‹ Causeries d'un curieuxChapitre 6 sur 124 · D'UN CABINET D'AUTOGRAPHES · texte numérisé non relu

D'UN CABINET D'AUTOGRAPHES

ET DE DESSI^■S.

DES DOCUMENTS ÉCRITS DANS l'aXTIQUITÉ SACRÉE, ET d'abord de l'origine DE l'ÉCRITURE.

Alors le Seigneur dit à Moïse : Ecrivez ceci clans un livre, afin que ce soit un

monument pour l'avenir.

\ Exode , XVI , 14.)

ORIGINE DE l'ÉCRITI:RE.

Une société , à son berceau , ne produit jamais d'écrivains : c'est là un fruit tardif de la civilisation. Mais avant d'écrire, on pense; luie foule d'idées sont en circulation longtemps avant d'être réduites en corps de doctrine et d'être devenues des livres. Il y a déjà une poésie, et point de poètes; une philosophie, et point de philosophes; une littérature, et point de littérateurs; et les idées rpii , un jour, donneront à un peuple une morale, un culte, un état civil, des lois politi- (jues; (]ui, en un mot, le constitueront en société, sont ces mêmes idées premières, communes à toutes

Au coniinen-

cement , le vers est la

première forme iisiti'c

pour tout

ce qu'on veut

consacrer

dans

le souvenir.

les intelligences et domaine primitif de l'esprit humain. Viennent quelques hommes qui s'emparent de ce patrimoine universel de la société; ils empreignent des formes du langage et du cachet jjarticulier de leur propre génie toutes les pensées, tous les sentiments : voilà des ouvrages, voilà une littérature. Mais avant que les idées sociales aient revêtu cette forme nouvelle pour se produire au dehors; en autres termes, avant qu'on ait su manier le roseau, le stvlet ou la plume, tout ce qu'on a voulu consacrer dans le souvenir des hommes, généalogies sacrées, légendes épiques, préceptes de morale ou d'économie rurale et quon veut domestioue, oracles, proverhes, tout se déhita en vers,

■onsacrer 1 ' ' 1 ' '

ou plutôt se chanta. Presque aussi ancienne que la religion, la j)oésie ne fut à l'origine qu'une élévation de l'àme vers son Auteur. Moïse et Joh furent des poètes. David eut été pour les païens un des dieux de l'harmonie. Le récit des miracles de la lyre d'Amphion et d'Orphée prouve qu'il fallut toute la puissance du rlivthme pour arracher l'homme à la vie sauvage. Les rhapsodes, savants sans livres, conservèrent les traditions orales en les chantant.

Mais à quelle époque l'écriture prit-elle naissance? Quels en furent les premiers éléments? Qui en liit le premier inventeur? Questions que le défaut de témoignages authentiques rend insoluhles. En vain de gros livres ont essayé de jeter quelque lumière sur toutes ces ohscurités, ils n'ont réussi qu'à prouver une seule chose, c'est qu'il n'v a rien de hien net à prouver, et nous jouissons généralement du hienfait sans trop nous enquérir du hienfaiteur.

OTIIGINE DE L'ÉCRITURE. 5

En Interrogeant les textes l)i])lirjiies, on ne saurait Les

caractères

établir si, clîez le iieuple de Dieu, l'écriture suivit les île récriture

ne semblent

mêmes phases que dans le paganisme. On peut toute- pas

fois le supposer, d'autant mieux tpie cet art, dans ses tâtonnements et ses progrès tels rpie nous les connaissons, porte un caractère tout à fait humain. En société, l'homme dut sentir de bonne heure le besoin de communicpier avec les absents, de laisser des témoignages de ses transactions avec ses semblables et de son passage sur la terre. Mais on ignore quels furent ses premiers procédés. Il faut le reconnaître, dans le monde des idées £;omme dans le monde des faits, ce (pie l'on a su accomplir pour l'usage général de l'humanité, et dont il nous semble aujourd'hui qu'elle n'ait jamais pu se passer, est le résumé laborieux des travaux accumulés dans la succession des âges, et il a dû en être, je ne dis pas seulement de l'alphabet, — car toute écriture ne fut pas alphabéti<pie : celles de la Cliine et de l'ancienne Egypte ne le sont pas, — mais de l'écriture prise dans son acception générale, comme de toutes les inventions essentielles de la haute antiquité : on en a été redevable aux progrès des générations successives plutôt qu'à tel ou tel grand esprit, qui aurait inventé tout d'une pièce. Naturellement, on a commencé par ce qu'il y avait de plus simple, de ])lus iuîmédiatement soumis à l'obser-

1^ i >- ^ Les i)ro{;rès

vation , de plus accessible aux premiers besoins. Puis 'le l'écriture

ont été dus

•on est arrivé au composé. C'est ainsi qu'aucune des aux

(jénérations

grandes sciences modernes n'a inauguré son règne de successives,

comme

prime saut. Tout génie, malgré son apparence dinde- les progrès

de toutes

pendance, est subordonné à la marche générale. Pareil les autres

connaissances

à ces coureurs de Lucrèce qui se passaient le flambeau, humaines

le génie collectif a donné successivement la lumière au génie individuel. L'astrologie a été la mère de l'astronomie ; l'alchimie a enfanté la chimie et la phvsique. Un disciple de Pythagore, Philolaiis , de Crotone , avait proclamé le système de révolution de la terre et desv planètes autour du soleil; ce svstème venait d'être encore, au quinzième siècle après Jésus-Christ, l'ohjet d'une vive et lumineuse discussion, lorsque Copernic, qui en a aujourd'hui tout l'honneur, l'a définitivement démontré. Galilée n'a fait, plus tard, que confirmer et rendre plus évidentes, plus sensihles, plus populaires, les vérités trouvées par ses prédécesseurs. L'idée appartient à cehii qui la développe, et à la fois la résume et la fait circuler. « La théorie des tremblements de terre donnée par Sénèque, dit Alexandre de Huml)oldt dans son Voyage aux contrées cqriinoxiales (1), contient le germe de tout ce qui a ét(' dit de notre temps sur l'action des vapeurs élasti(jues renfermées dans l'intérieur du globe. » Que dire de ce chœur de Corinthiens par lequel, commentant l'opinion d'Ératosthène (2) et de Strabon , le même Sénèque (si Sénèque le Tragique est le même, comme je le présume, que Sénèque le Philosophe) semble prédire, dans sa tragédie de Médce, la découverte du nouveau monde, qui devaitun jour faire la gloire de l'Ibérie, sa patrie? « Bien loin dans les siècles, un temps viendra où les océans, ouvrant leur sein, feront tomber les antiques chaînes de la nature et

(1) T. I, p. 313. In-4o.

(2) Eratosthène , historien , grammairien , géomètre , astronome et poëte, était bibliothécaire de Ptoléméc Philopator. Ses ouvrages sont perdus presque entièrement.

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