‹ Causeries d'un curieuxChapitre 74 sur 124 · partie autographes. En voici la rapide nomenclature · texte numérisé non relu

partie autographes. En voici la rapide nomenclature

Cicéron, parlant, dans V Orateur, de la façon dont Cicéron. Ennius prononçait certains mots : Burrus au lieu de Pyrrhus; Bruges, au lieu de Phryges, ajoute « qu'on peut le voir par les vieux manuscrits (probablement autographes) de cet auteur : Ipsius anticjui déclarant lihri (3). » C'est l'Ennius dans le fumier dutpiel Virgile savait si bien trouver de l'or.

Le même Cicéron signale dans une de ses lettres à son frère Quintus, « ce qu'il y a tracé de sa propre main à la fin d'une page : Ilœc infima quœ sunt meà manu (4). » Ailleurs, il lui envoie « une épître qu'il

(1) Noctes Atticx, 1. IX, c. xiv.

(2) Il existe deux dissertations sur les atitoj'i-nplies anciens dans le Thésaurus de Moiel : l'une de Berjjer, l'autre de Guldinn, pp. 83 et 87.

(3) Orat., '^ XLViii.

(4) Ad Qiiinl. firiticm, II, 1.

avait dictée et écrite chemin faisant : Hanc epistolam dictaveram scripseramque in itinere (1). » Ecrivant à Atticiis, il débute par dire « qu'il n'a pas de meilleure preuve à donner de ses occupations (|ue la nécessité où il se voit d'emprunter la main d'un secrétaire : Occupationinn mearitm vel hoc signiim erit cjuod epistola lihrarii manu est (2). » Ce qui induit à penser que {jénéralement il écrivait de sa propre main. Et, de fait, par une lettre dumois de janvier, l'an G97 de Rome, h son frère, il appuie sur le même détail : « Quand tu recevras de moi des lettres de main de secrétaire, c'est que je n'aurai pas le moindre instant de loisir. Quand j'écris moi-même, c'est que je suis un peu moins occupé (3). »

Manuscrits Quintilicu mentionne des manuscrits de Cicéron et

>t de virjjiic, de Virgile , des autographes et des minutes de l'empede c'atoii.' reur AugTiste, de Caton le Censeur, à propos de certaines différences et singularités d'orthographe qu'on y observait, et que les copistes, dans la reproduction successive de leurs œuvres, ne conservaient point, comme nous le disions plus haut (4).

Suétone , qui , en sa qualité de chef de la correspondance d'Hadrien (5), compulsait à son aise les archives

(1) Ad Quint., II, 7.

(2) Lib. IV. Ep. ad Atticum.

(3) Ad Quintum frat., II , 16. « Qiium à me litteias hdrarii maxu acceperis, ne paullum otii me haljuisse juclicato; quum autem meà, nuUum est. »

(4) Qlintil., Institut, Orat., I, 7.

(5) Spartiex, flans sa Vie d'Hadrien , c. ii, donne ce titre à Suétone.

AUTOGRAPHES CITÉS PAR LES ANCIENS. 215 de l'empire au Capitole , y avait vu des « lettres de Lettres Jules César, dressées par pages et dans la forme des j„iesCcsar. mémoires (c'était la première fois qu'on écrivait ainsi), contrairement à l'ancienne habitude des consuls et des généraux, rpii écrivaient leurs dépêches dans le sens de la longueur du papier (1). » Le même Suétone fait aussi de curieuses observations sur l'écriture épistolaire d' Au- Autofiiapiies

trAuguste.

guste, qui ne séparait pas ses mots dans ses autographes, comme nous l'avons rappelé précédemment.

Aj)rès la mort de l'empereur Auguste, quatre petits Livrets livres de sa main furent présentés au sénat par Drusus. laissrs'parini. Ils contenaient :

Le premier, un règlement pour ses propres ob- Ce que c'était. sèques.

Le second , un récit des principaux actes de sa vie ])olitique, Index rerinn gestamm. Cette autol)iographie, commençant l'an 710 de Rome et finissant avec le troisième cens, qui est de l'an 76^, fut gravée sur les colonnes d'airain du fronton de son mausolée , et deux copies sur pierre , mutilées , mais bien précieuses encore, l'une en grec, l'autre en latin, sont parvenues jusqu'à nous. Une double rédaction, en latin et en grec , en a été retrouvée à Ancyre.

Le troisième livre renfermait une sorte de statistique de l'empire, ou aljrégé des forces et des finances de l'Etat, Breviarinvi radonnni iniverii.

(1) SiKTOSE, Vie d'Auguste , ili. 71, 87. « Epistolae J. Caesaris oxtant ad St-natuin , qvias primus videtur ad paginas et fonnam meinol'ialis liljelli , cuiii anteà consules et duces non nisi transversà chartà iifriptas niitterent. »

Le quatrième, enfin, contenait des conseils pour ses successeurs, qu'il détournait des conquêtes (1). Aiitojjrapiic Aulu-Gelle avait eu sous les veux un niaïuiscrit des

fie Viryile.

Géorgiques , corrigé de la main du poète de Mantoue. Il rappelle aussi qu'un granunairien alors en {jrand renom à Rome, nommé Fidus Optatus, lui avait fait voir un manuscrit de merveilleuse antiquité du second livre de l'Enéide, acheté deux mille sesterces dans le quartier des Sigillaires, et qui passait pour V original inénie de la main de Virgile {'2). « Mais, ajoute Aulu-Gelle, Hygin , autre grammairien qui n'était pas non plus sans mérite, affirmait et soutenait, dans ses Commentaires sur Virgile, que cette version n'était pas la vraie, et qu'il fallait dire (comme il avait pu le vérifier luimême) : dans un exemplaire venant de la maison et de la famille de Virgile (3). »

Aiuoj;rapiies Nérou , (juc Ic criuic et les plaisirs du théâtre et des arènes pouvaient seuls distraire de la poésie, avait laissé des tahlettes et un cahier de hrouillons de vers

(1) Voir ce qu'on sait de ces (locunients dans V Examen critique des historiens de la vie et du rèijne d'Aurjuste , par M. Emile Egjjer, de l'Institut, dont le travail a été couronné, en 1839, par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et imprimé en 1844.

Feu Le Bas, de l'Institut, a restitué presque complètement et traduit le Testament politique d'Aufjuste, t. II de son Histoire romaine. Paris, 1848, appendice III.

(2) Noctes Atticx , II, 3. « Venit nobis in memoriam Fidum Optatum, multi nominis Roniic grammaticum, ostendisse mihi librum Eneidos secnndum, mirandae vetustatis, emptuin in Sigiilariis XX aureis, quem ipsius Viryilii fuisse credebatur. »

(3) Noctes Atticx, I, 23. « Hyjjinus autem, non liercle ignobili* grauunaticus, in commentariis quae in Virgilium feoit, confirmât et persévérât, non hoc à Virgllio relictum, sed quod ipse invenerit, ix

LI1!1\0 QUI FLEUIT EX DÛJIO ATQUK FA:\IILIA ViROIUII. »

AUTOGRAPHES CITÉS PAU LES ANCIENS. 217 que Suétone avait tenus dans ses mains, et qui étaient autojja'aphes , l'ijsins cinrographo (1). »

Pline l'Ancien parle d'autographes du plus puissant Amofiraphes

(le

des rois de son époque, Mitliridate , qui fut battu par Mithridate. Pompée. « Entre les éminentes qualités de son esprit, dit-il, ce prince avait un goût très-vif poiu^ la science médicale. Recueillant par le menu des informations auprès de tous ses sujets, qui couvraient une partie considérable de la terre, il laissa dans ses archives secrètes une cassette pleine de mémoires sur cette matière, avec des recettes et leurs effets. Pompée, s'étant emparé de tous les trésors du roi , fit traduire ces recettes en langue latine par un de ses affranchis nommé Lenœus, habile grammairien, et par là servit autant l'humanité qu'il avait servi la république j)ar sa victoire (2). »

Le même Pline parle d'un poète et citoyen éminent. Collections nommé Pomponuis Secmidus, dont n avait écrit la a iiome où

... ,.. Il ■ ^t ^'^ trouvaienl

Vie, et qui faisait, à ce qu il j)araît, collection d auto- ceux

, . 1 I • T • ^'''^ Grac(jiies,

graphes. Il avait vu chez lui d anciens monuments sur de Ciccron,

,11 • ' I ■ • ilAuj^uste

papyrus qui avaient près de deux siècles, et qui étaient et ile Virgile. de la main de llhérius et de Caïus Gracchiis. Il avait vu

(1) SuÉt., Vie de ^éroii , v. 52.

(2) Plin., Histor. nat., XXV, 3. " Mithridates, maxiimis suâ aetate refjuin, quem ilebellavit Poinpeius... Is eijjo in icliciuà iiifjonii inajjuitiidine medicinae peculiariter curiosus, et ab omuiLus subjectis, qui f'uère pars magna terraiiun, singula exquirens, seriniuin coninientationuin harum et exeinplaria , effectusque , in artanis suis rebquit. Ponipcins autem onini regià piaedà potitus, transfeire ea sermone nostro Ubertuni suuiii Lenaeum , jjrainniaticse artis, jussit : vitaeque ita profuit non minus, quam reipid^iicœ victoria illa. •>

souvcîut aussi des papiers autographes de Cicéron, du dieu Auguste et de Virgile (1).

Lpuics Le même écrivain cite é^^alenient des lettres existant

encore de son temps, adressées a 1 empereur Auguste par son intendant de la Byzacène en Afrirpie , avec un pied merveilleux de froment d'où sortaient près de quarante tiges toutes provenues d'un seul grain (2). :Maims<riis Dc so)i côté , Pliuo le Jeune lîossédait , et citait

1 AïK itii. comme preuve de la prodigieuse activité d esprit de Pline le Naturaliste, son oncle et son père adoptif, jusqu'à cent soixante registres de morceaux de choix, autographes, d'une écriture très-menue, et même écrits sur le verso.

Livi. s On recherchait fort les exemplaires de livres revisés

conijjés et corrigés , à plus forte raison quand les corrections étaient de la main de l'auteur. Ainsi , Pudens pressait Martial de lui donner ses poésies corrigées de sa main. « Il faut, lui répond le poëte, estimer et aimer à l'excès et le livre et l'auteur, pour vouloir ainsi posséder ses sottises en autographe (3). »

Modestie de poëte, qui ensuite n'envoie pas moins,

(1) I'lin., Hist. nul., XIII, 26. « Ita sunt longinqua mo.mmema TiiiERii Caiique, Graccuorum manus, quae ajnul Pomponiuin Secunduin, vatein civemque clarissimuin, vicli aunos fere post CC. Jani vero CicERONis, ac divi Auccsïi, Virgiliiqce ssepenumero vidinius. »

(2) PiJN., Hi\-t. liai., XVIII, 21. « Misit fx eo loco divo Augusto piociuator ejus, ex uno grano (vix ciediLile dictu), quadraginta paucis minus gerinina; extantffue de eâ le epislolx. »

(3) Epi3r.,\U,n.

Coyis me calaiiio, )namiqiu' iiostrù Emeiulare meos , Pmleiis , lilicllos.

O quam me iiimiiim probas , amas(jne, Oui vis urchetYjxis lialjere iiinjas .'

de

sa main.

AUTOGRAPHES CITÉS PAR LES ANCIENS. 219 avec une de ses épigrammes adressée à la ])i]jliotlièque de Jules Martial, les sept premiers livres ou volumes de ses vers, annotes de sa main, et dont les corrections, dit-il, font le prix (1).

L'un des maîtres de l'empereur Marc xVurèle et de Lucius Yerus, M. Cornélius Fronton, le fameux rhéteur latin , dont les œuvres , ignorées longtemps des modernes , étaient admirées sur la foi de Macrobe , d'Ausone , de saint Jérôme , de Sidoine Apollinaire , et qu'Aulu-Gelle a le tort d'égaler à celles de Cicéron luimême, était en correspondance avec son illustre disciple Marc Aurèle, qui l'avait créé consul. Déjà l'empereur philosophe avait élevé une sorte de monument à son maître par l'éloge éclatant qu'il en avait fait dans ses Commentaires. Un iour, il lui vint à l'esprit de Autodiapiies copier de sa main un des discours de Fronton, et de lui iNiarr- Amiic. envoyer sa copie. Ebloui d'une telle faveur, à genoux devant l'autographe impérial (pi'il baise et qu'il adore; enivré, presque fou, Fronton n'a plus de voix, la joie lui brûle les os. Quand enfin il a repris ses sens, il profite d'un souvenir de lui-même pour remercier de l'autographe son empereur, pour épancher à flots précipités sa reconnaissance éloquente : « Ah ! s'écrie-t-il, Ravissements

lie l'orateur

(jue peut-il arriver à personne de plus éckitant? A (^nmeiins

Fronton

moins qu'il n'advienne sur la terre ce qu'au rapport des à proiios d un

autoj;raj)lie

poètes il se passe dans le ciel et que chantent les àc

Muses aux oreilles de Jupiter , père des dieux et des

(1) Epigr., VII, 16.

Septem qiios tibi misimiis libellos , Aucioris calariio sui iwUitos :

Hier illis pretiiun laclt lilura.

emijcreur.

hommes : Quid amphus cuiquani coiitingere potest , nisi vniim quod in cœlo fiei'i poetœ ferunt , quo Jove pâtre audiente, Musx cantaiit? n Chaque caractère, en cet écrit, équivaut pour hii à un consulat, à une couronne de huirier, à un triomphe. « Jamais, ajoute-t-il , jamais pareille bonne fortune est-elle échue à Marcus Porcins, à Quintus Enniiis , à G. Gracchus, à Titius le poëte! Qu'est-il arrivé de semblable à Scipion, à Numidicus, à Gicéron? Si l'on dédaigne le texte du discours, on enviera les sacrés caractères; qui n'aura que mépris pour l'auteur, aura vénération pour l'écrivain, etc. (1). » Une fois sur ce thème, le fécond orateur ne tarit plus. En im mot, nul autographe ne fut, en aucun temps, reçu avec un aussi vif enthousiasme. Gette bomie grâce s'est renouvelée à notre époque. Une princesse de Prusse a choisi le jour de la fête du docteur Gurtius, professeur à Gœttingue , et ancien précepteur du prince de Prusse, aujourd'hui régnant, pour envoyer une copie, de sa main princière, des poésies du docteur h cet heureux écrivain.

(1) M. CoRNKLii Frostoms et M. AuREi.ii iMP. Epistulx , L. Verj et A>T0XII Pii, et Appiam Epistularinn veliquix... ex codice rescripto bihllothecie pontijiciœ Valicaita' ; curante Aikj. Maio. Roinœ, Burlaeiis, 1823, {;r. in-8'"', p. 14-15.

Il faut nu peu se méfier do ces éditions où le cardinal, qui ne pouvait tout faire lui-niènie, a souvent employé des copistes peu criti(pu's ou peu soigneux. Les mauvaises lectures n'y sont pas rares. Voir à la fin du chapitre il rpii précède.

TACIIYGRAPHIE ET CRYPTOGRAPHIE. 221

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