‹ Causeries d'un curieuxChapitre 8 sur 124 · ORIGINE DE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'ÉCRITURE

de son oiivra^^e, Fénelon n'était pas astreint à l'exactitude d'une dissertation , et que peu im])ortait à un romancier de décrire inie Grèce imaginaire. Il faut avoir l'esprit j)ointilleux et (juereileur de ce l'ou d'abbé Faydit pour lui en faire un crime (1).

D'-abord idéographique et figurative, l'écriture re- LVciit présenta plus ou moins nettement des idées. Avec le daiioni idéo temps, elle devint phonétique, c'est-à-dire représen- '''^'^p,','] '*^' tative des sons. Une note s'ajouta à une autre note, l"""^ "F^ un anneau de la méthode à un autre anneau , et de tradition en tradition, de progrès en progrès, la chaîne fut formée, œuvre de tous, sans l'être de personne.

En résumé, il y aurait donc quelque témérité à ha- Ku résumé,

, - - . on n'a que

sarder autre chose que des conjectures sur tous ces pro- des

roiiicclurcs

cédés de 1 esprit, sur l'origine précise et de l'écriture sur iOiijjiue

. Il'- i*ii 1 ii-^ "^"^ récriture.

même et de 1 introduction de la prose dans la littérature. L'érudition a fait sur tout cela des recherches ingénieuses et, si l'on veut, profondes, mais, à peu de chose près, en pure perte. Les faits appartiennent, comme nous l'avons dit, à des époques encombrées de trop de fables pour que les conclusions soient bien nettes. Ajoutons que nos études nous ont trop portés à nous préoccuper uniquement de la Grèce, cette contrée si bien née à la poésie. Toute notion nous fait défont, sur le même point, à l'égard des autres peuples. Que savons-nous de l'Egypte? que savons-nous de notre Occident? Néanmoins,- encore une fois, j'inclinc-

(1) Voir la Télcmacomanie , crhiijnc nrcrhc, pédante et uiéprisablo (lu livre de Féiielon.

rais à croire qu'à de k'(j;ères nuances près, toutes les races humaines ont suivi, à leur origine, les mêmes et inévitables tendances , et que les premiers accents de la littérature ont été, comme nous le disions, la poésie chez tous les peuples. Le Samoïède lui-même, si étran- {j,er à toute délicatesse de civilisation, et qui n'a jmnais su épeler, chante en vers ses amours ; et un voyageur anglais du dernier siècle rapporte la chanson d'un Lapon ignorant comme ses pères, et qui offre en rimes touchantes à sa fiancée le présent délicat de langues de castor.

Admettons donc que les premiers essais de composition , les premiers souvenirs de l'homme furent rhvthmés. Mais personne, à coup sur, ne s'est avisé d'imaginer que, dans la pratique usuelle, l'humanité se soit assujettie à tout dire en vers. Il tombe sous le sens que la prose parlée n'a pas dû être seulement contemporaine de la poésie chantée : elle a dû la devancer ; et les premiers mots balbutiés ont été de la prose.

La poésie Ln écrivain, aussi judicieux qu'instruit, dit qu'au

littérature sièclc dc Pisistratc , c'est-à-dire six cents ans avant ,. Pi^istTate. Jésus-Christ, il n'v avait encore qu'une forme de littérature , la poésie , et presque qu'une poésie , celle qui parlait en vers épiques. La poésie, ajoute-t-il, régnait seule , parce que seule elle pouvait vivre alors ( 1 ) ; cette proposition , tout absolue qu'elle semble au premier aspect, ne paraîtra plus exagérée si l'on se borne

(1) Voir, dans la Revue Européenne (1860), un article intitulé Des orifjines de la prose dans la liuérature f/recrpie, par M. Egger.

ORIGI^'E DE LA IMIOSE. 15

à se placer au point de vue do la littérature })roprement dite. En effet, pour exister, en tant que compo-

^ ^ 1 ha poésie,

sition littéraire, la ])oésie n'avait |)as besoin de l'écri- i;c""- exister,

* ' Il a pas besoin

ture, elle n'avait pas besoin de livres : sa bibliothèque /•'^ livres :

la mémoire

était la mémoire de l'homme. Il n'en est plus de même i'* conserve et

^ la j)erpétiie.

de la prose, rebelle à la mémoire par défaut de rhvthme. Si, au point de vue de la civilisation, de l'esprit en général, elle préexistait à l'art de l'écriture, elle n'était pas alors , elle ne pouvait pas être comme composition ré^jlée, comme (jenre et mode de style. Il lui fallait prendre la forme matérielle, en un mot s'écrire en pages, en livres. En autres termes, sa condition d'existence était attaclK'C à l'invention de l'écriture, à la diffusion des instruments graphiques. Voilà sa date littéraire.

Mais, par la même raison ([ue l'homme, avant d'être La prose, en possession de l'écriture, avait varié l'application de q„p mode

1 111 11 ,ii-<le littérature

chaque mode de langage, dans les rapports de la vie réniée, publique ou privée, il a du maintenir dans la jjratique "Préexister

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