‹ Causeries d'un curieuxChapitre 13 sur 124 · L'ANTIQUITE SACRÉE · texte numérisé non relu

L'ANTIQUITE SACRÉE

Agfar dans le désert; le mont Moi-iah, où Isaac avait été offert par son père en holocauste , et où plus tard Salomon bâtit le temple; I)eii-El (aujourd'hui Beitin), où Jacob avait vu l'échelle mystérieuse ; les pierres du lit du Jourdain transportées à une journée de marche du fleuve, les pierres déposées dans son lit même, en commémoration du passage miraculeux du Jourdain parles Juifs sous la conduite de Josué, etc. (1); voilà les premières annales du ])euple de Dieu; et avant la venue de Moïse, l'Ancien Testament ne relate, ni de près ni de loin, l'usage d'aucune sorte d'écriture. Il est absolument muet sur ce point, ce qui toutefois n'implique pas la négation.

La mention de l'écriture apparaît dans la Bible avec LVcrituie

, . 1 . ,1, sous Moïse.

Moïse, antérieur de cmq cents ans au temps ou 1 on place Homère. Mais l'écriture était pratiquée bien auparavant en Egypte et devait également chez les Hébreux préexister à leur captivité sur les terres des Pharaons. En effet, s'ils eussent reçu l'écriture des Égyptiens, c'est l'égyptien, ce semble, qu'ils eussent

(1) « Quand vos descendants, dit Josué, demanderont un jour à leurs pères ce que signifient ces pierres-là , vous ferez savoir à vos enfants qu'Israël a passé le Jourdain à pied sec, et que ces pierres tirées du fond de la rivière ont été posées là en témoignage de ce miracle insigne. » (JosuÉ, iv, 9.) " Monuments commémorafifs, dit le savant et courageux voyageur M. de Saulcy, parfaitement analogues à ceux que l'on voit très-fréquemment dans le pays des Arabes. A chaque instant, on rencontre des monceaux de pierres de toute dimension, qui ne se sont évidemment pas accumulées toutes seules dans le désert, et chaque Arabe qui passe ajoute pieusement la sienne au tas déjà formé, sans trop même se rendre compte de ce qu'il fait en agissant ainsi. » (F. DE Sal'lgy, Histoire de fart judaïque, tirée des textes sacrés et profanes. Paris, 1858, Page 73.)

écrit et non pas l'hébreu ni le clialdéen dont ils se servirent dès leur fuite vers la mer Rouge et leur établissement dans la terre de Chanaap (1),

On lit dans le Deiitéronome :

« Quand tu auras pris possession de la terre dont l'Éternel a fait ton héritage, tu te diras sans doute : Je veux me donner un roi , ainsi que les peuples qui m'environnent.

» Prends alors pour roi celui de tes frères dont ton Dieu aura fait choix; point d'étranger, (xvii, 14^-15.)

') Lorsqu'il s'assoira sur le trône de son royaume, il écrira pour lui les parties de cette loi sur un livre , en présence des pi'êtres lévites.

» Que ce livre soit toujours près de lui, qu'il soit la lecture de tous les jours de sa vie. Il apprendra ainsi à vénérer l'Eternel et à veiller à l'observance de ses commandements. » {Ibid., 18-19.)

De ces mots qui semblent être l'expression littérale du texte grec des Septante , on peut inférer que le roi , en montant sur le trône, devait écrire un Deutéronome autographe. Mais la glose n'a pas été ainsi interprétée par Le Maistre de Sacy, souvent plus élégant qu'exact, et qui traduit le verset 18 ainsi qu'il suit :

« Après qu'il sera assis sur le trône , il fera transcrire pour lui, dans un livre, ce Deutéronome et cette loi du Seigneur, dont il recevra une copie des mains des prêtres de la tribu de Lévi. »

De ces deux versions contradictoires , laquelle est la bonne? Si, pour résoudre la question, nous consultons

(1) Voir l'Exode, xvi, 14. xxiv, 7, 12, 14. xxxii, 15 et 16. xxxiv, 1.

LES LIVRES Sx\CRÉS. 23

Philon , juif grec , né à Alexandrie , de la race sacerdotale, un quart de siècle avant le Christ, et dont le livre est si riche en bonnes informations, nous voyons qu'il adopte le premier sens. Dans son titre De Vérection et création du prince (1), il dit formellement que « du jour oii le roi sera parvenu à la royauté, Moïse lui commande d'écrire de sa propre main un recueil et abrégé des loix , afin qu'elles tiennent comme colle dedans son âme. » Philon , homme instruit, élevé à la fois dans l'étude de la loi écrite et de la loi orale , a pu apprendre de celle-ci ce qu'il transcrit sur les devoirs du roi nouveau promu. Mais Le Maistre de Sacy, simple traducteur, n'est cependant point à blâmer, car le texte original hébreu offre quelque obscurité, et peut se traduire indifféremment par : // sera écrit pour lui, et par il écrira pour soi.

(1) Philon Juif, De la création du prince, page 482 de ses OEvvres Philon Juif. translate'es du Grec en François par Pierre Bellier, docteur èx droictx, reveué's, corrigées et augmeiUées de trois livres, traduits sur l'oricjinal Grec, par Fed. Morel, Doyen des Lecteurs et Interprèles du Roy. 1612. Un voL in-12.

Philon fut chef (le la députation envoyée, vers l'an 40 de Jésus-Christ, par les Juifs alexandrins à l'empereur Caligula, pour protester contre les persécutions dont ils étaient l'oljjet dans l'EfjA-iite des Césars, et réclamer leurs anciens privilèges. Sa mission est détaillée dans ses Discours contre Flaccus Avidius, et dans l'historien Josèphe. Familier avec la philosophie pythagoricienne et platonique , il a reçu le surnom de Platon juif . Saint Jérôme prétend que Philon rencontra saint Pierre à Rome, et se lia avec l'apôtre. On va peut-être trop loin en disant que ses écrits révèlent plus d'une trace de la connaissance qu'il aurait eue des nouveaux livres saints, qui commençaient à se répandre de son temps. Philon fut exclusivement un platonicien dont la métaphysique rêveuse a préparé, sans qu'il y songeât, le triomphe de l'illuminisme des Gnostiques. Mais il a dû être pour beaucoup dans la diffusion des idées mosaïques et des beautés des livres saints qui ont précédé l'Evangile.

Il est peu probable, en résumé, que cette formalité, eut-elle été remplie })ar le premier qui fut roi en Israël, l'ait été de nouveau ii chaque avènement. L'histoire sainte nous eût plus d'une fois rendu compte d'une si (jrave cérémonie. On serait donc tenté de croire qu'en annonçant au peuple de Dieu et en autorisant l'établissement d'une forme politique de gouvernement, le ^rand législateur des Hébreux a entendu seulement prescrire au premier roi un recueil écrit de la loi, fait en présence des prêtres lévites, qui jusqu'alors en auraient été les gardiens : constitution , charte fondamentale entre le peuple et le nouveau gouvernement. Ce qui avait obligé l'un devait naturellement obliger les autres. La présence du texte de la loi à la pensée comme aux yeux de tout Israélite , est de prescription mosaïque. Les ])harisiens, dévotieux de l'ancienne loi, poussant à l'exagération les observances du culte extérieur, affichaient sur leur personne même les tliephiLim ou sortes d'écriteaux chargés de passages de la Bible. Aujourd'hui, chez les Juifs sévères, toutes les entrées intérieures des chambres portent des versets sur les qualités de Dieu ou du Décalogue , et les Juifs d'Orient font la prière avec une bandelette attachée sur le front, laquelle contient le texte de la loi écrit à la main.

Aiiiofjrapbes Quc sout dcvcnus , daus l'autiquité sacrée, les autographes divins déposés dans l'arche d'alliance"? Probaljlement ils disparurent sous les ruines du temple et de la ville de Jérusalem, détruite par Nabuchodonosor. ISIais il n'est pas présumable que toutes les copies, que tous les exemplaires de la loi et des autres livres mosaï-

div

lus.

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