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cile, l'ami du ^rand Scipion, avait frappé sur les dieux du même vers satirique qu'il avait frappé sur les hommes; et soixaute à soixante-dix ans environ avant Jésus-Christ , l'épicurien Lucrèce renversait résolument les autels. (Juand Socrate recommandait à Criton de sacrifier un coq à Esculape; quand Gicéron , au temps de doute et de corrujition d'Octave Cépias travesti en Auguste, faisait la même recommandation à sa femme et lui conseillait de faire aussi un sacrifice à Apollon, pourrait-on affirmer que Socrate et Gicéron fussent de bien sincères idolâtres en tenant ce langage? Pour ce dernier, les croyances payennes n'étaient au fond qu'un instrument oratoire, im moyen de gouvernement. Tantôt il a l'air de croire à l'immortalité de l'âme et à la rémunération de la sagesse au delà de la vie ( 1 ) ; tantôt il traite de fable ridicule la croyance aux enfers (2); et c'est dans la peinture d'un songe, le Songe de Scipion, espèce d'étude de platonisme, qu'il s'avance davantage à rêver sur le bonheur futur du juste et le châtiment du coupable (3). Dans ses Ejitretiens de lusculum, dans son traité De la nature des dieux, il rejette bien loin le polythéisme; et, dans son livre De la divination, augure lui-même, il rit franchement au nez des augmes (4). Ge n'est pas que je sois
(1) De senectnte, I, 29.
(2) Tusculanes, I, 21.
(3) Ch. XIX.
(4) De divinat., xvi. Fontcnellc, dans son Histoire des Oracles, th. VII, a reproduit une partie de ce chapitre, " comme un exemple de l'extrême liberté avec laquelle Gicéron insultait à la rcli{]ion qu'il suivait lui-même... Pourquoi, ajoule-t-il, ne lui laisait-on pas son procès pour son impiété? Poiuquoi tout le peu|>le ne le rp{;ardait-il
bien j)ersuaclé qu'en un jour de fièvre ou de (^rand péril , il n'eût pu être , lui aussi , impressionné d'un aruspice ou d'un autre présage. Mais la superstition de la peur n'est point la religion. Craindre, quand on est hors de sang-froid , n'est pas croire. Il fallait donc que le paganisme fut alors bien vermoulu pour qu'un homme aussi considérable osât enseigner ouvertement que les auspices , les puUaires , les aruspices , les livres sibyllins mêmes, la croyance au Ténare et la plupart des cérémonies du culte, n'étaient que des superstitions populaires auxquelles les vieilles femmes, qui sont les dernières à ne pas croire, ne croyaient plus. La politique hypocrite d'Auguste essaya d'étayer l'édifice payen. Horace, j)our faire sa cour au maître, encensa publiquement dans ses vers les plus dithyrambiques, les dieux auxquels ils ne crovaient ni l'un ni l'autre. Virgile, obéissant non à un mot d'ordre, mais à un goût naturel de modération et de réserve, ne les rappelait guère (|ue ])ar leur grandeur. Tibère lui-même jurait par eux : à quoi bon? La foi n'était plus; le polythéisme n'était qu'une fiction plus ou moins amusante, que chacun arrangeait à sa guise. Térence y avait fait sa palette pour divertir, non pour persuader. Ovide même avait eu le soin de conseiller aux mères de ne pas conduire leurs filles dans les temples , de peur des mauvais exemples donnés parles dieux. Continuant, h leur tour, les ironies des plus anciens auteurs, la sapas avec horreur? Pourquoi tous les collèges de prêtres ne s'élevaientils pas contre lui? Il v a lieu de croire que, chez les pavens, la relijjion n'était qu'une pratique dont la spéculation était indifférente. Faites comme les autres, et crovez ce qu'il vous plaira. "
fait son temps.
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tire de V Apocolokyntose du stoïcien Sénèqne faisait de ces dieux des marionnettes en traînant Claude dans la boue; et la plume de Lucien, le plus spirituel peutêtre de tous les écrivains ^rccs, prenait à tâche de bafouer systématiquement l'Olympe, que les indijjues apothéoses d'un Tibère, d'un Gali^ada, d'un Claude, d'un Néron , d'un Domitien , achevaient de discréditer. Qu'importait que le paganisme aux abois remît au jour La
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toute la Vieille triperie de ses miracles de commande; ])ayenne avaii que Tacite lui-même énuméràt ceux de Vespasien; qu'on brûlât, au nom des empereurs, le livre de Gicéron sur la nature des dieux; qu'importait qu'un bel esprit sophistique, un stoïcien couronné, infatué d'hellénisme, et beaucoup moins religieux que philosophe et superstitieux à la fois, fît renchérir les bœufs à force d'hécatombes (1); que cet homme qui n'avait jamais été en toute sincérité ni chrétien ni même payen , à qui l'on a fait trop d'honneur en l'appelant V Apostat, eût essayé une sorte de restauration savante et philosophique de l'idolâtrie pour maintenir l'union du pouvoir politique et du pouvoir théocratique ; ([u'importait que la sensuelle mythologie payenne à l'agonie redemandât aux beaux-arts la protection qu'elle en avait re-
(1) Ammiani Marcp;i,lim Rerinn geslariim libri fini supersunt (les treize premiers livres sont perdus). Ed. Ernesti. Lipsiae, 1773, in-S", 1. XXV, c. IV. Après avoir dit de Julien : « Superstitiosus mogis quani sacroruni legitinius observator, » Marcellin dit (jue ce prince immola une telle quantité de victimes, qu'on affirmait , à son retour de Perse, qu'il n'y aurait plus de bœufs dans renq)ire.
Le clironiqucur Marcellin était petit-fils du comte Marcellin qui commandait en Dalmatie sous les empereurs d'Occident Majorien, Sévère et Aiitliéiuius. Sa Chronique va de l'an 379 à l'an 531.
eue, et qu'elle essayât d'étouffer Marie derrière la statue de Vénus Aphrodite et la statue de la Victoire? — la superstition, fatifjuée d'elle-même, avait fait son temps. Les reli(jions fausses ont leurs variations comme les fausses philosoj)liies. Les payens avaient commencé par l'enthousiasme pour le merveilleux et continué par le doute; ils allaient finir par le dé^joût. Pressés par la pensée puissante et himinousc du Christianisme, ils se réveillent par l'orgueil, ils tentent un dernier effort, ils cherchent à expliquer par autant de svmboles leur armée de dieux, à réconcilier la promiscuité de l'Olympe avec le dogme immuable du monothéisme. Il n'était plus temps. Leurs dieux plaisaient davantage en parodie, dans ces caricatures burlesques des Trois Hercules faméliques, ou de Diane fouettée, dont Tertullien a conservé le souvenir. Ils plaisaient davantage dans l'intervention de Lucine à la délivrance d'une immonde truie comparée à l'accouchement de la mère de Bacchus (I)! L'homme a besoin de croire à quelque chose : sa crovance ne savait où se fixer. On suivait le matin les leçons d'un paven, celles d'un chrétien le soir. Le trouble de l'esprit devait amener la fatigue des arguties du sophisme et le mépris du mensonge ; le mépris du mensonge, le triomphe de la raison ; le triomphe de la raison, celui de la foi. L'invasion des idées de l'extrême Orient, les rapj)orts plus fréquents avec les autres nations, avaient depuis longtemps encombré le temple ou\ert aux divinités étrangères : Thèbeset
(ly Mariial, De spcctaculis, xiv et sv. De sue rjux ex vulnere pepei il.