‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 96 sur 127 · I.o viciinile ilo S;iiit^iif;ii · texte numérisé non relu

I.o viciinile ilo S;iiit^iif;ii

482 COLLECTIO>S DISPERSEES PAR LES VENTES. Le baron de Villeneuve-Trans , si riche en lettres de tout genre,

île Yerstolck

tie Zoelen. ct de celui du baron de Yerstolck de Zoelen, ancien préfet en France quand la Hollande était une de nos provinces, puis ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, Curieux universel du plus grand goût, et qui a laissé en même temps une galerie de tableaux de prix et une collection d'eaux-fortes qui le disputait en richesse aux célèbres portefeuilles de l'archiduc Charles d'Autriche.

Germain Dcux volumcs de la collectiou littéraire du pair de

Garnier. . ■ r-> • r^ •

rranco le marquis Germain Garnier, achetés par Louis XVIII, sont maintenant à la Bibliothèque du Louvre. Le marteau du commissaire-priseur a distribué le reste de la collection au public, avec les portefeuilles, plus ou moins riches, d'autres Curieux : le vicomte Guiihcrt Morcl de Yindé : le Corneille du boulevard, Guilbert de

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Pixérdcoiirt. Pixérécourt, un grand Curieux de livres et de documents écrits, et qui les choisissait en vrai bibliophile; le général Grimoard ; l'ancien grand maître des eaux et forêts Desjobcrt; Delort, l'auteur des Voyages aux environs de Paris et de la Détention des philosophes ; le

ciiâtcaii^iron. marquis de Châteaugiron , ancien diplomate, consul général et pair de France , traducteur de Y Histoire du soidèvement des Pays-Bas sous Philippe II, par Schiller, bibliophile éclairé, qui recueillait des autographes en homme de goût, et les avait amassés si nombreux, ([u'on en a fait pour lui deux ventes de son vivant, et une après sa mort; le comte Bigot de Préameneu; les académiciens Auger et Campenon, acquéreurs de deux de ces si{jnatures de Molière que la Bibliothè(pie nationale arrache judiciairement aux acquéreurs après les

COLLECTIO:SS DISPERSÉES PAR LES VE^^TES. 483 leur avoir venclucs; Peiuhct l'archiviste, Uruvèrc-Clia- Univorelabre ; Aiiguis , l'honime de lettres qui s'atlju(jeait et ' ''' " "^'^' vendait par inadvertance les autographes qu'on lui prétait; Cochard, de l'xVcademie de Lvon , l'indianiste de Ghézy, le généalogiste de CourceJles, l'antiiiiiaire Alexandre Lenoir, le professeur de philosophie Chaiies Millon; le célèbre imprimeur Crapelet, un homme de zèle et de cœur; le général fabuliste Naudet, qui com- Naiulet, mentait ses autographes avec une verve, une dcilica- desi.rit. tesse à tenir son auditoire sous le charme; Jérôme Bignon ; Th. ïarbé, de Sens, membre correspondant de l'Institut, lui sanglier entouré de collections bibliographiques, autograjihiques et d'art, et qui, tout héi'issé, en défendait les approches ; la comtesse Boni de Gastel- l<i comtesse

de Castellaue.

lane; le chevalier Pétré, ancien officier supérieur de la marine, amassant des curiosités de toute sorte; le procureur général près la cour des comptes, baron de Schœnen ; le président Agier , Aimé ]Martin , le bibliophile Mottelev , le Saxon Falckenstein, le Viennois Aloysius Fuchs, possesseur de la plus belle collection Aloysius musicale qui ait jamais existé, enfin le financier de la Jarriette, qui avait amassé à grands frais à Nantes une collection vraiment remarquable d'autographes et d'estampes de tovis les temps et de tous les peuples, laquelle éclairait surtout l'histoire de notre belle province de BretagT.e.

Parmi les riches collections également vendues aux , Le iianm

'-' ue Iremuud.

enchères publiques, on conq)te celles du baron de Trémond, qui embrassait dans son cadre les illustrations françaises et étrangères; de Bélivard Hey, de Londres; de Dawson-Turner, d'Yarmouth, un des plus tuI^c"

484 COLLECTIO^'S DISPERSÉES PAR LES VEISTES. fervents entre les ardents connaisseurs, et la collection Lucas de Lucas de Montigny, le fils adoptif de Miraljeau, qui

de Montignv. i . -, • * • • ■ f j i

■ achetait peu ou point, mais qui, a torce de bonne grâce et de savoir-vivre, avait assez bien tiré parti de ses relations nombreuses pour accumuler des documents où l'on aurait pu étudier quelques coins de la grande histoire de France au seizième, au dix-septième et au dix-huitième siècle. Un peu disciple de Monteil, le fureteur de rogatons de l'histoire domestique, il prisait à merveille ces papiers notariés du Chàtelet de Paris, qui, à une certaine é])oque de notre grande révolution, livrèrent à flots aux dédains de l'c'picier, aux veux des regrattiers d'autographes, les secrets des familles, et furent sauvés par lui, par Joseph Tastu et par Fontaine, d'une inévitable destruction.

Rien d'amusant, à cette époque, comme la course au clocher des Curieux. C'était une fièvre, et l'œil, ouvert avant le jour, allait fouiller les broussailles de ces espèces d'antiquaires qu'on appelle marchands de bricà-brac, et les caves de la beurrière et de l'épicier. Un des plus éveillés était un chef de bureau du ministère de Danquiii. l'Intérieur, nommé Danquin, qui, depuis 1807, avait ouvert la voie aux fouilles autographiques. C'était aussi, mais plus tard, Lefebvre , le ])()uquiniste qui étale sous l'arcade Colbert, un homme ardent de zèle, fureteur infatigable, le rival et le désespoir de Fontaine, autre fureteur sans sommeil. C'était surtout encore Joseph Tastu. .losej)h Tastu , le célèbre imprimeur, un homme rare })ar le cnnir et par l'esprit, grand linguiste, savant en toute chose comme on ne l'est pas , modeste comme on ne l'est j)lus, (pii avait amassé des notes

COLLECTIONS DLSPERSEES PAR LES VENTES. 485 érudites sans nombre, notes précieuses, dont il ne tirait parti que pour servir les autres. Plein de tact en matière de documents écrits , il était le premier partout, partout avait le ])remier clioix. Monti(^ny glanait; mais toutes les (jiaues de la moisson, tous les fragments de l'indiscrète épave du Châtelet, avaient leur valeur. C'étaient les cartons des actes originaux notariés des archives de la cour de Louis XIV, l'histoire intime des grands : actes de vente et d'emprunt, contrats de tout genre, dans lesquels comparaissait le siècle. Un jour, chez un charcutier d'Auteuil, on découvrit les contrats et les testaments des Colbert; les plans, devis , mémoires du palais de Versailles , des châteaux de Marly et de Saint-Germain ; les titres des terrains de l'esplanade des Invalides, des Champs-Elysées, de la place Louis XV, du Roule, du Jeu de Paume, depuis écuries du comte d'Artois; enfin le grand partage de la duchesse de Montpensier avec le duc d'Orléans, frère de Louis XIV^. Ces dépouilles opimes furent la conquête de Fontaine, à qui l'étrange garde-notes vendit Fontaine. le tout à la livre, c'est-à-dire pour quelques sous. C'est dans une autre série, mais provenant de la même source, que s'est trouvée une obligation notariée souscrite par Poquelin-Molière à Rolet le fripon, et qui a passé aux portefeuilles du vénérable Fossé d'Arcosse. Il faisait beau voir le bon Montigny un jour de bonne fortune autographique : avisé d'un repaire secret de documents et d'autographes, il se levait discrètement avant le soleil, il accourait haletant, et radieux il franchissait le seuil : la Toison d'or était à lui. «Ah! s'écriait-il se vovant devancé, les papiers remuent :

4SG COLLECTIONS DLSPERSÉES PAR LES VENTES. Tastii est là! » Et Tastu s'épanouissait avec une de ces joies d'enfant, qui sont les bonnes; et IMontigny serrait amicalement la main du vaincpieur, tuiit le malheur et la générosité sont l'élément nécessaire des grands

Richesse liommcs ! N'avait-il pas d'ailleurs chez lui-même de la coiieciion quoi se consoler ? Il avait trouvé un jour, par centaines, de Mouii-jiiv. Ics lettres politiques de Henrv III , et tout Mirabeau était dans ses cartons : études, amours, politique, jusqu'à un Abrège de la graniuiaire française, écrit de sa main uour sa fameuse Sophie, la délicieuse ignorante qui, comme les grandes dames des siècles précédents, savait tout, hormis l'orthographe. Et toutefois je préfère ses lettres de ])assion éperdue, parce que cette passion est vraie , aux lettres de passion factice et pompeuse de la pédante Julie de Rousseau. Gela donne appétit d'aimei", comme Rose et Colas le donnaient à Beaumarchais. Dans Sophie Monnier il y a la femme, dans Julie on ne retrouve que l'homme.

AicMTuhe M. Alexandre Martin , homme instruit et de ces con-

Marlin. . . I MI 1 ' t

naisseurs aussi rares (pie les meilleures ])luincs, s est

de son vivant séparé de ses amis en se séparant de

La marquise SCS autogTaphcs , ainsi que la marquise de Dolomieu,

' \e "baron ' ^t Ic barou dc la Carelle, et Lalande, et le bibliophile

la-Car'eiir JiK^ob , si habile en toute chose de philologie et de bi-

Airide bliograpliic ; et Alcide Donnadieu , Français établi à

Londres (collection très-riche et catalogue bien fait);

et M. Audenet, et M. de Chabrol, et le bon Fontaine,

le plus digne des hommes; et M. l^ouis Paris, \\n

homme de bonnes lettres, archiviste de la ville de

Lcliaron Rcims ; ct Ic baioii de Ghassiron, (pii ])Ossédait en

de Cliassiroii. , i •< i i t • -vTr > i" • ' . 1',..,..

autographes un siècle de Louis XY a iaire venir 1 eau

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