‹ Causeries d'un curieux (volume 3)Chapitre 98 sur 127 · SURINTENDANT FOUCQUET. LA MARQUISE DE MAINTENON · texte numérisé non relu

SURINTENDANT FOUCQUET. LA MARQUISE DE MAINTENON

Chapelain. Qii a imprimé des recueils entiers d'épi^rammes, lu

plupart françaises, contre Chapelain, en même temps que Costar, le compagnon d'études de Balzac, proclamait l'auteur de la Piicelle le premier des poètes héroïques, et que les Manuscrits de Colhert (Liste des présents du Roi aux gens de lettres, pour l'an 1663) appelaient le même Chapelain le plus graud pocte françois qui ait jamais été et du plus solide jugement. Et Boyer. ce bou M. Chapelain s'écriait à son tour : « Boyer est un poëte de théâtre qui ne le cède qu'au seul Corneille en cette profession, sans que les defFauts que l'on remarque dans le dessein de ses pièces rabattent de son prix , car les autres n'étant pas plus réguliers (pic lui en cette partie, cela ne leur fait pas de tort à leur esgard. Il pense fortement dans le détail et s'exprime de mesme. Ses vers ne se sentent pas du vice de son pays, quoi(pi'il ne Iravailh; guercs sa prose (1). » Or,

(1) J.i-:tr de niiclrnic<: rjentf de lettm; frnnrnit t'iraiitf, par M. CitA- PKLAix. 1UG2. liiLliotlièque impéiialc. Fontls .Saint-M;n;loirc , ii" 183^

cil AI' EL A IN. 489

ce Bover, si fameux âc. son temps par les plus bruvants succès de théâtre, qui le connaît aujourd'hui autrement que par répi(jrarame de Jean Racine?

De sa Juditli, Ijovcr jnir aventure

Le

« Le Roi coucha à Pluviers (Pithiviers), où il arriva fort tard, » dit le marcpiis de Daji^jeau, à la date d'octobre 1684. « Le samedi 14, il arriva à Fontainebleau, à sej)t heures du soir. On apprit à Chaïubord la mort du bonhomme Corneille, fameux par ses comédies. » — bonluimme Ce bonhomme n'était autre que le (jprand C4orneille , mort le l*"" de ce mois, à soixante-dix-huit ans. Le bonhomme! cette épithète obsciu'e et pour ainsi dire anonyme à une fjloire si rayonnante , offre quelque chose qui frappe et qui étonne ])lus que toute expression admirative. Tallemant des Réaux dit aussi quelque part : « Un garçon de belles-lettres et qui fait des vers, ° de"^^"" nommé la Fontaine, est un grand rêveur. » Il est vrai que ce garçon, plus tard si grand homme, ne s'était encore avisé pour le public que de rares opuscules. A quelque temps de là, le physicien Huygens, homme de premier ordre, génie inventeur, beaucoup moins illustre qu'il ne le devrait être , apprenant par Ismaél Boulliau « les particularités de la nmelle guerre au royaume d'éloquence , oii son grand ami M. Chapelain

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court de grands dangers, s informe avec mtérêt u qui mm. noiieau

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sont ces 7}iessieurs noiieau et J'etlisson, et si le premier n'est pas dans quelque emploi auprès de M. le comte de Brienne. Mais, ajoute-t-il ])ar forme de consolation,

je sais bien qu'il n'y a que des coups de langue et de

plume à craindre (1). »

Voilà des hésitations sur certains noms aujourd'hui si populaires, qvii , à l'exemple de beaxicoup de jugements contemporains, contrastent d'inie foçon piquante avec la voix de la postérité. Il y a, il est a rai, commencement à tout et singulièrement aux réputations, et de plus Huygens était un étranger; mais par ses nombreuses amitiés avec les illustres de France, par ses correspondances fréquentes , il était devenu un vrai Français. Il écrivait même notre langue comme si elle eût été sa langue maternelle. Et toutefois , suivant le trop commun usage, ses relations ne s'étendaient qu'à un certain cercle , à une certaine coterie hors de laquelle il n'y avait point de salut. En dehors de la sienne. Chapelain était mis à sa ])lace , quand il n'était pas traité avec une rude injustice. « Je ne puis vous dire mon avis sur l'ode de M. Chapelain, car je ne l'ai point vue et je ne la veux point voir, écrivait, le 2G juin 1060 , Gilles ^Ménage , le pauvre poëte, à Daniel Huet; mais je vous dirai celuy de ceux du métier, et <pii sont de ses amis : qui est qu'elle est fort ennuyeuse, estant remplie d'obscurité, de rudesse, et mesme de bassesse; ce qui me fait croire que ce que vous m'en avez mandé n'est pas vostre véritable sentiment. » Tant pis pour INIénago, car cette fois les vers étaient bons. Ménage et Chapelain n'avaient pas la sagesse d'être impartiaux l'un ])()ur raiilre. J^es haines de métier sont les plus aveugles et les plus violentc.'S.

(1) Lettre .iut();;i;i|)Iic en date de la Haye, le 27 mars 1G59.

niAPELAIN. 491

«Que n'écrit-il en prose! » disait le sage Despréaux Encore

1 I 1 • 1 f • t • • Cliapclain :

de Cnapelani. Et défait, sa prose valait mieux cjue ses (jue n'écrit-ii

11 ' • r • Ti 11-1 '^° prose!

vers : elle était terme, nette et nourrie. 11 v a de lui des recueils de fort bonnes correspondances, et ]\I. Sainte- Beuve en ])ossède cinq volumes de copies authentiques, toujours de bon conseil. Voici deux lettres qui en sont tirées, et qui, avec celles qu'on lira plus loin et qui sont adressées à la marquise de Sévigné, à propos de la cassette aux poulets de Foucquet , pourront donner une idée de la manière de Chapelain. Celles-là sont écrites à ce cerveau fumeux Georges de Scudéry, sous le nom duquel sa sœur fit paraître ses premiers romans, et elles ont pour objet celui à'Almahide, qui n'a été imprimé qu'une fois et n'est point commun (1). Je doute que Chapelain , familier des Scudéry, ignorât le pseudonyme ; mais il avait la politesse de le resjjecter.

« Monsieur, ie fus samedy, sur les trois heures , chez , Jrf """^ .

' J J ' (le Cliapelain

VOUS , et hier à la mesme heure , sans estre assez heu- ■^ ^'^°^[''^^

' ' de Scudéry,

reux pour vous y rencontrer ni madame vostre femme. ^ ^''"^'^^

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