ORIGINE DE LA PROSE
la capitale fut l'antique colonie des Cuméens, l'homme du peuple , conservant les traditions poétiques de sa généreuse origine, s'enlever volontiers sur les ailes de l'improvisation. Et cet homme qui psalmodie, la guitare à la main, quelque légende maritime ou l'homérique épopée des hrigands de la montagne, cet homme qui n'apprendra jamais à lire, trouve de ces beautés de sève native , de ces bonheurs d'expression auxquels les poètes lauréats ne sauraient atteindre. Mais ces faits ne seraient ])as suffisants pour résoudre à eux seuls la question. On se plaît à s'envoler un instant, parce que l'àme a besoin d'idéal, puis on redescend vers la terre. On n'est pas toujours sur le trépied, et un monde de Panathénées, un monde d'opéra qui chante toujours, devait finir par imj)ortuner, alors que la nuiltiplicité des relations sociales et internationales eut transformé les mœurs calmes et ingénues des peuples en une vie de mouvement et d'action. Aussi finit-on par se fatiguer des mauvais centons de la Pythie elle-même, et cette poétesse arriérée fut-elle obligée de rendre ses oracles en prose. Chaque forme de langage prit sa place dans la littérature, du jour, bien antérieur à Pisistrate, où l'écriture fut inventée.