TOME I. J(J
Librarioli. Qn tioiivc Lihrainolus , apprenti ou jeune écrivain,
dans la septième lettre du livre XV h Atticus : « Quant à Servius, notre pacificateur, il me sem])le qu'il s'est chargé avec son petit secrétaire, de cette légation : Servius vero pacijicator cum librariolo suo videtur ohiisse legationein. » Corrado pense, il est vrai, qu'ici le mot librariolo pourrait bien être un diminutif de lihrariian, portefeuille, registre abrégé de la loi, pour caractériser Servius, qui, en sa qualité de grand jurisconsulte, ne devait marcher qu'avec son code. La conjecture pourrait avoir quelque vraisem])lance , car Cicéron paraît user ailleurs de ce mot dans le sens de recueil, quand, émunérant les historiens romains, il parle du bout des lèvres de ce Macer « dont le bavardage a bien quelques pensées, mais de celles qu'on trouve, non dans les savants trésors des Grecs, mais dans les misérables recueils latins : Cujiis lo- (juacitas hahet aliqidd argutiarum ; ?iec id tanien ex illà erudità Grsecorum copia sed ex librariolis /«??"«« (!)•" Ici, c'est un dimiiuitif de mépris. Cicéron revient à l'emploi de ce mot dans le sens de copiste, à propos de Pompée : « Pompée , dit-il , ignorait-il donc ce que les derniers des scribes font profession de savoir : Qiiod LIBRARIOLI denique scire profileantur (2) ? » Or, c'est bien là de nouveau un diminutif de dédain .
C'est encore jusqu'à un certain point la nuance qu'il a en vue quand il écrit : « Je désire que tu m'envoies deux de tes petits écrivains, de ceux que Tyrannion
(1) CiCKR., De lerjibus, I, 2.
(2) CiCER., 0/atio pro Balbo , 6.
emploie à coller les livres et à tout ce qui est de leur métier : Veh'm milii mutas de tuis librariolis drios alinuos, qiiibus Tyraniiin utatur glatinatorihus , ad actcra adnnnistris (1). "Ce Tyrannion, habile grammairien et géographe , qui avait été enlevé au siège d' Amise par LucuUus (2), et qui fut employé par Cicéron à l'éducation de son neveu, fils de Quintus, mettait en ordre à Antium la bibliothèque de l'orateur romain (3). On ne pouvait mieux s'adresser qu'à Titus Pomponius Atticus pour lui donner des aides, attendu que ce grand bibliophile qui trafiquait un peu de tout, Le (jrami
1 1 T j hibliopliile
particulièrement de livres, même de gladiateurs, n a- Atticus
|. , . fait commerce
vait pas chez lui de bas valet qui ne sût lire et écrire dctout, livres,
1 • . . n • I 1 I / I s L' • i(i|)istes,
et ne lui prêtât laide de son calam (4). ba maison {;hi(iiateurs. était un vaste atelier où chaque secrétaire copiste, dressé à tout faire , pouvait passer de la copie au collage ou reliure des feuilles, opération qui demandait une certaine légèreté de main, car trop de pression effaçait l'écriture (5). Là se trouvaient de bons copistes qui faisaient l'admiration du grand orateur. L'un d'eux surtout, nommé Alexis, était un autre Tiron qu'il fallait ménager (G), et son écriture avait ce charme pour Cicéron qu'elle ressemblait à s'y méprendre à celle de son maître : « Alexidis maman amaham, dit Cicéron à Atticus , quod tam prope accedehat ad simili-
(1) CicER., Ad Attic, IV, 41).
(2) Voir Plitarque , Vie de Lucullw:.
(3) CicER., Ad Attic, XII, 6; Ad Ouiiitum fratiem , II, 4.
(4) CoR>EL. ]\epos, Vita Attici.
(5) « Cartae alligatae mutant Hfjuram. » Pktron., Salarie, en.
(6) CicER., Ad Attic, XII, 10.
tudinem lux litterx (1). » Athamas et Tisamène étaient encore, avec Tvrannion, des esclaves ou affranchis lettrés d'Atticus, dont celui-ci faisait (jrand cas. Mais le commerce courant de la librairie n'inspirait aucune confiance. Chargé un jour par son frère Quintus de lui acheter des livres latins , Gicéron ne sait où s'adresser à Rome , dans le centre même des littératures , tant les boutiques regorgent de mauvaises copies (2) ! On avait bien des réviseurs , répondant à nos correcteurs d'imprimerie ; on employait même à ce titre des grammairiens; mais ces gens-là avaient leurs svstèmes personnels ou leurs routines de province , et ne se montraient guère plus soigneux ni plus habiles. Il n'y a qu'une longue plainte, à cet égard, dans l'antiquité. Tite- Live, saint Jérôme, Symmaque, Lucien, Strabon, Pline le Jeune, et plus tard Paulus, ne tarissent pas sur l'ignorance et la sottise dos Scribes. De là ces inexactitudes, ces variantes si fréquentes qui préparaient des tortures aux Saumaise futurs. Il arrivait même, au moyen âge, que les malheureux copistes n'étaient point instruits aux lettres grecques ; ils n'en copiaient pas moins du grec, et se voyaient réduits à dessiner les caractères sans que la pensée y fût pour rien. Que de fautes et d'obscurités ne devaient-ils pas, alors, jeter dans les textes !
Une quantité considérable d'erreurs provenaient aussi de l'habitude de dicter. En effet, on réunissait ensemble beaucoup d'esclaves copistes qui écrivaient
(1) CicER., Ad Attlc, VII, 2.
(2) Epist. ad Quiiitum fratr., III, 5.
au (jrec.
un ouvrage sous la dictée de l'un d'eux, de manière à avoir à la fois autant de copies. Il en résultait de nombreux lapsus qui tenaient à l'inattention d'une part, à la prononciation de l'autre, pour le grec surtout, où le son i par exemple se représentait de cinq manières : t, et, y;, oi et u. Tel est le cas dans les manuscrits latins qui contiennent des citations grecques, et plus particulièrement les livres de grammaire. Dans ceux de Priscien, par exemple, qui sont nombreux et anciens, les passages grecs sont corrompus d'une façon extraordinaire. Aussi, dans l'antiquité, et "dui, "*^
bt. j r • •• 1 i 1 I 1' esclave habile
^ S tard , raisait-on sonner haut la valeur d un esclave qui avait une teinture des lettres grecques. Gomment s'étonner de l'inexactitude des copies, quand on demandait toute espèce de service de scribes à des étrangers, à des femmes, même à des enfants.
Sans parler de cette Cénis, maîtresse de Yespasien, Femmes affranchie de la mère de Glande, et qui servait de secrétaire à cette princesse (1), on a la preuve que des femmes exerçaient la profession de copiste. Ainsi, Origène, fort curieux de livres, et qui eut besoin d'une quantité de mains auxiliaires, quand il entreprit son grand travail de la collation des versions de l'Ecriture sainte, occupait dans sa maison un certain nombre de jeunes filles « puelkc » , calligraphes chrétiennes , que lui avait envoyées saint Ambroise, avec une légion de diacres (2). On a une inscri|ition tumulaire ancienne
(1) Il Antoniaî liLertam à manu, n Suet., Vespas., 3.
(2) Oiiyène, né à Alexandrie d'Egypte, l'an 185 de Jésus-Gluist, niouiut l'an 254.
copistes.
qui a été publiée par Gruter, et qui établit, en effet, l'existence d'une femme copiste, en l'an 231 : Sexlia Xanta, scriha lihraria (1). Le mot de scriha accolé Libraria. à cclui de lihraria ne laisse aucune équivoque. Toutefois, ce dernier mot avait plusieurs sens : il voulait dire également gardienne de livres. Ainsi un grammairien de la décadence, Martianus Capella, appelle les trois Parques les gardes des archives des dieux, Librariœ Suj)erum (2). Des inscriptions du Recueil de Fabretti (3), citées aussi par Forcellini, renferment le mot lihraria, mais cette fois pour désigner l'esclave dont nous parlions plus haut , et qui , chargée de la balance [lihra)^ mesurait la tâche aux ouvrières en Lauipendia. hune , fouctiou également désignée par le mot lanipendia .
Si les Scribes rampèrent longtemps dans la domesticité ; si une inscription du temps de Tibère réunit sous la même rubrique trois secrétaires (deux Grecs et un Romain), péle-méle avec un valet de chambre et un cuisinier (4), il est des copistes de livres qui acquirent cependant une position assez considérable. Les copistes Lcs copistcs finirent par former une sorte de corporaformer une'^ tiou uonibreusc daus les grands centres de la civilicornoration. sation autiquc , où la rage d'écrire posséda la pauvre
(1) GnuTKn, Inscriptionei; Vjtins orhi'; Romani. Amstel., 1707, t. III, p. 594.
(2)i,ir.
(3) Fabretti, In.tcriptionum atitif/. r/ux in edibiis paternis ax.tervantur explicatio. Roiiiae, 1699, in-fol. p. 214, n" 542 et sqrj.
(4) IltxziiN, Supplément au recueil d'Orelli , n"6651.
LES SCRir.ES. 247
liiiiiiaiiité comme on la voit rava^jer les peuples modernes.
Quel était le |i)rix des esclaves lettrés? Les ventes Piix
tics oscisvcs
d'esclaves au dieu de Delphes que nous citions plus ,.„ orùcc. haut, indiquent soigneusement les prix des esclaves en (jénéral dans la Grèce.
Nous empruntons à M. Egger quelques-unes de ces indications, choisies à dessein parmi les moindres prix €t les plus élevés.
Une femme, vingt statères, c'est-à-dire environ trente-six francs.
Une jeune fille, deux mines, savoir environ cent quatre-vingt-dix francs.
Un enfant, trois mines, dix-sept statères et une drachme, c'est-à-dire un peu plus de trois cents francs.
Un homme fait, trois mines, vingt statères, environ trois cent six francs.
Le plus haut prix est celui d'une femme , évaluée à quinze mines, équivalant à quatorze cent cinquante francs.
Ailleurs , deux esclaves se rachètent à la fois pour le prix de trois mille deniers, deux mille sept cents francs.
INIais aucun de ces esclaves grecs n'appartenait à la classe des scribes.
On conçoit que l'évaluation de ce dernier genre ''■•■'^
^ ^ des esclaves
d'esclaves différât suivant l'âge , l'instruction , l'iiabi- <' itomo. leté, le caractère des sujets. A Rome, comme en Grèce, les Tiron, les Alexis, les Tisamène, étaient des phénomènes qui avaient leur prix à part.
Sénèque rapporte qu'un certain Calvisius Sabinus, richard inepte cpii ambitionnait de passer pour sa-
vaut, avait imaginé, j)our réparer les échecs d'une débile mémoire, de faire apprendre par cœur à une douzaine d'esclaves Homère, Hésiode et divers Ivriques , et ces (jens lui servaient de souffleurs dans ses grands dîners, quand il voulait citer, ce qui ne l'empêchait pas de rester court. Chacun de ces esclaves si bien dressés lui revenait, d'acquisition et d'éducation, jusqu'à cent mille sesterces, centenis inillihus , ce qui équivalait environ à dix-neuf mille trois cent soixantequinze francs (1),
Ce devait être aussi un objet de prix qu'un esclave pareil à celui du Trimalcion de Pétrone qui savait les dix parties de l'Oraison et lisait si bien à livre ouvert; s'était fait sur ses gains journaliers de quoi se racheter, et s'était acquis de ses deniers une huche et deux tasses (2). Preuve qu'un esclave pouvait posséder. Prix eicessif « Le prix Ic plus élcvé d'uu homme né dans l'es-
d'uu esrlave T i- l l- / / • ).
grammairien clavage , dit Pluic Ic Naturaliste, a été jusqu à présent, à ma connaissance, celui d'un grammairien nommé Daphnus. Il fut vendu par Gnatius de Pisaure, à Marcus Scaurus, prince de la cité, sept cent mille grands sesterces, » cent quarante-sept mille francs de notre monnaie (3). Pline ajoute que, de son temps, ce prix avait été de beaucoup dépassé par les histrions qui se rachetaient eux-mêmes, et pour lesquels on se montrait exigeant en proportion de l'énormité de leurs gains. Il en était d'eux comme de tels serfs moscovites , enrichis
(1) Seneg. , Epist. 27 , Ad Litctl.
(2) K Decem partes dicit : librum al) oculo Icnlt ; pretium sibi de diarlis fecit; artiselium de suo parai-it et duas truUas. » Satyricon , lxxv»
(3) JSal. Hist., VII, 40 (39).
romain.
Valeur inoveuue.
de nos jours par le commerce, et qui offraient inutilement h leur maître cent, deux cent mille francs, même le double, en échanj^e de leur liberté. « Pecuniam trahunt, vexant, » disait Salluste. De quelle somme immense avait donc été payé cet esclave, « la fleur des esclaves d'Asie, acquis, suivant Juvénal, à plus liant prix que tous les revenus du belliqueux Turnus et ceux d'Ancus, que toutes les splendides bagatelles de la cour des rois de Rome (1)? »
Du temps d'Auguste, la valeur moyenne d'un esclave avait varié de mille à deux mille francs, comme celle de nos nègres, avant l'abolition de l'esclavage dans nos colonies. Horace a mis dans la bouclie d'un marchand d'esclaves offrant sa marchandise, ces paroles : « Huit mille écus, et je te le laisse, il est à toi. Il est dressé à comprendre au moindre signe du maître. Il a une teinture des lettres grecques, l'esprit ouvert h tous les talents : »
Fiut eritcjue tuus nuiiimoruni niillibus octo, Venui iniuisteriis ad nutus aptus lieriles : Litterulls jjraccis inibutus, idoneus arti Cuilibet (2).
Huit mille écus! c'est-à-dire huit mille sesterces, environ deux mille francs. C'est un des termes moyens du a Rome. prix des esclaves. Il est vrai qu'il s'agit d'une offre de marchand, et que tout marchand surfait : « Laudat vénales vierces, » comme dit plus loin Horace. Sous la Rome de la décadence, on s'est laissé aller à des
(1) JrvE»,, sat. V, 56 et sijtj,
(2) IIORAT., Kpist. JI, II, 5.
enchères autrement folles, celle de Daphnus par exemple, comme les Crésus de notre époque le font encore pour satisfaire à des caprices de luxe (1). Le triumvir Marc- Antoine , un homme de la décadence avant que la décadence fût venue, pava deux jeunes garçons d'une rare beauté deux cent mille sesterces (quarante-deux mille francs) (2). Qu'y a-t-il là qui doive surprendre quand on se souvient que Cicéron lui-même, malgré sa fortune médiocre, poussa la manie jusqu'à se donner une table de citre au prix d'un million de sesterces, c'est-à-dire deux cent dix mille francs, et quand Asinius Gallus en paya une de même bois un million cent mille sesterces (deux cent trente mille francs) (3)? On a bien vendu à Rome un rossignol jjlanc plus cher qu'un goujat d'armée, six mille sesterces, à savoir quinze cents francs, seulement un peu moins (jue Plante n'estimait un robuste esclave ou une belle jeune fille (4) , un peu moins encore que Golumelle n'évaluait un esclave bon vigneron (5) !
Il ne faut pas H cst à propos , uotous-lc , dc sc méfier un peu aux tiiiffres dcs cliiffrcs dcs aucicns. Ce qui s'est dit des incertitudes et des erreurs de texte, par suite de la multiplicité des transcriptions, s'applique à plus forte raison
(1) On a vendu aux enclKM-es, il v a deux ans, une petite salière de terre trente mille francs.
(2) Plix., Nat. HiH., VII, 10 (12).
(3) Id., XIII, 29 (15). Ces tables étaient d'un seul morceau. Le eitre ÇTIiuy-a aiticulata de Desfontaines) croissait dans la Mauritanie, près du mont Atlas.
(4) Les Captifs, II, II, 103; et Pseuclulus, I, i, 49. Plante les évalue à vinjjt mines, qui font environ 1800 francs.
(5) ColuincUc en porte le prix à 2,000 fi-. enviion.
à la numération , où un simple lapsus peut apporter tant de différence, que le sens de la phrase ne met pas toujours à même de contrôler.
Il est donc bien difficile , sinon impossible , d'établir nettement des prix , si l'on son^e surtout à la diversité d'appropriation des facultés des esclaves. Exclusivement occupés de la guerre et de l'agriculture , les citoyens romains dédaignaient les autres professions; et tout ce que les jouissances intellectuelles et celles des beaux-arts offraient à l'homme instruit , était livré exclusivement aux talents et à la science des esclaves et des affranchis des deux sexes. L'aristocratie goûtait les lettres et les arts, mais l'exercice en était interdit aux patriciens, même aux chevaliers : constitution sociale à laquelle il faut reporter le peu d'essor de l'industrie daus la Rome antique. Ainsi s'explique l'origine de ces noms collectifs des esclaves romains, noms empruntés aux sciences, aux arts, aux métiers. Nous avons déjà indiqué toutes les nuances des se7-vi scrihee; il y avait encore les esclaves médecins , chirurgiens, oculistes, svmphonistes, aides artistes : servi inedici, chirurgi, ocularii, symphoniaci , vicarii artifices, etc.
Quand on songe à la façon merveilleuse dont l'ar- Livres mée des copistes était active et disciplinée, on comprend qu'elle suffit pour les écritures à tous les besoins de l'antiquité, et l'on s'étonne moins du long enfantement de l'imprimerie. Il y avait partout des libraires bien fournis de tous les auteiu's classiques ; et partout les bons comme les mauvais livres étaient reproduits à profusion, à des prix «pii les mettaient à la portée
a tout prix
Bibliothèque
à Al
exanune.
A Athènes.
A Pergame.
de toutes les classes. Si, comme le raconte Plutarque, Alcibiade souffleta un maître d'école, parce qu'il n'avait pas trouvé chez lui une Iliade, c'est évidemment qu'on pouvait s'en procurer à tous les prix.
La célèbre bibliothèque d'Alexandrie, fondée par Ptolémée Soter, et qui ne compta pas moins de sept cent mille volumes (1), était le fruit des travaux de ces pauvres soldats de la plume, lettrés grecs, esclaves ou affranchis.
C'est encore à la diligence de leurs calams qu'il faut attribuer la formation de ce grand dépôt de livres, la première bibliothèque publique fondée à Athènes par le tyran Pisistrate, dépôt que Xerxès transporta en Perse, et qu'un grand nombre d'années ajirès Séleucus Nicator fit, dit-on, restituer aux Athéniens (2). Les mêmes calams avaient fourni de quoi composer la belle bibliothèque du roi de Macédoine Persée, de laquelle les conquêtes et le désintéressement du stoïcien Paul-Emile dotèrent la ville éternelle, l'an IGO avant Jésus-Christ (3). Enfin, c'est à cette même armée de copistes qu'il faut encore attribuer l'honneur de cette autre bibliothè(|ue que fondèrent les rois de Pergame, Attale et son fils Eumène, deux siècles avant le Messie, ])our rivaliser avec les Ptolémées , et qui, suivant Plutarque, ne contenait j)as moins de deux cent mille volumes destinés h être donnés un
(1) Voir au chapitre iv, p. 183, ce que c'était qu'un volume dans l'antiquité.
(2) Ammien Marcellin, XXII, xvi, 13; Aulu-Gelle, VI, 17; Athénée, I, iv, p. 10 du premier voitiine de l'édition citée.
(3) Isidore dk Sévh.i.e, Orij., VI, 5.
plll)li(JI
ouverte
à Pionu' p;
PoUi.iii.
jour, en présent, par l'amoureux Antoine à la belle Cleopâtre (1), qui en au^jmenta la bibliothèque du Sérapéum.
Ainsi fut composée par le célèbre orateur Asinius ^p|,'i"||',7e'''' Pollion , la première bibliothèque publique de Rome , dans laquelle, devançant la postérité, Pollion voulut que son rival en érudition , Marcus Terentius Varron , eut, de son vivant, une statue (2).
C'est à raison de cette libéralité de l'illustre biblio- ])liile de la Rome ancienne, que cet autre grand bibliophile du dix-septième siècle, le président Jacques- Auguste de Thou , lui comparait le fameux diplomate , trésorier de François I", le Lvonnais Grollier, qui J Aususie.ie
• ' J '1 1 hou compare
n'avait rien ;i lui, et inscrivait sur ses livres, dont les /'^^"n"^'"
' ' a l'ollion
reliures qu'on exécutait, dit-on, chez lui-même, sont , !'"'" . .
i la gciicrositc.
des chefs-d'œuvre disputés aujourd'hui h la chaleur des enchères :
J. GROLLERII ET AMICORUM (3).
C'était là une générosité, suivie dans le fond comme dans la forme par d'autres bibliophiles, mais fort peu goûtée de l'érudit de forte race, Joseph Scaliger, qui Scaiiser
u lui refuse
avait écrit en latin sur le fronton de sa bibliothèque : '^<' v^'-tev
des livres.
« Vous voulez des livres, allez en acheter : Ile ad vendentes, » comme Martial envoyait les emprunteurs chez son libraire Attrecius.
(1) Tertulliax., Apolog. xviii ; cité par Juste Lipse, Syntagma de Bibliothecis , c. ii. CF. Plutarqle, Vie d'Antoine, ch. lviii.
(2) Plis., Nat. Hist., VII, 31 (30). «M. Varronis, in Liljliotheca, quse prima in orbe ab Asinio Pollione ex manubiis publicata Ilomae est, unius viventis posita inuujo est.»
(3) Jean Grollier, vicomte d'Ayiiisy, fut ambassadeur de François I^'' à la cour de Rome.
Tout prand sei(jiieur qui était passionné bibliophile dans l'antiquité, pouvait, à l'exemple de Svlla, de Pompée, de Cicéron, d'Atticus, de Lucullus, de César, de ce même Terentius Varron, multiplier le nombre de ses servi litlerati, et par leurs mains accumuler dans sa bibliothèque les trésors littéraires de la Grèce et de Rome. Ainsi Jules César devint si riche en manuscrits précieux, qu'il ne lui fallut pas moins pour son bibliothécaire (pie Yarron lui-même, le plus docte des Autre Romains. Ainsi l'illustre Lucullus, à qui une opulence
ljibliotliè([iic
eéiiéreus.;- prcsquc fabuleusc , fornîée des dépouilles de Tiarano-
inent ouverte
par certe et d'autres villes de l'Asie, permettait toutes les
Lucullus.
sortes de luxe, mérita que Plutarque vantât non pas seulement le nombre de ses livres, non pas seulement leur beaïité calligraphique et la splendeur de leurs ornements, mais sa {générosité à les communiquer : « Il assembla une grande quantité de livres et de fort bien escrlpts, desquels l'usage luy estoit encore plus honorable que la possession , pour ce que ses librairies estoient tous les jours ouvertes à tous venants, et laissait on cjitrer les Grecs sans refuser la porte à pas un, dedans les galeries, portiques et autres lieux propres à disputer (1). »
Cet exemple, imité par le cardinal Mazarin , avant que la bibliotlièque du roi fût ouverte au public , a été suivi également de nos jours, à Madrid, par le duc d'Osuna, dont l'immense bibliothèque est ouverte à tous les érudits. Celle du duc de Medinaceli l'était
(1) Vie de Lucullu.K, i.xxxiii, ti;uliiction d'Amvot. Cf. Isidore de Skvh.le, Ori/j., VI, 5.
DE QUELQUES ÉCRITS DE L'ANTIQUITÉ. 255 également avant les dernières grandes guerres de la Péninsule.
On recherchait, dans l'antiquité, une copie de tel Caiiifiraphes calligraphe comme on recherche aujourd'hui l'édition on recherchait
*-' i "^ les copies.
de tel imprimeur. Lucien (1) vante les copies de Callinus et celles du célèhre Atticus, qu'on s'arrachait chez les libraires ou dans les ventes, et il raille un prétendvi bibliophile qui ne juge du mérite des manuscrits qu'à la vétusté , qu'à l'aspect vermoulu , qu'aux injures des rats, et non point à la pureté des textes , à l'écriture des savants copistes que la tradition apprenait à discerner (2),