PORTRAIT DE SAI^T MARTIN
Jui ont été reconnus clans les bibliothèques ecclésiastiques, à côté des Pères.
Les images de saint Etienne, de saint Laurent, de saint Cyprien, de sainte Agnès, sont celles qui se reproduisent le plus souvent sur les verres peints des catacombes (1). Il est des peintures appartenant aux premiers âges du Christianisme, et dont l'exécution révèle un art délicat, qui représentent saint Cyriaque debout dans l'attitude de la prière (2), sainte Priscille (3), et une sainte inconnue (4). Ces peintures ont été tirées des cimetières de Saint-Cyriaque, de Sainte- Priscille et de Sainte-Agnès,
Le plus fidèle disciple de saint Martin de Tours (5), Sulpice Sévère, qui a écrit la vie de ce saint, à la fin du quatrième siècle ou dans les premières années du cinquième (6), avait fait peindre son saint patron dans Poitrau de le réfectoire de l'un des couvents de sa juridiction ; et, vis-à-vis de saint Martin , il avait mis le portrait de l'élève, l'ami, le contradicteur d'Ausone, saint Paulin portrait de de Noie, alors vivant, et avec lequel il était en corres- (î" xoi".'" pondance. Cela résulte d'une lettre dans laquelle Paulin envoie à Sulpice Sévère quelques vers à inscrire au bas
(1) BuoxAROTTi, Veiri anlichi. Tuin. I, tav. 17; t. II, tav. 20 et 21.
(2) BoTTARi, Pittiire e Scullurc satjre , estralle dai cemeteij di Borna. Tom. I, tav. cxxx.
(3) Ideai, Ibid, Tom. III, tav. clxxs.
(4) Idem, Ibid. Tom. III, tav. cliii.
(5) Saint Martin, né vers 316, à Sabarie, dans la Pannonie, à présent Stain en basse Hongrie, ordonné évèque de Tours en 374, mourut, suivant les uns, le 8 novembre 397; suivant les autres, le 11 novembre de l'an 400,
(6) On croit que Sulpice Sévère mourut vers 420.
de l'imafje de saint Martin. Il trouve que celui-ci avait tout droit possible d'être peint dans le réfectoire , attendu qu'il s'était montré un véritable imitateur du Christ ; mais il désapprouve que sa propre imaf^e ait été peinte en pendant, à moins que ce ne fût pour faire voir aux fidèles sortant des fonts baptismaux celui qu'ils devaient imiter et celui dont il fallait éviter l'exemple (1). Yenance Fortunat, évêque de Poitiers, rapporte dans son poëme de la vie de saint Martin , qu'il a été guéri d'un mal d'yeux très-dangereux, par l'onction de l'huile d'une lampe qui brûlait devant une image de ce saint, peinte sur la muraille de l'église des saints Jean et Paul, à Ravenne :
Est ibi (Ravennatiiiii) liasilica? nilincn Pauli atque Joanni»; Hic paries renitet saiicti suIj imagine forinam Amplectenda ipsa dulci pictura colore (2).
Près du palais de Théodoric le (jrand, premier roi
Saint Martin dcs Gotlis , cst , daus la mëuie ville, l'église de Saintdans réélise . „. . , . , , . ,1 de Saint- Apollmaux' , crigce par lui au commencement du
Apollinaire . . . i t i i •
de Ravenne. Sixième sièclc , ct toutc resplendissaute de son lus—
(1) Divi Pauli:<i , epixcopi Sulani , ope?-a , cum notix amœba'is Foiitonis Diicxi et Heriberti Rosiveydi. Antuerpiœ, 1622. Deux tomes in-i.'2. Epistola XII^ ad Severum Siilpicium. Pages 140 et suiv.
(2) Le bon Fortunat écrivait , vers 575 , son poëme qui fait plus d'honneur à sa piété qu'à son esprit, et contient néanmoins quelques pensées ingénieuses, quelques vers heureux. Ce poiime a été publié en 1616, in-4", par le P. Brower, dans les œuvres complètes de Fortunat. 11 se trouve aussi dans le Corpus poelarum.
Girolamo Fabri (Le sagre niemorie di Ravenna antica. Venetia, 1664. Un vol. in-4") ne donne pas la description de l'église des Saints Jean et Paul, mais il raconte la guérison miraculeuse de Fortunat devant le portrait de saint Martin (pages 215-217).
Cf. P(/u/ Diacre, Gestes des Lombards, liv. III.
EFFIGIES A SAI?sT-Al'OLLI^AIRE. 4T
toire et de sa magnificence, en dépit de la corrnption et de l'irrégularité de l'architecture. L'église, dédiée d'a])ord à saint Martin, s'appelait primitivement Saint- Martin au ciel d'or, Sanctus Martimis in cœlo auren, à cause des mosaïques à fond d'or qui décoraiejit la voûte. Tout le long de la frise de la grande nef se déroule une magnifique mosaïque représentant le j)alais (hi prince, la ville de Ravenne avec son faubourg de Classe. Sur le devant, une double procession, partant de chaque côté, vient se réunir aux pieds d'un Christ Pantocrator (Tout-Puissant) (jui domine le centre. A droite, ce sont de saints patrons ou protecteurs de la ville, au nombre de vingt-cinq; à gauche, vingt-deux saintes. Chaque personnage tient dans la main une couronne qu'il semble présenter au Sauveur. En tète des hommes marche saint Martin , figure austère et majestueuse, dont l'air contraste avec la grâce élégante des chastes élues. Sulpice Sévère, l'élève de saint Martin, n'avait pu se tronquer sur le type du portrait de sf)n maître. Qiumt à celui de la mosaïque de Saint-Apollinaire, il serait bien difficile, aujomd'hui que le type de comparaison a disparu , d'établir si les traits en sont parfaitement authentiques. Curieuse ville, pour le dire en passant, que cette noble cité de Ravenne, jadis capitale de l'empire d'Occident, résidence fastueuse des rois goths et des exarques grecs, aujourd'hui nécropole silencieuse, moins triste, il est vrai, que Venise la superbe, le vaste cimetière aux linceuls flottants ! En quelques parties, on dirait le fantôme de l'antique Gonstantinople. En effet, Byzance y revit plus que dans la ville moderne baignée par le Bosphore, où le fanatisme a
renversé , où le badigeon de l'islam a recouvert tous les vieux souvenirs de la religion du Messie. Autres effigies A la voùtc du cliœur de la magnifique basilique
à Saint-Vital . i o • . -it-. i / r> 'i- • x
(leRavenne. byzautme de hamt- Vital, ornée, sous Belisaire et sous Narsès, par l'évêque de Ravenne, le pieux Maximien, est une autre mosaïque d'une admirable conservation, mais malheureusement plus historique que religieuse. Elle représente la procession de la dédicace de l'église. Là, figure toute la cour de Constantinople, au temps de Justinien. D'un côté, est l'équivoque empereur entouré de seigneurs et de soldats, et précédé du prélat sous lequel l'église fut terminée et consacrée. De l'autre part, la courtisane impératrice Théodora, chargée d'un grand vase pour les offrandes , étale à plaisir, entre des prêtres et des matrones, son image voluptueuse comme sa vie. Quelques-uns ont pensé que ce superbe monument ne représente ni Justinien ni Théodora, mais Justin et Euphémie , qui les ont précédés sur le trône. La raison qu'on allègue, c'est qu'il ne résulte d'aucun récit historique que Justinien ait jamais visité l'Italie. On oublie que l'ordre de relever les églises de Ravenne est venu de cet empereur, et que Bélisaire et Narsès, chargés de l'exécution de l'ordre, ont dû provoquer dans l'église de Saint-Vital la consécration d'une marque de reconnaissance pour leur maître. On oublie surtout que la date de la dédicace est dans le nom de Maximiamis , inscrit dans la mosaïque , au-dessus de la tête du prélat , et que cette date est celle du règne de Justinien (1).
(1) Voir une note de M. Victor Laxglois sur la XVIII" lettre du baron Mahchand. Paris, Leleux, 1851, pafjes 260-264 du recueil des Lettres de M. Marcuasd.
L'AIIT BYZAiN'TI>'. 49
Au commencement tlii Moyen Age, pour toute ga- images
I • 1 1 1 • 'n 1 1 1 • qu'on avait
lene cie tat:)leaux, on avait d abord deux portraits, au
celui de Jésus et celui de ^larie ; plus tard, l'enthousiasme de la chrétienté se partagea entre ces portraits, dépeints, disait-on, d'après le vif et les vues des saints lieux. Un pèlerinage à la terre sainte, qui permettait d'en tirer des dessins au naturel, était alors un o])jet d'édification suprême et ouvrait les murs de diamant de la Jérusalem céleste : dévotion innocente, car, suivant saint Jérôme, « Si ce n'est pas le lieu visité qui sanctifie , du moins peut-il exalter la piété par les souvenirs et les se}itiments religieux qu'il suggère » . C'est la même époque où trente galères de la république de Pise apportaient dévotement de la terre des saints lieux pour en faire ce Campo santo qui, soixante-dix ans plus tard, s'entourait, sur les dessins de Giovanni Pisano, des magnifiques arcades peintes devenues comme le sanctuaire de l'art chrétien (1).
Les Byzantins, (jui, après les Latins, conservèrent les L'ironofjraimages et aljatardirent i art de 1 antiquité, n ont fait byzantine. que résumer à leur manière, en un type hiératique, les traditions éparses dans le demi-jour des temps primitifs de l'Evangile. Les moines du mont Athos en Macédoine et les imagiers de la Russie pourraient être regardés comme l'antique génération des peintres byzantins con-
(1) C'est en 1228 que les galères de la république ont apporté la terre pour en former un cimetière oîi l'on fiit inhumé en terre sainte. La construction des arcades est de 1298. Elles ont été peintes par le Giotto, Bernardo Orcagna, Simone Martino, autrement dit Simon de Sienne, Laurati, Spinelli, Buffalmacco, Stefano Fiorentino, Antonio Veneziano, Spinello et Benozzo Gozzoli, élève de Fra Giovanni da Fiesole.