‹ Causeries d'un curieuxChapitre 9 sur 124 · I . i-i'i- r • 'M -• •! à l'écriture · texte numérisé non relu

I . i-i'i- r • 'M -• •! à l'écriture

les mêmes distmctions, une rois qu il a su écrire ; il a

du tendre chaque jour davantage à faire marcher du

même pas et la prose et le vers. En effet, le premier

usage des arts s'appliquant tout naturellement aux

premiers besoins de la vie , l'emploi de la prose écrite

a dû remonter bien plus haut que Pisistrate , en dehors

de la littérature. Déjà, bien avant lui, l'écriture avait

dû consacrer, de façon ou d'autre , les accords et Mais elle est

les marchés; déjà plus d'un amant, traçant, suivant i" laifi-a^c

les mœurs de la Grèce antique, sur un fruit ou sur ''"' '

une écorce, le nom de la femme qu'il aimait, avec

l'épithète consacrée : y.a):/] , avait, comme, depuis.

de l'Iiilanjiic

sur la question

16 LIVllE PREMIER.

M. Jourdain, fait de la prose sans le savoir. Le langage, qui est comme une monnaie d'e'change, ainsi que le dit Plutarque, ne l'est qu'à condition d'être une La monnaie courante, facile au commerce des idées. La

prose se forme , , . .,, > i •

et devient prosc répondait merveuleusement a ce besoni. Aussi

monnaie cou- , , , . , .

rantc. Commencèrent bientôt les commerces epistolaires , et mille communications de tout genre prirent la forme moins solennelle de la prose. L'invention de l'écriture avait été une ère ; celle du papier, celle du parchemin furent une époque et une révolution.

opiiiMin Dans son livre des Oracles de la Pythie, Plutarque

a touché cette question du domaine de l'imagination partagé entre la prose et la poésie; et il l'a fait avec une délicatesse et un éclat de style remarquables (1). Mais moins absolu que Pline l'Ancien , qui donne pour points de départ les oeuvres de Phérécyde et de Cadinus, il ne fixe aucune époque, il ne s'attache à aucun nom, il se joue autour de généralités et se met à l'aise dans un Aaste champ : réserve prudente et sage en matière si obscure et si rebelle.

Que le vers ait longtemps conservé l'antériorité dans les choses générales et publiques, dans les lois, dans les fêtes, dans les temples, rien de plus naturel. Que la Pythie, pour imposer par plus de solennité, rendit ses oracles en vers, rien de plus concevable. Mais la prose encore une fois , la prose qui avait ses convenances marquées, devait, de son côté, s'évertuer et se faire jour, bonne ou mauvaise, non comme un caprice du goût, mais comme une nécessité sociale. On peut

(1) Ch. 23.

ORîGINE DE LA PROSE. i7

croire qu'il n'y eut point alors de chefs-d'œuvre en prose dignes de dominer la littérature et de percer les ii^es, })uis(]u'il n'en est aucun dont l'existence puisse être inférée des témoignages anciens (pii nous restent. Solon , qui aida Pisistrate à rassembler et à reproduire les poëmes d'Homère, écrivit d'abord son code, trèscourt d'ailleurs, en prose. « Quant à la poésie, il n'en usa du commencement que par manière de passetemps, quand il étoit de loisir, sans escrire en vers chose quelconque d'importance ; mais depuis il y composa plusieurs graves propos de philosophie (1). » Ainsi il entreprit de mettre son code en vers et de donner la même forme aux mémoires de sa vie. Pythagore et ses disciples persistèrent à écrire leurs ouvrages en vers. Je doute cependant que Gadmus de Milet, que Q'ie les

^ ^ ^ lo;;.,;;ra,.I.es

Phérécyde, le maître présumé de Pythagore et le con- Cadimis

et Pliéii-cydc

temporain de Gadmus, ces deux hommes tant cités, ont en des avec Hécatée , comme les précurseurs , comme les premiers en date parmi les lorjographes, ainsi que l'on qualifiait alors en Grèce les prosateurs, aient été réellement les premiers à entrer dans la carrière. N'est-il pas plus présumable qu'on a donné, comme pour toutes les inventions, le nom d'inventeurs aux plus heureux, ou plutôt aux plus habiles dans le succès? Des fragments de Phérécyde et d'Hécatéc nous sont parvenus : ce ne sont pas des chefs-d'œuvre, ce ne sont pas non plus des essais balbutiés, bien qu'il y ait tout un monde entre eux et les écrits de Thucydide. Hécatée, venu, il est vrai, le dernier, avait employé le dialecte ionien

(1) Plutarque, Vie de Solon, Y. Tradiiotiuii d'Amvot.

Page 1