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TOUE I

Auguste donne essor

aux lieaux-arts.

Hélène (1), fut placé par lui, avec un bel Alexandre peint par Nicias d'Athènes, dans le portique de Pompée, décoré déjà d'un superbe tableau de Pausias de Sicyone, représentant une hécatombe, et d'une suite de fresques, où le Grec Théodore avait peint le meurtre de Glytemnestre et d'E(j,isthe par Oreste, et toute la guerre de Troie (2). Le temple de la Concorde, où le même Théodore avait ])eint une Cassandre, reçut également un magnifique Marsyas de Zeuxis (3). Charmé d'un Hyacinthe de Nicias, Auguste l'apporta à Rome après la prise d'Alexandrie, et ce tableau fut consacré, depuis, dans son temple, par Tibère (4).

En donnant lui si grand essor aux beaux-arts, Auguste satisfaisait autant à ses goûts qu'à sa politique. !Mais les arts du dessin, sobres et simples dans la république, empruntèrent sous lui, de la j)ompe d'une cour, une sorte de profusion, une ampleur flamboyante dans les ornements, comme chez nous à l'époque de Louis XIY. L'art suivait, par un côté, les mœurs et la politique dans leurs évolutions. Si, en fait de gouvernement, ce n'était pas encore la monarchie administrative d'Hadrien, si c'était encore moins le despotisme oriental de Dioclétien, qui pesait sur la société romaine, c'était déjà l'anéantissement de tout équilibre dans les pouvoirs populaires, juir la concentration de ces pouvoirs aux mains d'un César. Le nom seul de république survivait, garantie illusoire et menteuse, devenue instrument de

(1) Plin., Ncd. Hist., XXXV, 36.

(2) ISat. Hist., XXXV, 39.

(3) Ibicl.

(4) JbUI.

tyrannie. Les grands, amollis par les intérêts et la richesse, s'assouplissaient aux servilités de l'adulation; les arts concouraient h éblouir les masses, et la splendeur préparait la décadence.

A côté d'Auguste, plusieurs hommes montraient l'entourage le vif sentiment du grand dans les arts ou dans les lo seconde

1 ?/•!?• T»TT 1 iT- M ry dans l'essor

lettres : c était 1 ami d Horace et de Virgile, Laïus «ju'ii donne

....!,. T-, ,. . . . . „ , -, aux ans.

Asinius Pollion , Pompéien qui avait suivi César dans ces champs de Pharsale où périt la liberté romaine, qui avait essayé de réconcilier Octave et Antoine, et qu'Auguste estimait plus qu'il ne l'aimait; c'était Mécène, né du sang des vieux rois d'Etrurie, et Marcus Vipsanius Agrippa, mari de Julie, fille d'Auguste : trois personnages illustres dont on n'a })as les effigies bien certaines.

Nous avons déjà parlé de' ce Pollion le magnifique, Poiiion. qui ouvrit sur le mont Aventin la première bibliothèque publique, la peupla à profusion des chefs-d'œuvre de l'art du ciseau grec et des statues des écrivains de Rome. L'effigie d'un seul vivant s'élevait parmi ces anciens : ce n'était ni Jules César, ni César Auguste, ni Pollion lui-même : c'était, nous l'avons déjà dit, le phis docte des Piomains, Mai eus Térentius Varron. Dej)uis lors, les statues ou les bustes des beaux génies qui avaient éclairé l'humanité, devinrent la décoration des bibliothèques publiques; et comme pour acquitter sa dette, Varron lui-même eut l'idée que personne n'avait eue avant lui, d'orner, nous dirions aujourd'hui illustrer [à' illnstrare , éclairer, orner), ses ouvrages de plus de sept cents portraits, en petit, des personnages illustres. Nous reviendrons plus loin sur ce détail.

Mecsenas, en dépit de tous les ridicules que lui prête Mécène.

Sénèque, sur le décousu affecté de sa personne, de son lan^jage et de ses mœurs (1), n'en fut pas moins un esprit éminent, de grand goût, de grand sens, de sage conduite, sans ambition comme sans intrigue. Aux bains publics qu'avait le premier ouverts Agrippa, il en ajouta d'autres, construits de ses deniers; et à ses frais encore, les Esquilies, où les sépultures communes des pauvres infectaient une partie de la ville, furent transformées en jardins magnifiques. Les arts concoururent à l'embellissement, à la splendeur de ses habitations de Rome et de Tibur, où il appelait en foule les poètes, les orateurs, les historiens, tous ceux qui, par leurs dignités, leur parole, leur esprit, leur nom, pouvaient contribuer à la gloire d'Auguste, à l'apaisement des passions politiques, à l'habitude de l'obéissance au régime nouveau. En même temps, il ménageait avec art ce parti populaire, alors comme toujours l'instrument des révolutions. A sa mort, il constitua l'empereur son héritier, et le palais qu'il laissait devint celui de l'empereur, avec toutes les statues iconiques qui le décoraient. Merveilles Marcus Vipsauius Agrippa accomplit à lui seul, du-

'^^ f ^^ rant son édilité, c'est-à-dire à ses frais, si l'on en croit

suscitées par '

Agrippa. p[ine, des ouvrages monumentaux dont l'immensité écrase l'imagination. Marin de premier ordre, et bras droit d'Auguste dans sa victoire navale sur Sextus Pompée, il trouva le temps d'élever à Neptune un temple décoré d'un portique où se déroulait à fresque l'histoire des Argonautes. Puis il bâtit, à l'intention de Jules César et d'Auguste, le Panthéon, seul monument à peu

(1) Senec, Episi., 114.

ICONOGRAPHIE ROMAIiNE. 373

près intact que nous ait léfjué l'antiquité. Le porticpie en était gardé par les statues de ces deux hommes. Auguste, adroitement modeste, permit à grand'[)eine qu'on y élevât son effigie à côté de celle d'Agrippa luimême. Pour celui-ci, en véritable édile qui sait se faire de la faveur du peuple un marchepied à sa grandeur, il prodigua les trésors et l'activité h conduire sept rivières pour balayer les égouts construits par Tarquin l'Ancien, dans cette ville de Rome aujourd'hui la mieux arrosée de l'univers; à faire venir l'eau vierge, aqiia virgo, amenée par un aqueduc de quatorze milles, réparé au seizième siècle par Sixte-Quint; à relever trois aqueducs tombés en ruines; à fonder cent cinq fontaines jaillissantes, sept cents abreuvoirs, cent trente réservoirs, la plupart ornés, avec magnificence; cent soixante-dix bains publics, les premiers qu'on eût vus dans la ville, et qu'il rendit gratuits au moyen d'un revenu consolidé; à restaurer les monuments et les routes. Et pour ceux de ces monuments qui comportaient des décorations, il fournit quatre cents colonnes et trois cents statues de marbre et d'airain. Que sont donc nos plus colossales fortunes, à côté des fabuleuses existences de ces anciens qui aidèrent Auguste à faire de son siècle une des plus éclatantes époques de l'humanité?

On parle aussi avec étonnement des folles magnifi- Magnificences cences de Marcus Scaurus, qui avait Sylla pour beau- *^ caurus,. père et pour mère Métella, adjudicataire des biens des proscrits. On parle d'un immense théâtre improvisé par lui pour une circonstance, et orné de trois cent soixante colonnes avec trois mille statues

37'f LIVRE TROISIÈME.

de bronze. L'édifice ne dura qu'un mois tout au

plus (1)!

Magnificences ^^^ temps dc Julcs Césur, on avait déjà cité pour

^d^MëTeiius ' ^6urs dépenses les édiles Hortensius et Métellus, que

Yerrès avait aidés en leur prêtant de belles statues.

On citait encore Appius, qui avait fait transporter de

Grèce à Rome tout ce qu'il avait pu ravir de merveilles

Des édiles ^^^ pcluturc ct CH sculpturc. Souvent, pour rehausser la

deTeni)rutus ponipc dc Icurs spcctacles, ces magnifiques édiles fai-

de^^smues saieut aux peuples alliés l'emprunt forcé de statues et

iconiques Qutrcs obicts d'art, qu'il leur arrivait d'oublier de res-

qu ils ne J ' i

rendent pas. tituer. Julcs César fit uu jour une exposition de ces dépouilles ; et comme le Forum ne pouvait pas toutes les contenir, il fallut construire exprès un portique pour abriter le reste.

T .o. Grâce à toutes ces accumulations successives, les

Les statues- '

devL'nuènt statucs-portraits anciennes, et surtout nouvelles, devinsi nombreuses ^^^^^ ^j nombrcuscs, ou'il ne fut pas une ville munici-

que 1 empire ' l i

'■ pale dont la place publique n'eût sa statue. Rome eut ses favoris, pour qui les statues furent multipliées à profusion. Ainsi, les tribus romaines en avaient élevé une en pied à G. Marins Gratidiamis, dans tous les quartiers de la ville, pour avoir imaginé l'essayage des monnaies (2). Mais la reconnaissance des peuples est fragile comme le verre, et peu de tem])s après, au retour de Syda, toutes ces statues avaient fait place à d'autres. Bientôt les vestibules, les cours, les maisons de quelques riches, devinrent comme des

(1) Pi.ix., Xat. Ilist., XXXI V, 17; XXXVI, 2.

(2) XcLt. Hisi., XXXIII, 4G.

en est couvert.

IC0^M3GRAPIIIE ROMAIME. 375

places publiques, et à côté des effigies d'ancêtres, parfois même à leur exclusion, les clients firent vanité d'honorer leurs patrons par l'érection de leurs statues (1). Tantôt la reconnaissance ou la peur, dans les provinces ou chez les nations étrangères devenues clientes, mettait le ciseau à la main de l'artiste, et des statues, même des temples, étaient élevés à tels proconsuls, à tels gouverneu.rs, à tels patrons (2). Les Thuriens par exemple dressèrent une statue à leurs frais, à Home, au tribun du peuple T. iElius, qui les avait vengés de Sténius Statilius Lucanus, deux fois cause violente de la ruine de leur ville. Plus tard, Rome les voyait en élever une autre à Fabricius , qui les avait sauvés d'un siège (3) .

Tantôt, l'abandon de soi-même racheté par un dévouement héroïque, inspirait le sculpteur. Ainsi, Amphicrate avait fait en marbre une merveilleuse lionne, pour symboliser la fameuse courtisane Léœna, que son La courtisane

Léaena

habileté à jouer de la lyre avait mise dans l'intimité symi)olist'e d'Harmodius et d'Aristogiton, et qui avait souffert la sans langue. mort par la torture plutôt que de révéler leur complot de tuer les tyrans. Pour donner une signification nette au monument votif, les Athéniens avaient eu l'attention d'exiger que la lionne fût représentée sans langue (4). Des statues avaient aussi été érigées en

(1) Nat. Hist., XXXI V, 9 (4).

(2) Voir un inéinoirc de l'abbé Monjjault dans le recueil des Mémoires de r Académie des Inscriptions, t. I, p. 353; et l'Iconographie de Visconti, t. I, p. 7.

(3) Nat. Hist., XXXIV, 15.

(V) IbicL, 19.

^enaaniciis.

Harmndids et l'honneiir de ces deux amis héroïques Aristoffiton et

Aristojiton.

Harinodius, tués par Hippias et Hipparque. Séleucus Nicator reuvoya aux Atliéniens ces statues que leur avait enlevées Xerxès, et la reconnaissance du peuple fit ériger en retour la statue du [jénéreux Séleucus à l'entrée du portique de l'xVcadémie.

C'était parfois la vanité qui se guiiidait pour se faire rnroinssc ofandc en effifrie; et l'on vit le poète L. Accius se faire

])oiir u u i

un Pyjmée. drcsscr à Rouie une statue colossale de bronze dans le temple des Muses, bien qu'il ftit très-exijju de taille (1). Tantôt enfin, de nobles et patriotiques pensées guidaient le ciseau du statuaire, comme ce jour où l'empoisonnement de Germanicus porta les honnêtes citoyens à lui ériger des statues sans nombre, et fit décider de promener son effigie d'ivoire à l'ouverture des jeux du Cirque (2).

Sous Tibère , on vit s'élever non des monuments, car il n'en fit point, mais quelques statues de l'empereur, bien qu'il affectât de se refuser à l'apothéose. Flatteur désobéissant, le Sénat lui avait fait cette violence, et tout h côté s'étaient dressées des statues d'xElius Séjan, un simple chevalier, le Tristan de ce prince sans entrailles et sans cœur, qui, pareil à tous les souverains dissimulés placés en face d'une aristocratie puissante et jalouse, aimait à gouverner avec de petites gens. La main du pouvoir, les lâchetés de la peur, avaient déjà assez comprimé l'intelligence, abaissé les caractères, pour (pie devant ces effigies

Tibère.

Statues de Séjan.

(1) Plin., Aut. IliH., XXXIV, 10 (5).

(2; T.u;iT., Annal., II, 8:}.

on fit (les sacrifices (1). Encore un peu de temps, et le favori , disgracié , périssait étranglé ; le croc du bourreau traînait son corps aux gémonies, et le peuple brisait avec fureur ses statues.

Cependant, les images de Tibère se multipliaient sous toutes les formes ; lui-même alla jusqu'à décapiter une statue d'Auguste poury substituer sa propre tête (2). Et c'était le même homme qui avait puni de mort une pareille mutilation; qui avait proclamé crime de lèse-majesté divine, de changer de vêtement devant la statue d'Auguste, d'aller aux latrines avec l'effigie de ce prince en anneau ou en monnaie, qui avait même fait mettre à mort un citoyen, pour avoir accepté des honneurs dans sa province, le même jour qu'on en avait rendu à Auguste (3) !

Son dieu favori était Apollon. Il en avait fait venir de Syracuse l'admirable statue colossale sculptée par Téménite , pour la placer dans la bibliothèque d'un nouveau temj)le. La mort l'empêcha de l'y consacrer lui-même. Et comme si le peuple n'eût attendu que le dernier soupir du terrible vieillard pour lâcher le frein à sa fureur, on le vit , au premier bruit de sa fin , se ruer sur ses statues, les renverser à l'envi, les mutiler et les jeter dans le Tibre.

Plus sacrilège encore que Tibère, Caligula fit enlever dans la Grèce des statues de divinités, voire du

Presque

aussit(5t

al)attiies

qu'érigées.

Statue

d'Aii[;uste

devenue un

Tibère.

(1) Tacit., Annal., III, 72; IV, 27. — Diox Cassius, LVII, 21; LVIII, 2. — Senec. ad Marc, 22.

(2) " Et alià in statua, ainjmtato capite Aujjusti, el'Hjîioni Tiberii inditaiii. 11 Tacit., Annal., I, 74.

(3) SrET., 776., 58.

Calijjula

décapite des

dieux pour

poser sa tête

sur leurs

statues.

Jupiter Olympien de Phidias, chefs-d'œuvre vénérés des peuples, en ôta les têtes et fit trôner la sienne à la place (1). On raconte, il est vrai (2), que Memmius Ré^julus, chargé de transporter la statue formidable du roi des dieux, en fut empêché par d'effrayants présages. Et, de fait, le féroce empereur pouvait bien avoir ses superstitions : l'orgueil n'a pas le secret d'en guérir. Il y avait cependant longues années que les prestiges s'étaient évanouis, aussi peu respectés que les boucliers tombés du ciel, que le miracle de l'adroit augure Navius, que les légendes de la nymphe Egérie ; et moins que personne, ce semble, Caligula était homme à souffrir qu'un de ses lieutenants désobéit par peur d'un présage, lui qui menaçait Jupiter lui-même de sa Il se fait puissance, s'il faisait le mutin (3), et avait commandé

un tonnerre

contre unc uiacliine pour tonner contre son tonnerre (4). de Jupiter. Ardent à multiplier ses propres statues et celles de ses frères d'adoption Néron et Drusus, fils de Germanicus, il n'eut cesse que les statues dont Auguste avait décoré le Champ de ^Nlars ne fussent renversées ; et il en dispersa si bien les débris , que le jour où l'on voulut les relever, on n'en put retrouver entières les inscriptions. Défense fut lancée en outre de faire à l'avenir, sans sa permission expresse, la statue ou le

Il se décerne portrait d'aucun homme vivant. Se décernant à luila divinité. ,,...,.,^ , . ,

même la divniite, il fat prolonger jusqu au Forum une aile de son palais et transforma le temple de Castor et

(1) SCETOX., Calig., 22.

(2) JOSKPHE, XIX, 1.

(3) Slet., Cal., 22. — Sesec, De ira, I, 16.

(4) Dion C.vss., LXI, 28.

IGOINOGRAPHIE ROMAINE. 379

Pollux en un vestibule où souvent il venait s'asseoir entre les deux frères divins et s'offrait en adoration à la foule. Quelques-uns le saluèrent du titre de Jupiter On l'adore. Latin (l). Lucius Vitellius, le père du fdouton cra- lucius

^ ■' ^ " Vitellius,

puleux qui devait réaner, Lucius , homme de mérite , père du futur

^ ^ empereur,

deux fois consul , mais âme vile , qui parmi ses lares est le premier

à proclamer

faisait fifjurer les statues d'or de Narcisse et de Pallas , la divinité

.-..■, '1*^ Caligula.

les affranchis de Claude ; qui baisa les pieds de Messaline pour s'assurer de sa bienveillance ; et fier d'avoir obtenu la permission de la déchausser, portait constamment entre sa toge et sa tunique un soulier de cette impure et le baisait souvent avec dévotion (2), fut le premier qui s'avisa de proclamer et d'adorer la divinité de Caligula. Aussi eut-il un jour les honneurs d'une statue pour sa fidélité. Vespasien, alors édile et qui vespasien

se ranj]e

devait également passer empereur, et se rire , pour son au nombre

de ses dévots.

propre compte , de la déification , ne fut pas le dernier à fléchir le genou devant le dieu nouveau , bien cependant qu'un jour de caprice l'empereur se fut amusé à le faire couvrir de boue, pour le punir de ce qu'il se négligeait dans ses fonctions , et entretenait mal la propreté de la ville.

Alors Caligula voulut avoir pour l'usage de sa divi- Caii^uia

, a son temple.

nité un temple specuu où des prêtres l adorèrent devant sa statue d'or fort ressemblante, qu'on affublait, chaque matin, de vêtements pareils à ses vêtements du jour. Parodiant tantôt Jupiter, tantôt il y paraît

en Jupiter,

Neptune, Mercure ou Vénus, il se montrait avec la eu Mercure,

en i\e()tune , en Vénus.

(1) SUET., Califf., 22.

(2) « Konnunquam osculal)unclus, » Suet., Vilell., 11.

ceinture dorée et la blonde chevelure, ou bien avec une barbe d'or, la main armée du foudre, du trident ou du caducée. Depuis longtemps il menaçait de faire disparaître des bibliothèques les œuvres d'Homère, avec les livres et les effigies de Virgile et de Tite-Live, Ou le tue et quand il tomba sous le fer et que la vengeance du

on en mange. i i u

peuple mutila son cadavre des mains et des dents. De tous les monstres dont on lit justice à Rome, il fut le seul dont on mangea : y„ai. -uk- y.y.l twv ay-^'/Mv xùzo-j eyô'jGavTo, mot à mot :« On goûta de sa chair (1). » Horreur! Encore si l'hyène populaire déchaînée n'avait soif que du sang des monstres! ^Nlais, dans son aveuglement de cannibale, elle incendiera le palais du bon comme celui du mauvais ; elle fera des trophées indistinctement des restes des héros comme des cadavres des plus infâmes. Qu'on s'étonne ensuite du sort des restes de l'odieux Caligula !

On n'est pas loin encore du règne si vanté d'Auguste,

et déjà la populace armée va disposer d'un peuple qui

L'empereur s'abandonnc. Claude, l'empereur de hasard, choisit la

en raccourci

Claude. nuit, pour faire disparaître de Rome les statues et les bustes de Caligula. Les provinces avaient reçu le même ordre. Mais, le jour, il eut à fermer les yeux : la bt'sogne avait été mal faite, et les effigies du monstre ont surnagé nombreuses sur l'abîme du temps. Volontiers la seconde Agrippine eût, de ses mains, contribué à les anéantir, elle dont Caligula avait fait décapiter l'amant, et qu'il avait forcée à porter publi-

(1) Dion Cassivs, LIX, 29. Suétone dit SL-iileinent que Cali;;nia fut enseveli, pendant la nuit, dans les jardins de Sainins.

ICONOOriAPIIIE ROMAINE. 381

quement sur ses ëjjaules l'urne où fumaient encore les cendres du malheureux Lépidus. Entre les nombreux portraits d'Alexandre le Grand, peints par Apelles, qvii passait j)our avoir rendu la ressemblance d'une manière admirable, on citait celui du temple d'Ephèse, où le héros était représenté avec une telle énergie de relief, la foudre en main, que la main et la foudre semblaient sortir du tableau. Cette peinture, dont parle Pline (1), était restée en Grèce, mais on en citait deux autres transportées à Rome : — dans l'une. Castor et Pollux avaient près d'eux la Victoire et Alexandre le Grand ; dans l'autre, le même prince s'élevait sur un char de triomphe à côté d'une figure de la Guerre, les mains liées derrière le dos. Auguste, par modestie de bon goût, ou, si l'on veut, par une de ces finesses qui savaient si bien masquer l'astucieux Octave, avait consacré ces deux tableaux à l'endroit le plus apparent du Forum de son nom. Tibère, qui ne respectait ""^ i"^'n'ure rien, avait respecté cependant cette consécration. Claude fait

^ 1 remplacer

Claude, pour faire du zèle, ordonna de watter, sur les .. 'f '^'^,

' "J ' tl Alexandre

deux tableaux, la tète d'Alexandre, et de l'v remplacer ''' ^"^W^

•> ^ par celle

par celle d'Auguste (2). d'Au^nste.

Quand Messaline, la première femme de Claude, eut ^

' i ' Un renverse

été tuée et remplacée par la propre nièce de l'empe- , i" '"^aiT*"»

i y i- i 1 de 31essaline.

reur, la seconde Agrippine, on courut aux images de la Messaline, dont la cruauté avait égalé les vices. Le sénat les fit enlever de partout avec son nom. Agrippine l'y poussa. Encore quelques jours, et elle faisait

Dans

(1) Nat. Hut., XXXI , 'i6.

(2) Jbid., XXXV , 36.

jouer des farces devant Claude expiré (1), comme s'il eût été juste d'amuser après sa mort l'imbécile dont la vie avait été h la fois un problème de l'histoire et la risée du monde , en attendant qu'on en fît un dieu.

Néron. c'est eusuitc Néron qui se rend en Grèce pour lutter

de voix avec des chanteurs de profession, et qui, afin d'effacer la trace d'autres victoires que les siennes, dans les luttes du théâtre , fait renverser, traîner au croc et jeter aux latrines les statues et les bustes de tous les vainqueurs (2). Il avait un goût particulier pour une Amazone de Strongvtion , surnommée Eucnémon, à cause de la beauté de ses jambes, et, pour cette raison, il la faisait porter avec lui dans ses voyages (3). Partout sa propre image se dresse à satiété. Il prend le gigantesque pour le grandiose; et sous le vestibule, à la place d'honneur de sa maison dorée, enrichie de magnifiques statues enlevées à la Grèce, maison devenue, par l'étendue et la splendeur, comme une ville dans la ville, on voyait sa statue haute de cent vingt pieds, ouvrage du Grec Zénodore {Â).

Vicissitudes Sous Vespasicu , une réaction commence contre la

par le colosse popularité du uom de Néron; le palais d'or est morde Néron. 1 , . 1 ipi> ' 1' „

cele , tous les chers-d œuvre amasses par 1 empereur maudit vont orner le temple de la Paix, devenu comme une sorte de musée iconographique; et le colosse,

(1) SuET., ClamL, 45.

(2) Id., Nero, 24.

(3) Aat. Hist., XXXIV, 19.

(4) SuETOs., Nero, 31. — Pline, XXXIV, 7, ne donne que cent dix pieds à la .statue.

ICONOGRAPHIE liOMAINE. 383

relégué d'abord sur la voie publique , la tête entourée de rayons en façon de Phébus, et dédié au soleil , finit par être transporté, sur l'ordre d'Hadrien, dans le voisinage du Colisée, comme si la représentation du monstre eût ])u entendre et frémir encore d'une joie féroce aux cris de sang des bêtes fauves, des gladiateurs et des victimes. Enfin, après un long temps, Commode l'indigne fils de Marc Aurèle, l'emperenr Commode, la tête

111 1 1 • / 1 \ pour y mettre

détache la tête et la remplace par sa proj)re tête (1). la siemie.

Après Néron, c'est Galba, puis Othoi! , j)uis Vitellius ; c'est une guerre de prétoriens contre les légions frontières, h qui fera asseoir son général sur le trône du monde. Quelle place le bruit des armes pouvait-il laisser aux méditations de l'artiste?

Le premier, un vieillard septuagénaire, plus amou- Galba. reux de repos que d'autorité, n'a guère le temps de beaucoup édifier ni de beaucoup détruire. Il tombe, meuble inutile , sous le couteau des prétoriens dont il est l'ouvrage, et sa tête, jouet des goujats de l'armée, est portée au bout d'une pique.

Othon était à peine empereur depuis quelques jours, othon. que déjà il avait un rival et sentait ses statues trembler. Complaisant de Néron et de la populace, dont la mémoire de ce prince flatte les instincts, il relève ses effigies, il relève celles de la courtisane impératrice Poppée Sabine, celle-là même que Néron avait tuée d'un coup de pied, dont il avait ensuite prononcé solennellement l'éloge et à qui son adoration posthume avait consacré un temple sous le nom de Vénus Sa-

(1) Lamprid., Commod. AiUon., 1/.

bine (1). Homme à peine j)ar les dehors, noyé dans la vie douceâtre d'vm voluptueux blasé ; mais de passions fougueuses , fastueux , cruel , audacieux , il lui échappe de temps à autre des éclairs de virilité ; et cet homme qui avait vécu en femme, meurt stoïquement de la mort de Caton. D'un bond, le jîeuple retourne h Galba, relève ses images, les orne de fleurs et de lauriers, les promène autour des temples, et de l'amas des couronnes lui fait une espèce de cénotaphe à la place même où le fer s'était enivré de son sang (2). Beau buste Supcrbc bustc, fine expression d'esprit et de sensua-

de Vjtelliijs. ,. , ■ i i -fr-^ il- i i i -i

lite , que le liuste de Vitellius, et sur Jequel il est curieux d'étudier cette nature dissolue , méchante , de voracité brutale , dont l'amlntion ne troubla point la fainéantise, et dont le plus grand acte, durant un règne de huit mois, fiit l'invention d'un plat monstrueux. Chose curieuse ! ce buste est du seizième siècle. Toutefois, on regarde comme authentiques celui de Mantoue et le buste colossal de Tienne. Par une concordance étrange, toutes les statues équestres érigées à son image étaient tombées à la fois, et s'étaient brisées à la base (3). Huit mois après, poursuivi par les assassins aux derniers recoins du palais, il se cachait dans la loge du portier, où un chien féroce commençait son supplice. Plus féroce encore, la populace l'en arrachait pour se faire un jouet de sa victime ; et, lui faisant lever la tête en lui mettant des pointes de sabres sous le menton , elle offrait à ses regards hébétés ses statues abat-

(1) Tacit., Annal., XIII, 45. Scet., Ner., 25. Dios, 43.

(2) Tacit., Hist., II, 55.

(3) SuET., VitelL,9.

tues, et lu place où s'était accompli le meurtre de Galba. Enfin elle achevait de le tuer, traînait au croc son cadavre et le jetait dans le Tibre (1).

Après Néron, après Galba, après Othon, après Yi- vespasien. tellius, Vespasien, un véritable empereur, qui ne rougissait pas de son origine plébéienne, et pouvait d'ailleurs avouer son père avec orgueil , car les villes de l'Asie lui avaient élevé des statues avec cette inscription : « AD PUBLiCAiN HONNETE HOMME. » Yespasien , qui eut l'honneur de donner le jour h Titus, et de préparer son règne, se souciait peu des apothéoses de l'art; il les refiisait j)our lui-même; mais en même temps il faisait cesser la guerre aux marbres ; il fondait de nouvelles bibliothèques, élevait le temple de la Paix, une des merveilles de Rome, et y rassemblait un grand nombre de tableaux ; enfin il érigeait l'arc de Titus, qui subsiste encore, et le Golisée, que son fils devait achever.

Pour Titus, s'il n'eut pas, à vrai dire, la fièvre de Titus. marbre de quelques-uns de ses prédécesseurs , il suivit les impulsions de son temps et attacha son nom à de grandes œuvres. Il glorifia son père par le marbre et parle bronze, il consacra dans le palais deux statues équestres : l'une d'or, l'autre d'ivoire, à Germanicus; puis on lui dut la réparation de monuments utiles , l'achèvement de l'amphithéâtre grandiose du Golisée ; on lui dut l'érection, comme par enchantement, des

(1) « Vitellium infestis mucronibus coactum modo erigere os et offerre contumeliis, nunc cadentes statuas suas, plerumque rostra aut Galbas occisi locum contueri; postremo ad gemonias... propulere. » Tacit., Hislor., III, 85, à la fin.

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