CHAPITRE IX
DE QUELQUES ÉCUITS PROFANES ANTIQUES d' AUTHENTICITÉ PLUS OU MOINS DOUTEUSE.
Si les anciens eussent conservé les autographes des Comment <»
eut
pu
auteurs; s'ils se fussent inquiétés de rechercher eu- éviter dans le
textes
rieusement des preuves dans ces autographes mêmes, aniiijues
les variantes ~" et les
(1) Contre un ignorant nui achetait beaucoup de livres. Tome VIII '"corrections. de l'édition {jrecque de Deux-Ponts. Tome IV de la traduction française de Bellin de B.\llu.
(2) Ce livre était terminé quand j'ai réussi à me procurer un travail, devenu rare, de feu H. Géraud, ancien secrétaire de Dureau de la Malle. Il est intitulé Essai sur les livres dans l'antiquité , particulièrement chez les Romains (Paris, Tecliener, 1840). C'est la reproduction bien faite des excellentes leçons de feu Guérard à l'École des Chartes. La lecture de ces pages m'eilt épargné, sur plusieurs points, beaucoup de peine. J'ai trouvé cependant des empnuits à y faire, et j'engage celui qui voudrait approfondir la matière, à prendre pour guide ce chercheur modeste, écho d'un savant de premier ordre.
Lettres
fjrecqiies
antiques
supposées.
Doutes
d'v remonter pour comparer, pour contrôler les copies ; si quelques-uns de ces autographes fussent arrivés jusqu'à nous, on aurait quelques éléments de plus pour la discussion de l'authenticité de certains ouvrages et de certaines épîtres que l'antiquité nous a légués sans preuves. ^Malheureusement les écrivains anciens ne nous sont parvenus que par le moven de copies successivement dues à des copistes de profession dont chacun remplissait à lui seul , pour la reproduction des œuvres de l'esprit , les rôles multiples que le typographe distribue à des mains diverses. C'est ainsi que la littérature des Grecs, riche, comme chacun sait, en épistolaires , siu'tout en sophistes, laisse prise à de justes défiances contre cette richesse même. En dépit de tous les efforts de Charles Bovle, de Chr. Schœttgen, etc. , la critique moderne, par l'organe des plus doctes, depuis Bentlev jusqu'à Boissonade, a fait justice des lettres du tvranPhalaris, de Thémistocle, de Socrate, d'Euripide, deDiogène le Cynique et de son élève Cratès. On conteste celles de Platon, d'Eschine, d'autres encore. Diogène Laërce a reproduit une lettre du philosophe Phérécyde à Thaïes : Saumaise, dans ses Notes sur Solin, en a démontré la non-authenticité. On sait également que le plus grand nombre des écrits attribués aux premiers p>i;hagoriciens n'est pas digne de plus de foi : ce sont autant de suppositions anciennes. Serait-il encore un esprit assez hardi pour accepter la responsabilité de la tradition à
sur les lettres l'cndroit dcs autograplics adressés à Hippocrate (1)
d'Hippocrate.
(1) Consulter, à ce sujet, Y Hippocrate de M. Emile LittrÉ , t. I, pp. 160-271.
DE QUELQUES ÉCRITS DE L'A>" TIQUITÉ. 257 Gela sent quelque peu la lé(j;encle ; et les lettres d'Artaxerxès, des Abdéritains et de Démocrite qui fifjurent dans la collection des œuvres du demi-dieu de la médecine, — ou plutôt des Hippocratiques, car la collection est remplie d'opinions disparates et ne saurait comprendre uniquement les œuvres réelles d'Iiippocrate, — sont aussi authentiques que son portrait, que celui d'Homère et celui de tous les personnages des temps héroïques, inventés et acceptés, faute de mieux, comme on le verra au livre suivant. Elles sont aussi vraies que le paraissent être les lettres, publiées jadis par Andronicus de Pdiodes, d'Alexandre h Aris- Faux écrits
ilAristofe.
tote et d'Aristote h Alexandre, au sujet de la publication de certains écrits du philosophe ; aussi incontestables enfin que la lettre formant l'introduction du petit traité, certainement apocryphe, qui porte le titre de Rhétorique à Alexandre (1). Il en est trèsprobablement de même de la lettre de Callisthène à Aristote citée par Simplicius. Pline qui parle de tout, Pline qui aurait du la connaître et qui avait l'occasion d'en parler, n'en a dit mot. A tous ces mensonges savants , je préférerais pour nos musées la possession de quelqu'une de ces fameuses briques, sorte de vénérables registres sur lesquels les mages de Babylone consignèrent, pendant tant d'années, leurs observations astronomiques, et qu'Alexandre leur ravit pour en faire don à son instituteur Aristote. L'histoire de ce grand écrivain , le génie le plus puissant dans la
(1) Voir un mémoire de M. E. Ilavet qui décide cette question restée longtemps douteuse : Recueil des mémoires des savants élrangers, publié par i Académie des Inscriptions.