PAPIERS DU CARDINAL DUBOIS
respondances qui, classées systématiquement, eussent formé une histoire de l'art et une chronique de son temps. Une corresj)ondance d'environ huit cents lettres de la marquise du Deffand, la Sévi^né du dixhuitième siècle , n'en a ])as été l'un des joyaux les moins piquants (1).
Le cardinal Duhois, mêlé à tant de {grandes affaires Le cardinal
. . Dubois.
de notre pays, a aussi laisse des amas de papiers considérables. Le ministère des Affaires étran^jères ])ossède de lui de précieuses correspondances politiques avec le Régent et les envoyés du Roi à l'étranger, touchant les négociations des traités d'alliance en 1717 et 1718, et la difficile conquête de son chapeau rouge. Lémonley a tiré le plus ingénieux parti de ces documents pour son Histoire de la Régence, ouvrage posthume et son meilleur livre. La diplomatie du chapeau y est surtout rendue avec une verve moqueuse qui a son vis comica. Cet instituteur scandaleux du scandaleux Régent avait en résumé heaucoup plus qu'on ne l'a prétendu, l'esprit du travail, de vue suivie et de prévoyance, la fer-
(1) Nombre des manuscrits d'il. Walj)ole provenaient des Cabinets do sir JuHus Cœsar et de R. Thoresbv, de Leeds, deux {jrands bil)liopliiles. Le catalogue de sa vente à Strawberry-Hill est encore recherché des curieux. Cette vente dura vingt-quatre jours, à paitir du 25 avril 1842. Elle avait lieu par ordre du comte de Waldegrave , petit-tiis de Walpole.
Somc rry uj) Gunnesliury ,
For Sion some déclare, And sonie say that with Chiswick-House
IN'o villa can compare ; But ask the beaux of Middlesex,
Who l.now the country well.
If Slrawberry-IIill — if Strawberry-Hill
Don t bear away tlie bcll.
(TllE Uakl of Batu's , Ballad on Slvawbenj-lULl.)
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nieté du jugement, en un mot l'esprit politique. Malheureusement il avait tout cela à ses heures, et il ne travaillait que par coups de collier, se mettant parfois au courant en jetant au feu les papiers d'affaires arrié- Grande récs. Il y a une belle phase dans sa vie d'affaires, c'est
période de sa ni i m i i i-i ' il i i i'/-v
vie d'afFaires. ccUc dcs dcbuts dc la liegeuce. Alors que le duc d Orléans , subissant le triste sort des neutres , recevait les reproches des vainqueurs et des vaincus, et allait être exclu du traité que l'Anjjleterre préparait avec la Hollande, — Dubois, imajjinant le prétexte d'acquérir des livres rares et de recouvrer les fameux tableaux des Sacrenioits du Poussin, eidevés à Paris par des brocanteurs juifs , se rend en Hollande, que traverse avec le roi d'Angleterre son ministre favori, le lord Stanhope, Nc(jo( iatioii l'une des fortes têtes de la Grande-Bretagne. Là, sous
du traité
de la Triple le uoui dc Saiut-Albiii , qui est celui des bâtards d'Or-
Aliiaiicc.
léans, il s'abouche dans les écuiies du comte avec le ministre; et, dans ini duel merveilleux de l'esprit, la plus délicate souplesse , la diplomatie la plus fine et la plus vigoureuse, tri(nnph(;nt des défiances deStaidiope et des répugnances du lîoi pour tout ce (pii venait du duc d'Orléans. Il jette dans une auberge les bases dn traité de la Tri[)le Alliance. Sa première dépêche, qui a cent j)ages, est un chef-d'œuvre. La suite est digne du début. Enfin, après mille péripéties, après des prodiges d'activité, des fatigues sans iiombre, il annonce la conclusion au iiégent jiar ce billet laconique : « J'ai signé à minuit. Vous voilà hors de pages, et moi hors de peur. » La réponse non moins laconique du duc : « Vivent les gens (jui font les choses avec le cœur ! » paye l'abbé île ses efforts et de ses
FIN COMMUNE DK TOUS LES CAIJINETS. 479 talents. Le Iniité lut définitivement sij^né à la Haye, le 4 janvier 1717. Il avait été précédé de diverses conventions ou arrangements préliminaires , en date des 10 août, 9 octobre et 28 novembre précédents. Pour ce traité, comme pour la Quadruple Alliance, signée à Qiuuirupie
-. ,,. i-i-/ Alliance.
Londres en 1718, Dubois s était multiplie, entretenant à la fois , pour celle-ci surtout , avec le Ré(]ent , avec le conseil de rég^ence et le maréchal d'Uxelles, trois correspondances distinctes d'une liabileté incontestable, qui restaient toujours vis-à-vis de chacun dans la mesure de langage et de confidence que suggérait le tact le plus adroit. C'étaient des œuvres de vraie diplomatie, rendues nécessaires par réj)uisement de la France et l'état transitoire d'une régence, et qui devaient pendant plus de trente années influer sur le droit public de l'Europe. Certes, le négociateur n'était point un esprit vulgaire. Quand il fut ministre dirigeant, il avait dressé un tableau sous le titre de Journal de Son Énnnence, pour fixer d'une manière invariable la distribution de ses journées. Ce tableau, suspendu au pied de son lit et au-dessus de la cheminée de son cabinet, faisait ouvrir, en toute saison , le travail à cinq heures du matin et le conduisait jusqu'à sept heures du soir. Il n'y avait d'interruption que d'une heure à trois pour le dhier.
Qui ne dirait, à la ra])ide nomenclature des collée- Que la plupart
lies
lions des grands Curieux depuis le seizième siècle, que collections
vont
ces hommes , à peu d'exceptions près , n'ont été à tout finalement
ahoulir à la
prendre que les usufruitiers par fidéicommis passagers liii.iiotiièquc
. Il • / iiaiiouale.
de leurs trésors! A peine leurs collections, amassées
480 FI>' COMMUEE DE TOUS LES GAI!i:SETS. avec tant d'amour, classées à force de savoir, de travaux et de veilles, leur ont-elles lui instant donné les joies de la possession , en traversant leur cabinet , qu'elles sont allées s'engloutir finalement dans la Bibliothèque nationale, « ce vaste gouffre," comme l'appelait Terrasson, destinée commune de toute collection de monuments écrits. Obéissant à une même pente fatale, les collections d'Angleterre ont tendu également à se fondre dans le vaste dépôt du Musée britannique, dont la sage administration fait autant que possible converger vers ce grand centre. Mais là, et plus encore chez nous, sous le régime de morcellement des fortunes, les ventes publiques semblent aujourd'hui arrêter les impulsions anciennes. Déjà ces ventes ont jeté, depuis une quarantaine d'années , au vent des enchères, des myriades de correspondances, et l'on a eu à regretter la dispersion de beaux cabinets dont les possesseurs ont, par leur goût et leur zèle, laissé de vifs souvenirs. Upcott, Le premier entre tous, Upcott de Londres, avait une
de Londres. n • • < ni
de ces collections uniques a mettre en parallèle avec les grands cabinets des siècles passés. Ajoutez quelques développements, et son catalogue formerait les éphémérides de plusieurs siècles. Tous ces précieux ])apiers sont aujourd'hui dispersés. La collection seule du lord Egerton, amassée pour la plus grande partie en France, où, sous le premier lùnpire, il a^ait <'((' autorisé à séjourner, est entrée en bloc au Musée britannique. Lord Kccrtnn Ilomiiie étrange que ce lord Francis-llenry Egerton,
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Urid^'ewatfT. comtc de Bridgewater, banni de son jjays pour des causes secrètes, et qui en tête de ses livres, car il était savant et grand noircisseur de papier, se qualifiait de
EGERTON, SAISTAliEM, VILLENEUVE -TRAKS. 481 très-honorahle, l'étant si peu, en dehors de l'étifjuette! Nnl au monde n'eut autant d'ostentation et de Ijizarrerie, et ne jouit plus tristement d'une fortune de plus de dix-sept cent cinquante mille livres de rente. Il logea successivement sa fostueuse folie à l'hôtel Lan- [;eron, à l'hôtel Richelieu, et enfin rue Saint-Honoré, au grand hôtel de Noailles, que l'architrésorier avait occupé sous le premier Empire, et où le vieux An^dais mourut. Déserté à la fin de sa vie de tous les honnêtes gens, il s'était fait un plaisir de ses chiens, qu'il habillait à la française, et faisait ])romener dans de magnifiques voitures armoriées, escortées de laquais en grande livrée. Pour ne pas être également déserté par ses valets, il avait pris une mesure fort sage, celle de les intéresser h leur séjour chez lui : « N'attendez de moi aucun legs , levu^ disait-il ; mais si je suis satisfait de vos services, j'ajouterai chaque année à vos gages, » Ses livres, ses autographes, qu'il avait tant aimés, étaient avec ses chiens sa seule compagnie. Il avait acheté de l'abbé de Tersan tout ce que ce Curieux fort âgé avait recueilli d'autographes , de documents écrits et de curiosités ethnographiques , pendant le cours d'un demi-siècle; il prenait de toute main, et rien n'était inaccessible à son immense fortune et à ses caprices.
Le vicomte de Santarem, ancien ministre des Affaires étrangères de Portugal , qui a fait avec une modestie incomparable tant de travaux excellents pour lavancement des sciences géographiques, possédait un des beaux cartulaires de l'Europe, demeuré dans sa famille. Il en a été de même du cabinet du marquis