‹ Causeries d'un curieuxChapitre 3 sur 124 · II- Il • (le la Roche · texte numérisé non relu

II- Il • (le la Roche

duite que dans la triste morale de son tnste et admi- foucauki. rable livre des Maximes, n'a donné en ses Mémoires qu'une preuve de plus de son talent e.xquis d'écrivain , et à la fois de ses préjugés passionnés et imprévoyants.

Quant au Coadjuteur, l'hvpocrisie n'était pas son

Mémoires fait. Soii livTe Gst d'uii frunc tribun, et l'on peut dire

du cardinal , i-in/ i-t , ■

de Retz. de lui ce qu on a dit de Gesar, qu il a écrit sur la guerre civile avec le même esprit qu'il l'a faite : « Eodeni anima scripsit qiio gessit. " « Il abandonne, dit-il lui-même, son destin à tous les mouvements de la gloire » , et lui, prêtre, lui le second pasteur de la capitale, il ne songe qu'à mettre le royaume à feu et à sang pour cliasser un ministre et prendre sa place. Il marclie tête levée au milieu de ses ouailles, entouré de glaives, de poignards, de mousquets ; les trompettes de son régiment de Corintlie lui servent la messe , et son unique préoccupation, ce que son imagination (ce sont ses propres paroles) lui a jamais fourni de plus éclatant et de plus proj)ortionné aux vastes desseins, ce qui cliatouille ses sens, c'est la conqnête du Wive àe chef de parti ^ qu'il a toujours honoré dans les Vies de Plutarque . Armé de tous les talents , de toutes les grandes qualités personnelles, il eut surtout celles qui triomphent dans les républiques; il eut toutes les ambitions à contre-temps, toutes les im])étuosités de caractère qui obscurcissent les lumières, font taire la raison et lancent à travers la mêlée des factions et des émeutes comme une machine de guerre. Qu'est-il resté de ce terrible agitateur à la Plutarque, et si peu propre à mener un peuple? Qu'estil resté de ce grand orgueilleux qui se croyait un César parce qu'il avait à vingt-deux ans plus de dettes que César devenu dictateur? Une gloire que peut-être même il n'avait pas prévue , celle d'avoir atteint en des Mémoires les sommets les plus élevés de la langue ! Brillant de coloris, de verve, de plaisanterie fine, de traits d'éloquence, d'incomparable facilité, de je ne sais quelle

saisissante naïveté d'orjjueil, ce livre est, en son genre, un chef-d'œuvre.

A tous les points de vue c'est chercher un contraste Omer Talon. Cjue de passer de Retz à Omer Talon , dont on possède aussi des Mémoires sur les mêmes événements. Celui-ci est un homme prudent, fidèle, sensé, cantonné dans sa sphère parlementaire, excellent citoyen, grand magistrat, éloquent même pour une époque où l'éloquence du barreau n'était pas encore épurée ; plus éclairé que ne le comporte généralement l'esprit de corps. Ses Mémoires sont d'une confusion désespérante, écrits en style de palais, mais pleins de sentiments loyaux, de documents innombrables, recueilUs, il faut le reconnaître, sans choix et sans goût, mais toujours avec un grand esprit de justice et de vérité. Si donc à sa suite on prend le plus long, on arrive du moins à coup sûr aux propres sources historiques, et l'on n'a pas à craindre de s'égarer. Nouveau triomphe du document.

C'est encore dans la magistrature que l'on trouve un autre témoignage de haute autorité sur ces temps ■d'agitation où tant de noms considérables sont en jeu : les Condé, les Mole, les Turenne, les Retz, les la Rochefoucauld, les demoiselle de Montpensier, les duchesses de Longueville, de Chevreuse et de Montbazon. Je veux j,,uiiiai parler du journal d'Olivier le Febvre d'Ormesson, ca- aormesson. ractère intègre et sans peur, qui s'honora par sa noble conduite dans le procès de Foucquet. Ses récits, simples de forme , portent un cachet incontestable de véracité , et jettent un jour nouveau sur quelques détails de l'histoire du temps.

Les Mémoires de madame de Motteville et de la

Madame Grande Mademoiselle ont leur prix , les premiers sur-

<le Motteville. , , i i ■ • p , \ • ^■^ ^

tout , généralement bien mrormes , plems d un charme particulier d'abondance, de négligence et de grâce, et qui seraient de grand secours pour l'histoire de la reine Anne d'Autriche, si le dévouement, honorable du reste, de l'auteur pour sa maîtresse, ne lui eût inspiré l'indulgence d'un portrait manifestement flatté. Ceux Maiiemoiseilc de Mademoiselle ne sont en résumé que des souvenirs Moiitpcusier. lui pcu coutus , ccrits cu tout naturel par une ravissante caillette qui sent son haut lieu , nïéprise le vol des subalternes, rayonne de préjugés de race, de fantaisies romanesques , d'esprit peu soutenu de jugement ; glisse du bout du pied sur les événements les plus graves et s'appesantit sur des riens de cœur ; se joue avec des armes et avec la plume ; se fait amuser en sultane et en muse, porte son cœur en écharpe avec des airs de Pucelle d'Orléans, comme on aurait dit au sièclç de Louis XY, et n'est pas plus raisonnable quand elle a perdu toute jeunesse et toute beauté. Mais à travers cette importance des bagatelles, on glane chez elle des anecdotes précieuses , des traits piquants de caractère, et parfois même on découvre , sans que l'auteur en ait eu la prévision , la clef d'importants événements.

Nous prendrions un à un tous les Mémoires, qu'il nous faudrait toujours revenir aux mêmes conclusions. Ils ont un coté précieux, en ce qu'ils sont des témoignages, et que tous les témoignages, surtout dès qu'ils sont contemporains, méritent d'être recueillis, et peuvent fournir, fussent-ils passionnés , des éléments à la discussion historique. Notre siècle se fait vieux. Voilà

déjà onze ans qu'il a dépassé la moitié de sa carrière, et que les générations successives que lui ont léguées les siècles précédents lui font la révélation de leurs Souvenirs et de leurs Mémoires. L'histoire contemporaine enregistre ces témoignages sans les accepter comme des documents infaillibles, irrécusables, définitifs. L'arène est ouverte, et déjà les polémiques s'échauffent et se croisent.

L'arène , d'ailleurs , est toujours ouverte après les Nécessité Siècles , la discussion est toujours pendante sur les (.liginaux

1 1 . î-i pour l'étude

grands hommes, sur la mesure des services qu ils ont iie i histoire. rendus à l'humanité. Je ne parle pas seulement des illustres à vie facile , mais des vrais grands hommes qui ont souffert , même péri pour le triomphe de la vérité et du bien-être des masses. L'homme ressemble à l'homme partout et dans tous les temps, à des nuances près , nuances multiples qu'il s'agit de signaler. Et voilà pourquoi tant de documents sont nécessaires. Les seuls vraiment irrécusables sont les monuments de première main, les révélations des pièces originales, les lettres intimes. Ce sont proprement les pièces justificatives des annales des peuples. Les lettres autographes appartiennent à cette partie toute morale de l'histoire, entièrement distincte du simple récit des faits , mais qui doit y rester inséparablement attachée. C'est l'expression de la vie, c'est la vie; c'est la vérité, sinon constamment la plus sûre, du moins la phis probable; j'entends ces lettres écrites au courant de la plume, lettres familières où l'homme s'échappe en confidences intimes, soit au miHeu des affaires pu-

bliques, dans la chaleur même de l'action, soit à ces heures d'abandon disputées aux devoirs publics et aux distractions du monde, — et non ces épîtres étudiées après coup , ces documents rédigés à loisir pour les besoins de causes h gagner ou à venger. Ainsi, tels personnages que le prestige de la naissance , de la célébrité ou de traditions acceptées sans critique, ne laissait apercevoir ailleurs que sous l'apparence du grand costume et sous le mensonge d'un visage d'emprunt, se dépouillent devant vous dans leurs lettres; vous les vovez peints à nu et par eux-mêmes et vous causez avec eux de plain-pied comme avec vos pairs. Dans l'histoire, on dédaigne trop l'étude de l'homme intime; c'est cependant par l'homme que se fait l'histoire. On dédaigne les petites passions; d'elles cependant viennent de grands résultats. On fera fi des lettres, quand parfois un simple billet en dira plus qu'un gros livre. Les correspondances , même d'un individu obscur et ignoré, pourvu qu'elles soient authentiques, jettent du jour sur un fait d'histoire ou fournissent des détails précieux de mœurs : tant a de prix un peu de vérité !

Les détails C'cst daus Ics idécs moralcs d'un peuple , dans ses

sur l'histoire . . ,. ,

vnciaie crovauccs, SCS superstitions, ses préjuges, ses passions, (les peuples SCS luœurs publiqucs et domestiques, que sont les plus la iiimière précicux éléuieuts d'étude pour l'historien ; et c'est

dcsliistoriens. , . • ,, i-i

dans cette partie morale qu est pour lui le rayon qui tout allume, tout passionne, donne à tout voix, regard, sentiment. C'est de là qu'émane cette puissance intime et créatrice qui fera battre sous la main le cœur et les entrailles de l'homme ; qui à des personnages

abstraits conduisant une action abstraite, substituera des êtres réels vivant de la vie des temps. En autres termes, c'est par là qu'on échappe à cette douteuse fantasmagorie qui fait une nature humaine pire ou plus parfaite que celle qui est. Tout à l'heure vous aviez la lumière de la rampe , avec les lettres vous avez le jour. Hommes politiques, acteurs secondaires, comparses subalternes du grand drame de la société, tout ce qui, pour se mouvoir, avait reçu le souffle des institutions, des mœurs, des croyances, des passions d'une période historique, palpite dans les Autographes, dans ce que je viens d'appeler les documents de première main.

Qu'un puissant génie s'offre à votre étude , l'envisa- Les

I 1 . i X or" Aiitofîraphes

gerez-vous seul, sans analyser tout son temps.' Le sera éclairent

, ... 11/. -r»' '' l'histoire de

une colonne au mdieu du désert, liien ne vous rêve- la vie imime,

11 , ' 1 1 n ■> t. , . les causes

lera le mystère de sa grandeur. Le n est pas, a vrai secrètes, ce

T , . , • • il- Cfuou appelle

dire , qu on puisse toujours rigoureusement expliquer v„ij,airement

di 1 •. 1' "x 1 le dessous

homme ou un grand esprit par 1 esprit de .jgj, ^^,,^^^^

son siècle , et qu'il ne faille tenir compte de la force exceptionnelle et indépendante de ses facultés. Mais après tout la moitié du génie humain est en souvenir. Pour bien comprendre le point d'arrivée d'un homme, il faut rassembler toutes les circonstances qui ont environné son développement. Il imit interroger le milieu où il a vécu ; il faut fouiller les annales du pays qui lui a donné le jour; leur demander quelles furent ses croyances et son culte; si sa patrie fut libre ou esclave; quelles lois la gouvernèrent ; si les institutions y furent profondes ou superficielles , les mœurs sévères ou corrompues. C'est alors, mais seulement alors que l'ayant contemplé au sein même de la société de son temps.

ayant pénétré les sentiments intimes (jui lui ont donné l'essor, vous l'aurez compris tout entier.

Je n'ig;nore pas que c'est par les grands côtés qu'il faut étudier et peindre les grands hommes, laissant les misères de leur vie privée à la tombe qui les couvre. Et, en effet, que me font à moi les taches de leur vêtement? Est-ce que des hommes tels que Moïse, Alexandre, Périclès , César, Gharlemagne, Napoléon, seront pesés à la même balance que les autres hommes ? Ce sont des instruments de la Providence, et encore une fois je n'en comprendrai toute la grandeur qu'eu étudiant la société où ils ont vécu. Leurs défauts ont été à eux , mais bien plus encore aux siècles dont ils ont été la lumière. Les documents! redirons-nous encore , les documents !

On ne Quand on écrit un livre , c'est la réflexion , c'est la

connaît pas

les hommes raisou qui parlent : on n'exprime que ses idées, souvent

par

leurs livres, niémc quc l'iiypocrisie de ses idées. Quand on écrit des

lettres , on exprime plus communément ses sentiments

.Saiiusie et ses passions. Lisez, par exemple, ces pages élo-

le cimcussion- ^ i l l u

naire icrit qucutcs OÙ Sallustc élèvc dcs autcls à l'antique pau-

contre la ^

roncussion. yreté , proclamc les douceurs ineffables et l'insigne dignité de la morale stoïcienne, flétrit d'ardentes déclamations , de colères vertueuses, les corruptions de Rome , les concussions dans les provinces , — est-ce qu'après cette lecture on connaîtra ce Salluste, le corrupteur du foyer domestique, le tribun sanglant, esclave de César, le concussionnaire impudent dont les fameux jardins-musées ont été bâtis avec l'or et les larmes de la Numidie? Puissance inouïe de l'abstraction ! miracle prodigieux du goût et de l'art! Cet homme, noté d'in-

famie, parle de la vertu comme Caton : il devient vertueux la plume à la main. Croira-t-on aussi au désintéressement de Sénèque , à sa philosophie , à son Que Scnèque

se déguise

austérité, à sa clémence, en se hornant à lire ses Traités éfjaiemeiu

dans

de morale, d'où semblent couler des mœurs plutôt que ses livres. des paroles? Lisez sa vie, et vous détournerez les regards. A côté de quelques réelles vertus publiques ou privées, que de honteuses faiblesses! que d'infamies et de crimes ! Il a su mourir, il n'avait pas su vivre.

Certes, je n'aime pas la justice sommaire de ceux qui, se baissant aux rebuts de l'érudition, prétendent juger un homme sur un seul mot, sur un geste, sur un simple pli du visage, sur un minime détail de son justaucorps ou de son mobilier. S'il est certains cris du cœur qui peignent un homme tout entier et livrent les secrets de son âme, il est aussi des mots inconsidérés et de circonstance qui lui échappent et sont en contradiction avec ses sentiments réels , avec sa vie tout entière. « Je ne sais s'il est permis déjuger des hommes par une faute qui est unique, et si un besoin extrême, ou une violente passion, ou un premier mouvement, tirent à conséquence (1). » C'est la Bruyère qui a dit cela, et la Bruyère ne ménage point l'homme. Parce que Barnave, en entendant annoncer à l'Assemblée constituante la mort de Foulon , prononça ces paroles déplorables : Le sang qui coule est-il donc si pur qu'on ne puisse en répandre quelques gouttes! en fera-t-on un Robespierre? Oubliera-t-on la modération de ses sentiments, le courage de ses discours depuis qu'il eut

(1) Dex Ju(]enieuts.

approché de la famille royale? Oubliera-t-on la noblesse de sa mort? Parce que, dans la discussion de la loi du sacrilège où l'on demandait la peine capitale , le vicomte de Bonald s'écria : Eh bien! les coupables iront devant leur juge naturel! en fera-t-on un Jourdan Coupe-tëte?S'il fut souvent aveugle dans sa foi en l'infaillibilité de l'Eglise , dans son admiration pour la compagnie de Jésus ; si sa philosophie théocratique fut trop nébuleuse, sa théorie du pouvoir trop absolue; s'il accorda trop inexorablement aux principes sans tenir compte des circonstances qui doivent les modifier, il fut un homme droit de cœur, honnête et bon. Aussi ne parlé-je point de bâtir ou de renverser une réputation sur un simple mot, sur un fait isolé; j'envisage l'ensemble des actes et des œuvres, la préméditation d'un livre longuement élaboré.

j.j. Rousseau Dcsceudons à ce J. J. Rousseau, l'un des premiers

écrit sur la . . . . i i r > i i

tendresse due ecrivauis qui aient rendu les remmes a la nature et des

aux enfants , . ,

et met les mèrcs aux enfants par ses magnmques écrits (1), n estsiens à

l'hôpital.

(1) Je (lis l'un des premiers, car deux ans avant V Emile avait paru, à Paris, chez Thomas Hérissart, 1760, le Tiaité de l'Education corporelle des enfants en bas âge , par le médecin Desessarts, dont Rousseau ne daigne pas même citer le nom. Il lui avait cependant emprunté sans façon toutes ses idées et l'avait suivi pas à pas. Il s'était aussi inspiré, sans le dire, de la Pe'dotroptiie de Sainte-Marthe. Cf. le livre du Bénédictin dom Joseph Casot, snr les Plagiats de M. J. J. R. de Genève sur l'éducation, avec cette épigraphe tirée de Martial : Grandia verba ubi sunt? Si vir es, ecce nega. A la Haye, 1766. — Il n'en est pas moins évident que si les devanciers de Rousseau avaient préparé les esprits à des réformes salutaires sur l'éducation physique de la première enfance et l'allaitement par les mères, c'est à lui qu'il en faut reporter l'honneur, car c'est à son éloquence qu'on doit la popularisation de ces réformes.

il pas le même qui envoya tous ses enfants à l'hôpital des Enfants trouvés?

Ayez donc foi aux belles paroles des livres de Ber- Bemanliu

de

nardin de Saint-Pierre; laissez-vous aller aux douces Saint-Piene

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