à la fois leurs magasins. Jacques Androuet, le célèbre dessinateur, graveur d'architecture du seizième siècle , dont on a des ouvrages si nombreux et si recherchés sur la plupart des bâtiments de France, anciens et modernes, tenait boutique, et c'est parce qu'il avait un cerceau ou cercle pendu comme enseigne à sa

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maison qu'il a été, de son temps, appelé du Cerceau, et que le nom lui en est resté. Israël Silvestre et Pérelle avaient également boutique. Le grand Edelinck , que Louis XIV fit chevalier et logea aux Gobelins, avait eu aussi la sienne, où il travaillait avec un tablier de peau.

Les gravures d'almanaclis et de thèses n'étaient donc pas les seules qui fussent vendues dans des boutiques. Il en était de même des autres gravures que les artistes exécutaient pour leur propre compte. Gérard Audran demeurait Aux deux piliers d'or, rue Saint- Jacques. Gochin le père avait sa boutique dans la même rue, à l'enseigne de Charleinagne. Le portrait du Régent, par Anne Hortemels, en 1716, se vendait chez elle, aussi rue Saint -Jacques, au Mœcenas , où elle habitait avec son mari, Nicolas-Henri Tardieu, également graveur. Le grand centre des ateliers et magasins de graveurs était dans le rayon des rues Saint- Jacques, Saint-Jean de Beauvais , Saint-Etienne du Mont, de la Harpe, des Noyers, du Four, des Mathurins Saint-Jacques. Quelques-uns étaient logés aux Gobelins, et ceux qui obtenaient les honneurs d'un logement aux galeries du Louvre étaient portés sur ce qu'on appelait la Liste des Illustres.

L'usage a été le même en Angleterre , h ces mêmes époques. Wilham Sharp , le fameux graveur, né à Londres en 17-49, et qui de simple {jraveur d'ornements d'armurier s'était élevé au premier rang parmi les graveurs d'estampes, avait une bouticpie dans la Cité. En 1825, j'ai visité à Florence le vieux Raphaël Morghen dans sa boutique, car son atelier n'était guère que cela , et les touiistes se plaisaient à y acheter de

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première main, comme le fit David Wilkie, l'année suivante, des estam[)es de son burin. Retournons à M. de Gai(jiiières.

Le plus bel élo{je qui se pût faire de ce Curieux est k1o|;o que celui qu'en a tracé dans ses Mémoires le duc de Saint- fait

Simon, en faisant ressortir l'utilité pratique de ses des- vu siiinaiant'

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sms. Causant un sou* avec 1 eveque de rrejus, depuis jirati.|iie de

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cardmal de tleury et ])rece])tcnr du jeune Louis A V , pour

de l'éducation de ce prince, il vit les thèmes du Roi que je Louis xv. l'évéque, « ne sachant du tout rien que grand monde, ruelle et galanterie, « faisait faire par les jésuites. Saint- Simon ouvrit un a^is sur l'enseignement de l'histoire au royal enfant. « Nous convînmes aisément, dit le duc, que l'histoire, surtout celle cie France, générale et particulière, étoit à quoi il le falloit appliquer le plus. Làdessus il me vint une pensée que je lui dis tout de suite, pour apprendre au Roi mille choses particulières et trèsinstructives pour lui dans tous les temps de sa vie, et en se divertissant, qui ne pouvoieut guère lui être montrées autrement.

» Je lui dis que Gaignières, savant et judicieux Curieux , avoit passé sa vie en toutes sortes de recherches historiques, et qu'avec beaucoup de soins, de frais et de voyages qu'il avoit faits exprès, il avoit ramassé un trèsgrand nombre de portraits , de ce qui , eu tout genre et en hommes et en femmes, avoit figuré en France, surtout à la cour, dans les affaires et dans les armées, depuis Louis XI ; et de même, mais en beaucoup moindre quantité, des pays étrangers, que j'avois souvent vu chez lui en partie, parce qu'il y en avoit tant (ju'il n'avoitpaspu les placer, quoique dans une maison fort

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vaste où il logeoit vis-à-vis des Incurables; que Gaignièies, en mourant, avoit donné au Roi tout ce curieux amas. Le cabinet du Roi, aux Tuileries, avoit luiejîorte qui entroit dans une belle et fort longue galerie, mais toute nue. On avoit muré cette porte, on avoit fait quelques retranchements de simples planches dans cette galerie, et on y avoit mis les valets du maréchal de Yillerov. Je proposai donc à M. de Fréjus de leur faire louer des chambres dans le voisinage, à quoi mille francs auroient été bien loin ; d'ouvrir la porte de communication du Roi, et de tapisser toute cette galerie de ces portraits de Gaignières, qui pourrissoient peut-ètie dans quelque garde-meuble; de dire aux précepteurs des petits garçons qui venoient faire leur cour au Roi , de parcourir un peu ces personnages dans les histoires et les mémoires, et de dresser avec soin leurs pupilles à les connoître assez pour en pouvoir d'al)ord dire quelque chose , et ensuite avec plus de détails pour en causer les uns avec les autres , en suivant le Roi dans cette galerie, en même temps que M. de Fréjus en entretiendroit le Roi plus à fond ; que de cette manière il apprendroit un crayon de suite d'histoire , et mille anecdotes importantes à ini roi , qu'il ne pourroit tirer aisément d'ailleurs; (ju'il seroit frappé de la singularité des ligures et des habillements, qui l'aideroient à retenir les faits et les dates de ces personnages; qu'il y seroit aiguisé par l'émulation des enfants de sa cour, les uns à l'c-gard des autres, et la sienne à lui-même, de savoir mieux et plus )ust(; qu'eux ; que le christianisme ni la ])oliti(jue ne contraindroient en rien sur la naissance, la lortinie, les actions, la conduite des gens morts, eux et tout ce

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qui a tenu à eux, et que par là, peu à peu, le Roi ajjprendroit les services et les desservices , les friponneries, les scélératesses ; comment les fortunes se font et se ruinent, l'art et les détours pour arriver à ses fins, tromper, gouverner, mnseler les rois; se faire des j)artis et des créatures ; écarter le mérite , l'esprit , la capacité , la vertu, en un mot, les mané^jes des cours, dont la vie de ces personnages fournit des exemples de toute espèce; conduire cet amusement jusque vers Heini lY; idavs piquer le Roi d'iionnenr en lui faisant entendre que ce qui regarde les personnages au-dessous de cet âge ne doit plus être que pour lui, parce qu'il en existe encore des familles et des tenants, et tête à tète les lui dévoiler. iNIais comme il s'en trouve quantité aussi de ceux-là dont il ne reste plus rien, les jsetits garçons y pourroient être admis comme aux précédents. Enfin que cela mettroit historiquement dans la tête du Roi mille choses importantes dont il ne sentiroit que les choses sans s'apercevoir d'instruction , laquelle seroit peut-être une des plus importantes qu'il pût recevoir pour la suite de sa vie, dont la vue de ces portraits le feroit souvenir dans tous les temps, et lui acquerroit de plus une grande facilité pour une étude plus sérieuse, plus suivie et plus liée de l'histoire , parce qu'il s'y trouveroit partout avec gens de sa connoissance, depuis Louis XI , et cela sans le dégoût du cabinet et de l'étude, et en se promenant et s'amusant. M. de Fréjus me témoigna être charmé de cet avis, et le goûter extrêmement. Toutefois il n'en fit rien , et dès lors, je compris ce qui arriveroit de l'éducation du Roi, et je ne parlai plus à M. de Fréjus de portraits ni de galerie,

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OÙ les valets du maréchal de Yilleroy demeurèrent tranquillement (1). »

On ne saurait déduire d'une manière plus fine et plus nette l'utilité d'une semblable collection , à part l'exécution de celle-ci, bonne poiu' le temps, puis(|ue Saint-Simon en fait tant de cas, mais cpii ne lépondrait plus aux besoins de nos jours, aux progrès de l'art et de la science. Il parait au langage du duc (pi'il y avait alors, comme il v en a eu de notre temps, des conservateurs qui ne conservaient pas, et que le duc lui-même avait une assez mince opinion des gardiens des choses du Roi. Heureusement il s'est trompé pour la collection de Gaignières, qui n'a point pourri dans lui garde-meuble, et figure intacte sur les rayons du Cabinet des estampes. Que si le projet de Saint-Simon n'a point reçu son exécution j)our le jeune Louis XY, un homme d'esprit et Le comte de goût, Icu le couitc Alcxis de Saint-Priest , de l'Aca-

fle . . .

Saint-Priest déuiic française, l'a appliqué avec un succès complet, à iViiiuation sur unc moindre échelle, avec des éléments de plus

de ses enfants ,. /,• t» i -i -i'

le système prccisc execution. Possesseur de recueils consiaera- 'Ve'"^ blés de ])ortraits, généralement de bon choix, classés par siècle , il y avait attaché des notices qu'il commentait à ses enfants avec une méthode particulière. L'image attirait; la mémoire , aidée dans son oj)ération , s'enrichissait, et l'instruction lîiographitpie et historique se fixait sans effort dans les jeunes esprits, en même temps (pie sur la beauté des estampes, sur la diversité des écoles, sur l'art en un mot, le père glissaitdes remar-

(1) Afeniolres complets et aulfirnlitfKe.'; du duc de Saiiit-Sinion, t. XVII, !>. 309-312, do l'édiiion de M. Clicruel. IlaclieUc, 1851.

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