LKS SECRÉTAIRFS, SCRIBES ET ÉCRIVAINS EN GRECE ET A RO:\!E
Il V avait, dans l'antiquité, deux classes de scribes : les scribes publics et les scribes privés. Les premiers étaient des hommes libres , pour la plupart des affranchis; dans tous les cas, (jens de l'ordre du peuple, et qui, classés en certaines décuries chez les Ilomains^ recevaient des émoluments sur le trésor de' l'Etat. Les seconds étaient des esclaves. Il v eut aussi à Rome des scribes ou écrivains calligraphes , hommes li])res, qui firent, pour leur propre compte, le métier de copistes , à cette époque où l'imprimerie n'existait pas encore pour la reproduction des livres.
Biblioîpaphes Daus la Grècc , on nommait bibliographes, (3ioXto-
ypaœo: , les scribes qui copiaient les livres ; Secrciaiies. Secrétaires , £:rwro£Îç , les secrétaires particuliers de
très-grands personnages ; Mciajraphes Mctagj'aphes ou grammates , p.i-x'joy.oz'ç^ yùy.^.u.a.-.ùc, , {jraininatcs. les Secrétaires officiels et les greffiers des fonctionnaires publics ; Sons- Sous-écrivains , {iTToy&ac&sî; , les expéditionnaires.
écrivains. r-, ' -r^ • i • j. • i i i
;. . Les Greco-Egv])tieiis appelaient epistolograj)ncs les
{;rai)hcs. sccrétaircs épistolaires. On a vu plus haut ce qu'était
l'épistolographe du roi.
Coiuiition Chez les Romains, la charge de secrétaire public
chezleTcrecs. ^^ait beaucoup moins considérée que cliez les Grecs,
dit Cornélius Népos parlant d'Eumèiie, employé comme
LES SCRIKES. 229
secrétaire par le roi Pliilij)pe. « Ils étaient traités comme des mercenaires, ce qu'ils sont en effet, ajoute Népos, tandis <pie chez les Grecs il fallait qu'ils fussent d'assez l)on lieu, à raison des secrets auxquels ils pouvaient prendre part (1). » Ivt, à ce])roj)os, Gicéron se plaint chez
les Romains.
de ce que les scrihes (aiqourd'hui les employés) qui avaient dans les mains la fortune publique, étaient en général des gens de peu de valeur.
Du reste, qu'ils fussent libres, affranchis ou es- D.iiomiii:i-
tioiis diverses
claves, voici les déiiomi nations diverses sous lesquelles *ies esclaves
lettres.
ils étaient connus :
Liherti ou servi à manu (2), à peu près comme on a dit chez nous secrclaircs de la main;
On disait aussi ad itianam (3);
Liherii ou servi ah epistidis (4) , secrétaires épistolaires ;
A rationibus ou Ratiocinatores (5), nommés aussi Dispensalores , secrétaires pour les comptes, espèces d'intendants, dont les livres s'appelaient tabulée;
A studiis (G), sorte de lecteurs (pii aidaient leurs maîtres dans leurs études ou dans leurs recherches littéraires ;
(1) CoRX. Kep., Vie iVEumène. « Quod niuko aptitl Grœcos honoliHix'ntius est (jiiàin apiid Piomanos : nain ajnid nos rêvera, sicut sunt, nierceiiarli scribœ existimantnr. n
(2) SvETOX., Cxsar, 74; Au(/tist., GT ; Vcxpasiait., 3.
Cf. Orelu, Inscriplionuni lutiitarinn aiuplissnna cullectio. Turin, 1828, 2 vol. in-8", n"s 2437, 2931.
(3) Orklli , n" 2874.
(4) SuEï., Claiid., 28. Voir é{]alement OnEi.Li, n"« 16'fl , 2922, etc.
(5) CicEn., Ad Auic, 1, 12; SrKT.,Claud.,2^; Tacit., /!«««/., XV, 35.
(6) SuET., Claud., 28.
A lihellis (1), ceux qui étaient char^jes de libeller les requêtes ;
Ah actif; (2), ceux qui rédigeaient les procès-verhaux d'un conseil public ou privé.
Les souverains et les grands seigneurs avaient seuls de ces homines ah cpi'stulis et lihellis et rationihiis . Néron en vint à prétendre que de semblables charges pouvaient appartenir seulement à la maison de l'empereur (3). L'existence d'un pareil luxe dans la maison de Torquatus Silanus, qui à l'illustratio]! de Junius joignait le tort d'être l'arrière-petit-fds d'Auguste , et dans celle de Silanus, neveu de Torquatus, leur fut imputée à désordre et h crime capital (4).
On distinguait aussi entre les affranchis ou esclaves ceux qui étaient consacrés aux lettres grecques et ceux qui l'étaient aux lettres latines. On appelait les premiers Lihertiou Servi ah epistulis grœcis (5) ; les seconds, Liherti ou Servi ah epistulis latinis (6). Tabellarius. Cicérou dounaitlenom de Tahellarins h l'esclave qui tenait ses tablettes et y écrivait sous sa dictée (7). C'est le même nom qui servait à désigner les messagers chargés de porter les lettres, attendu que les Ro-
(1) ScEï., Dom., 14; Tacit., Annal., XV, 35, 55; XVI, 8.
(2) Orelli, n" 2273.
(3) Tacit., Annal., XV, 35.
(4) Tacit., Annal., XVI, 8. Ce qu'on rcproilmit à Silanus (faussement d'ailleurs), c'était d'organiser d'avanre, comme par une prétention au rang suprême, les trois services de la rliancelleric impériale, en V établissant ici des affranchis, là des nobles.
(5) Obelli, n"s 1727, 2437.
(6) Orelli, n"' 2733, 3907.
(7) CiCER., P/iil., II, 4.
mains non plus que les Grecs n'ont connu les établissements de poste. Les Grecs appelaient ces porteurs de lettres (piétons on cavaliers) ^raz/iz/ja/o^Aore^;, ypao.- Grammato-
pliore , UarOCpÔpOi. on faeteur
. ... , '^'^ lettres.
Telle était dans ses sulidivisions usuelles la dénomination ancienne et classique des scribes de la dernière domesticité ou d'une domesticité plus relevée. Avec le temps, les dénominations se confondirent. classes
diverses des
Tous les secrétaires, libres ou non, publics ou privés, scribes. furent appelés du titre générique de Scribse. Ainsi , le nom de Scribes resta aux [jrefliers des édiles, des préteurs , des questeurs , en un mot de tous les principaux magistrats civils. Il est donc évident que, sous la dé nomination littérale , il y a des distinctions à faire , des nuances dont il faut tenir compte. Ce Philémon, qui avait promis aux ennemis de César de se défaire de lui par le poison, n'était qu'un esclave, secrétaire à manie. Ce Thallus, autre secrétaire de la main d'Auguste, qui avait reçu cinq cents deniers pour livrer une des lettres de son maître, n'était aussi qu'un esclave (1), et il n'est pas surprenant qu'en une telle situation infime l'honnêteté des sentiments fit défaut. Mais les scribes n'étaient pas tous des hommes de la dernière domesticité, de simples machines calligraphiques, c'étaient aussi de A'éritables fonctionnaires , maintenus , il est vrai, constamment en lui ordre inférieur par l'aristocratie, par les mœurs d'un peuple chez lequel l'esclavage et l'affranchissement marquaient si impérieusement les distances. Mais, depuis les commencements
(1) SuET., César., 74; Octav. Augiist., 67,
SCI'lllL-S
de Rome, tels d'entre ces hommes se relevaient dans la considération des gouvernements et du public, suivant leur mérite personnel et la nature plus ou moins Ktait-ce dt'licate de leurs services. Par exemple, ce scribe, ou
un sciiJiP
proprement greffier, qui , placé auprès de Porsenna, son maître,
dit <j:ic celui .
tjiii fut tué reçut de la main de Mucius Scœvola le coup destiné
par Mucius . , . -, ' • i -i • i
Sc;ev()ia au roi, était autre chose qu un simple scribe, puisque la
au lieu de / i . ii i
Porsenua? richcsse de son costume, prescpie égale a celle du costume du roi (1), avait pu tromper Scœvola. Il fallait que ce fut une manière de secrétaire d'Etat, et non pas un simple secrétaire.
Les Les secrétaires des pontifes n'étaient pas apparem-
sous-poiitites 1111 . . , . • 1
u'étaient pas mciit nou plus de la domesticité , puisque , a raison de
non plus ... , , , ,. . ., , .
de simples Icur participation aux choses de la religion, us étaient pontifes de seconde classe, minores pontifices (2).
Les prêtres créés par Auguste pour veiller aux cérémonies religieuses instituées en l'honneur des Lares compitales, ou divinités des carrefours, et appelés Aufjusiales, étaient choisis parmi les affranchis (3). C'étaient des j)rétres de la dernière classe.
Il fallait aussi que le fameux scribe Gneus Flavius, qui, vers l'an 307 avant notre ère, divulgua les fastes et en même temps le protocole de la chancellerie judiciaire, et qui par ce fait fut l'occasion d'un remaniement des formes du droit romain , fût entré bien avant dans la confiance générale pour avoir eu la faculté de se jouer ainsi des prêtres et des jurisconsultes
(1) M Scriba cuin rege sedeiispari fere oriiatu, « dit Tite-Live, II, 12.
(2) Orelli, no2437.
(3) Petrox., Sat., 30; Orelli, 110 3959.
à privilc'^es, et devenir édile curule, quoique liis d'un affranchi. Les fastes, qui indiquaient les jours fériés et ceux, on l'on pouvait plaider, étaient le secret des prêtres; et les formules du droit, le secret des jurisconsultes, qui affectaient de ne les écrire qu'en abré^jé pour en garder le privilège et forcer d'aller à eux. Flavius, versé dans tous ces mystères, les mit à jour, et voilà pourquoi le peuple charmé le nomma édile, malgré sa naissance (1).
Enfin , il est un certain nombre d'affranchis employés par des empereurs comme secrétaires intimes , qui s'élevèrent à la richesse, au crédit et au pouvoir. Tels furent Narcisse, secrétaire ah epistolis de Claude (2) ; Pallas, son contrôleur du palais [à rationihus), l'amant et le complice d'Agrippine (3); le maître des requêtes Epaphrodite, secrétaire à lihellis de Domitien (4); enfin, le faussaire Mnesthée, secrétaire [noiarius secretorum) d'Aurélien , et l'auteur de la conspiration militaire dont ce prince tomba victime (5).
On pourrait aussi rappeler, en passant, cette Flavia Fiiie
. . ~r 1 1 • J'im {greffier
Domitilla,y7//e a un simple greffier de questeur, Flavuis de quesicur
1 ' 11 f 1 11 (te venue ,
Liberalis, de Ferentum, laquelle ht une assez belle après sa mon, fortune. De maîtresse de Statilius Capella, chevalier romain, de simple bourgeoise latine (ayant y //5 Ladi), elle devint la femme de Yespasien , alors préteur, et
(1) CiCER., LeUrex à Auicus , VI, 1.
(2) Sl-et., Claucl., 28.
(3) Idem, ibid.
(4) Idem, Domit., IV. Tacit., Annal., XV, 55; XYI, 8.
(5) Vopiscvs, Vita Aurcliani, 3G.
fut mère de Titus, de Domitien et de Domitilla. Il est vrai que cette grande destinée fut posthume, et que FJavia Domitilla mourut avec sa fille avant l'avénement de Vespasien à l'empire. Mais elle fut la première femme, morte de condition privée, qui fut proclamée auguste. Elle eut les honneurs divins, et des prêtresses furent nommées pour desservir son temple (1).
Ce quêtaient En résumé , le scripius, les scrinii, les bureaux des i'anti(iuitc scribcs OU greffiers étaient ce que nous appelons au-
de nos jours, jourd'liui Ics huveaux . c'étaient les rouages de l'administration à ses degrés divers. C'est là que végétaient ceux qui savaient, ceux qui instruisaient des précédents, des détails de la loi, les hommes politiques. Pour n'avoir pas su les recruter avec assez de scrupule et de discernement , pour les avoir comprimés sous la verge d'une dépendance trop humiliante, plutôt que de relever leur esprit et leur âme par une juste considération proportionnée à leurs services, Rome s'était exposée à tous les subalternes résultats enregistrés par l'histoire.
Ce que sont Aiusi l'administratiou publique est encore trèsnos bureaux c . t-' i' < ^x ' 11'
comparés lortc cu rraucc : on 1 a au a cette époque de de- (les VoTnains. sastrc de 1848 où l'ordre administratif a été soutenu par l'activité, la probité, l'intelligence de cette classe d'emplovés à qui l'Etat pose en principe qu'il ne doit rien , après que la vieillesse l'a mise hors de service , et dont les veuves et les filles disputent presque toutes le pain à la misère et sont forcées d'implorer d'humiliants secours sur les bas escaliers d'un ministre.
(1) SuET., Vesp., 3.
Demandez, je ne dis pus au plus mince commis marchand, car il ])eiit avoir reçu une demi-education, mais au (jarçon perruquier qui accommode la chevelure de ce commis , et qui ne sait ni lire ni écrire ; il (jagne davantage que tel emplové comptant dix années de loyaux services.
Voyez la classe des ouvriers : comparez ses salaires d'aujourd'hui avec ceux d'il y a vingt-cinq ans. L'augmentation en a été progressive, et, depuis plusieurs années , les rémunérations ont augmenté encore sensiblement. Dans les campagnes, l'homme de labeur a vu doubler, même j)resque tripler le prix de ses sueurs.
C'est làim progrès dont le bon sens de notre époque a le droit de se faire honneur, et auquel on ne saurait trop applaudir. L'ouvrier laborieux est enfin presque aussi bien traité que le sont les condamnés à la prison ou à la réclusion , ces idoles de nos philanthropes.
Or, il serait Inen temps aujourd'hui de venir en aide à la classe moyenne, qui souffre si cruellement, à la classe des petits employés qui meurt de faim. La plupart d'entre ces hommes n'ont pas même un traitement égal au salaire d'un vulgaire manœuvre maçon. Pour le malheureux employé de l'Etat, le problème de la vie à bon marché, de la vie possible, est encore à résoudre. Le faix de l'accroissement de toute dépense obligatoire l'écrase ; et le chiffre de ses appointements , si peu en équilibre avec les exigences de la vie matérielle et du respect de sa propre position , est encore maintenant le même que celui d'il y a soixante ans. Pour quelques ministères, il est le même que sous Louis XIY, et
pour (jnelques grades, il est inférieur à ce ([u'il était sous
Louis XYI.
Aussi , que voit-ou chaque jour de plus en plus ? Ceux-là qui se sentent quelque chose au cœur et à la tête, et qui naguère venaient demander à l'État au moins le revenu des dépenses faites pour acquérir des connaissances et le servir, s'éloignent pour la ])lupart de cette espèce d'anniliilenient sans présent comme sans avenir, et embrassent des professions privées. On a trop compté, je le crains, sur le goût pour les places, qui est j)roprement im mal français. Déjà le niveau s'abaisse. Encore un peu de temps, et les services publics se recruteront, pour les rangs movens et inférieurs, parmi les hommes sans culture , sans nulle valeur, comme le regrettait Cicéron pour l'administration romaine. Il est impolitique, il est mauvais de placer les hommes entre leurs besoins et leurs devoirs : des malversations, dans les administrations de second ordre, ne l'ont que trop prouvé. Il faut que la force du sentiment moral et de l'éducation ait été jusqu'ici bien grande dans les grands ministères, pour que l'oubli de soi-même n'y ait pas donné le moindre scandale. Qu'il en éclate un exemple, et l'administration publique aura reçu une mortelle atteinte. Il serait pourtant si facile, il serait si sage de ne ])oint faire une faveur de la justice ; de se montrer sévère sur les conditions d'admission et large sur les moyens d'existence; de ne point faire passer sm* le corj)s des anciens, des intrus sans services, le plus souvent sans mérite, quelquefois sans probité, et dont le triomphe insolent exaspère et décourage les honnêtes travailleurs.
Le strict respect du devoir, suivi de tous ses nobles résultats, ne serait plus une (pudité, mais une habitude, le jour où des [jaranties de maintien et d'avancement seraient données au talent et au travail , et où le malheureux ilote administratif n'aurait plus sans cesse suspendue sur la tête l'épée de la destitution et la menace d'une existence de gène et de dénûment. Ah ! si l'Empereur le savait !
Avoir pris part à l'administration donnait, en cer- Privilr(;cs
de quelques
tains cas, à Rome, droit aune certaine considération. ciiaif;es
lie jjreftier.
On voit même que la charge de Grerher des questeurs, Scrijjtiis quœstorius, qu'acheta le fils d'affranchi Horace, pour se relever un peu des désastres de sa malheureuse campagne de Philippes, pouvait conduire au rang de chevalier. De là l'importance dont quelques greffiers se laissaient gonfler. Horace, dans son voyage à Vanité
1 •111 -Tl 1' m ^' 1 'II'" {[refHcr
Brmdes, se raille des ridicules d un gremer de Fondi ijaivenu. qui se donne les airs de porter la robe prétexte et le laticlave, en se faisant précéder d'une cassolette fumante (1).
S'en rire était, pour Horace, tirer sur un des siens, car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sa charge l'avait fait membre de la corporation des Greffiers. Horace
-,r ■ .. .• 1' 1 -1 X , ' I • membre (le la
Mais cette corporation i enlevait trop souvent a lui- coiiiorati.m
1 p. i . , . . , , , lies Greffiers.
même par de racheuses exigences. A peine arrive a la campagne, où il jouissait des douceurs de la solitude, mille affaires d'autrui venaient l'assaillir et le prendre
(1) IIODAT., Sat., I, V.
Fiindos Anfidio Liisco praetore libenter Liiiquiintis, iiisani ridentes pr-'eiiiia scrib.x, I'r;i:texlam , et latuni tlavuiii , prinia;que batilluni.
Aujjuste
demande
Horace
comme
secrétaire.
au collet. Entre autres fâcheux, il com])tait ces « Greffiers qui, pour affaire de cour importante et nouvelle, le faisaient prier de ne pas manquer, le jour même, à une convocation (1). »
L'ingrat ! ce sont ces fonctions mêmes qui l'avaient fait connaître de Mécène, et, par l'entremise de ce patron illustre, lui avaient concilié la faveur d'Aupuste. Dans un fragment de lettre à Mécène, Auguste lui demande, se faisant vieux, « de lui céder Horace pour secrétaire juré, offrant au poète d'échanger son rôle de parasite à la tahle du ministre contre celui de commensal du prince (2). »
Revenons à nos copistes. De temps à autre, on Nouvelles dé- douna j)ar extension aux scribes le nom de Scriptores,
nominations , , i , • ^ > • • ^ ± r^
de scribes, rcscrvc pour dcsigncr les écrivains, les auteurs. Cependant, Horace, dans son Art poétique, vers 354, dit : « De même qu'on n'a point de pardon pour un copiste de livre, scriptor, qui fait toujours la même foute, bien qu'il soit averti, » etc.
Ut scriptor si peccat idem librarius usque, Quainvis est uionitus, venia caret.
Mais l'adjonction du mot librarius fait ici disparaître l'équivoque.
On a d'autres exemples encore de l'usage d'un de ces mots pour l'autre.
Scriptores.
(1) lioRAT., Sat., II, VI, 36, 37.
De re commiini scribœ magna atque nova te Orabant hodie memiuisses, Qiiincte, reverti.
(2) SuET., Vie d'Horace, « Et ista parasitica mensa ad Lanc rcgiam, et nus in scribendis cpistoli? jurabit. n
Les scriljes furent des Lihrarii, Lihrai-ioli par clirni- Librarii.
uutif, quand ils se consacrèrent exclusivement à la
copie des livres, comme les bibliographes grecs ;
Des LihïYirii arahici, quand ils étaient consacrés à la
copie et au déchiffrement des langues orientales (1) ;
Des Actnarii (2) ou Notarii (3), quand ils écrivirent Actuarii
ou Xotarii.
rapidement sous la dictée ou par Jiotes, chiffres ou abréviations, comme nos sténographes (4).
Sous l'empire, on donna ce nom à' Actuarii aux officiers comptables du commissariat des vivres (5) .
Puis, un barbarisme, relativement moderne, nomma Amauuenses. les scribes Amanuenses (à manu). On le trouve dans Suétone, quand il rapjiorte que Titus « s'était halntué à écrire si rapidement , qu'il s'amusait parfois à lutter de vitesse, la plume à la main, avec ses plus habiles
(1) Voir SiLVF.STRE DE Sacy, Mémoires de l' Académie des Inscriptions et Belles-Lellres, t. L, pp. 316-317.
(2) SuET., JuL, 5.5.
(3) Senec, ep. 90.
(4) Pline le Jeuxe , lettre III, 5; IX, 36.
Saint Augustin (/)e doctrina Christ., II, 26) dit : « Ex eo génère sunt etiam notœ, (juas qui didicerunt, jiropriè jain Notarii appellantur. h
Dans rt'pi{;raniiiie où INIartial assure qu'en été l'un n'a rien à demander de plus à l'enianee que de se Lien porter, il conseille l'indulgence au magister durant les ides d'octobre. En récompense, il lui présage que nul maître de calcul, qu'aucun ste'norjraphe (nota.v'ni'i) aux doigts agiles ne sera jamais pressé d'un cercle plus noiidjreux (Epifjr. X, 62.)
L'une des plus jolies épigrammes de ce même auteur, la 208'- du XIV'' livre, citée plus haut, à la fin du chapitre vu, et qui peint la vélocité de plume d'un sténographe, a pour titre : Noiarius. Or on sait que les titres de ces petits poëmcs sont de Martial lui-même.
(5) Ammiax., XX, V, 9; XXV, x, 17. Aurel. Yict., Cxs., 33.
Secretarii.
Antiqtiarii.
Librarii
secrétaires : Xotis fjiioffuc exci'pere velocissime solitumy cuni AMAM'ENSiiiUS SUIS j)e7' Indinn jociiiuaue certantem (1). »
Enfin, la basse latinité appliqua le nom de Scribie à secretis ou Secretarii aux (greffiers, de secretarium , chambre du conseil ou des délibérations secrètes des magistrats criminels.
Elle affecta enfin le titre iïAnticjuarii aux copistes d'ouvrages anciens (2).
Quant aux secrétaires Librarii, Uhrarioli, dont nous parlions tout à l'heure , ils sont mentionnés dans Cicéron : « J'ai écrit à mes co])istes, dit-il, de laisser transcrire l'ouvrage par les tiens, si tu le désires : Scripsi etiini ad LIBRAIUOS , al Jieret tais, si ta v elle s y describendi potestas (3). »
Il dit ailleurs : « Hilarus, mon secrétaire, à qui j'avais donné une lettre pour toi : Hilaras, librarius, cai dederani litteras ad te (-4). m
Au commencement de la dix-huitième lettre du même XIIP livre à Atticus, où nous venons de puiser, Cicé-, ron dit encore : «Nos lettres contiennent tant de choses à garder pour soi, qu'à peine en confierais-je le secret à des secrétaires : Nostrœ epistolce... tantaai habent
(1) SUETON., Titus, 3.
Les Espagnols ont adopte ce mot, qui est aujourd'liui du pur castiHan.
(2) Voir Sidoine Apollinaire, Ep., IX, 10. Cassiodore, De institutione div. litterarum, c. xxs. Cf. aussi AcsONE, Ep. xvi, 1; et Isidore de Séville, Oritj., IV, 14.
(3) Gu;er., Ad Anicum, XIII, 21. Tite-Live, XXXVIII, 55.
(4) Ciuer., Ad Atticum, XIII, 19.
jnysteriomm , ut eas ne librahiis quidem ferc comviittamiis. » C'étaient évidemment des autographes.
Ailleurs encore : « Plusieurs copistes, par mon ordre, transcrivent (la loi) tous ensemble : Coyicurrimt jussii rneo plures uno tempore librarii (1). »
Puis, au livre de V Orator : « Nos ancêtres ont voulu qu'il y eût dans le discours des repos marqués , moins parla nécessité de ménager la respiration de l'orateur et de prévenir la fatigue, moins par les signes matériels des copistes, que... Intcrspiratinnis enim, non dcfatifjationis Jiostrie , nerjue librariorum 7intis (2)... »
Picmarquons toutefois que les Librarii ne sont pas toujours pour Cicéron des copistes délivres, ce sont encore pour lui de simples secrétaires ah cpistolis. Il commence, en effet, sa seizième lettre du livre IV à Atticus par ces mots déjà cités (p. 212) : « Ce qui va te prouver à quel point je suis occupé, c'est que j'emprunte ici la main d'un secrétaire : Occiipationum niearinn vel hoc signiaii erit qaod cpistola librarii MANU est. » C'étaient aussi des libraires, comme le Lihellio, également copiste de livre, devenait bouquiniste, quand il n'avait rien de mieux à faire (3).
Martial, s'adressant h son livre, vante la commodité d'un livre court qu'un copiste peut transcrire en une heure, et ici il rend au mot lihrarius son sens primitif:
Deinde quod hocc unà peragit liirarius liorâ, Nec taiituin miyis seiviet iste meis (4).
(1) CiCER., De leçje acjrariu, II, 5.
(2) CiCER., Oral., III, 44.
(3) STATit'S,IV, Carm. ix.
(4) Martial, is/jt^rr., II, 1,