‹ Causeries d'un curieuxChapitre 89 sur 124 · que la passioa · texte numérisé non relu

que la passioa

bronze a pris naissance, suscitée et entretenue par iconicfue l'ambition des athlètes et l'ardente émulation des ar- nJ tistes. Venait en outre la loi religieuse, qui ajoutait sa consécration aux lois de la gymnastique et de la santé publique, et les prêtres mettaient en avant l'exemple d'Apollon, qui, disaient -ils, avait lutté

(1) Jrv., Sat. XIII, V. 40.

(2) Plis., ^'at. Ilist., XXXIV, 9; Suet., Ca%., 22.

)rend naissance.

avec Hercule dans le Stade d'Olympie. Aussi, tous les quatre ans, un nouveau vainqueur dans les jeux avaitil sa statue. La beauté du corps étant pour le peuple [jrec le reflet de celle de l'âme; l'homme de guerre le mieux fait ayant, par cela seul, une célébrité, comme nous l'apprend Hérodote; la beauté ayant ses concours publics qui assuraient d'éclatants privilèges aux vainqueurs, elle dut nécessairement aussi avoir Athènes scs apothéoscs icouiqucs. L'austérité républicaine

se montre

dahoid d'Athènes avait eu d'abord ses scrupules. Elle avait

réservée.

célébré les hauts faits, elle les avait consacrés par des marbres épigraphiques et par des peintures ; mais s'en tenant à la généralité des faits qui pouvaient honorer la république , elle s'était refusée à étendre la glorification aux individus nominalement. Ainsi, quand la bataille de Marathon eut sauvé la république d'Athènes par le génie de Miltiade, quatre cent quatre-vingt-dix ans avant Jésus- Christ, on avait consacré sous un portique appelé le Pœcile , une peinture murale représentant la bataille ; mais le décret avait porté seulement que Miltiade figurerait dans la peinture en tète des Grecs qui lui avaient dû la victoire , et le héros n'avait pu obtenir que son nom y fût inscrit (1). Il fallut bien peu de temps pour que le patriotisme athénien se montrât moins exclusif, Elle en arrive à l'cxemplc dcs autrcs cités de la Grèce ! Il en vint à

à élever

une statue élcvcr uuc statuc commc nous frappons une médaille. Ce fut pis encore, quand la Grèce se fut rangée sous la domination romaine et que la dignité nationale se fut

comme

(1) Voir Cornélius Nepos. La vie de Miltiade est la prcmièfc de son livre. Plutarqiie ne l'a pas écrite.

affaissée sous le joug; pour les plus minces services on prodigua les marbres épigrapliiques, on prodigua les couronnes d'or et les statues, par décrets honorifiques. La La Béotie

. la dépasse

Béotie fit merveille en ce genre : un homme avait renou- en ce genre. vêlé avec magnificence je ne sais quel sacrifice, et, dans la fête, avait livré généreusement sa cave au pillage; on lui vota la couronne d'or avec la préséance dans les jeux, puis deux statues, l'une dans le temple d'Apollon, l'autre sur la place publique; des portraits dorés et un portrait peint de main choisie! Qu'eût-ou fait pour l'Athénien Miltiade s'il eût été un Béotien de ce temps-là!

De cette prodigalité du ciseau et du pinceau, que Les portiques,

temples,

résulta-t-il ? Les portiques d'Olympie, de Delphes et places

, , . publiques,

de Gorinthe, les temples et les places d'Athènes, devin- deviennem

autant

rent comme autant de musées peuplés des images de la de musées.

force, de la gloire et de la beauté, souvent aussi des

plus flagrantes médiocrités nationales. En effet, après

toutes les révolutions et les pillages, il restait encore,

au rapport de Mucianus, le curieux d'autographes, trois

fois consul, l'ami de Vespasien et de Pline l'Ancien,

trois mille statues à Rhodes, autant à Athènes, à Olym-

pie, à Delphes (1).

Grésilas sculpta un Périclès Olympien digne d'un tel Crésiias. surnom (2). D'autres artistes reproduisirent à l'infini ce grand homme. Les Samiens, qui avaient le ciseau leste et prodigue , n'avaient marchandé les statues ni à Alcibiade , ni à aucun des renards et des lions qui

(1) Nat. Hist., XXXIV, 17.

(2) Ibid., 16 (17).

Crésiias passe, auprès de quelques antiquaires, pour l'auteur du Gladiateur mourant; mais cette statue est romaine et représetite lui Gaiilois. TOME I. 21*

450 av. J.C

mort

l'an 404).

peints.

s'étaient succédé sur leur place publique. La statue consacrée à ce fat éblouissant , Alcibiade , par les peuples de l'Ionie, dans le temple de Junon à Samos, était Statues en bronze (1). Une autre statue d' Alcibiade conduisant

d'Alcibiade i • ^ / ^ / i tii

(né vers lan uu quaclrige ct cxccutee en bronze par Phyromaque, avait été consacrée à Athènes (2). Encore un autre Alcibiade du sculpteur Polyclès est cité par Dion Chry-

Ses noiiraits sostouic (3). En outrc , pour célébrer ses propres victoires, il s'était fait peindre par Aglaophon de Thasos, en deux ta])leaux qu'il avait placés dans un des temples joints aux Propviées. Dans l'une des peintures, il était couronné par l'Olvmpiade et la Pythiade; dans l'autre, il tenait la déesse Némée assise sur ses genoux, et il paraissait plus beau que les trois figures de femmes représentant les déesses des jeux (i). Il avait fait exécuter encore d'autres peintures par Agatharchus qui, lui glissant incessamment dans la main , l'avait longtemps fatigué de promesses, et qu'un beau jour il avait mis sous clef jusqu'à ce qu'il eût tenu parole et peint toute sa maison (5) : anecdote qui rappelle l'histoire de M. de Gharnacé et de son tailleur, si plaisamment rapportée par Saint-Simon (6).

(1) Pau,s.\s., VI, 3.

(2) Ibid., 19.

(3) Orat., XXXVII, p. 465 tle l'édition de Morelli.

(4) Pltitarque modifie cette donnée. Il attribue le dernier tableau au peintre Ari.stophon, qui avait peint, dit-il, « une courtisane nommée ^éméa, tenant entre ses bras Alcibiade assis en son giron. Tout le peuple y accouroit et prenoit grand plaisir à voir ce tableau. » Plut. d'AMYOT, Alcibiad., 28.

(5) Pli-t., Alcibiad., 27.

(6) T. II, p. 169 et 170 de l'édition de M. Chérnel.

ICO.NOGr.Al'IIIE GRECQUE. 337

Moins sûr de lui-même, « tliffidens formaî suvc , » A{|csiias

ilt'fciid de faire

Agésilas II, second fils dWrchidamus , roi de Sparte, son portrait. ne voulut jamais souffrir qu'on fit son portrait, soit en peinture, soit en sculpture. Il le défendit même par son testament (I). Le philosophe Plotin se refusait aussi Mémedcfcnse avec obstination à laisser prendre son portrait. Il fallut par piotiu. qu'un peintre usât de supercherie et surprît les traits de ce philosophe, comme devait le faire notre Hyacinthe Rigaud, sous le règne de Louis XIV, ])our l'abbé de Rancê (2). L'un des plus célèbres élèves d'Origène,

(1) Plut., Vie d' Agésilas , au commencement. CiCER., Ad familiar., V, 12. Lettre à Luccéius. Apdleius , in Apulocjia.

(2) Voir les Mémoires de Saixt-Simox, t. I, pp. 382 et suiv. L'anecdote est racontée d'une manière fort jîiquante par le duc. Il

n'y avait certes point à la mettre en doute; on peut ajouter cependant qu'une lettre de l'abbé Maisne, secrétaire de M. delà Trappe, et que je possède, est venue coi'r(jborer de point en point le curieux récit de Saint-Simon. Cette lettre de Maisne est sans date et adressée à l'abbé Nicaise, chanoine de la Sainte-Chapelle à Dijon. En voici un extrait : « En commençeant à lire, le plaisir que je ressentois de me trouver dans l'honneur de vostre souvenir, et des marques obligeantes que vous m'en donniez, me lit prendre avidement pour moy tout ce que vous y dites; mais en continuant il ne me fut pas possible, quelque vain que je sois, de me reconnoistre au portrait avantageux que vous en faites. Je suis auprès d'un grand homme, à la vérité, mais je n'en suis que plus petit, et je ne puis jamais passer que pour un nain dans l'histoire de la Traj)pe, n'ayant aucune proportion au Géant auprès duquel j'auray passé ma vie , ni aucune part à ses ouvrages que celle que peut avoir un imprimeur à ceux qu'il imprime, qui pour cela n'en devient pas plus savant ni plus habile. Je suis surpris aussv bien que vous , Monsieur, que nous n'ayons pas encore un portrait gravé de ]N. P., y en ayant tant de copies à l'huyle. Peut estre ne sçavez-vous pas à qui nous sommes redevables du premier original. On avolt fait jusqu'icy plusieurs entreprises ou tentatives pour le surprendre, pane qu'il n'avoit jamais voulu consentir à nous le donner; mais vm jeune seigneur de la cour, voisin de la Trappe, amy de père en fils du P. Ah. et qui n'avoit pas moins d'envie que TOME I. 22

d'Apollonius, de Lon^jin et de Plotin lui-même, Porphyre, écrivain grec du troisième siècle, raconte l'anecdote sur Plotin : « Plotin , dit-il , semblait rougir d'être dans un corps, et, })ar suite de cette disposition d'esprit, il n'aimait à parler ni de l'époque de sa naissance, ni de ses parents, ni de sa patrie. Il était même si loin de supporter la pensée cpi'un peintre ou un sculpteur s'occupât de sa figure, que, comme (son élève et

nous (lavoir ce précieux gage, amena avec luy, dans une visite qu'il nous rendit, un homme que l'on ne pouvoit prendre que pour un capitaine du régiment de ce jeune seigneur et son amy. IS. P. y fut si Lien trompé, qu'il n'eut jamais la moindre défience. Cet homme donc se trouva à la première conversation et à la première entrevue; il y parla peu ; mais, avant beaucoup regardé et examiné, il sortit quelque temps après, comme par respect, pour laisser ce seigneur avec ÏS'. P.; et, estant dans son apartement où il avoit une toile préparée, il se trouva l'esprit si remply de cette première idée, qu'il en fit une ébauche qui nous surprit tous, tant il y avoit déjà de ressemblance. A deux jours de là, ayant rendu une seconde visite semblable à la première, il se confirma dans une ressemblance si fidèle qu'il n'eut plus rien à faire, et on ne peut douter que Dieu ne s'en soit meslé et qu'il n'ait voidu que l'on eût ce portrait pour la consolation de ceux qui aiment N. P., car il est fort rare que l'on puisse de la seule idée perfectionner un tel ouvrage. Le peintre estant party, le jeune seigneur partant luy même, écrivit à A. P. et luy découvrit la surprise qu'il luy avoit faite, luy demanda pardon et en des termes qui le luv firent obtenir. Aussi bien n'y avoit-il plus de remède. Le jeune seigneur est M. le duc de Saint-Simon, et le peintre est Rigault, le plus habile homme que nous avions aujourd'huv, particulièrement en portrait.

u Si nous vivons assez, vous et moy, pour voir ses lettres imprimées, il ne manquera rien à ce qui pourra contribuer à la consolation de ses amis et à la nostre particulière. Si on consultoit sur cela l'original, tout seroit mis au feu ; car comme on ne travaille en ce pays-cy qu'à se voiler et à se cacher autant au monde que les autres s'appliquent à s'v donner du relief et à s'y perpétuer, il n'y a rien qu'on ne fist pour n'y laisser aucune marque de son passage. On s'y contente de peindre pour l'éternité , et de faire en sorte que son nom soit écrit dans le livre de vie. »

son ami) Amolius le priait do laisser faire son portrait, il répondit : N'est-ce point assez déjà de porter cette vaine ima^je dont la nature nous a enveloppés, et fautil encore lé(<uer après nous une image durable? Est-ce donc là une si belle chose à voir? " Sur cette défense, €t comme il refusait de poser (1), Amélius, qui avait Portrait

. /-, , . 1 .Il • 1 suhre])tice

pour ami (-artcnus, le meilleur peintre de ce temps, de piotin. lui procura la permission d'entrer chez Piotin et d'y converser avec lui (permission que le philosophe accordait à qui le désirait) , et il l'habitua ainsi , par une attention souvent renouvelée, à se pénétrer vivement des traits de Piotin. Puis, le peintre ayant reproduit de mémoire ce qu'il avait vu, et Améiius l'ayant aidé à corriger cette première esquisse , il en résulta , grâce au talent de Cartérius, et sans que Piotin le sût, un portrait d'une ressemblance parfaite (2).

Cet exemple exclusif eut peu d'imitateurs, chez les anciens comme chez les modernes. On cite cependant plusieurs hommes illustres du seizième siècle : Paleoti , Velserus et Pinelli , qui le suivirent et se refusèrent constamment à laisser tirer leur portrait. Au siècle Quelques

1 TT 1 • 11 1 iiiodenies

suivant, Henry de Valois se montra de la même hu- refusent

. , , 1 - T é{]alement de

meur, et aucune instance des plus grands erudits ses se faire tirer confrères, Sirmond, Dupuy, Petau, ne réussit à vaincre, à cet égard, ses répugnances (3). Son effigie

(1) KaOsî^scUai , mot à mot rester assis, c'est-à-dire poser.

(2) En dépit de la inanie du pliilosoplie de caclier son âge et le lieu de sa naissance, on sait cependant, par Eunape, qu'il était né à Lycopolis, en Egypte, l'an 205 de l'ère vulgaire.

(3) Voir Mélanges d'histoire et de littérature recueillis par M. Vicneul-Marville, nie yQi^ pp 29-30.

On a le portrait, et fort beau, d'Adrien de Valois, frère de llenrv.

fait donc lacune dans la série des historiographes du roi. En revanche, il est des personnages dont les portraits se comptent ou se comptaient par centaines, Lesporiraits Aiusi , clicz Ics ancicHs , Démétrius de Phalère dut à

se miilliplient

à l'infini l'euthousiasme des Athe'niens jusqu'à trois cent soixante

en Grèce. •' '

statues à son image.

Plus sensibles à la beauté cpi'à la pudeur publirpie,

les Grecs. avaient été même jusfpi'à placer dans le

temple de Delphes, entre la statue d'Archidamus et

celle de Philippe de Macédoine, la statue de la joueuse

Lasiaiue de flùte Plirvné la Thespienne, qui, courtisane, gagnait

de Phrvné < • » i • i i •

placée lians scs proccs Tien qu à découvrir sa gorge devant le tri-

iin temple i i i i- • / r • n

à Delphes, bunal des Héliastes, et, mariée, pour faire une nn , à

un riche armateur du Pirée , scandalisait toute Athènes

par le fracas de sa vertu nouvelle , et déshonoraii l'hy-

Monument pocvisie (1). La viUc dissoluc de Corinthe semblait fière-

par la ville d étrc dcvcnuc la patrie adoptive de Laïs la courtisane

de Corinthe . .i. il i • • , • /

àla courtisane Sicilienne. Elle lui avait érige un tombeau sur lequel était sculptée une lionne dévorant un bélier, emblème de l'insatiable avidité de cette femme. Le monument avait été placé auprès du temple de Vénus Ménalide , qui, suivant Athénée, avait été l'objet du culte de la courtisane pendant sa jeunesse (2), et les Corinthiens montraient avec une sorte d'orgueil cette tombe aux étrangers.

Les occasions de portraiture se multiplièrent d'autant plus qu'on était libre de consacrer dans les temples, sans l'intervention de l'autorité , sa propre image ou

(1) Mot (le Dîogène.

(2) Paus.\x., II, 2. Une médaille la représente avec le groupe rie la lionne et du Ijclier pour revers.

celle de tout autre : sorte d'hommajife votif aux dieux, où la vanité avait souvent plus de part que la religion. Quelques temples devinrent ainsi comme des Temples

devenus des

forêts de statues. Par exemple, celui d'xVpollon à forêts

de statues.

Delphes, qui, à raison des trésors en bijoux et en statues d'or et d'ar(jent massif qu'il contenait, fut si souvent exposé aux entreprises du vol et de l'iinpiété, était devenu si riche en marbres et en bronzes de dieux et de personnes illustres, que Néron, à la profanation duquel rien ne pouvait se soustraire, fit enlever de ce lieu cinq cents statues de bronze pour l'ornement de sa maison dorée (1). C'est dans ce même temple que le sophiste Oorgias, enrichi à enseigner l'art oratoire, s'était dressé une statue d'or massif, vers la soixante-dixième olympiade (2).

Mais toutes ces belles choses avaient leurs curieuses Altérations

. . . 1 , . , , , . . et nuuilatious

Vicissitudes ; le caprice et surtout les révolutions riva- des effigies.

lisaient pour les altérer, les mutiler, les détruire. Il faut

voir, dans Plutarque , comment Aratus, né 272 ans Aratus brise

Page 1