Ips images
avant notre ère, achetait « des taJ^Ieaux, des peintures des tyrans.
■et aultres telles singularitez de la Grèce, des meilleures
et des plus exquises, mesmement de celles de Pam-
philus et ^lélanthus, » pour les envoyer à Ptolémée,
dont il était bien voulu. Il faut voir comment, malgré
son jjrand (joût pour les lettres et pour les arts, il fit il fait gratter
incontinent efï'acer et abattre toutes les images des un portrait
... , , . < I i I • '^'^ ^Mélanthus
tyrans qui lui tombèrent sous la main, après la cléh- etdApelies "vrance de Sicyone ; comme il lut longuement eu doute d'Aristrate.
(1) Pausaxias, X, 7,
(2) Plis., ]\al. Ilist., XXXIII, 24.
s'il effacerait aussi celle d'Aristrate qui avait régné du temps de Philippe, et dont le portrait avait été peint, monté dans un chariot de triomphe , d;i pinceau des meilleurs élèves de Mélaiithus, « et v avoit Apelles mesme mis la main ». En vain le peintre Néalcès, qui était des amis d'Aratus, le pria, les larmes aux yeux, de vouloir pardonner h un si noble chef-d'œuvre, il ne sut s'y résoudre, et « Néalcès effaça la fignre au lieu de laquelle il peignit une palme seulement et n'y oza adiouster aultre chose du sien. Lon dit qu'au-dessoubs du chariot demourerent cachez les pieds d'Aristrates effacé (1). »
Malheur donc au héros du moment qui se reposait sur l'inconstante fortune pour faire respecter son image ! La copie suivait le sort du modèle , et le triomphateur avili subissait pour ainsi dire en son portrait l'affront d'une seconde chute et d'une seconde Les statues mort. Trois siècles avant Jésus-Christ, les trois cent
de Déim-triiis , , . i -ni l >
de Phalère soixautc statucs décemecs a Demetrms de Phalere
sont ,,. . , , 4 1'
renversées avaicut été miscs cu pièccs par 1 mgratitude des Athéniens, moins de dix ans après qu'elles avaient été élevées.
Le sophiste Dion Chrysostome, de Bithynie, qui vivait à la fin du premier siècle de notre ère, reprochait aux Rliodiens un mode étrange de prostitution Statues de la statuaire. Décernaient -ils à quelque général
banales, i, , i i t> ± 4. ■^
sortes de d amiec les honneurs d une statue , ils en economi-
^oTi'oTir saient les frais : le général devait se contenter de
àciilnger choisir parmi des statues votives celle qui lui agréait
les dédicaces.
(1) Plut., Aiatus, xiv, xv.
le mieux. On en effaçait l'ancienne dédicace et on la remplaçait par le nom du nouveau titulaire (1). Il y a mieux. En vain Platon, dans sa Républù/ue, avait lait une loi aux artistes d'exécuter une statue d'un seul bloc (2), cette règle est loin d'avoir toujours été suivie dans les premiers temps de l'art, car on voit bon nombre de statues, et des plus belles, dont la tête a été travaillée séparément. Mais indépendamment de ce travail séparé primitif où l'apocryplie n'a point affaire, les substitutions totales de têtes ou du moins les altérations de traits ont été fréquentes. Il en était de même bien entendu pour les effigies peintes. Long- On change
/•f 1 r- T 1 1' • • ^^^ têtes
temps en effet il fut d usage , dans 1 antiquité grecque des statues.
et latine , d'enlever des têtes aux statues pour leur en
donner de plus récentes. Le père de l'Eglise latine,
saint Jérôme , qui vivait au quatrième siècle , rapporte
qu'à la mort ou à la défaite d'un tyran, le vainqueur
faisait enlever la tête du vaincu de toutes ses statues
et de toutes ses images pour y placer la sienne propre ,
sans toucher au reste de la figure (3). « Peu sensible
à la différence des figures, on change les têtes des
statues, >' dit également Pline le Naturaliste des Ro-
(1) Discours XXXIe, au début, t. I, p. 569 de l'édition de Rciske.
(2) XII, Livre des Lois.
(3) « Cuin tyrannus detruncatur, imagines quoque ejus deponuntur et statuae, et vultu tantummodo comniutato ablatoque capite, ejus faciès qui vicerit superponitur. » Hierosymus, Comment, in Abacuc, lib. II, c. m; Oper., t. IV, col. 659 D.
Cf. le savant livre latin de Eml'ndus Fighehus, De staluis illustrium. Romanorum., cap. xxxvii, pp. 311 sqq. Holinia;, 1656, et une note de l'archéologue Charles Fea, sur le livre IV, ch. vi de Y Histoire de l'art chez les Anciens, par Winckclmann, in-4", t. II, p. 49.
mains de son temps (1). Heureux si ces retours des choses humaines n'intéressant que les effigies des vaincus et les inscriptions de leurs portraits, la violence ne livrait pas leurs cendres au vent, comme pour essaver, par l'abolition de tout souvenir matériel, l'alîolition entière de leur mémoire ! L'histoire du Bas-Empire, le règne même de la plupart des empereurs romains qui ont de Ijeaucoup précédé les temps de décadence, ces immondes tyrannies tempérées par l'assassinat, n'en ont fourni que de trop fréquents et hideux exemples. Tacite dit, parlant de Néron : « En lisant l'histoire de ces temps, il faut qu'on sache d'avance que chaque meurtre, chaque exil , chaque assassinat commandé par le prince , fut l'occasion d'autant d'actions de grâces rendues aux dieux, et que ces hymnes , dictés jadis par les prospérités de Rome , étaient devenus comme autant d'infaillibles marques des calamités publiques (2). " Eh bien! on le verra dans les paragraphes suivants, ces cris d'actions de grâces se mêlaient invariablement, sous tous les règnes, au bruit des marbres et des hronzes des victimes , tour à tour renversés de leurs piédestaux, et relevés ])our crouler encore. A chaque avènement, comme, chez nous, à chaque révolution (nous les aimons ou les supportons trop patiemment), c'était le refrain fatal, parce que chaque avènement était presque toujours une révolution et une violence. Enfin il est peu de
(1) 11 Surdo fijjurarum (liscriiniiie, statuaiuin capita permutantur. » Nat. Hixt., XXXV, 2.
(2) Tacit., Annal., XIV, 64.
règnes où des têtes de dieux, de héros, de rois, d'empereurs, n'aient été, même en pleine paix, détachées de leurs statues pour être remplacées par les images d'h(jninies du jour. Toutes les grandes crises des nations ont les mêmes procédés iconoclastes ; et nous - mêmes , comme on le verra en son lieu, en avons eu notre bonne part. Mais n'anticipons pas.