‹ Causeries d'un curieuxChapitre 39 sur 124 · PORTRAITS SACRÉS LÉGENDAIRES · texte numérisé non relu

PORTRAITS SACRÉS LÉGENDAIRES

tiel au Père , il a pris l'âge du Père , ou le Père a pris le sien. Ici quelques peintres ont donné au Fils soixante ans. Ailleurs, et c'est le plus grand nomljre, ils lui ont conservé les trente-trois ans que lui assigne la tradition. Quant à la Vierge , âgée d'abord telle que devait l'être la Mère de Dieu, elle s'est rajeunie avec le temps : on la voit siéger h côté de son Fils, ornée du même âge que lui ; et depuis que la tradition de l'Assomption est adoptée par la généralité des fidèles et intronisée par les arts, Marie, au séjour de gloire, refleurit d'une jeunesse toujours nouvelle, et se couronne de toutes les grâces terrestres, sanctifiées des beautés du spiritualisme (1).

Hâtons-nous de le dire, toutes les traditions sont loin d'être des légendes. Il y a des mensçnges accrédités

(1) Les premiers Pères de l'Éfjlise n'avaient point parlé de lAssomption de la Vierjje. Quelques siècles après, au cinquième et au sixième, on voit les Sacramentaires de saint Gélase et de saint Grégoire en l'aire une mention expresse dans la Collecte de la fête, Veneranda nobis, etc., que nous récitons encore aujourd'hui. Cependant, au huitième siècle la question n'avait pas encore été approfondie d'une façon définitive. En effet, vers 704, saint Adamnan, s'aidant d'une relation des lieux saints écrite par un évêque de Gaule, nommé Arculfe, décrivait une éjjlise de la vallée de Josaphat où l'on montrait le sépulcre de la sainte Vierge : « Mais, ajoute-t-il, on ne sait en quel temps, par qui ni comment son coi-ps en a été ôté , ni en quel lieu il attend la résurrection. » Il la croyait morte à Jérusalem, et il le marque expressément. Cependant, depuis, sans en faire un article de foi, les docteurs ont parlé, et « aujourd'hui, dit Son Éminence le cardinal Gousset, archevècpie de Reims, dans sa Théologie , on croit généralement que la Vierge est ressuscitée immédiatement après sa mort, et qu'elle est en âme et en corps dans le séjour de gloire. Cette pieuse croyance, ajoute le docte cardinal, est fondée sur la tradition et sur les sentiments de piété que nous devons avoir pour la mère de Dieu. « (Cf. sur ce sujet Renoit XIV, De J'esto Assitmptioiiis, et \ Histoire ecclésiastique de Flel'RV.

devant lesquels on passait sans les regarder, et que la critique des docteurs a fait d'un mot tomber dans la respe'ciabies. poussièrc ; mais tels vieux récits , épurés par la saine et sévère critique , sont entrés triomphants de bouche en bouche et de siècle en siècle jusque dans les crovances des fidèles. Non certes que les croyances de l'Eglise, c'est-à-dire ses enseignements dogmatiques, aient jamais eu besoin d'être épurés, puisque l'Eglise est infaillible dans ses enseignements, en vertu de l'assistance divine , mais parce qu'il est tels faits sur lesquels elle n'avait pas encore arrêté ses décisions définitives, et sur lesquels la science des docteurs est venue plus tard empêcher les fidèles de s'égarer.

C'est qu'il y a à distinguer entre les traditions, et qu'il en est qui doivent finir par faire autorité. N'étaient-ce pas des traditions vénérables que la parole des disciples des Apôtres, que la parole des Pères? Les faits et la doctrine n'ont-ils pas eu pour se transmettre, indépendamment des Ecritures saintes, une succession continue d'évêques, de prêtres, d'écrivains ecclésiastiques ?

« Combien de choses n'avons-nous pas apprises de la bouche de nos pères! disait David. Combien de vérités Dieu leur a ordonné d'enseigner à leurs enfants, afin de les faire connaître aux générations futures ! Ils en useront de même à l'égard de leurs descendants, afin qu'ils mettent en Dieu leur espérance, qu'ils n'oublient point ce qu'il a fait, et qu'ils apprennent ses commandements (1)."

(1) Psaume Lxxvii, v. 6.

MÉNAGEMEINTS DUS AUX TRADITIONS. 117 Saint Paul , de son côté , disait : « Gardez les traditions que vous avez apprises soit par mes discours, soit par ina lettre (1). "

Souvent même les traditions purement humaines sont les uniques échos qu'ait à noter la grave histoire : témoignages négligés ou mal compris avant elle, qui apparaissent parfois inconséquents et bizarres, mais dont l'étude comparée et la discussion démontrent les rapports nécessaires avec un ensemble de faits et de preuves qui constitue la vérité, autant qu'il soit donné h l'homme de la connaître. L'étude des légendes est l'étude d'un des côtés de l'esprit humain , l'une des faces de l'histoire des peuples.

En résumé, i)our barbares que fussent les tvpes ,^ . ,

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sacrés primitifs des catacombes et de l'art byzantin , , respect est

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trop altérés et avilis sous des pinceaux inhabiles ; pour légendaires que fussent les portraits qui en ont procédé, tous présentent un incontestable intérêt en ce qu'ils ont été rehaussés du respect des premiers fidèles et consacrés de leur foi et de leur sang. Donc sans les admettre d'une façon absolue , il y a prudence à leur laisser un caractère de probabilité, parce qu'entre le certain et le faux il v a des nuances dont il est d'un esprit sage de tenir compte. Le pape Benoît XIV n'admet pas qu'on soit tranchant et explicite contre les traditions. S'il accorde qu'on ne leur reconnaisse point de piano une autorité décisive, il les croit cependant assez anciennes et appuyées sur d'assez graves témoignages,

(1) Saint Paul aux Tliessaluiiiciens , l'p. II, cii. il, \. 14.

traditionnelles.

pour être respectées (1). Il est évident, en effet, que si les effi^jies sacrées ne sont pas des témoignages constatés , elles ont du moins ce mérite , qu'elles appartiennent à une symbolitpie plus voisine des temps historiques, qu'elles peignent les caractères de race, qu'elles sont toujours utiles sous le rapport ethnographicpie , et disent à l'archéologue , avec leur éloquence propre, comment l'Eglise des temps apostoliques et des temps qui suivirent cette époque se représentait la figure du Sauveur, de la Vierge et des grands personnages de l'Evangile.

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