‹ Causeries d'un curieuxChapitre 54 sur 124 · I / 1- 1 1 • 1 venrlre · texte numérisé non relu

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honnête comme le plus régulier et le plus smiple entre aux dieux. tous les modes de conquête des droits civils était le rachat par les services militaires ou domestiques, par le pécule des économies. Mais la révolte et la fuite étaient encore les moyens les plus fréquents. Athènes avait un temple , lieu franc où les esclaves acquéraient le privilège de la liberté absolue. Et telle était dès lors la plénitude de leur indépendance, qu'ils avaient la faculté d'exercer un métier, même d'ouvrir boutique et de déposer dans le temple du dieu leur offrande de reconnaissance avec leur nom et celui du maître dont ils avaient secoué le joug (1). A Delphes, ce n'était pas seulement le temple de Thésée qui leur était ouvert, mais encore ceux d'Apollon Pythien, deBacchus, de Minerve, de Sérapis, d'Esculape, de Vénus. Ils se vendaient à la divinité du lieu, et retranchés dans le temple, ils faisaient leurs conditions. Une certaine Formes somme était stipulée en argent comptant , par les soins de quelque personnage de connivence, sous la protection des prêtres. La somme, pour être agréée, était indubitablement le prix courant. Le maître acceptait-il le marché, un acte était dressé où il intervenait. Le répondant signait avec lui et avec les prêtres et autres témoins; enfin l'acte recevait la garantie d'une affiche publicpie et d'un dépôt en lieu saint. Le maître

(1) Ernestu.<; Cvmiv s, Inscriptioucs Âtticx uuper repeitx duodccim. Berlin, 1843, in-8", n" 7.

ne donnait-il pas son consentement, il fallait, chose ^rave, qu'il usât de violence pour arracher du lieu d'asile l'esclave devenu hiérodule, c'est-à-dire esclave sacré. Pour être fictive, la vente n'en avait pas moins son côté réel, ses effets civils. Dans aucun cas, l'esclave ne pouvait être revendu. Ou bien il passait au service d'un maître moins ri.'|oureux, tiers qui n'était pas le répondant, et à la mort dufpiel il devenait tout h fait libre ; ou bien il demeurait au service du temple. Les dieux pavcns étaient bons princes, et leurs serfs menaient une vie douce fort voisine de la liberté. Si ce n'était pas encore la liberté entière, du moins la porte était entrouverte : il n'y avait plus qu'un pas à faire. Cette espèce de transition , de noviciat à la complète jouissance des droits de citoyen , ce mode de recrutement de la société libre sous la protection des idées reli(jieuses , a quelque chose de frappant à cette époque non encore éclairée par les lumières du Christianisme. Véritable leçon anticipée donnée par le paganisme à nos sociétés modernes, qui n'ont pas encore réussi, après un siècle de luttes, à faire disparaître la traite des noirs et à concilier les intérêts de l'industrie avec les droits sacrés de l'égalité des races et ceux de la liberté humaine (1). Le yieux monde rougit pour le

(1) Voir un article du Journal ijénéral de l'Iii<:truclioii publù/ue , numéro du 2 juillet 1845, dans lequel M. Emile Egger rend compte des découvertes d'Ottfried Millier, ccjniplétées par son élève et compagnon de vova{]e Ernest Curtius. ZS'ous devons beaucoup à cet article excellent.

Cf. II. Wallon-, Du droit d'asile. Paris, 1837, in-8", pages 18 et suivantes; et Histoire de l'esclavage , t. I, pages 216 et suiv.

Ottfricd Millier, dont M. Egger a raconté les découvertes, est mort

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