‹ Causeries d'un curieuxChapitre 45 sur 124 · SAINT PAUL ET SÉISÈQUE · texte numérisé non relu

SAINT PAUL ET SÉISÈQUE

Eh bien! je veux que l)ientôt, de mon vivant, ils s'abreuvent aux eaux des hommes libres (1). »

« Ce sont des esckives ! dit de son côté Sénèque à Lucihus ; des esclaves! dis plutôt des hommes. Des esclaves ! dis plutôt des camarades sous le même toit. Des esclaves ! dis plutôt d'iumibles amis. Des esclaves ! dis plutôt des compagnons d'esclavage, si tu considères que tous également nous dépendons du même sort... Songe donc que celui-là que tu appelles ton esclave est formé du même limon que toi, qu'il jouit du même ciel, qu'il respire, vit et meurt comme toi : tu peux aussi bien le voir libre un jour, qu'un jour il j)eut te voir esclave (2) .

Tout cela cependant, on l'a vu, n'était pas encore le Différences

entre

Christianisme avec sa morale pure et sans réticences, le stoïcisme

et le

avec ses principes de complet affranchissement, d'hum- christianisme. ble égalité devant Dieu, de respect du sang humain, de pnmiesse d'un monde meilleur. Ce n'étaient encore que des considérations de philosophie spéculative et une transition. Chose remarquable! les féroces préjugés de l'autocratie romaine étaient si vigoureusement enracinés, que les droits des nations étaient comme

(1) Et servi hoiuiiies sniit, et aeque uuuin lacteia biljcrunt, etiam si illos malus fatus oppresserit; tainen , me salvo, eito a(|uaiii liLerani {{ustaljuHt. Satyvicun , c. lkxi.

Dans ce passage, le mot falus, an V\m A^^ fatum, a été admis d'après les manuscrits, quoique douteux.

(2) Servi suiit? imnio homines. Servi sunt? inimu contubernales. Servi sunt? imrno humiles amici. Servi sunt? ininio conservi, si cogitaveris tantumdcni in utrosque licere fortunae... Vis tu cogitare, istum quem servum tuum vocas, ex iisdem seniinihus ortum, eodem frui cœlo, œque spirare, a»que vivere, a?(jiu' mori. Tani tu illum viderc, injjcnuinii pote.>, (Miam iile te servum. Epist. 47.

Tout vaincu s'ils ii'existaient pus. Tout soldat qui, un instant au-

devient il ii

esclave. paravant, combattait en homme liJjie pour sa nationalité , devenait esclave ; et nulle part , même chez les philosophes, on ne trouve de différence entre cette nature d'esclavage et l'esclavage de naissance. La pitié était même plus près de la seconde que de la première. Toute résistance était une révolte, une conspiration contre l'orgueil implacable de la république. On avait vu autrefois les écrivains grecs dédaigner de s'occuper d'autre chose que de ce qui touchait à la Grèce ; on avait vu Hérodote et Thucydide ne pas même citer le nom de Rome, qui cependant avait déjà fait de si grandes guerres. A plus forte raison les écrivains romains dédaignaient-ils d'étudier l'histoire des peuples étrangers, qui pour eux n'étaient que des barbares : comment l'empire en eût-il reconnu les droits? Aussi Jugurtha , coupable du crime de s'être laissé vaincre, fut-il jeté nu dans l'infect et ténébreux cachot de la Mamertine, bien digne d'être restauré comme il le fut par Tibère; on lui arracha un lam])eau d'oreille pour lui arracher un anneau d'or qu'il y portait , et on le laissa mourir de faim dans ce bouge immonde. Nulle nation civilisée n'afficha un plus suprême dédain des angoisses de la douleur, des convulsions de la mort. Un débiteur insolvable tombait sans pitié à la discrétion de ses créanciers , et la loi des Douze Tables leur permettait de s'en partager les morceaux. Les supplices semblaient dictés par la soif du sang. Un maître était-il tué, on tuait aussi tous ses esclaves. Pour s'amuser, on égorgeait des victimes humaines dans les arènes. Paiicni et circenses, du pain et du sang.

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