TOME
70 LIVRE IMlEMIEr,.
son temps, n'a fait allusion à cette lettre. Elle n'est pas non plus dans Flavius Eutrope, l'abréviateur de l'histoire romaine, au (piatrième siècle. Il fallait de nécessité ijiventer un Eutrope pour se tirer d'aflaire. Aussi en a-t-on imajjiné un, disciple d'un certain Abdias qui aurait été premier évéque de Bahylone et l'un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ (1). Bien entendu la belle invention de cet Eutrope est dénuée de toute preuve. Alors d'autres sont revenus à l'abréviateur Flavius Eutrope, dont on a voulu faire un chrétien, sur un mot fort peu concluant de son liistoire quand il parle deJulien (2) . C'était le temps où ré^jnait la rage des interpolations chrétiennes dans les livres du paganisme , à l'imitation de Paul Orose. Paul Warnefried, plus connu sous le nom de Paul le Diacre, a greffé sur le Manuel d'Eutrope des interpolations à sa manière dans l'ouvrage qu'il a intitulé Mélanges historiques [Historia nusceUa), et dont les onze premiers livres ne sont que les dix d' Eutrope paraphasés çii et là , et intcr|)olés de christianisme (3).
(1) Cet Abdias n'était, pour io dire en passaiil, (|ii iiu imposteur de pauvre esprit, dont on a une histoire fabuleuse, intitulée : Histoire des luttes ajjostoliques ÇlJistoria certaminis apo.ilolici). Il prétendait avoir connu le Christ et avoir été mis par lui au rang des disciples. Le manuscrit de sa légentle, trouvé dans le monastère d'Ossiach, en Carinthie, fut imprimé en 1551, in-folio, par Wolfgang Lazius, ce qui a eu pour résultat d'en rendre l'auteur et l'éditeur également ridicules.
(2) EuTROPii Breviaiium liistor. rumaux. Parisiis , 1726, in-4'', lib. X, c. XVI [8].
(3) Paul le Diacre, ainsi n|)pclé parce qu'il fut diacre de l'Eglise J'Aquilée, naquit vers 740. il fut chancelier ou secrétaire (notarius) de Didier, dernier roi des Lombards, et parut un instant à la cour de Charlemagne et à colle d'Archise, prince de Bénévent. On a de
LETTllE APOCRYPHE DE LENTULUS. 71
Le véritable Eutrope fut secrétaire de Constantin le Grand, qui avait intronisé le Christianisme; compagnoîi d'armes du sceptique Julien, qui avait restauré le paganisme; gouverneur de l'Asie, sous l'arien Yalens; enfin préfet du prétoire, sous Théodose. Les vicissitiules si diverses subies par le Christianisme sous ces différents princes que servait souvent de près notre auteur, n'étaient guère de nature à lui inspirer autre chose qu'une religion facile, un scej)ticisnie accommodant.
Il existe, comme on l'a dit, une lettre de Lentulus, écrite en caractères d'or, en tête d'un manuscrit des Evangiles conservé dans la bibliothèque d'Iéna ; mais ce manuscrit est du seizième siècle, et non pas du quatrième. Dans ses notes siu^ le Guide de la peinture du mont Athos, M. Didron revient cependant encore sur cette lettre de Lentulus, et, sans se déjuger complètement, la déclare encore apocryphe; mais il la reproduit coimne datant des premiers siècles de l'ère chrétienne (1). C'était en effet le temps des apocryphes.
Or, on la voit paraître pour la première fois, écrite où il ost faît