‹ Causeries d'un curieuxChapitre 36 sur 124 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

culte des images un petit morceau où il cite quatre

exemples de l'ancienneté de ce culte (1) :

1° L'image de Jésus envoyée au roi Al)gar d'Arménie ;

2° L'image, également miraculeuse, de la Vierge, dont nous parlerons plus loin ;

3" Une image du Sauveur, peinte par saint Luc ;

4" Une autre image de la Vierge, peinte par le même évangéliste, laquelle on voyait à Lydda ou Diospolis, en Palestine, et qu'on prétendait contemporaine de la mère même de Notre Seigneur (2) .

Au sujet des traits du Christ, André se réfère à l'historien Flavius Josèphe , mais évidemment par suite d'un lapsus de mémoire , car le passage, d'ailleurs interpolé et apocryphe de Josèphe, parlant du Christ, ne dit même rien sur les traits du Sauveur (3). Le Des trois images miraculeuses du Christ, la plus

^dTsai'ué'^'^ citée est celle de sainte Véronique, dont le nom, tiré ^eronufue. (Je celui dc l'image même, vera icon, est devenu commun à l'image et à la sainte. De là le nom de cette Sainte Face devant laquelle, depuis le douzième siècle, on entretient, jour et nuit, dix lampes allumées dans l'église de Saint-Pierre de Rome, et que, tous les ans, le vendredi et le samedi saints , on fait voir au peuple, avec la lance et la croix. On en possède les analogues

(1) Boissonade, d'illustre mémoire, un homme de goût attique , a publié ce morceau d'après un manuscrit de la Bibliothèque Impériale. Voir Anecdola grœca, IV, pages 471-473.

(2) Boissonade renvoie, pour ce dernier portrait, à la lettre de saint Jean Damascène à Théophane. Voir p. 115 des Anecdola grxca.

(3) Voir Y Histoire des Juifs de Flavius Josèphe, XVIII, iv.

dans le Sancta Sanctoriun de Saint-Jean de Latran (1), le Saci'é Voile de Turin et autres reliques à Laon , à Besançon, à Gompiègne et à Cologne. De là enfin le nom de vendeurs de Véroniques attribué à ces marchands qui étalent des images saintes à l'imitation du saint suaire, dans la place Septimienne, devant l'église du Vatican (2) .

Les actes du concile œcuménique de Nicée, tenu contre les iconoclastes en l'an 787 (3), parlent, sans la condamner, de l'effigie envoyée par le Sauveur au roi Abgar. Ils citent également une autre peinture mira-

nt Voyez l'ouvrajje du P. Morangosi : SloriadeW autichlssiinu uratorio o capella di San Lorenzo nel patriarchio Lateranense communemente appellato Sancta SAXCToniM. Ronia, 1747, in-8°.

Les peintures de Saint-Jean de Latran sont fort anciennes et fort précieuses, mais postérieures à celles du cimetière de Saint-Gallixte.

(2) Voy. Raillet, Les Vies des Saints. Mardi de la Quinqua{j('sinie, t. IX, p. 22.

Le plus ancien monument représentant une femme tenant une Sainte Face dans les plis de son mouchoir, est reproduit, comme appartenant au cinquième siècle, dans le livre de Manxi, DeW errore che persiste di attribuire le pitture al sanlu Ei'anr/elista, Florence, in-4", p. 36.

Cf. Mabillon, Musxum italicum , t. II, p. 122.

Cartelli , Histor. ecclesiast., etc. Planche représentant une Sainte Face et la Véronique.

Sur la sainte elle-même, voy. Nouvelles recherches sur l'époque à laquelle a été composé l'ouvrage connu sous le titre (YEvangile de Nicodème, par Alfred Maury. Paris, 1850. Extrait du XX*= vol. des Mémoires de la Société des Antiauuircs de France.

Voy. également Lettre à M. Raoul-Rochelle sur ielymologie du nom de Véronique donné a la femme cjui porte lu Sainte Face, et sur l'origine de son culte. Année 1850 de la Revue archéologique , pa^^es 484- 495. Paris.

(3) Acta septimx sj nod i ÇSicenae II), Acta iv. Edid. Ilarduni. t. IV, p. 260, sq.

culeiise existant à Béryte et qui représentait le Christ staiiie en pied. Ils funt aussi mention d'une statue de bronze

du Clirist.

éri^^ée au Seigneur, dans la ville de Panéade, près du Jourdain , par la femme qu'il avait guérie d'un flux de sang. Eusèbe affirme avoir vu cette statue (1). Or, la Galilée, où se trouvait cette ville de Panéade ou Panéas, la Galilée, qui avait été le principal théâtre des prédications du Sauveur, ce qui la fait encore appeler par les Orientaux Beled el-Boukra , c'est-à-dire le pays de l'Evangile, était de ceux d'où toute iconographie était bannie. L'érection d'une telle statue fût-elle aussi réelle qu'elle paraît peu probable , toujours est-il que l'image n'eût pas été exécutée d'après nature , et n'eût été qu'une sorte d'emblème.

Saint Suaire Saint Jean Damascène, dans son premier Discours narTe Messie ^"^' ^^^ imarjcs , prétend, à la suite des paroles que nous '" ■ avons citées, que de son temps le suaire du Christ existait encore à Édesse, o zat p-î'xp' ~^^^ ^"^'-^ cw^eTat. Je n'ai rien retrouvé sur le sort de l'image de Béryte. Quant à la statue érigée par l'hémorroïsse, Sozomène rapporte cjue l'empereur Julien l'aurait détruite et remplacée par sa propre image, dont peu après le feu du ciel aurait fait justice, comme un feu souterrain aurait ruiné les fondations du temple de Jérusalem, que ce prince avait voulu rebâtir pour faire mentir les prophéties (2).

(1) Eusèbe, Histoire ecclésiast., VII, 18.

Cf. Joaiines Carol. TuiLO, Codex apocryphus Novi Testamenti. Lipsiœ, 1832, t. I, pages 560-562. Cet ouvrage de Thilo, professeur à Tubingue, est plus approfondi que celui de Fabiieius, dont il a tout naturellement profité.

(2) SozoMKNK, Ilisl. eccle'.<!.,\,20. Cf. Puilostorge , llixt. ecclés., VII, 3; TiiiLo, loto citato.

ICONOGRAPHIE DU Cnr, IST. 101

Dans le ])iit de Ijiaver la relifjiou elirétieiine qu'il avait pratiquée ina!(jré lui, Julien se faisait peindre en compa(^;nie d(; Jupiter, de Mai's et de Mercure (1).

Un autre Saiito ] dIio miraculeux, (jui existe encore Santo Volto

-,. . - . miraculeux

aujourd nui, et tl(jnt la sculpture est attrujuee au sanit de Lucques. disciple ÙSicodème , est le fameux crucifix de Jjois noir que les Liicquois conservent dans une chapelle murée de leur cathédrale, et que Dante a cité dans sa Divine Comédie, au chant XXI de l'Enfer (2).

Qui non h.i Iii(j;;<) il Santo Volto, Qui si iiiKjta altiimeiiti clic iicl Sercliio.

Les uns veulent que ce soit Xicodème lui-même qui ait sculpté ce crucifix, avec l'aide d'un an(je; les autres accordent qu'il pourrait seulement en avoir diri{]é l'exécution. Dans tous les cas, l'ima^je aurait été apportée à Lucques par les fidèles fuvant les persécutions des empereurs iconoclastes de l'Orient (3).

(1) Voir Sozo.MKNK, Ilixl. eccléx.. Y, 17, et GnKc.oiRK dk N'azianze, Disc. m.

Ou trouve dans Ji'LiEX, Epitre 66, à un peintre ( Etlit. Hevier, Mavenee, J828, iii-8"), quatre lignes dont les deux premières sont douteuses ; voici le sens des deux dernières :

« Et toi, pourquoi me donnes-tu la figure d'un autre, ami? Tel tu me vois, tel il me faut peindre.

(2) « Ici la Sainte Face n'est pas ce que l'on invoque; ici l'on nage autrement (pie dans le Sercliio (rivière voisine de Lucques). »

(3) Misson a tlonné une gravure de cette Sainte Face, p. 322, tome second, «le son JSotiveau voya<je (V Italie.

La Revue Archéolo^iitjue (t. III, p. 101-105, article de M. .1. Courtet) parle d'un portrait de Jésus-Christ conservé au château de Grambois , canton de Pertuis, arrondissement d'Apt. Ce portrait, envové, diton, à Innocent VIII par l]ajazet II pour l'intéresser au rachat de son frère Zizim, suivant ime inscription anglaise qui se lit au lias de la peinture, aurait été enlevé lors du sac de Rome par le conné- TOME 1. 7*

ni ventes jjar l'art italien

Vint le jour où le Duccio, le rude et mâle Gimabué et son disciple Giotto se sont inspirés de ces types vénérés: le Giotto surtout, qui eut le mérite d'être de son temps et l'honneur de le devancer, en secouant si vaillamment les vieilles routines, pour lever les veux Types vers la nature. A cette sorte de renaissance, les images sacrées, jusque-là si banales, ont pris du caractère avec une certaine majesté placide qui étonne la mollesse de notre [joût.

Est-ce à dire que ce fut déjà l'art dans sa liberté? Au Giotto succéda cette époque décisive pour la r('surrection de l'esprit humain , cette époque qui ferme le Moyen A(je et s'ouvre aux rayons de la Renaissance. Ce fut alors que le sculpteur Nicolas de Pise, assisté de son frère Jean (I), donna le premier choc aux calques byzantins. Avec lui, les sculpteurs du temps enseignèrent aux faiseurs d'images à s'affranchir du joug des Grecs de la décadence, ])our se nourrir des œuvres des anciens Grecs. Le culte idolàtrique de l'antiquité profane (pii exalte la matière se sanctifia du spiritualisme chrétien qui la repousse , et l'art grec reçut le baptême. La beauté corporelle ne fut qu'un reflet de la beauté morale. L'art procéda non de la forme à l'âme, mais du sentiment à la forme. Taddeo Gaddi continua le Giotto. Gentikî da Fa])riano, de l'école ombrienne, et surtout l'Angelico da Fiesole, de l'école florentine,

table de Botirlioii. Il serait finalement arrivé aux mains dn surintendant Foiicquet , qui l'aurait offert .'i l'un de ses juges, Pierre Ralfelis de Roqucsante, et c'est dans la f.iiiiille de ce dernier qu'il est encore.

(1) Les bas-reliefs des Pisans sont à Pise et à Orvieto.

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produisirent de ravissantes compositions inspirées de la prière. Le Masaccio, par les airs de ses têtes, fut comme un précurseur de Raphaël. Fra Filippo Lippi continua le Masaccio , et un peu plus tard Alessandro Bonvicino, autrement dit Moretto da Brescia, se montra le plus relifjieux de tous les peintres de l'école de Venise. Vint-on pour cela à bout de mettre à la place des types sacrés anciens im type qui poétisât assez la chair pour la faire participer à la nature surhumaine? Non, la représentation de l'Homme-Dieu ne sera jamais qu'un misérable anthropomorphisme, un pâle simulacre, à côté des créations éthérées que se peindra la foi dans les lointains de l'ima^jination. L'art peut bien transporter la grandeur et la magnificence dans un autre ordre d'idées; mais l'arrière-saison des peuples n'est ni plus féconde ni plus éloquente que n'a été éloquent et fécond leur jeune enthousiasme pour s'élever à la hauteur de la conscience chrétienne et ravir à la Jérusalem céleste un type dont l'universalité traverse les âges sans cesser d'avoir raison devant le spiritualisme le plus ardent. Seuls, Léonard et Raphaël, qui ont vu avec les veux de l'âme, ont reçu d'en haut le rayon immortel qui , sous leur pinceau , illumine le Sauveur . Malheureusement , les meilleurs élèves du peintre d'Urbin ont promptement abusé, après sa mort, du souffle encore discret de sensualisme que trahit son talent :

Par delà tous les deux le Dieu des cieux réside :

Sachons nous contenter d'un à peu près humain dans nos peintures.

Ce que nous avons dit de la valeur des types ico-

nographi(|ues du Christ s'applique entièrement aux

Portrait portraits de la Mère de Dieu. Saint Ausustin, aussi

de la Vierge.

affirmatif pour la Yier(,fe Marie que pour le Sauveur et pour les Apôtres, dit positivement qu'on ne connaissait point la figure de Marie (1). Mais un autre grand docteur de l'Église d'Occident, saint Ambroise , avait dit, vraisemblaljlement par tradition mystique , que chez la INIère de Dieu « la beauté du corps était comme le reflet de la beauté de l'âme » (2) .

Représenta- Aux catacouibcs , la Vierge est représentée toujours

lions de la ,, , ± i • > •

Sainte Vierge « apres im type apparemment hiératique , tantôt en catacombes, deiui-figure , tantôt en pied, debout, dans l'attitude d'une personne qui catéchise, la main sur la poitrine et les veux levés vers le ciel (3). En certaines églises, notamment à Sainte-Praxède , à Rome , depuis le commencement du cinquième siècle, elle est peinte blonde, assise et voilée, revêtue du costume d'une matrone romaine, auprès du Christ siégeant sur un trône. Ailleurs, même avant le premier concile d'Ephèse,

(1) ^Seqiie eniin novirnus faciein Virginis Mariae. Saint Augustin, De Trinitate, ch. viii, t. III, col. 870.

(2) Ut ipsa corporis species siniulacrum ftierit mentis fijjura proLitatis. Bona quippe domus in ipso vestibnlo débet agnosci. S. Amdr., De viryinitate, 1. II, ch. il, col. 164.

(3) Voir l'ouvrage grand in-folio de M. Perret sur les peintures des catacombes de Rome. On y trouve quelques figures exactement reproduites. Les Vierges sont au nombre des dessins les mieux exécutés. Il faut aussi mentionner une fort belle tète de Christ, dont l'époque ne me semble ])as bien déterminée et qui reproduit une terre cuite. C'est un morceau de réelle beauté, par la grâce et l'élévation du sentiment. Il a été trouvé assez récemment dans une fouille faite au-dessus du tombeau de sainte Agnès.

ICONOGRAPHIE DE LA SAINTE VIERGE. 105 convoqué en 431 par Tliéodose le Jeune, et qui fixa d'une façon définitive la fi(jmre hiératique, elle parut sous le riant aspect de la Vierjje mère, tenant sur ses bras ou sur ses genoux l'enfant Dieu. Des peintures nombreuses sur verre existant aux catacombes la représentent toujours ainsi voilée. Telle on la voit également, au musée du Vatican, sur un sarcophage dont le travail annonce la meilleure époque de l'art chrétien. Basnage avait sf)utenu (pie l'on n'avait commencé à peindre la figure de la Vierge qu'après le premier concile d'Ephèse : les catacombes sont une preuve vivante du contraire.

A mesure que l'art s'éteignit dans les obscurités du moven âge, le pinceau attrista l'effigie de la Vierge, et s'obstiiui à la peindre de couleur noire, en même temps qu'on la sculptait en bois d'ébène, sous prétexte de tradition biblique : " Je suis brune, mais je suis belle; Niqra siim, sed formosa, " avait dit la Sulamite. On Les vierge

•^ •' noires

avait vu se multiplier les fameuses Madones de saint «'e saint Lu Luc l'Evangéliste, ce Dédale chrétien qui n'a jamais connu le Sauveur, et que de médecin on a fait peintre pour les lui attribuer au sixième siècle : peiiitiu^es apocryphes qu'on retrouve fréquemment encore, de nos jours, en Italie, en France, en Russie, en Pologne, vénérées par le vulgaire comme au moyen âge, et qui ne sont en résumé que d'informes images des Grecs de Byzance, originales ou copies, apportées au temps des croisades, et imitées de la déesse Isis tenant le dieu Horus entre ses bras. C'est Théodore le Lecteur, écrivain du sixième siècle, (pii le premier a donne' la qualité de peintre à l'évangéliste saint Luc. Jusque-là

cet Évan^jéliste n'était connu que comme médecin par le témoi(>nage de saint Paul (1) et par celui de saint Jérôme qui affirme même cju'il excellait dans son art. Ni l'un ni l'autre n'en fait un peintre (2). On a vu précédemment qu'André de Damas, postérieur de plus d'un siècle à Théodore, a parlé aussi des peintures sacrées de saint Luc. Au quatorzième siècle, Nicéphore Calliste s'est fait leur écho. Du reste, la difficulté n'est pas dans l'existence du talent de peintre chez un médecin : la question est ailleurs. Il faut s'en tenir au ^rave témoignafje de saint Augustin. Lesvierjjcs Toutcs Ics Vierges noires, quand elles sont peintes,

noires -i / . dt^ /i- , t i '

peintes sont attribuecs a l Evangeliste. Les plus renommées

sculptées, entre ces Vierges et pour lesquelles le peuple montre

le plus de dévotion, sont celles des religieux des Saints

A Rome. Sixte et Dominique , à Rome ; celle de Sainte-Marie- Majcnre, placée dans cette église par le pape Paul V, tlu tem})s de François F"" ; celle de VAra Cœli du Gapitole ; celle de la Sainte, à Venise ; celle de Notre-Dame de la Carde, à Bologne. Il y a aussi une Vierge noire à Sainte-Marie-Majeure de Naples, une autre en Sicile, A Marseille. SOUS le noui dc j\oti'e-Dame des Guides. Marseille possède également une Vierge de saint Luc, dans l'église de Saint-Victor. Quand on la découvre, ce qui n'a lieu qu'aux grands jours, le peuple se prosterne.

A Lyon. A Notrc-Dame de Fourviùres, h Lyon, à Notre-Dame

(1) Eptt. aux Colossiens , iv, 14.

(2) Montfaucon rapporte qu'il a vu, daus uue ihapc-lle do l'éylise Sainte-Marie-Majeure de Verceil, une image de la Vierge portant l'enlant Ji'sus, peinte de la main même de sainte Hélène, mère de Conîit;iiitin. 11 ne dit pas la couleur du visage.

ICO'OGRAPHIE DE LA SAINTE VIERGE, 107 de Dijon, à Notre-Dame de Liesse, près Laon (1), à la cathédrale de Chartres, il y a aussi des Vierges noires a Chartres,

SI renommée

miraculeuses fort vénérées (2). pour le culte

. T , lie Marie.

Paris possède également sa Vierge noue, honorée pendant des siècles à Saint-Etienne des Grès , sous le nom de Notre-Dame de Bonne-Délivrance , et qui décore aujourd'hui la chapelle du couvent de Saint- a Paris. Thoma,s-de-Villeneuve, rue de Sèvres. Cette chapelle est un des pieux sanctuaires ou la dévotion à la sainte Vierge aime le plus à s'épancher, et c'est devant cotte même et vieille image que Bernard le pauvre prêtre , que les reines Anne et Marie-Thérèse d'Autriche, que les princesses de Coudé et de Conti, que tous les associés de l'antique confrérie de Notre-Dame de Bonne- Délivrance sont venus s'agenouiller dans le Seigneur. C'est devant elle encore que l'expression la plus can-

(1) V. Histoire de l'image miraculeuse de Notre-Dame de Liesse , avec un discours sur la vérité' de cette histoire et sur ianticjuité de la chapelle de Liesse... par Villette. Seconde édition, revue et :111gmentée. Lnon, Cli. Courtoi.s, 1755, petit in-8".

On peut voir aussi un petit livre rare et curieux, intitulé Histoire miraculeuse de Notre-Dame de Sichem , au Moiit-Ai(ju, en Brabant, escripte en latin par Juste Lipse , traduirte en français par un professeur du collège des Jésuites de Tournon (P. Piehoul). A la fin, est ajouté un abrégé des choses arrivées en divers lieux, principalement a Tournon, par les images faictes du chesne de la tnènie Nostre- Dame de Sichem. Item, un poème de l'invention de la dicte imuqe.

(2) V. Histoire chronologiipie de la ville de Chartres, par ViyiMW, mémoire du dix-septième siècle, pages 40 et 41. — CF. JSotre-Dainc de France ou Histoire du culte de la sainte Vierge en France, par M. lecuréde Saint-Sulpice.VM-h, Pion, 1861, pages 200-211. Les plus célèbres images de la Vierge à Chartres sont Notre-Dame de Sousterre, statue druidique renouvelée, et Notre-Dame du Pilier, qui figurent toutes deux à la cathédrale. La dernière est une Vierge noire.

dide et la plus pure de la tendresse mystique et de la charité, saint François de Sales, allait, chaque jour, verser ses larmes avec ses prières, et que, de 1578 à 1583, h l'âge de onze h seize ans, relevé par sa foi dans la Vierge Marie , d'un profond affaissement physique et moral , il prenait la résolution secrète de vouer son âme et sa vie au divin ministère et au service de l'humanité.

En Espagne. L'Espaguc a scs Yicrges qui ont également leurs légendes miraculeuses : celle de Notre-Dame del Pila?-, à Saragosse, et celle de Notre-Dame del Sagrario, à Tolède. L'image del Piiar était d'une incomparable richesse ; m^is les révolutions ont mis la main sur les offrandes sucrées des dévotions séculaires , et l'on vit une courtisane de l'intimité du président du conseil d'Espagne, en 1828, se montrer en public couverte des jovaux enlevés à la Vierge vénérée d'Atocha, à Madrid, tandis que d'autres audacieuses promenaient les bijoux des Vierges noires de Saragosse et de Tolède. La vierfje Lii ]>his célèbre de toutes est celle de Notre-Dame de

noire (le -f ,,. , . • • > r» • i Trk'r'

Notre-Dame Lorctte (1), enimenec prisonnière a Pans, en l/y/, dans lêrtiats déposéc alors , comme une curiosité archéologique, au e Ejj ise. (j;.^j^jjjg^ ^jgg médailles, à la Bibliothèque nationale, audessus d'une momie, et restituée au pape, en 1801, ])ar le premier Consul. Il y eut alors cela de curieux, que le commissaire pontifical se refusa à la laisser porter sur le procès-verbal d'expédition, pour ne point blesser en Italie l'opinion publique, en faisant déroger aux

(1) V. La sainte chapelle de Laurette, ou l'histoire admirable trèsexacte et très-authorisée de ce sacré sanctuaire , par J\ic. de Braliox. Paris, G. Josse, 1665, in-8".

ICO^'OGRAI'llIE DE LA SAI>'TE VIERGE. 109 yeux de tous cette image de la Vierge, à sa manière mystique de voyager à travers les airs, sur les ailes des anges. Ce n'est j)oint une j)einture, mais une sculpture en bois de cèdre, noircie h la fumée séculaire des cierges des fidèles. Je ne suis même pas certain rpi'elle n'ait point été peinte en noir.

Alt-OEttinge?i, en Bavière, est fameux aussi par une En Bavière. Vierge noire de bois, à lacpielle on attribue des miracles nombreux. Je suis tombé un jour au milieu d'un concours prodigieux de population , dans cette petite ville. Impossible de passer outre : c'était comme une inondation de paysans accourus de plus de trente lieues à la ronde ])our y faire leurs dévotions.

La Vierge de Notre-Dame des Ermites , à Einsiedeln , En Snisse. dans les montagnes de la Suisse, est également une Vierge noire, qui, le 14 du mois de septembre, attire des centaines de milliers de pèlerins (1).

Bien entendu , comme les autres pays , la Russie et vierges la Pologne ont leurs Madones illustres. La plus vénérée en Pologne est celle de Notre-Dame de Czenstochowa, peinte dans le caractère byzantin le plus primitif, sur fond recouvert de plaques d'argent doré, orné de nielles (2). Celles de la Russie sont nombreuses. On cite

(1) V. Ilodœporiciun Mariano-Benedictininn, seu Historia de imaninibux B. Mariât Virfjinis, miraculis et pere(]rinatwnibus apud PP. Ordinix S. Benedirti per orbem celebratis... R. D. Caroli Sten- GELII, abbatis Anhusani. 1659.

(2) Images miraculeuses de la sainte Vierge en Hongrie, en Pologne, en Bohème, en Espagne, en France, dans les Indes, etc., avec texte en hongrois sous ce titre : Az egesz vilagonlevë csvdalatos boldogsagos sz'iiz keipeinek roevidcden fol tet eredeti : mellvet sok tanusàgokbol tiszvc szerzett, es az Aétatos hivek lijlki lidvôsségére

russes.

de Wladimir.

110 LIVRE PRE. MI Kl!,

entre autres la Vierge de la cathcdralc de Rostoff, dont on attribue la peinture à saint Olympe , qui vivait au La Vierge Onzième siècle. On célèbre surtout celle de Saint-Wladimir, la plus sainte des saintes images de l'empire , de laquelle l'origine a le mérite d'être miraculeuse et qui tient son nom de son ap})arition au lieu même où devait être bâtie la ville de Wladimir-Zaleski. Apportée à Moscou par le grand-duc Wladiiuir, qui introduisit la foi chrétienne en Russie, il y a cinq siècles qu'elle occupe sa place à Moscou, dans la grande cathédrale Bohchoï-Ouspenskoï Sohor (l'Assomption), au Kremlin, qui de tout temps a servi de théâtre au couronnement des czars. Le souvenir d'un de ses miracles se rattache à l'un des grands événements de l'histoire russe. On raconte cpie, lors de l'invasion de la Moscovie, en 1395, par Timour-Lenk, autrement dit Tamerlan, le prince de Moscou , Vassili-Dmitriéwitsch , voulant rassurer le peuple épouvanté, écrivit au métropolitain de Ivolomna d'envoyer chercher à Wladimir cette Vierge renommée. On l'apporta : soudain Tamerlan changea de direction, et fit retraite vers la mer d'Azoff. Une fête nationale, célébrée le 26 août, consacra la mémoire du miracle et le respect des peuples pour leur protectrice. Une seule fois, depuis cinq siècles, elle a, diton, quitté l'antique cathédrale; c'est en 1812 : les troupes russes, en laissant la ville incendiée, emportèrent avec elles le précieux symbole et attribuèrent à sa divine influence le désastre des Français à la Béré-

ki bocs;ltott Galastuai Esteras Pal Szentséges Romai BirodalombélI Herczeg's, Magyar Orszâgi Palatinus. 1690. Esztendoben. Petit in-4'', 117 planches de Vierges. Livre aussi ruiieux que rare.

ICONOGRAPHIE DE LA SAINTE VIERGE. IIJ sina. Et lorsque, {jràce à ce palladium de l'empire, trente mille hommes seulement de la (jrande armée eurent franchi le Niémen , la Madone fut reportée en triomphe dans le temple sacca(>é. Malheur aux puissances alliées si les Russes de Sébastopol n'eussent point commis, en 1855, la distraction de ne pas l'emporter avec eux !

La Vierge de Wladimir repose dans une chasuble d'or pur, ornée de pierreries précieuses évaluées à un million. Sur le front de la Mère de Dieu hrille une émeraude grosse comme un œuf de colombe , et sur la châsse qui renferme ces richesses est plantée une croix en diamants dont chaque ])ierre est un trésor. Tout l'ensemble de l'église répond à cette fabuleuse richesse. L'iconostase qui monte jusqu'aux voûtes est chargé de cinq étages d'images, dojit le premier est peint sur fond de vermeil. Malgré soi, l'étranger le plus dédaigneux de ces splendeurs et qui ne j)rofesse pas le schisme grec, s'arrête ébloui sur le seuil. Quand, à la lumière des cierges, l'encens monte vers la voûte avec les prières, avec les suaves mélodies de chœurs invisibles placés derrière l'iconostase; quand le métropolitain, aux cheveux flottants suivant la manière des Nazaréens, donne la bénédiction solennelle, avec les flambeaux, on éprouve une de ces impressions saisissantes qui enlèvent à la terre et laissent un éternel souvenir ( 1 ) .

(1) Voir sur les Images saintes Je la Russie : Lettres de M. Snéfjuireff à M. le comte Alexis Ouvaroff, pages 314-351 ilu troisième volume des Mémoires de la Société d\irchéologie et de numismatique de Saint-Pélersboury, publiés par le docteur B. de Koiine. 1849. C'est une traductiou donnée par M. Sabatier.

Voii' ('gaiement le grand ouvrage in-folio des Antitjuités de l'empire

112 LIVRI-: PREMIER.

Vierge En remontant vers des temps plus anciens, on se

miraculeuse i, ■.-,. . , . , .

de Saint-ceise rappelle encorc une Vierge mu-aculeuse tpu était en possession de la vénération populaire, depuis longues années, au quinzième siècle, dans l'éjjlise de Saint- Celse, à Milan. Saint- Ambroise, Saint-Satyrus, Saint- Simplicien , Santa-Groce , autres églises favorites de la population milanaise, voulurent avoir ime répétition de cette Vierge. Une autre copie existait déjà à Sainte- Marie des Grâces, et, à l'occasion de cette image de miracles le respect des fidèles avait donné naissance à une cérémonie annuelle, le jour de la Purification, cérémonie dans laquelle on portait processionnellement un vieux bas-relief de la Mère de Dieu, connu du peuple sous la dénomination mystique d'Idea , nom sacré que le paganisme donnait aussi à la déesse Cybèle (1). Tout à coup, le 30 décembre 1485, l'image de l'église de Saint-Celse s'illumina de flammes, au dire des nombreux assistants. La vénération des peuples s'en accrut avec une telle passion qu'il fallut ouvrir aux pèlerins accumvdés une plus vaste enceinte. Elle fut ouverte sur les plans de Bramante. Léonard de Vinci, Raphaël et Moretto da Brescia furent apj)elés à con-

de Russie, publié à Moscou d'après les collections d'antiquités nationales déposées dans les salles de V Oroujeinaïa-palata , au Kremlin. Les dessins sont de M. Sontsoff.

La Russie, comme le Mont-Atlios, a son manuel de la peinture des images saintes. Ce livre, qui n'est pas la reproduction du Guide grec publié en français par M. Didron, s'appelle le Podlinnik. Il ajoute souvent aux notions que fournit le Guide du Mont-Athos.

(i) Un des oracles sibyllins disait : « Quand un ennemi étranger aura transporté la guerre sur la terre d'Italie, on pourra l'en chasser et le vaincre, en transférant de Pessinonte à Roinc Idea mère... » Si mater Idea a Pessinunte Romam advecta foret. Tite-Live, xxix, 10.

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