‹ Causeries d'un curieuxChapitre 55 sur 124 · L'ESCLAVAGE CHEZ LES GIIECS · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE CHEZ LES GIIECS

nouveau de l'assassinat juridique commis le 2 décembre 1859, à Gharlestown , dans l'Etat de Yiqjinie, sur la personne de John Brown , l'héroïque al)olitioniste, exécuté pour avoir cherché à faire triom[)her par la force une des nuiximes de l'Evangile, (;t l'un des principes fondamentaux de la civilisation moderne.

Ne pourrait-on pas ajouter que les hiérodules entraient dans une condition en quelque j)oint meilleure que celle des serfs ecclésiastiques, placés, comme eux, dans un état mitoven entre la liberté et l'esclavage, et à qui les paroisses ne rendaient pas toujours la vie trèsdouce? J'ai sous les yeux une charte du treizième siècle ré(;lant l'autorité temporelle et la juridiction féodale du cler(]é , h ce temps où le mouvement de la bour^jeoisie vers son affranchissement était devenu un besoin , et où les plus sim])!es artisans, les serfs les ])lus pauvres se ressentaient jusqu'à un certain point de cette impulsion sociale. La charte dont nous parlons est relative Comparaison

lie l'ctat des

aux serfs de la rue du Clos-Bruneau, à Paris. Ces esclaves grecs

avec

pauvres (jens relevaient de la paroisse du (juartier. (tiiii des serfs Sujets taulaJjies d(? 1 J']{]lise, us étaient souuus a des prestations en nature, à des levées d'argent, à certaines corvées ; ils ne pouvaient se marier sans le consentement du curé ; et s'ils allaient chercher fennn(; dans une autre paroisse, ils suivaient la condition de la femme et devenaicMit serfs de la ])aroisse où cette dernière était serve : ser\>i ahorius ecclcsivc Mais, dans les grandes villes, à Paris surtout, bien qu'il n'v ait

en pleine science, :in milieu de ses travaux; et ses cendres reposent à Atiiènes. C'est à côté de lui fju'a été inliuiné Charles Lenorinaiit , frappé au nièuie Heu il y ^ deux ans.

jamais eu de commune établie , le sentiment confus de l'égalité sociale était, chez les habitants industrieux, comme un vestige de l'ancienne civilisation où dominait l'individualité. Ce sentiment s'infiltrait du bourgeois au dernier serf, et il est curieux d'étudier pas à pas à travers quels obstacles la pensée de l'affranchissement s'est fait jour dans notre pavs (1). La grande masse de la population était en état de servage. Le paysan, attaché à la glèbe, ne pouvait s'y soustraire. Il était repoussé de ces associations d'artisans, véritables aristocraties de l'activité manuelle , qui jouissaient d'un droit de franchise et avaient le monopole du travail dans les villes. Ces associations exclusives, et férocement égoïstes, n'admettaient même pas d'apprentis en dehors d'elles. « Fraternités pour le mal , » disait le chancelier Bacon des associations analogues, sous Henri YIII d'Angleterre. Que de difficultés toujours renaissantes avant d'arriver à notre civilisation actuelle !

Dans la Rome antique, on crovait fermement que les Vestales avaient le don de retenir sur place, rien que par une simple invocation , les esclaves fugitifs qui n'avaient pas encore franchi l'enceinte de la ville (2).

(1) Satval, t. III, p. 2 des Preuves, donne l'extrait dune lettie patente du roi Philippe, en 1061, par laquelle le seigneur abbé de Saint-Germain des Prés accorde et concède à une femme mariée, serve de Saint-Germain, aitcilla Sancti Germani , de passer de son ancien servafje, prisca servitus, sous celui de l'église Saint-Denis. Elle ne faisait que changer de seigneurie sans modification d'état. Et encore que de tribulations pour obtenir la concession et l'exécution des lettres patentes pour son changement de paroisse, en suite de mariage, à cette époque où les paroisses étaient si souvent entre elles dans un état d'hostilité ouverte !

(2) « Vestales nostras hodie crediuius nondum cgressa Urbe niancipia fugitiva retinere in loco prccatione. " Plin., yat. Hi}.!., xxvni, 3.

PAPYRUS ÉPISTOLAIRES GRÉCO- ÉGYPTIENS. 167 En Grèce, les propriétaires d'esclaves avaient cette idée Société

] . 11 f . . i-i) (l'assuraiici

plus j)ratique de leur raire courir sus quand us s en- contre

c • . i-\ •, • I r il • fé ' l'évasion d(

ruyaient. Un avait même crée une sorte de société esclaves da d'assurance contre les évasions, et l'extradition plus ■*" "i""" ou moins difficile des déserteurs ne pouvait manquer d'amener des abus et des violences dont l'effet était de remuer profondément les Etats divers de la Grèce. La société procédait d'abord parla voie des affiches. C'est ce qui a inspiré au Syracusain Moschus la parodie ingénieuse de VAinoiir fugitif , pièce agréable entre toutes celles qui sont restées de lui. Le prologue de VAminta du Tasse offre de ce morceau de Moschus une imitation qui n'efface pas le modèle.

Un autre morceau curieux pour l'histoire des mœurs Lettre anu

1 , ■ 1 I < 1 n conservt

antiques , est une lettre écrite de Tliebes , 1 an 12/ des

avant Jésus-Christ, par un homme de la corporation f, des cholchytes, conservateurs des monuments funéraires et des momies. (Le nom et les attributions de ces entrepreneurs de cimetières ne nous ont été révélés que par le témoignage des papyrus gréco-égyptiens.) Celui-ci écrit au commandant de la province, })our se plaindre des dévastations faites par les voleurs et par les loups dans les tombes dont lui cholchyte est propriétaire. Le plus grand nombre des manuscrits grécoégyptiens, particulièrement ceux du musée de Turin, concernent les affaires de ces cholchvtes, gens, à ce qu'il paraît, fort honorés, tandis que les schistœ ou diaschistx , corporation chargée des opérations antérieures à l'embaumement, et qui coupaient les chairs (d'où leur nom), étaient en grande exécration et souvent poursuivis à coups de pierres , quand ils avaient

conservateur

monuments

unéraires

en Éfjyple.

rcinpli leur office. Serait-ce de rE{n,|)te que Moïse aurait tiré l'horreur qu'il attachait à l'attouchement d'un mort? C'était pour lui une (jrande impureté. Il y avait cependant décence et charité réelle à ensevelir ceux que Dieu avait rappelés à lui. Voici la lettre grécoégvptienne que nous citions :

« A Denis, un de mes amis, hipparque des hommes, et

archiphylacite du Péri-Thèbes; de la part d'Osoroëris,

HIs d'Horus, cholchyte d'entre ceux des Memnonia (1).

Rava{;es „ jg porte à ta counaissancc que l'an XLIV, lorsque

commis dans ^

les tombeaux Lochus , Ic parcut, cst vcHU à Diospolis la Grande, Pdn-Tii(ii)cs. certaines personnes ont envahi l'un des tombeaux qui m'a])partienncnt dans le Péri-Thèbes; l'ayant ouvert, ils ont dépouillé quelques-uns des corps qui y étaient ensevelis, et en même temps ont emporté tous les effets que j'y avais mis, montant à la somme de dix talents de cuivre.

Les loups „ Il est arrivé aussi que, comme la porte fut laissée

ont maiijjé de

bous cor|)s. toute grande ouverte , des corps en bon état (mot à mot : de bons corps) ont beaucoui) souffert de la part des loups, qui les ont en partie dévorés.

"Puisque j'intente action contre Poëris et et

Phtômis, son frère, je demande qu'ils soient cités devant toi , et qu'après mùr examen , on rende la décision convenable.

» Sois heureux ! »

Parmi les lettres autographes missives se rapportant aux usages particuliers à l'Egypte, se trouve celle-ci

(1) Les cliolcliytes étaient nombreux. Les Memnonia, l'un des quartiers de Thèbes, étaient le quartier des morts.

PAPYRUS ÉPISTOLxVIRES GRÉCO-ÉGYPTIEINS. 169 dont j'ai eu entre les mains rori(>inal dépose aujourd'hui au musée égyptien du Louvre :

« Sempamontliès à Pamonthès, mon frère, salut. Autre loine

jjréco-

» Je t'ai envoyé le corps de Senyris, manière, em- éîjyptieime

annonçant

baume, avec une étiquette au cou, par Talés, fils l'envoi

dune momie

d'Iérax, dans un bateau qui lui aj)|)artient. Le port est pavé en entier. Il y a le signe des ol)sèques : c'est une mousseline à liséré rose. Son nom est écrit sur son ventre. Je sonhaite, mou frère, que vous vous portiez bien. L'an III, le 11 de Thoth (1). "

Une autre lettre, arrivée sans doute pendant la maladie ou après la mort du destinataire, avait été, par un sentiment délicat, déposée, sans être ouverte, liée sur une écritoire, dans son cercueil. Moins discrets, Leître trouvée

encore fermée

ceux qui l'y ont trouvée après deux mille ans en ont dans

nn tombeau

brisé le sceau. Ce n'était malheureusement qu'une re- é^ypto-ijrcc.

conmiandation banale donnée par un certain Timoxène cequecV-tait

en laveur du Irère d'un nommé Philon, épistolograj)he

attaché à Lysis. L'antiquité a de ces moqueries pour

notre curiosité. Du moins, ce billet dont le fac-similé

a été lithographie dans le catalogue de la collection

d'antiquités de Passalacqua (2), a eu le mérite de nous

faire connaître la façon dont les Grecs fermaient leurs

lettres et y mettaient l'adresse. Ils les roulaient en

forme de cylindre un peu a])iati et les entouraient Manière

"' . . , ''<■' fermer

d un ruban étroit ou d'une ficelle qui portait le sceau , les lettres

i-i- !• '111 ""^""^ ^'^'^ Orecs

lequel était de cire ou de terre glaise. La méthode de et chez

. , . les lîomains.

renner les lettres était la même chez les Romains, On

(1) Pièce [luhiiée j)nr M. Amedi-r Peyron, dans son livre des Pcipyri cjvxvi. Tauriiii, 18 VI, {[rand in-4", p. -VO.

(2) Catalorjue raisonné de Ji)s:cpli IVisSAi-ACorv, ])[>. 265, 266.

commençait communément j)ar les envelopper de papier épais ou de parchemin ; puis on les piquait de part en part d'iui fil ou cordonnet. Nous avons coupé le fil, et nous avons lu : « Nos linum incidimus , legimiis, " dit Cicéron (1). On nouait le fil, et sur le nœud on mettait un cachet dans la longueur. Ou bien on les serrait aux deux extrémités avec une ficelle qu'on arrêtait et fixait d'un double sceau. Ce cachet était frappé sur de la cire ou sur une espèce de craie asiatique « creta asiatica » délayée, employée pour les dépêches publiques, et dont se servaient même joiu'nellement les receveurs et les fermiers des domaines particuliers pour leurs lettres courantes (2). C'était encore cette craie qui avait servi à fermer une lettre où l'empreinte d'un anneau de belle gravure avait excité la convoitise d'un agent de Verres (3). L'agent avait fait confisquer le cachet au profit de son maître, qui prenait partout. Pour aller au plus vite, on se bornait le plus souvent à entortiller la lettre d'un fil et l'on frappait le cachet. Mais les faussaires avaient jjeau jeu de détacher le fil en passant une aiguille brûlante sous la cire. Néron ordonna (pie les tablettes testamentaires fussent toujours percées dans le milieu de la longueur, à l'extrémité de la marge, et que le fil servant à la fermeture fût trois fois repassé dans le trou avant d'être scellé (4).

(1) CicER., In Cat'dinani, III, 5.

(2j V. CiCER., Orat. pro Flacco, 16.

(3) CicER., In Verrern. Actio II, iv, 6. « Casu signum animailvertit in cretulâ. «

1^4) « Adversus falsarios tune primum repertum, ne tabulae nisi pertusœ, ac ter lino per foiaiuiiia trajecto obsignarentur. » Svet., in Nerone, c. xvii.

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