TOME I
82 LIVHE PREMIER,
lemeiit il se manifesta au prophète Ezéchiel dans une vision, sons la fijjure d'un homme assis sur un trône et tout environné de feu (1).
L'art (jarda longtemps à Dieu le Père la rancune que lui avaient inspirée les Gnostiques, ou s'abstint par prudence. Quand enfin il se hasarda à le représenter avec des traits humains, il adopta un type sévère et solennel, mais sans afficher la prétention de donner un portrait. Souvent alors, il faut l'avouer, on tomba dans l'espèce de profanation redoutée des premiers fidèles, on pei- {juit Jéhovah d'après le maitre de l'Olympe payen , le Jupiter tonnant. Il arriva même qu'un peintre, et il Le ciirist n'était })as le seid, s'avisa de représenter, sous cette '' ' j imiter / ' figurf ^^i sourcil terrible, l'Agneau mystique, le Christ lui-même , le tvpe de l'ineffable douceur et charité : « Les mains du peintre, dit Théodore VAnagnoste, se desséchèrent subitement, et il ne fallut rien moins qu'iui miracle opéré par l'intercession de Gennadius, archevêque de Constantinople, pour lui en rendre l'usage (2). » Cette légende témoigne, par son origine populaire, du sentiment de respect religieux qui existait alors chez le peuple chrétien. L'iconographie sacrée du mont Athos s'est affranchie de ces rigueurs exclusives; elle veut qu'on donne au Christ un aspect terrible, au jugement dernier. Elle le représente lançant la foudre au-dessus du soleil. Cette façon d'envi-
(1) EzKcu., I, 26-27.
(2) TiiKODORE V Anari iiusle (ou le Lecteur), p. 554, à la ï^uite âv Théodoret. Edition de Paris, 1673, in-fol.
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ICO^■OGIlAI»IIIE DU CHRIST. 83
sager le Sauveur est la tradition purement grecque. Le Dieu de cette tradition est celui du Dies irœ. Le Dieu de l'Occident est l'Agneau mystique. L'Italie procède moins de l'Occident que de la Grèce. Dante appelle le Christ un souverain Ju})iter, qui a été crucifié pour nous sur la terre :
0 soinino Giove Clie forti 'n terra per noi crocifisso (1).
Fidèle à la tradition latine, Orcagna, dans son Jugement dernier du Campo santo de Pise, fait lever la main à son Christ , non pour foudroyer les réprouvés , mais pour montrer aux hommes les plaies de son martyre. Le sombre génie de Michel-Ange retourne à hi sombre tradition bvzantine. Plus près de nous, Poussin lui-même, le Romain, a fait du Christ, dans un tableau de saint François Xavier, pour le Noviciat des Jésuites, un Jupiter tonnant. « Il ne pouvait, disait-iî, au rapport de Félibien , il ne devait jamais s'imaginer un Christ en quelque action que ce fût, avec un visage de torticolis ou de Père Douillet, vu qu'étant sur la terre parmi les hommes, il était difficile de le considérer en face (2). »
Il est un autre ordre d'idées qui tend encore à ex-
^ Discussions
dure l'authenticité de la lettre de Lentulus. Si cette >*'"■ '■' i'<aiit.
on la laideur
lettre eût réellement appartenu aux ])remiers temps ••" ^'"'■^ du Christianisme, si elle eût été connue (et elle eût dû l'être), elle eût été citée comme un grave témoignage dans la circonstance dont nous allons parler, à savoir
(1) Purtjdtorio , tcrc. 40.
(2) Entretiens sur les vies et les ouvrages des peintres.