TOME I
Thésée, les Parques, avec les combattants anguleux du musée de Dresde. Même roideur dans ces derniers que dans l'Apollon. C'est comme le point de départ de l'art des Grecs. L'œuvre de Phidias est l'épanouissement de cet art dans toute sa splendeur.
« Le premier qui varia ces types (c'est Pline l'Ancien qui parle) fut le sculpteur Mvron d'Éleuthères, élève d'A(]^éladas (1). » Je crois que Phidias, dont il ne parle pas , ne s'en fit faute , mais avec une largeur Phidias de style inaccoutumée. Une vérité, ce semble, banale,
(né vers 498
avant J.C., c'cst quc la Grècc dut au commerce habituel de ses
mort en 431).
artistes avec les philosophes , avec les esprits les plus délicats livrés à des occupations et des goûts divers , la supériorité consacrée par l'admiration des siècles dans les arts. Phidias en est une des premières preuves, et des plus frappantes. Esprit ouvert à tous les talents, surintendant des arts et des bâtiments au nom de Périclès; peintre avant d'être architecte et sculpteur, il avait l'âme naturellement portée au sublime, et son génie s'agrandissait encore et s'épurait dans la société de Périclès et d'Aspasie, sous les inspirations de la philosophie spiritualiste de Socrate et d'Anaxagore. Une fois devenu maître du ciseau en s'essavant à sculpter des athlètes, il prit un vol plus élevé, et sut emprunter à la nature tout ce qu'elle a de grandeur et de majesté. Il parvint à la beauté suprême et idéale par le choix dans la beauté humaine, par l'alliance sacrée de l'imitation et de l'invention , par l'accord harmonieux
(1) « Primus hic multiplicasse veritatem viJetur. " Nat. Hist., XXXIV, 19. — Mvron florissait vers l'an 432 avant Jésus-Christ.
ICOî^OGRAPHIE GRECQUE. 323
du beau divin, du beau philosophique avec le vrai dans la nature.
Son contemporain Polyclète , plus jeune que lui de Poiyciète. huit années seulement , qui avait aussi reçu les leçons d'Agéladas, et qui écrivit un ouvrage technique sur les arts, avait allumé son génie au même foyer religieux, et se rencontra plusieurs fois avec Phidias aux mêmes hauteurs spiritualistes (1).
Un condisciple de Phidias, ce Myron dont nous par- Myron. lions plus haut, et que Lucien range avec Phidias, Polyclète et Praxitèle, au nombre des artistes qui sont adorés comme des dieux (2), n'avait pas le vol de Phidias. Le sang circulait dans ses marbres et dans ses bronzes, l'épiderme en ses figures semblait frissonner au toucher; mais, matérialiste par goût, il cherchait, presque dans toutes ses œuvres , le mouvement et la vie en dehors du spiritualisme. Sa génisse, célèbre à l'égal des plus grands ouvrages de l'antiquité, a défrayé sur tous les tons les anthologies grecque et latine. Cette dernière contient jusqu'à trente-six pièces à la louange de l'heureux artiste. Ronsard a imité l'une de ces épigrammes grecques avec une certaine franchise d'expression :
Si Myron mes pieds ne détache,
Dessus ce pilier je mourrai ;
S'il les détache, je courrai
Par les fleurs , comme une autre vache
(1) L'auteur de la Junon d'ivoire et d'or, Polyclète, de qui le Naturaliste a dit Polycletus Sicjoniiis , était, à ce qu'il paraît, né à Arjjos, ainsi qu'un autre Polyclète avec lequel on l'a souvent confondu. Le grand sculpteur Polyclète naquit vers l'an 480 avant Jésus-Christ.
(2) Lucien, Somnium, c. vin.
Des discoboles, du plus célèbre desquels Rome possède aujourd'hui deux copies; des coureurs, des athlètes, des chiens et des monstres marins, étaient son triomphe. Il fondit un Apollon de bronze h Ajjrigente, et un autre à Éphèse , une Minerve colossale à Samos, un Satyre admirant des flûtes, enfin un Persée. Il se plaisait surtout à faire jouer les muscles sur le corps du héros vainqueur des monstres, cinquante fois gendre de Thespius ; et ce demi-dieu dont la vie a subi toutes les émotions et les vicissitudes de l'humanité, était son type par excellence. Il en avait semé l'image par toute la Grèce. Un de ces Hercules de bronze, l'un des plus beaux, faisait partie du butin que Verres ravit à la Sicile (1).
Caractère Pour Phidias , toujours calme, grandiose et simple
du talent i -i • i i- i
de PhkUas. de peuséc comme de style, il avait elu ateher dans l'Olympe (2). Encore, parmi les dieux ne faisait-il poser que ceux qui sont l'expression la plus haute de la Divinité. C'était Apollon, le front ceint de toutes les couronnes. C'était Vénus, non la Vénus Pandémos aux amours sans choix et qu'on représentait montée sur le bouc cher aux satyres ; mais la Vénus Anadyomène, dont la joie innocente s'épanouit avant l'éveil de la volupté ; mais la Vénus Uranie , la déesse des chastes amours. C'était Minerve, c'est-à-dire la sagesse dans la force, la chasteté dans la beauté. C'était Jupiter Olympien, la personnification de la pensée, l'image la plus terrible de l'immensité de l'Etre su-
(1) In Verrem, act. II, lib. IV, 3.
(2) K Diis quain hominibus efficientlis melior artifex creditur. « QtiSTiL., Orui. institut., XII, 10.
prême. Le dieu, d'ivoire et d'or, remplissait presque en entier, bien qu'il fût assis, la hauteur du temple bâti par les Eléens, et, s'il se fût levé, il eût, suivant l'expression de Strabon, emporté la voûte du temple. Le sourcil du maître du tonnerre faisait frémir d'épouvante, et (piand on avait cessé de l'avoir devant les yeux, on frémissait encore. Il semblait, disait-on, que cette imposante figure eût ajouté à la religion une grandeur nouvelle (1). Suivant Arrien, on plaignait le sort de ceux qui étaient morts sans avoir contem])lé ce chefd'œuvre (2); et la vue d'vme si admirable statue, disait Dion Chrysostome, était, comme le Népenthès d'Homère, un remède à tous les maux (3). Ce consentement général donne la mesure du grand nom de Phidias. L'Ilissus, le Thésée, la Gérés, les Parques, ia Proserpine qui nous restent du fronton du Parthénon, témoignent de la valeur des autres œuvres de cet artiste que le temps nous a ravies. Ajoutez que, loin de s'asservir aux types éginétiques, il créa les types de ses images. Il négligea même, dans ses statues, jusqu'aux vieux attributs consacrés , et on l'accusa de sacrilège pour avoir introduit son propre portrait et celui de Périclès sur le bouclier d'une de ses neuf Minerves (4).
(1) QUIXTIL., XII, 10.
(2") Épictètk, I, g.
(3) Orat. XII.
(4) Phidias était né à Athènes. Sa grande statue de Minerve fut terminée dans la seconde année de \i\ deuxième olympiade, 438 ans avant notre ère.
V. Ottfried Muller : De Phidix vitâ et operibus. Gœtting., 1827, in-4°. Cf. la thèse de doctorat de M. LÉvkqve : Qm/J Plato Phidix debiierit? Paris, 1852. Voir surtout le beau livre de M. BeulÉ sur Y Acropole d'Athènes, et le Pliidius de M. Louis de Roncu.wd. TOME 1. 21*
Rapproche- Ici il Gst ciirleux de remarqnor à quel ])oint l'art, la marche clicz les iiiodemes , se rencontre dans son histoire avec moderne, l'art dcs ancicHS, tant les évolutions de res])rit humain ont d'analogies chez tous les peuples! Voyez l'art égyptien à ses débuts; vovez l'ait gothique attacher ses frêles et roides figures aux porches des cathédrales germaniques; les pieux yviagyers du moyen âge aj)pauvrir presque jusqu'à leur ôter le souffle les personnages de leurs enluminures; voyez, en pleine Italie, les pinceaux antérieurs au Gimabué amaigrir à outrance le Christ, la Vierge et les Saints. Voyez enfin le Cimabué, voyez le Giotto se conformer encore avec respect, pour l'iconographie sacrée, aux traditions grecques du Moyen Age, comme Polygnote avait sévèrement conservé dans son Lesché de Delphes les types archaïques si fort goûtés par l'école d'Egine. Mais le cycle du passé s'est fermé ; et quand l'art fut arrivé à sa dernière puissance , les grands maîtres de l'Italie , à l'exemple de Phidias et de ses émules , secouèrent le joug des conventions pour demander leurs inspirations au spiritualisme interprétant la nature; et les types chrétiens qu'ils créèrent remplacèrent dans l'admiration des peuples les types deveiuis surannés. Insensiblement se glissa le sensualisme d'un art nouveau. Un sentiment opposé aux sévères traditions antiques émoussa le ciseau et la brosse. La ligiie d'ondulation où la beauté réside s'amollit, et alla plus droit à la volupté qu'à la beauté simple. On rechercha l'expression, on l'exagéra, et le besoin de jouissances matérielles conduisit successivement de l'émotion à la commotion. On avait le Raphaël, on avait le Léonard,
on eut leurs successeurs. Il éclatera, si l'on veut, chez ces derniers, des beautés d'imagination et d'exécution merveilleuses ; mais le point de départ esthétique , mais les résultats de l'imitation seront opposés. L'art mûrira; le perfectionnement des procédés matériels amènera la promiscuité des talents , aux dépens du sentiment et du (^énie. Pour les imitateurs et singles de Michel- An (j,e Buonarotti, l'écorché deviendra le triomphe de l'art, et chez eux les muscles d'une Vénus se gonfleront sur la toile comme ceux des lutteurs ou de l'Hercule Farnèse bouillonnent sous le marbre. De chute en chute, on tombera du natia^alisme de Michel-Ange de Caravage à Vidëalisme du Joseppin, Celui-ci cherchera le brillant et trouvera le faux, comme le cavalier Marin en poésie. L'autre, fils de maçon, maçon lui-même, rustre obstiné, sans lettres ni culture, copiste brutal d'une nature basse, mais vivante et originale , soutiendra son système sauvage à coups de dague et de stylet.
Ainsi, mais moins violemment, dans l'antiquité. A Périclès succède Cléon, qui tend à faire descendre au niveau de sa vulgarité les mœurs d'Athènes. L'art se corrompt avec les âmes. Cet art qui ne procédait que du principe moral et religieux , cet art dont l'unique visée était la grandeur et le calme dans le beau simple , ira se perdre dans le sensualisme et l'exagération de l'expression et des attitudes. A côté de Phidias, Polyclète ; ensuite , Myron ; plus tard , Lysistrate et Praxitèle. Au temps d'Alexandre, l'art se maintiendra sous Lysippe et sous Apelle. Mais la décadence se précipite , et plus bas est l'art déchu des Romains.
Caractère Si Polvclète réunit la force à la grâce, si la beauté
particulier
du taietit (le clc sa Junou d'Ar^jos a mérité d'être célébrée ; si ses
Polyclète.
deux enfants jouant aux osselets {astragalizontes) ont été regardés par quelques-uns comme une des œu\Tes les plus merveilleuses de la Grèce antique (1), s'il a produit la fameuse statue que sa perfection avait fait surnommer la Règle, on s'accorde néanmoins à reconnaître que cet admirable artiste , ne cherchant l'idéal que dans la perfection de la forme, avait trop oublié le précepte de Socrate : Que le but de l'art est l'expression de l'âme (2). Grand maître par l'imitation, l'invention lui a fait défaut. Si donc il réussit à l'emporter sur Phidias lui-même , dans un concours dont le sujet était une Amazone, c'est vraisemblablement que l'invasion du sensualisme obscurcissait chez les juges le sentiment du grand caractère et de l'idéal. Malheur à qui ne sent pas toute la grandeur de Phidias ! Scopas Le coup porté à l'art idéal par Myron n'ébranla
(né vers l'an i t-» • -il x •
460 avant poiut Scopas de Paros , qui nous serait totalement inconnu, si nous n'avions une reproduction de son groupe des Niobéides, attribué aussi à Praxitèle, et si l'on ne venait de découvrir ses bas-reliefs d'Halicar- Lysippe nasse. VintLysippe de Sicyone, qui ramena fermement ■'^ver!°35r'' l'art à la vérité, au respect de la nature, qui répandit sur toutes les parties de ses statues une harmonie séduisante et fit disparaître les formes anguleuses qu'avaient affectées certains sculpteurs. A cinquante ans, il fut compris dans l'édit célèbre d'Alexandre qui
(1) yat. Ilist., XXIV, 19.
(2) XÉxOPiiON, Mémoires sur Socrate, III, 10.
avant J. C.
de Lysippe.
réservait exclusivement à trois artistes le droit de Quels sont
les artistes
reproduire sa rovale imafje : Apelles, pour la peinture; autorisés seuls
k sculpter
Pyrgotèle, pour la gravure sur pierre fine; Lvsippe le portrait
, " d'Alexandre.
enfin pour le modelage en bronze. Aussi dit-on cpi'une statuette d'Hercule, ciselée de sa main, partageait, avec l'édition d'Homère donnée par Aristote, l'honneur de reposer sous le chevet du conquérant. Avant cette époque , les temples de la Grèce et de l'Asie se disputaient à l'envi les œuvres de Lysippe. Plus de oEimes six cents statues , parmi lesquelles plusieurs colosses de bronze et nombre de figures équestres, témoignèrent de l'activité de son génie. Son œuvre complet s'élevait, dit-on, à quinze cents morceaux (1). Il reproduisit à l'infini les traits d'Alexandre à tous les âges. A Tarente était sa fameuse statue d'Hercule, avec un Jupiter de quarante coudées (2) ; à Thespies, un Cupidon de bronze que n'effaçait pas celui de Praxitèle, sculpté en marbre pentélique pour la même ville (3); à Athènes, un Satyre et la statue expiatoire décernée à Socrate après la punition de ses accusateurs (4); enfin, la statue si célèbre de V Occasion, et la figure, non moins célèbre, d'un homme se frottant avec le strygile, et qu'Agrippa, le gendre d'Auguste, avait placée devant ses thermes à Rome. Il eut généralement cet art suprême qui marie
(1) Plis., Nat. HisU, XXIV, 17.
(2) Cette statue, placée sur iiu pivot mobile, conservait, dit-on, un tel équilibre, qu'on pouvait la mouvoir d'un doi{;t, sans que la plus rude tempête la pût renverser.
(3) Praxitèle avait scidpté un autre Cupidon de maibre que Verres vola dans l'oratoire du Sicilien Ilcius. V. Cicer., In Verrem. Act. II, lib. IV.
(4) DiOGEN. Laert., Sociale.
Lysistrate
invente
la j)lasli([ne.
Praxitèle et ses Venus
à l'image de Phryné.
la vérité à l'idéal, et rarement il descendit de quelques pas sur la pente de la vérité matérielle que le jargon moderne appelle le réalisme. Son Hercule existait encore au commencement du treizième siècle h Constantinople, ainsi que la statue de l'Occasion. Ces œuvres furent détruites dans le sac de cette ville par les Latins. Aujourd'hui l'on n'est pas même sûr de reconnaître les répétitions antiques de marbre des œuvres de cet artiste.
Son frère Lysistrate versa où il penchait : pour serrer de plus près la réalité, il inventa la plastique et moula ses modèles. Le premier aussi il s'attacha h rendre la ressemblance , tandis qu'auparavant on n'avait guère souci que de produire les plus belles tètes possibles (1).
Puis vint l'amant de Phryné , le voluptueux Praxitèle, qui confondit trop Vénus avec sa maîtresse, et prodigua les dons du plus merveilleux talent à chercher la mollesse provocante pour exprimer l'exquise beauté. De deux figures de la déesse sculptées par lui, l'une, drapée, fut choisie par les habitants de Cos; l'autre, nue, fut acquise parles Gnidiens. Celle-ci placée dans un petit temple ouvert de toute part afin de laisser voir la figure dans tous les sens, « la déesse même y aidant, à ce qu'on croit, deà favente ipsà, ut creditur, " dit le bon Pline, fit la fortune de Gnide. C'est la statue à
(1) « Hominis autem inia{;inpm {;vp>o e facie ipsa primus omnium expressif, cerârjue in eam formam {jypsi infusa emendare instltuit Lyslstratus Sicvonius, frater Lvsippi. "
Y. Plin, Sut. lli.t., XXXV, 45.
laquelle fait allusion l'épigramme de l'Anthologie grecque , si ingénieusement imitée par Voltaire :
Ouï, je me montrai toute nue Au dieu Mars, au bel Adonis; A Vulcain même, et j'en roujjis :
Mais Praxitèle, où m'a-t-il vue (1)?
Moins heureux que Scopas, demeuré dans la juste mesure de la dignité de l'art en sculptant une Bacchante possédée d'ivresse, il avait réussi à parler aux sens avant de parler à l'âme. Il eut cette gloire que de tous les coins de la terre on naviguait vers Gnide poirr contempler sa Avenus (2) ; mais il eut en même temps Excès
, - / 1 • résultant du
ce triste succès que le marbre , trop séduisant pour sensualisme
1 r-ii ii'i • ' r T •!• dans l'art.
les raiblesses de l liumanite, lut, dit-on, indignement profané (3), comme le fut plus tard, près d'un autel de la basilique de Saint -Pierre de Rome, au mausolée de Paul III , la chaste nudité d'une image de la Justice, œuvre de Guillaume Laj)orte, aujourd'hui protégée par une tunique de bronze (4) .
Les tvpes archaïques étaient donc négligés depuis Myron et Phidias. Le sensualisme de Praxitèle acheva
(1) Antholocf. , 1. IV, c. XII, epigr. 10. Le dernier vers est traduit presque mot à mot :
Hou yuavrjv tloi ij.e IIpaçiTcXïjç;
(2) u Yérum et in toto orbe terrarum Venus, quam ut viderint, multi navigaverunt Gnidum. » (Plix., Nat. Hist,, XXXVI, 4.)
(3) « Fei'unt aniore eaptum quemdam , quum delituisset noctu , simulacre cohaesisse, ejusque cupiditatis esse indicein maculam. » (lu., ibid.)
(4) Praxitèle est, suivant l'opinion commune, né à Athènes, vers l'an 360 avant Jésus-Clirist. Il est mort vers 280.
Voir la dissertation de K. F. Hermann, sur les Etudes des artistes grecs. Gœttingen, 1847, in-8".
la révolution , et , à force de séduction et de talent, fit
accepter ses écarts. Plus sévère, à ses heures, Rome
devait un jour exiger le respect pour les types divins ;
fait un crime ^^ fjuaud le peintre Arellius , célèbre un peu avant
^Aréuî'iir A.u{juste , se fut avisé de donner aux déesses qu'il pei-
'^ X sef " gnait les traits de ses maîtresses, on lui en fit un crime,
dTs^déesses ^^ ^^ ^*^" PHue l'Aucien lui reproche amèrement , en
son style un peu enflé , d'avoir profané l'art par cet
insigne sacrilège (1). Colère en vérité bien à sa place!
L'antiquité grecque surtout était loin d'avoir toujours
^' lerue''"" iiio^tré tant de scrupuleuse délicatesse. Qu'on se rappelle
"'romlX'"^ par exemple l'élève d'Apelles , ce Gtésiloque faisant
"amàir courir toute la Grèce pour voir une peinture burlesque
'tlmT ^^ ^^ avait représenté Jupiter, mitre en tête, accou-
smiiniie. chant de Bacchus et poussant des cris de femme , au
milieu des déesses qui lui servaient d'accoucheuses (2).
Qu'on se rappelle également l'époque de décadence
des mœurs romaines , où , précédées de trompettes ,
« Florali tuba » , les courtisanes se rendaient toutes
nues aux jeux Floraux; où les femmes, comme dit
Sénèque , ne comj^taient plus leurs années par le
nombre des consulats , mais par celui des maris que
leur avait donnés leur capricieuse inconstance (3) :
huit maris pour cinq automnes , ajoute Juvénal (4) ;
où ce même Juvénal , postérieur seulement d'une
vingtaine d'années à Pline l'Ancien , jetait un si dé-
(1) « Itafjue iii picturâ ejus scorta nuiuerabantur. » (Pnx., Aat. Hht., XXXV, 37.
(2) Id. , ibid., 39.
(3) Seseca, De benefieib, III, 16.
(4) Juv., sat. VI, V. 230.
daigneux regard rétrospectif sur l'Olympe naissant : « Alors, dit-il, (pie Junon n'était encore qu'une petite fille, Jupiter un simple particulier dans les antres du mont Ida, et que l'assemblée des dieux ne tenait point table ouverte au-dessus des nuages (1). » L'art devait-il se montrer bien scrupuleux en présence de pareilles licences domestiques et publiques ?
Des statues des dieux, le marbre et l'airain passèrent De la repré-
, , , -Il sentation
a la représentation des hommes, a commencer par des dieux
> ■ •Il ri • 1 ' - I 1 • "" passe
ceux qu avaient illustres des actions d éclat ou des vie- à celle des toires dans les jeux sacrés, surtout les jeux Olympiques, après lesquels venaient les jeux Pythiques de Delphes et ceux de l'isthme auprès de Gorinthe. De là l'usage de consacrer une statue à tous les triomphateurs. Celui qui avait vaincu trois fois avait les honneurs d'une statue iconique, c'est-à-dire son portrait (2), — preuve que toutes les statues n'étaient pas iconiques. En effet, on avait des termes, des statues banales qui étaient consacrées, et sur lesquelles on inscrivait les noms qu'on voulait honorer. La statue-portrait est d'institution postérieure.
C'est en Grèce que cette passion de marbre et de c'est en Grèce