TOME I
96 LIVRE l'IlEMlER.
enveloppant le visage du Christ dans leséj^iilcre. Est-ce le tvpe cpii aurait fourni à Constantin le portrait du Messie? Non, car la vera icon n'eut guère son cours que dans le cinquième siècle, et Constantin ap])artient au commencement du (juatrièm{\ Il est probable qu'à cette époque les images de l'Homme-Dieu étaient encore peu répandues, car lorsque la sœur de cet empereur, la princesse Constantia, écrivit à Eusèbe de Césarée de lui procurer un portrait de Jésus-Christ, l'évêque répondit qu'il n'en ])OSsédait aucune image.
« Serait-ce, ajoute-t-il, l'image du vrai Fils de Dieu? Son Père seul peut le connaitre.
» Serait-ce l'image humaine? Celle-là même resplendit d'une lumière toute divine que nul peintre ne saurait jamais reproduire... Le Christ ne saurait être enfermé dans les lignes d'un dessin, a-îpi'ypa-To;. "
C'est, disions-nous, au cinqtiième siècle qu'on a commencé à parler du portrait envoyé par Jésus à Abgar. Eusèbe, qui a cité la correspondance, n'a dit mot de l'image. La première mention de cette dernière, autant que je le puis affirmer, se trouve dans l'Histoire de Moïse de Khorène, écrivain du cinquième siècle. La seconde est fournie, avec de lé(;ères différences, par Évagre, historien du siècle suivant. Plus tard, saint Jean Damascène (1) ; plus tard encore un récit attribué
(1) OEuvrcs de saint Jean Damascène, t. I, Dis(ourx /•■■■ sur les Lncujes, p. 320. Édition tli'jà citée. 'J'ô pcty.ot; £Î).-/;ci£V7.i y.'xi tw tcoct/j-o) ~so(7cVcY/,'x;j.£vov , Iv tO'jtw tÔv EXîivov £va7roy.ôc;ac70at yx^'x./.- T^pa.
An niêine volume, paj^es 631-632, Epître a Fempereur Tliéophile , § 5, saint Jean Damascène, parlant de nouveau de cette ima{;e, dit qne le Cluist a chargé, de son vivant, Thaddée de la porter au roi Al)jjar. On raconte qu'elle aurait été promenée autour des murs de
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à l'empereur Constantin Porphyrogénète, et Nicéphore Calliste , reproduisent cette légende , que répète à son tour l'abbé Fleury, dans son Histoire ecclésiastique (1). Suivant ce dernier, qui n'est que l'écho de cet empereur Constantin, l'empereur Lécapène, désireux dej)uis longtemps de posséder l'image miraculeuse et la lettre du Sauveur, aurait si bien négocié avec l'émir qui régnait à Edesse en 944, que le tout lui aurait été cédé. Quoi qu'il en soit, une image de ce nom a été longtemps l'objet d'un culte à Constantinople. Nous avons dit précédemment quelle en fut la fortune.
André de Damas, archevêque de Crète, (pii a vécu dans les dernières années du septième siècle et dans les premières du huitième, a laissé sur l'adoration ou le
la ville par les habitants d'Edesse, loi's du siège qui y fut mis par Kliosroës.
Il y a dans les Bollandistes une miniature représentant le moment où le portrait miraculeux du Christ est transporté à l'éjjlise d'Edesse (t. I, Mai). La bihliothèrpte de Moscou ])ossède un manuscrit en parchemin, du onzième siècle, contenant les Vies des Saints, avec leurs portraits. Ce manuscrit est iudicpié sous le n» IX des in-folio dans le catalogue de Matthœi, Mosquœ, 1776, in-fol., p. 11. — Au folio 192 se trouve le texte de la narration ( ûirjYr,ctç ) de Constantin sur l'image du Christ envoyée à Abgar. Là on voit quatre j)eintures, dont trois sur la première colonne, la (juatrième sur la seconde colonne.
Première peinture : Abgar, couché sur un lit et ayant auprès de lui deux esclaves, est occupé à écrire une lettre à Jésus-Christ.
Deuxième peinture : Le Christ écrit à Abgar. Auprès du Sauveur est l'esclave du roi.
Troisième peinture : Le Christ assis donne à l'esclave d'Abgar, qui se tient auprès de lui, une robe de lin avec son image.
Quatrième peinture : Abgar est couclié sur un lit. L'esclave lui apporte la robe avec l'image miraculeuse.
(1) Livre LV, § 30.