‹ Causeries d'un curieuxChapitre 19 sur 124 · LES PÈRES DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES PÈRES DE L'ÉGLISE

porte la legonde cypriote de rauto(jraphe de saint Barnabe. Joël l'a reproduite d'après lui (1). Encore une fois il n'est rien reste de la main des confesseurs des premiers temps de l'Evan^jile : apôtres , disciples , martyrs, ou Pères de l'Eglise grecque etlatine. De pareils Les Pères

de rEylise.

hommes, cpii faisaient partout le monde comme une sédition d'éloquence, de ferveur, d'objurgations, d'épitres encycliques contre le paganisme, étaient avant tout une milice sacrée, incessamment sur le champ de ])ataille. Accusés , par une religion rivale aux abois , de tous les désordres dont le monde était déchiré (2); luttant de front , partout et toujours , de toute leur énergie intrépide et passionnée, de toute l'inspiration divine, contre les idoles irritées de l'hellénisme, ils semaient droit <levant eux la parole qui ne devait pas périr, que la foi recueillait et multipliait comme un incendie ; mais combien de causes , de destruction de leurs propres écrits marchaient sur leurs j)as ! Il est même plus que douteux qu'on ait leur effigie réelle, malgré le nombre des portraits qu'on a essayé de consacrer à leur nom. Les premiers soldats de la foi avaient trop d'horreur de l'idolâtrie, quelle qu'en fût la forme, pour faire

(1) Ce CéJrène est un moine de l'ordre de Saint-Basile qui a laissé une chronique depuis le commencement du monde jusqu'à Isaac Comnène, c'est-à-dire jusqu'à 1057. Il y a beaucoup de faits à y prendre sur le Bas-Emjiire, et peu de clioses à imiter. On en a donné une édition au Louvre, en 1647, deux volumes in-folio, avec traduction latine de Xylander, notes de Goar et glossaire de Fabrot. Ce chronojjraphe fait partie de la nouvelle Byzantine donnée à Bonn.

Joél est un autre chronoyraplie [;rcc de même force, chez lequel on trouve aussi des faits.

(2) Saint Augustin a répondu à cette accusation par son livre de la Cité (le Dieu.

exception, en leur propre faveur, à l'austérité de leurs principes contre les images , et laisser reproduire leurs traits par la peinture ou la sculpture. Assez d'autres soins dévoraient leur pensée dans ces temps de bouleversement et de renaissance sociale.

Quand on parle de ces Pères de la primitive Église, je ne sais quelle indolente distraction nous porte trop souvent à eu juger par ce qui est près de nous ; nous ne prenons pas le temps de nous faire une idée nette de ces grands hommes et de leur grande et terrible époque ; nous oublions même de comparer leurs douleurs à celles des anciennes victimes de nos discordes fanatiques, de nos massacres de religion au seizième siècle. Tirant négligemment des rayons de nos bibliothèques quelques volumes des illustres du temps de Louis XIV, devenus déjà pour nous des anciens, nous sourions à ces disputes sur le pur amour dont les opinions du siècle et le génie des adversaires rachètent la subtilité. Nous suivons avec une émotion tempérée les destinées de cette petite communauté de Port-Royal devenue comme un peuple par l'austérité, l'enthousiasme, la persécution et le bruit du talent. A travers les brandons brûlants du Formulaire et de la bulle Unigenitus, qui laissèrent de si longs et si périlleux ferments de discorde dans le clergé sans prélature et dans la bourgeoisie , nous cherchons à démêler cet Antoine Arnauld à qui son siècle a décerné le nom de grand, qui le fut en effet pour les plus beaux génies de l'époque , et dont cependant rien n'est guère resté que le nom. Nous assistons dans les Petites Lettres de Biaise Pascal aux grands coups d'épée que donnait, du fond

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