‹ Causeries d'un curieuxChapitre 17 sur 124 · ICONOGRAPHIE DES APOTRES · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE DES APOTRES

Dans l'épître du même aj)ôtre saint Paul aux Romains, le secrétaire, qui se nommait Tertius, fier d'avoir écrit sous la dictée de l'élu de Dieu, envoie son propre salut aux lecteurs : « Je vous salue, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre ( 1 ) . »

Saint Ambroise, qui s'abreuvait à cet enthousiasme, ne se séparait point d'une effi{jie traditionnelle du (jrand Apôtre (2), probablement une de ces images fictives et de convention hiératique, répondant, par une certaine vérité morale, à la physionomie idéale que le respect se formait du personnage. Egalement enthousiaste des écrits de saint Paul, saint Jean Ghrysostome ne lisait ses épîtres qu'en présence de ce portrait, afin de pouvoir porter alternativement le regard et la pensée des traits de l'image aux paroles du grand confesseur (3).

L'évoque de Césarée, Eusèbe, qui avait peu de goût pour les images , dit qu'il existait en effet de son temps des portraits de saint Pierre et de saint Paul , comme il en existait du Christ, exécutés en peinture, mais sous l'inspiration de la superstition payenne, èQvi/.v; o'MrBziV-. Nicéphore Calliste, élégant mais inexact, et qui s'est fait l'écho de beaucoup de fables, a donné de minutieux portraits, écrits, des apôtres saint Pierre et saint Paul. Mais saint Augustin, qui vivait neuf siècles avant Nicéphore Calliste, ne croyait à aucun des portraits d'apôtres qu'il avait retrouvés dans les peintures mu-

(1) Epître aux Romains, xvi , 22.

(2) Phil. BuONAROTTi, Osservazioni sopra alcitni franinienti di vasi antichi di i>etro ornati di Jigure, tiovati ne' cirniterj di Raina. Fiiciize, 1716. In-4", p. 75.

(.3) Id., ibid.

raies avec les effigies du Christ (1). Aussi, les statuettes d'apôtres que les Gnostiques faisaient trôner svu' leurs autels à côté du buste d'Homère, n'étaient-elles, comme on le verra plus loin, que des œuvres de fantaisie. On peut donc affirmer, sans craindre de se tromper, que, pour éta!)lir l'authenticité des effigies de saint Pierre et de saint Paul existant du temjjs de Constantin, l'on n'avait guère que la garantie d'une vision de ce prince. Le pape saint Sylvestre, à qui Constantin parlait de sa vision , lui mit sous les yeux les portraits peints des deux grands aj)ôtres ; l'empereur les reconnut pour ceux des personnages qui lui étaient apparus, et désormais le type de ces deux saints fut consacré comme hiératique. On croit à Rome posséder ces mêmes portraits reconnus par l'empereur. Ils sont peints en un même tableau (2).

Le Codex Les originaux de leurs épîtres sacrées étaient natu-

Ale\aiulriinis. i- • n •

rellement gardés avec religion , comme 1 avaient été avec les tables de la Loi de la première alliance, les livres écrits de la main de Dieu et de celle de Moïse. Mais les persécutions dont les chrétiens furent l'objet ont dû rendre plus difficile, sinon impossible, la conseryation de ces monuments, et devancer l'inévitable action des années. Aussi rien n'est-il resté de la main même des apôtres.

Le Musée Britannique possède un précieux manuscrit grec des Evangiles, connu sous le nom de Codex

(1) Saist Augcstis, De consensu EvançeL, 1. I, n" 16.

(2) Sur cette vision de Constantin, on peut consulter Hadrian., I" ^ Kpi^t. ad imperat. Constantin., et Irex,, Concil. Nicxn., II, Act. ii, dans les Actes des Conciles, t. IV, col. 81 et 82.

MANUSCRIT DE L'ÉVANGILE DE SAINT MARC. 33 Alexandrinus, et dont une ancienne tradition attri])uait l'écriture à sainte Thècle. Une lettre placée en tête du volume et qui est du fumeux patriarche quasi-protestant de Gonstantinople , Cyrille Lucar, le même qui a fait présent de rouvra(5e à Charles I" d'Anjjleterre, relate cette tradition , que tendrait à confirmer une note arabe du treizième ou du quatorzième siècle, écrite sur la première page. Mais l'écriture est généralement regardée par les paléographes comme appartenant aux premières années du cinquième siècle, et sainte Thècle, vierge et martyre, originaire de la Lycaonie, et convertie par saint Paul, est de beaucoup antérieure (1).

Venise s'était flattée de posséder le manuscrit auto- riéiciuiu

aiuoj;ra[)lie

iîrai)he de rÉvaiurile de saint Marc. On a dit ésale- Je

" ^ " " saint Marc

ment que l'île de Chypre avait offert à remperonr <•« ^e saint

. , ■ . . . liarnal).'.

Zenon un exemplaire de l'Evangile de saint Matthieu, écrit de la main de l'ami de saint Marc et de saint Paul , le Cypriote saint Barnabe , ce qui aurait valu divers privilèges à la métropole de l'île. Mais ces faits sont purement légendaires. Le prétendu Evangile autographe de saint Marc qui se voit au Trésor de la

(1) Les saintes martyres du nom de Tliècle sont nombreuses. La première, qui fut disciple de saint Paul, est du premier siècle. D'autres sont ou Italiennes ou Africaines. Deux sont Grecques : l'une d'Antioche, l'autre deCésarée, et périrent dans la persécution de Dioclétien, au commencement du quatrième siècle. D'autres étaient Persanes, et moururent sous Sapor II. Il y a aussi une sainte Thècle, d'origine anglaise, qui mourut en Allemagne, abbesse de Kintzinger, près de Wurtzboun', dans le huitième siècle.

Voir sur le Codex Alexandrinus : Baber'^' Prolegomena , en tète de l'édition de ce livre, publiée en fac-similc par les conservateurs du British Mu<;eum.

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