‹ Causeries d'un curieuxChapitre 40 sur 124 · DE LA CORRESPONDANCE ENTRE SAINT PAUL ET SÉNÈQL'E · texte numérisé non relu

DE LA CORRESPONDANCE ENTRE SAINT PAUL ET SÉNÈQL'E

Quasi- Nous appelions tout à l'heure saint Paul en témoi-

orthodoxie /ni

deSénè(nie. gnagc. Gertcs , 1 Apôtre eût repoussé 1 une de ces suppositions hasardées qui ont réussi à faire quelque chemin , et qui tendraient à établir une analogie exagérée entre le stoïcisme et la religion de Jésus. A cette légende est mêlé le nom de saint Paul lui-même. Tout le monde en effet a lu , ou est censé avoir lu , cette fameuse correspondance qu'on a prétendu avoir existé

(1) Voir sur les principes à suivre en matière de traditions : Benoit XIV, De festis et canonisatione sauctoruni, 1. IV, par. ij, cap. X et xxxr.

Voir également la préface du livre de l'abbé Gosselin, le savant sulpicien, intitulé : Instructions sur les principales fêtes de l'amiée , ouvrage excellent où lédification est toujours à côté de la science.

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entre le (jrand Apôtre et Sénèqiie le Philosophe, correspondance qui ferait de ce dernier un vrai chiétien. Saint Jérôme, un de ceux qui ojit si(j,nald avec le plus d'autorité les rapports de la philosophie stoïcienne avec le Christianisme (1), parle de la quasi-orthodoxie du stoïcien Sénèque sans avoir l'air au fond d'y croire bien fermement. Il est vrai qu'il n'a pas tout à fait le courage de relé(juer cette correspondance sénéca-panline aux limbes des apocryphes , et qu'il va même jus- (pi'à placer Sénèque dans sa l)ii)liothèque des auteurs ecclésiastiques ; mais il fait prudemment ses réserves en notant qu'il ne lui ferait pas cet honneur si plusieurs n'eussent attribué au philosophe la correspondance en question (2). Saint Jérôme florissait en 380. — « Sénèque, qui marche souvent avec nous, Seneca seepe noster, » a dit Tertullien, qui appartient à la fin du second siècle (3). Saint Augustin, mort à Hijjpone en 430, parle aussi de cette correspondance, dans ses Lettres, sans en discuter l'authenticité (4) . Lactance, qui fut le précepteur du fils de Constantin le Grand, dit aussi son mot sur la question, et se montre fort frappé de la confraternité de doctrine entre Sénèque et les vrais croyants (5),'. Un livre spécial qui a été publié dans ces dernières années par M. Amédée Fleury, discute cette question et justifie toutes les défiances qu'elle avait sus-

(1) Comment, in Isaïum, cap. xi.

(2) De script, eccles., 12.

(3) Tertui-liaxi Opéra. Parisiis, 1675, iii-fol. De anima, di. xx.

(4) Saucli ArcrSTixi Hipponensis episcopi Opéra. Paris, .Mii{;ii(;t, 1679, 11 vol. in-fol., t. II, Lettres. Lettre 153, n" 14.

(5) Divin, institut., lilj. I, 7.

Ce qu'il en citécs. Lo tcxtc Je la correspondance existe encore.

tant penser. 1

Seulement, il paraît qu'il aurait subi de graves altérations depuis le temps de saint Jérôme et de saint Augustin. En définitive, devenu suspect depuis le grand dénicheur de traditions, Didier Érasme, et l'honnête et crédule Baronius jusqu'à Tiraboschi, Lami et Fabricius, il est apocryphe de l'aveu de tout le monde, excepté de l'auteur du livre (1). Il a paru, depuis, un autre ouvrage d'excellente critique sur le même sujet , et qui ])at en brèche les conclusions de » M. Fleury (2). On possède une certaine chronique universelle attribuée à un contemporain de saint Jérôme, l'historien Dexter, le même à qui le saint docteur a dédié son livre des Écrivains ecclésiastiques. Plusieurs passages de cette chronique dont saint Jérôme a parlé établiraient dans les termes les plus exprès les relations de Sénèque avec l'Église chrétienne. Mais l'ouvrage est apocryphe et a été composé par lui jésuite ingénieux et instruit du seizième siècle, l'Espagnol Higuera, grand fabricateur d'impostures historiques, et qui, pour remplir les lacunes de l'histoire ecclésiastique de son pays, a encore fabriqué un faux Maxime, un faux Luitprand, etc. Comment concevoir qu'il se fût opéré une fusion dans les opinions de ces deux hommes, saint Paul et Sénèque? Celui-ci,

(1) Saint Paul et Sénètjue. Recherches [sur les rapports du philosophe avec l'Apôtre, 2 vol. in-8", 1853, chez Ladrange : ouvrage plein (le recherches consciencieuses , mais de conclusions vagues et en définitive erronées.

(2) Ch. AuiîEitTix, Etude critirjue sur les rapports suppose's entre Sénè<iue et saint Paul. Pai'is, 1857, iii-8'\

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adulateur d'un odieux tyran , meurt par le suicide ; l'autre , persécuté pour sa* loi , meurt en la confessant !

Ce n'est pas que remarquer de frappants rap})orts, f^eTes parfois même identité, entre la morale des anciens ^';,^^f,"„'°eïde et le Christianisme, fût quelque chose de bien nou- «^ristianisme. veau. La trace de transition est réelle. Elle est dans les conditions progressives de l'esprit humain , si nettement caractérisées par les paroles de saint Justin miartyr, que nous avons rapportées plus haut. ] /analogie se retrouve dans le platonisme et le stoïcisme. Mais aussi les différences sont fondamentales, et ces systèmes philosophiques ne sont encore qu'un des côtés de la raison , tandis que l'ÉA^angile est la raison sans mélange, puisée à sa source divine. Chose remarquable, ce que la mythologie grecque, ce que le stoïcisme avaient admis seulement comme un grand peutêtre et d'ujie façon tout équivoque, uj-'ortassc,» disait Sénèque (1), avait été le trait saillant de la croyance nationale en Egypte, cette mère de toute philosophie. L'Egypte an-

" cieiine

L'immortahté de l'àme, les récompenses et les peines croyait à

riinmortalitc

dans une autre vie, étaient de dogme. L'unité de Dieu, tie l'àme. à travers d'innombrables symboles, et comme inspiration de ces symboles mêmes, était en définitive le fond de la doctrine égyptienne. Les monuments encore existants en font foi. C'est dans cette théogonie, qui admettait un être à la fois double et un générateur vmiversel ; c'est dans ces dogmes monothéistes et spiritualistes que Platon a retrem})é sa philosophie spiritualiste et monothéiste. Lorsqu'il fait tondjer ses plus

(1) Lettre 63, à Lucilius.

sublimes paroles de la bouche d'un vieillard de l'Egvpte , on voit que son esprit est préoccupé des leçons du prêtre Sechnupis d'Héliopolis ; et son souvenir est à la lois un aveu et un hommage.

Le stoïcisme . Quant à la philosophie stoïque, elle n'admet point

ne l'admet i i u

pas avec ses l'immortalité de 1 àme avec ses conséquences morales,

couséquences ^ . ^ . . ,, / • il

morales. OU u V voit qu un jcu d csprit. L ame est matérielle pour Zenon et ses disciples. Seulement, plus légère et subtile que le corps, elle s'envole dans l'air et va de nouveau se confondre dans les éléments de même nature : elle rentre dans le grand tout : " Revertetur in totum (1). >' C'est le néant.

cequesi Pour Platou , elle est immatérielle et simple. Déga-

1 âme ^ . , 1 T

peut Platon, gee du corps, elle est bien traitée par les dieux si elle a été sage et vertueuse, parce qu'ils aiment ce qui leur ressemble; mais sa sagesse a reposé sur des raisons humaines , elle a eu sa récompense dans le bonheur terrestre; rien en elle n'a été subordonné aux espérances d'une autre vie. En un mot, les raisons de l'immortalité sont purement métaphysiques dans le platonisme ; et, malgré ses aspirations vers la Divinité, ce n'est point elle qu'il a en vue en faisant le bien , c'est la satisfaction , c'est l'orgueil humain de l'avoir accompli (2). L'orgueil était le vice de la société an-

(1) SÉxÈQUE, lett. 71.

Cf. DiOGLSK Laerce, cil. Lxxxiv. l'L'àmc est matéiielle et subsiste encore après la mort ; mais elle est périssable. II n'y a d'immortel que l'âme universelle, dont les âmes des êtres animes sont parties intcjjrantes. »

(2) Il faut lire sur ce sujet une excellente thèse j)résentce à la faculté des lettres de Paris par V. Courdaveavx, professeur de rhétorique au lycée de Troves, sous ce titre : De l'iininorlalilé de Vaine dans le stoïcisme. Paris, Remquet, 1857. Elle parle beaucoup du platonisme.

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