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Nom donné par l’étudiant au bourgeois établi

flamboient sens dessus dessous. Je me trompe fo t ou leur raison est restée au fond du verre.

« Du grand au petit, tout chancelle, tout roule dans un tourbillon. Dois-je m'y risquer, faible et seul? 11 me semble vraiment que ce serait folie ! je préfère retourner prudemment au cabaret1. »

L’étudiant chantait debout, et ajoutait aux paroles une mimique si expressive, que les Ph'listins avaient bonne envie de le faire continuer. Mais survint un convoi qui nous croisa avec un bruit infernal ; quand il eut passé, le groupe joyeux était à autre chose et le wagon au silence.

Le Wurtemberg est peut-être le pays de l’Allemagne où l’on chante le plus. Uhland, Justin Kœrner et Gustave Schwab y ont continué la tradition des chanteurs (T amour, et la douce poésie des minnesingers Hotte encore ici dans l’air qu’on respire.

Nous autres, peuple d’action, de bon sens et d’esprit critique, nous ne savons pas rêver, même à vingt ans. Nous faisons depuis trop longtemps le procès à toute chose pour avoir gardé l’enthousiasme. 11 n’y a que de grands

1. M. N. Martin a donné ce lied dans son volume des Poètes contemporains de t Allemagne, et j’ai suivi sa traduction.

EN WAGON

chocs qui puissent le réveiller en nous. Nos enfants naissent hommes; et ici les hommes redeviennent volontiers enfants pour écouter le vent qui murmure, la forêt qui respire, la cloche lointaine qui jette dans l’air sa note triste ou joyeuse. Nous ne lisons plus de vers; ils les aiment toujours. Ce don précieux de redevenir jeune par l’imagination et le cœur est une des supériorités de l’Allemand, et durera, car cette qualité se trouve en bas comme en haut.

Nos vieux chants populaires sont morts, et ceux de nos nouveaux poètes, Nadaud, Lachambaudie , n’ont pas encore pénétré jusqu’au fond la grande couche populaire. En Allemagne , la poésie coule partout à flots larges et pressés. Ils aiment mieux que nous la nature, la famille, le foyer, l’amour, et ils en sont récompensés par les inspirations de la muse ; car aimer, c’est chanter. La plus pauvre chaumière, comme le château princier, a ses poètes, et les vers que la grande dame soupire sont chantés à pleine voix par les jeunes filles du bûcheron, lorsqu’elles vont, à l’ombre des grands bois, porter à leur père la joie de leur vue et ses pauvres aliments du jour. Pour chaque condition existent des lieders favoris : l’étudiant, le soldat, le chasseur, en ont ; par-

tout vous eu trouvez le recueil à côté <le la Bible ou du livre d'heures, avec l’a;r noté et des dessins sur bois qui font rêver les enfants et les jeunes filles.

Vous connaissez notre machine roulante et ce qn’elle contient , regardons maintenant le pays.

Pour sortir de Bruchsal, nous passons pardessous le cimetière ; les vivants sous les morts; et nous commençons à monter. Il s’agit de franchir enfin le Schwarzwald , que depuis Kehl nous n’avons cessé de longer; il faut nous élever de cent vingt-six mètres, altitude de Bruchsal, à trois cent dix mètres, altitude de Maulbronn, en passant par Bretten, dernière station badoise.

Nous faisons cette montée sans nous en apercevoir et presque sans tranchées ni tunnels; mais aussi point de gorges pittoresques comme il y en a tant dans le sud ; c'est une montagne qui finit. Point de ruines non plus : les châteaux n’ont pas été bâtis au centre de la chaîne, mais sur le versant de l’ouest. C’est le Rhin qu’ils guettaient; ici, il n’y avait rien à prendre. Nous sommes cependant encore dans le bassin du grand fleuve, puisque les ruisseaux que nous traversons descendent auNeckar, qui va le rejoindre près de Manheim.

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Que de fois la guerre a passé par ici! Ce pays si charmant, ce paradis de la terre, comme Goethe et Uhland l’appelaient, est un de ceux qui ont été le plus abreuvés de sang. Quand l’Autriche et l’Empire voulaient envahir la France, ils partaient du Schwarzwald, et nous, nous y arrivions bientôt.

L’invasion de France en Allemagne est, en effet, plus facile que celle d’Allemagne en France. Nous avons cinq lignes de défense parallèles : le Rhin, les Vosges, la Moselle, la Meuse et l’Argonne. L’Allemagne n’en a que deux : le Rhin et le Schwarzwald, au delà duquel on se trouve tout de suite dans la grande vallée du Danube , qui mène à Munich et à Vienne.

La Forêt-Noire est percée de cinq routes principales :

1° De Fribourg aux sources du Danube, vers Donauschingen, par le val d’Enfer; Moreau y passa en faisant sa retraite trop vantée. Villars, en 1703, et Noailles, en 1744, avaient pris par là pour arriver à Munich.

2° De Kehl, par la vallée de la Kinzig à Villingen et à Rothweil, entre les sources du Danube et celles (luNeckar; c’est la route de Guébriant en 1643.

3° De Kehl à Freudenstadt, par la vallée de

la Rench et le défilé de Kniebis, que défend le fort Alexandre, à une altitude de neuf cent soixante-quatorze mètres. Une partie de l’armée de Moreau y passa en 1796, et l’on voit encore sur cette limite du pays de Bade et du Wurtemberg les restes des Schwedenschanze , ou redoutes suédoises, élevées par Bernard de Weymar.

4° De Rastadt à Freudenstadt , par la vallée de la Murg. Lecourbe y battit les Autrichiens en 1796. La route a été continuée jusqu’à Freudenstadt, sur la crête de la Forêt- Noire.

5U De Carlsruhe ou de Philippsbourg à Stuttgart, par Bruchsal, où le prince Eugène campa en 1734 quand il voulut faire lever à Berwick le siège de Philippsbourg.

Les deux premières routes conduisent à la vallée du Danube, où les grands coups ont toujours été frappés, et que, pour cela, la Confédération germanique a fermée avec l'immense forteresse d’Ulm. Les trois autres mènent dans un pays riche et bon pour les armées, le bassin du Neckar, mais qui militairement est pour nous une impasse, car de l'autre côté s’élève la Rauhe-Alp ou Alpe-Rude, plus difficile à franchir que ne l’est la Forêt-Noire, dans une bonne partie de son développement.

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Aussi avons-nous le plus habituellement tourné la Forêt-Noire par ses extrémités, en passant soit au sud, par le Brisgau et les Villes Forestières, comme Bernard de Weymar, Condé, Turenne, et Moreau dans la campagne de 1800; soit, au nord, par la vallée du Mein, comme Napoléon en 1805 et en 1809, quand il allait à Austerlitz et à Wagram.

Mais laissons les choses de la guerre et regardons encore un moment au cœur de cette pittoresque région, où à chaque pas vous trouverez, à côté des souvenirs homicides, les calmes beautés d’une nature pastorale. L’herbe pousse plus verte là où le sang est tombé, et la terre se hâte de cacher sous des fleurs les traces de la mort.

La Forêt-Noire, que les Allemands appellent le Schwarzwcild, ce qui signifie la même chose, court parallèlement aux Vosges, à une distance moyenne de douze lieues , depuis le grand coude du Rhin, à Bâle, jusqu’au grand coude du Neckar, à Eberbach, quand cette charmante rivière tourne à l’ouest pour arroser les collines de Heidelberg et se perdre dans le grand fleuve, au-dessous de Manheim. Sa longueur est de cinquante lieues, sa plus grande largeur de quinze à seize. On y trouve les plus hautes

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cimes de l’Allemagne *, le Feldberg et le Belchenberg, aux environs de Fribourg, qui dépassent quatorze cents mètres. A ne regarder que de loin ou sur la carte, on la pourrait prendre pour la continuation du Jura français. Mais le granit et le porphyre qu’on y trouve la font d’un autre âge du monde, et elle est disposée en sens inverse. Elle descend doucement à l’est par étages successifs, tandis que de ce côté le Jura tombe brusquement ; son escarpement, comme celui des Vosges, est du côté du Rhin, ce qui confirme l’opinion que j’ai rappelée sur l’écroulement de la partie centrale de l’énorme massif que formaient les deux chaînes soudées l’une à l’autre, quand la Suisse entière n’était qu’un lac et que la vallée du Rhin n’existait pas.

La Forêt-Noire ne doit pas son nom menaçant à de redoutables mystères qu’elle cache dans ses profondeurs, mais à la sombre verdure des pins qui couvrent ses flancs. Les sommets, généralement arides et nus, sont balayés par des vents froids, qui rendent la

I . Si l’on excepte le Grubenrander, dans les Rieseugebirge, qui a dix-neuf mètres de plus, quatorze cent quarante-quatre au lieu de quatorze cent vingt-cinq, altitude du Feldberg. Celui-ci n’est dépouillé de neige que de juin à septembre.

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végétation languissante et rabougrie ; ils ne sont pas assez élevés pour que de grandes rivières en descendent. Beaucoup de sources gazouillent sous l’herbe, mais peu de cascades, et quelques petits lacs, dont les eaux reçoivent des bois qui les entourent une teinte noire et lugubre.

L’imagination des habitants s’est empreinte des mêmes couleurs. Autour de ces ondes sinistres, les paysans vous content encore de bien terribles histoires. Ainsi, au Mummelsée, c’est le cortège funèbre de vingt-quatre fantômes, douze jeunes filles, douze chevaliers, qui, chaque vendredi, sortent des ruines de deux châteaux voisins et errent la nuit sur les rives du lac redouté. L’armure des chevaliers étincelle d’une lueur sanglante ; on dirait à la fois du sang qui les couvre et du feu qui les brûle. Les jeunes filles, leurs victimes et leurs bourreaux, marchent enveloppées d’une douce lumière, et chaque fois qu’elles les rencontrent laissent tomber ces mots de leurs lèvres de pierre : « Soyez maudits pour l’éternité ! »

Le lac lui-même a, comme la rive, ses terreurs. Dans son sein habitaient de jeunes et belles ondines qui se laissaient voir et aimer des pâtres d’alentour. Mais malheur à celui

qui ne gardait pas le secret de ces dangereuses amours. Quand il revenait sur la rive appeler la nixe absente, un gémissement sortait des profondeurs du lac, et l'eau se troublait d’une teinte sanglante. Ce sang signifiait la mort de l’amour, la mort aussi de l'amant.

Dans les vallées sourdent en grand nombre des sources minérales et s’étendent de fraîches prairies où vit une population saine et vigoureuse de bûcherons et de charbonniers. L’été, ils transportent ou débitent les arbres abattus dans l'hiver, et, • durant les longues veillées, travaillent à mille objets de bois qui se vendent bien loin. A l’automne, c’est la cueillette joyeuse des baies du merisier sauvage, dont ils fabriquent leur fameux kirsch- wasser. Epars en de nombreux hameaux ou dans des cabanes solitaires, ils y gardent leurs mœurs pastorales et rustiques. Us ont peu de besoins: en beaucoup d’endroits, une branche de sapin résineux sert encore de flambeau à la famille et emplit le chalet de sa fumée odorante.

Nos forêts d’arbres à feuilles caduques sont bien souvent, l’été, en dehors des sentiers, un inextricable pêle-mêle de plantes parasites et grimpantes qui arrêtent le regard et les pas au bord même du chemin. Les sapins dont le Schwarzwald est couvert ne laissent rien

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pousser à leur ombre. L’œil erre librement, sous la sombre voûte, à travers les troncs sveltes et droits, qui rivalisent à qui montera le plus haut dans l’air et la lumière. Pénétrez dans une de ces forêts, et vous croirez être au milieu d’un temple aux mille colonnes élancées. Les feuilles tombées font un tapis épais et sourd où rien ne s’entend et où tout se voit. Que de fois le paysan a cru reconnaître au loin, quand la lune jette sous la feuillée ses rayons tremblants, le chasseur maudit que poursuivent de hideux squelettes montés sur des cerfs furieux !

De loin en loin, un torrent écume le long des pentes et un roc fait sortir sa tête sourcilleuse de la verte enveloppe d’une prairie. Le granit et l’herbe luttent à qui restera l’espace. L’arbousier et la camarine l’enveloppent de leurs rameaux traînants et lui attachent au front leurs guirlandes de fruits rouges et noirs, tandis qu’un jeune pin enfonce ses racines dans les fentes de la pierre et s’élève fièrement audessus du roc dompté.

Les sources minérales sont à l’ouest, dans le pays de Bade : l’Europe y accourt. Sur l’autre versant, le sol semble d’abord plus pauvre, parce que la pente y étant moins rapide, on reste plus longtemps à une altitude

où la végétation languit ' . Dans la haute vallée du Danube, qui reçoit de plein fouet les vents glacés des Alpes, elle s’éveille un mois plus tard que dans la vallée du Rhin. Mais à mesure qu’on descend, elle s’anime et se varie : les chênaies alternent avec les sapinières, les éclaircies se multiplient, et une culture plus variée s’y déploie. Nous sommes dans le Wurtemberg.

La partie de ce royaume comprise entre l’Alpe de Souabe à l’est et le Schwarzwald à l’ouest, est le bassin du Neckar. Il forme un triangle dont ces deux chaînes de hauteurs sont les côtés, et qui aurait son sommet dans les montagnes où le Neckar et le Danube trouvent leurs sources, sa base dans les légères ondulations qui séparent cette vallée de celle du Mein. Si, au lieu de s’ouvrir au nord, ce bassin était tourné au midi et que les Alpes n’v fussent point, il aurait le plus délicieux climat. Tel qu’il est, c’est encore un coin béni du ciel et de la poésie. Là ont apparu les premières muses allemandes. Les minnesingers y ont chanté, Schiller y est né, et la seule dy-

t. Brisach, sur le Rhin, et Sigrnaringen, sur le Danube, sont à peu près sous le même parallèle : l’un est à deux cents mètres d'altitude, l’autre à cinq centquaranteneuf.

nastie impériale qui ait donné de grands hommes et soit restée populaire, les Hohenstaufen, en est sortie.

Quand la tête du dernier rejeton de cette race brillante roula sur l’échafaud où Charles d’Anjou avaitfaitmonterConradin, leduché de Souabe fut aboli, et les seigneurs, restés sans chefs, se firent les maîtres du pays. Toute cime se hérissa d’une forteresse, toute gorge se ferma d’un château. Aussi, à partir de Mühlacker, je recommence à voir, çà et là sur les montagnes, des pans de mur ébréchés, non de ces ruines toutes neuves, de ce moyen âge artificiel, comme on en a tant fait depuis trente ans en Prusse, sur les bords du Rhin, en Angleterre, même chez nous, mais de vrais châteaux forts que le temps, de sa puissante main, a fait en partie crouler.

L’art n’y peut rien. Il faut que l’homme donne à la pierre quelque chose de lui-même ; il faut que derrière ces murailles on ait aimé, on ait souffert, et que nous puissions y évoquer tout un monde de souvenirs, pour que nous ne passions pas à côté d'elles avec indifférence. L’artiste qui abrite sous l’ogive un enrichi de la veille, ou le prince qui veut des arceaux gothiques pour donner à sa demeure et à celui qui l’habite l’air religieux et cheva-

leresque des vieux temps, croient faire de l'architecture qu’ils appellent spiritualiste, ils ne font que des pastiches odieux. Les monuments, eux aussi, doivent avoir vécu, à moins qu’ils n’aient en eux, dès le premier jour, la beauté qui n’a point d’àge.

Cette colère m’est venue à Ludwigsbourg, une de ces villes que les dictionnaires de géographie dépeignent ainsi : ville bien bâtie; ce qui veut dire où les maçons ont tenu le cordeau bien droit. Ludwigsbourg n’a pas un siècle et demi d’existence. Chose étrange! ces jeunes cités sont tristes et sans vie, comme on dit que sont les enfants des vieillards. Elle dut sa naissance à un caprice du duc Louis. Ses successeurs y ont entassé toute l’administration militaire du Wurtemberg, ce qui ne l’a pas rendue plus riante, et y ont bâti un château de faux gothique, l’Emichsburg, en face duquel je me demandais : mais pourquoi donc ces amoureux de mâchicoulis et de créneaux ne font-ils pas pour leur personne ce qu’ils font pour leur maison ? Voir sortir d’une porte ogivale un paletot, des bottes vernies et notre affreux chapeau rond, au lieu de souliers à la poulaine, de toques à plumes et de casaques mi-parties de rouge et de vert, c’est un contresens. L’église garde sa vieille architecture, et

elle a raison, parce qu’elle garde aussi son costume et ses croyances d’autrefois. C’est un tout harmonieux et complet. Mais l’architecture civile d’aujourd’hui ne peut pas plus être celle du treizième siècle, qu’on ne peut donner à nos chasseurs à pied, au lieu de leur carabine, la pertuisane du moyen âge. Autres temps, autres mœurs, et aussi autres demeures. La vérité est aussi bonne dans l’art que partout, et du gothique aujourd’hui, c’est du mensonge, ou si vous l’aimez mieux, du mauvais goût.

A quelques lieues au nord deLudwigsbourg, au gros village de Marbach , j’avais salué, en passant, le lieu de naissance de Schiller, le poëte au regard doux et profond, à l’âme libre et pure, qui honora la muse plus encore qu’il n’en reçut d’honneur, parce qu’il fit de la poésie non le culte de l’art pour l’art, comme le Jupiter Olympien de Weimar, mais l'apostolat du bien par le beau.

A Marbach nous avions quitté les dernières collines du Schwarzwald pour descendre au bord du Neekar et entrer dans de grandes plaines ondulées que l’on moissonnait, hommes et femmes, à la faucille. La vigne recommençait à paraître ; à Ludwigsbourg, il y en avait davantage; à Stuttgart, elle couvre tout.

A STUTTGART

Différence* nationales de l’ivresse. — Une erreur de naissance. — La France en Allemagne. — Une couronne royale sur les toits. — Les vainqueurs de la Fère et de Brienne. — Le palais du roi. — Les Vénus du roi Guillaume et la statue de Schiller. — Les cuisines royales et leur suisse. •

Cette jolie capitale du Wurtemberg est assise au fond d’une petite vallée qu’enferment des collines cachées de la tête aux pieds sous les vignobles, et semées de maisons de campagne aux murs blancs, aux volets verts, comme Rousseau les voulait. Tout cet aspect est frais et riant. Le vin doit couler là à flots, mais la bière y coule aussi : il n’est pas assez fort pour la chasser. Aussi trouve-t-on à Stuttgart quantité de brasseries.

Remarquez à ce propos les différences sociales de l’ivresse. Celle du vin est bavarde, expansive et gaie : c’est la nôtre. L’Anglais

A STUTTGART

boit son vin seul, dans un coin ; son teint s’allume, ses yeux se gonflent et s’injectent, sa langue s’épaissit ; il tombe : il n’a pas prononcé un mot. L’Allemand charge son estomac de bière et engourdit son esprit de tabac. Il est carrément assis, et c’est nécessaire, car ce qu’il va boire représente plusieurs kilogrammes ; sa longue et lourde pipe occupe une partie de sa personne; il la tient des dents, des lèvres et de la main ; en conséquence , il parle peu , rêve beaucoup et s’amuse gravement, jusqu’à ce qu’il cesse de penser et de comprendre : c’est le commencement de l’Orient, du haschisch et de l’opium. Il y a bien des choses au fond de la définition que Dumas a donnée de l’Allemand : « un homme qui prend de la bière et qui rend de la fumée. » Brillat-Savarin n’en demandait pas plus pour juger son monde : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. »

Stuttgart est, comme toute honnête ville aujourd’hui doit l’être, en mal d’embellissement. Elle s’attife ; elle s’accroît ; surtout elle s’allonge vers Cannstadt , qui sera bientôt son faubourg, par l’interminable rue du Neckar : une rue qu’on voit maintenant dans toute l’Europe, avec les mêmes maisons à balcons et à pilastres. Peut-être nous conduira-t-elle

à un art nouveau, mais ce sera en nous faisant passer par un style pour le moment si peu défini que tous les détails lui conviennent, le grec comme le gothique, le toscan comme le rococo.

Du reste, en s’allongeant ainsi , Stuttgart cherche à réparer l’erreur de sa naissance. C’est à une lieue de là qu’il aurait dù être bâti, à Cannstadt, où les Romains, si habiles à choisir l’emplacement de leurs cités, s’étaient établis. Le Neckar y devient navigable ; l’air et l’eau y sont plus salubres, et des sources minérales y attirent de nombreux étrangers. C’est que le fondateur de Stuttgart , en le mettant où il se trouve, avait songé à ses chevaux, non pas à ses sujets. Ce fut d’abord un haras, plus tard un château, enfin une ville, assez peuplée avec ses quarante mille habitants pour être vivante, pas assez pour être une cohue. C’est après Leipzig et Berlin la cité allemande qui remue le plus de livres, au moins pour en vendre. On y compte une trentaine d’imprimeurs et la seconde librairie de l’Allemagne, celle de Cotta; la première est à Leipzig, chez Brockhaus.

Parmi ces livres que Stuttgart fabrique, bon nombre sont de contrebande. On a beau dire en Allemagne, du haut de toutes les chaires et de toutes les revues savantes, que notre litté-

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rature est légère, superficielle, immorale, on s’en occupe, même on s’en pare. Dernièrement M. Reymond a fait à Berlin, sur le mouvement littéraire des dix dernières années, des lectures publiques qui ont été accueillies avec empressement ; et il a pu dire, à deux pas de la statue de Blücher, qui en a tressailli de colère, que l’esprit français, loin de s’cteindre, est encore en Europe le plus actif, le plus fécond, peut-être même le plus substantiel et le plus sérieux. Remarquez que , malgré son nom , M. Reymond n’est pas Français, et faites bien attention à la dernière qualité qu’il nous donne : c’est celle que nos voisins nous refusent le plus. Ils en sont toujours à l’hémistiche de Boileau :

Le Français né malin....

et ne nous accordent pas autre chose.

Beaucoup d’autres Allemands sont pourtant de l’avis de M. Reymond ; ils se gardent bien de le dire, mais on doit le conclure de leur zèle à imiter nos comédies, nos drames et nos petits journaux , même à traduire nos livres. Dans le seul mois de mai de l’année 1857, il a été imprimé en Allemagne 50 ouvrages français ou traduits du français, tandis que les autres langues étrangères n’avaient, toutes en-

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semble, donné lieu , dans le même mois, qu’à 26 publications ; ce qui veut dire bien clairement que l’Allemagne a pour nous de l’estime et de l’affection tout juste deux fois autant que pour le reste du monde.

Que serait-ce si nous comptions au lieu des ouvrages imprimés en français ceux qu’on a imités ou copiés en les traduisant avec ou plus souvent sans indication d’origine P Pour le théâtre, par exemple, que notre table soit bien ou mal servie, peu importe, la desserte passe toujours en Allemagne.

Nos arts ont même faveur. Ainsi Stuttgart publie deux journaux illustrés, Uber Land und Meer et lllustrirte JVelt , le premier à 10 000, le second à 70 000 exemplaires. La plupart de leurs dessins sont des clichés du Magasin pittoresque , de F Illustration , du Monde illustré, du Journal pour ■ tous , du Tour du Monde et de YUlustrated London-News. Seulement on a soin d effacer les noms des dessinateurs et graveurs exotiques, pour faire croire à une provenance indigène.

M. Lancelot, l'habile dessinateur du Tour du Monde , m’a raconté à ce sujet ce qui lui arriva à lui-même. A Stuttgart, il rencontra un artiste qui, en entendant son nom, lui déclara galamment qu'il le connaissait de-

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puis longtemps. « Il ne croyait pas dii’e si vrai, ajoute M. Lancelot, car parmi des dessins qu’il me montra pour me faire juger de l’art allemand , plusieurs étaient de moi. « Vos journaux illustrés, disait-il, ne sont pas « sérieusement faits; » et en preuve du soin sérieux des éditeurs de son pays, il me mit sous les yeux des publications où je trouvais, sans nom d’auteur bien entendu, des dessins de Français, de Thérond , de Bida , de Desjobert , etc. , des contrefaçons de Grandville, des imitations du Charivari , des souvenirs d’Alfred de Dreux ou de Victor Adam. »

A Augsbourg, M. Lancelot trouva un de nos pensionnaires de Rome pour la musique qui faisait sa troisième année en Allemagne. Nous parlons beaucoup à Paris, surtout depuis le TannUauser, de la musique allemande, non de l’ancienne , qui est peut-être la première du monde, mais de la nouvelle, « celle de l’avenir. » Les compatriotes de M. Wagner en sont moins préoccupés. Depuis deux mois notre pensionnaire courait de ville en vide et de théâtre en théâtre : il n’avait encore entendu que le Postillon de Longjumeau , les Diamants de la couronne , le Pré aux Clercs , le Chalet , etc. A Vienne seulement il savoura à

pleines oreilles la musique allemande , mais au théâtre français d’Offenbach !

Cependant on nous fait rude guerre en haut lieu. A Berlin, par exemple , où l’on tient, et pour cause, à paraître plus allemand que l’Allemagne, la cour s’est faite le foyer d'une réaction antifrançaise. Dtr temps de Frédéric II, un Prussien cependant celui-là , et un glorieux, on n’y parlait que la langue de Voltaire, ce qui était un travers ; aujourd’hui, on n’y veut user que de celle de Hegel, ce qui en est un autre. Le 1er janvier 1862, le comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères, a signifié à tous les agents politiques de la Prusse qu’à l’avenir ses dépêches seraient rédigées non plus en français , selon l’usage général, mais en allemand. C’était une flatterie à l’égard des petites cours de la Confédération. Mais ce coup d’Etat contre la langue française émut les grandes chancelleries. On déclara au ministre prussien qu’on ne voulait pas de son allemand et qu’on lui écrirait chacun en sa langue , puisqu’il se refusait à entendre celle de tout le monde. Berlin allait devenir une Babel. Le comte dut céder : il autorisa ses agents à employer le français dans toutes les cours qui se serviraient de cet idiome.

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Au théâtre du palais, nos pièces sont proscrites. Du 1er juin 1851 au 1" juin 1861, on y a joué Lessing cent trois fois, Goethe cent quinze, Schiller deux cent cinquante-trois, H. de Kleist cinquante-neuf, Calderon trentesix, Gozzi neuf, Sophocle cinq. Shakspeare a eu trois cent soixante-trois représentations, Mol re trente et une, Racine deux.

Pauvre Racine, ta divine élégance, et toi Molière, ton suprême bon sens ne sont pas fleurs qui s’épanouissent sur les rives tourbeuses de la Sprée. Mais en revanche quel enthousiasme pour le génie tumultueux et troublé du grand Shakspeare ! Peut-être aussi la politique a-t-elle voulu que l’on cultivât contre nous l’alliance anglaise, par la tragédie, comme par les mariages.

Nous voilà à Berlin, revenons vite à Stuttgart. Cette ville possède un nombre suffisant de châteaux et d’hôtels. La résidence royale a trois cent soixante -cinq chambres, idée astronomique qui est devenue, je ne sais comment, une idée architecturale, et son pavillon central est coiffé d’une immense couronne dorée. Ces petites royautés allemandes sont si heureuses et si fières de leur titre qu’elles en mettent le signe partout, jusque sur les toits.

Elles devraient au moins se souvenir que

c’est nous qui leur avons procuré ce plaisir. Napoléon a fait grand-duc le margrave de Bade, et rois le duc de Wurtemberg et l’électeur de Bavière, en doublant leurs Etals. Je ne leur reproche pas d’avoir en 1813 trahi leur bienfaiteur, parce que la reconnaissance n'a jamais été une vertu à l’usage des hommes d’Etat, et qu’après tout, ils avaient bien quelques raisons d’agir comme ils l’ont fait; mais je trouve mauvais que les chambres de Wurtemberg, lorsqu’elles firent élever, à Stuttgart, en mémoire du vingt-cinquième anniversaire du roi Guillaume, une colonne de granit de dix-huit mètres de haut, y aient fait sculpter les batailles de la Fère et de Brienne. A Berlin ou à Vienne, ces bas-reliefs seraient de mise. A Stuttgart on se demande si c’est ce roi Guillaume qui, à lui seul, a terrassé le colosse dont naguère il baisait la main.

Et puis est-ce bien contre la France que ces princes doivent ameuter leurs peuples, sous prétexte de patriotisme allemand? Les couronnes que nous avons données, nous n’avons nulle envie de les reprendre. La Confédération germanique semble à nos diplomates le chefd’œuvre de l’esprit humain, et ils pensent que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer; car nulle machine n’a été aussi bien combinée

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pour enrayer un peuple ou le faire s'agiter dans le vide, tandis que les grandes affaires de l’Europe passent hors de la portée de sa main. Mais ue trouverait-on pas ailleurs, du côté du nord , par exemple , ou dans le sud-est, des conservateurs qui, pour mieux conserver la patrie allemande, réduiraient volontiers les princes au rôle de préfets ? J 'ai vu dans l’histoire romaine bien des rçis qui s’obstinaient à êli’e plus Romains que le sénat jusqu’au jour où le sénat décrétait que leur royaume n’existait plus.

Le palais du roi est un château Pompadour, avec des colonnes aux chapiteaux enrubannés, des trophées d’armures enguirlaxidées de lauriers et de roses, de jolies statues et de vilaines sentinelles. Il est situé en contre-bas de la place, et on le voit d’en haut, ce qui lui ôte encore de la grandeur; mais le parc qui y tient et par lequel on peut gagner Cannstadt en voiture, à cheval ou à pied, est charmant. Des bassins bordés de vases et de statues de marbres, de grandes allées et de beaux arbres lui donnent, d’un cei'tain côté, une physionomie vraiment loyale ; de l’autre, des eaux vives courant sous la futaie, des prairies, des arbres fruitiers épars au milieu des grandes herbes folles, lui conservent un caractère champêtre très-sédui-

sant. Les jeunes officiers à taille de guêpe et les précieuses à tournure de cloche ne recherchent heureusement pas l’ombre des allées solitaires, et l’on peut encore s’y promener en rêvant.

Les Allemands tirent bon parti de la nature ; pour l’art c’est différent. Ces statues dont je parlais tout à l’heure, il ne faut pas les regarder de trop près, d’abord parce qu’elles n;? sont point belles; ensuite parce que celles de Coustou seraient des prudes à côté. On me dit qu’il y a peu d’années le roi avait semé dans son parc des copies ou des imitations de toutes les Vénus connues. Ces traductions étaient allemandes et tellement libres que le clergé s’en formalisa tout haut. Le roi en fit retirer bon nombre, il en reste assez. Quelques copies d’antiques sont attribuées à Thorwaldsen ; elles me semblent bien sèches et bien roides pour être de cette main.

Sur la place du Vieux-Château on a dressé une statue de Schiller. Celle-là est véritablement du Phidias Scandinave. Je voudrais la trouver belle, il est si bon d’admirer! mais je n’y parviens pas. Schiller avait l’attitude gauche assez naturelle aux rêveurs, l’œil bleu et grand, le regard errant et vague. Pourquoi le fixe-t-il sur la terre avec une expression con-

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centrée et triste qui fait penser au Dante? Pourquoi aussi ce grand manteau qui le gêne, cette musculature tourmentée qui parle de force physique, et cette couronne de lauriers dont le poids fait baisser la tête du poëte? Il était de ceux qui la portent haut, comme le cœur.

Au vieux château, une cour à trois étages d’arcades ne manque pas de caractère ; il s’y trouve une curiosité qui n’est pas belle ; aussi tous les touristes en parlent, tous les guides imprimés vous y envoient et tous les garçons de place vous y conduisent : une vieille tour dans laquelle rampe un escalier que l’on, peut gravir à cheval. Il n’y a rien à voir, même à pied. Ce vieux château est affecté aux cuisines royales et au service accéléré de transports que leur situation, par rapport à la demeure des pensionnaires, exige. Le roi, d’abord, a son palais à l’autre bout de la grande place; le prince royal, sa résidence beaucoup plus loin, à l’extrémité d’allées d’arbres. Les princesses habitent dans un quartier plus retiré, les princes aussi dans une rue plus discrète. Cinq ou six fois par jour, quand il n’y a point de cas d’appétit en dehors du règlement, on voit sortir d’une porte de grandes caisses bleues, munies de brancards auxquels sont attelés deux serviteurs bleu céleste. Ils s’avancent sous la pro-

tection d’un énorme suisse à livrée bleu et argent, qui marche la main droite armée d’une canne à pomme brillante, la gauche sur la poignée d’une épée qu’il porte en verrouil dans un baudrier aux riches armoiries. Sa vaste corpulence est bien la matérialisation des senteurs de chou, de jambon, de porc frais et de saucisses que le convoi exhale. L’air satisfait de sa grasse figure béate semble dire : J’y ai goûté ! Sa démarche majestueuse et son petit œil méprisant repoussent jusqu’aux murs les curieux qui stationnent pour sentir passer la choucroute du roi, les narines agitées, la bouche ouverte, aspirant pas tous les pores et dévorant des yeux.

Je me trouvai à Stuttgart un jour de marché ; c’est une bonne fortune pour un voyageur, parce que si j’avais vu la dernière mode au parc, j’allais trouver le siècle passé à la foire. De tous côtés , en effet , je vis arriver des paysans à grand chapeau retroussé des deux côtés, culotte jaune avec veste de velours noir collante, à gros boutons de métal qui se touchent, ou longue redingote courte de taille, aux pans étroits, mais aux poches immenses : de quoi serrer tout un mobilier. Ma foi , ce n’était pas beau non plus. Quelques femmes ont des costumes aux couleurs tranchées et, ce

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qui vaut mieux, de belles chevelures pendantes en deux longues nattes garnies de rubans el qui descendent à terre : elles viennent de la Souabe. Ce type à visage camus et épaté manque de grâce ; une chose qui en a moins encore est l’habillement des petits. Garçons ou filles, même de quatre ans, sont vêtus comme les grands parents, ce qui leur donne l’air d’une troupe de nains avortés, au lieu d’une joyeuse bande d’enfants.

Dans la foule quelques yeux noirs et sévères révélaient un type étranger : c’étaient de belles juives. La dureté de leur physionomie, caractéristique de leur race, s’est fondue à demi dans la mollesse allemande; leur teint a blanchi ; leurs cheveux sont devenus châtains. Au Malabar on trouve au contraire des juifs aussi noirs que les Indiens, tant le milieu où vit l’homme exerce à la longue d'influence sur lui.

J’entendis plusieurs fois au milieu de tout ce inonde des gens se dire nthieu. Est-ce l’adieu français, un souvenir que nos soldats auraient laissé, leur dernier mot, en quittant le pays, que les jeunes filles auraient gardé? Ils étaient si aimables une fois la bataille gagnée !

En remontant le courant d’hommes et de bêtes qui arrivait, je me trouvai l)ientôt au milieu d’un de ces charmants paysages du Wur-

temberg où la plaine, la forêt et les collines, qui prennent de petits airs de montagnes, se partagent l’espace de la façon la plus heureuse pour l'œil ; où de jolis villages avec leurs grands toits bruns aux silhouettes hardies et entourés de puissantes verdures, se découpent sur les fonds bleus de l’Alpe de Souahe, sous un ciel lumineux, mais voilé d’une brume légère. Sur la route passaient paysans à pied et à cheval, causant un peu, fumant toujours et je m’arrêtai devant un chariot qui n’en finissait pas. C’était un grand tronc de sapin équarri, posé sur deux paires de roues et que traînaient des bœufs sans joug, les traits ajustés par un frontail de cuir au bas des cornes, avec un bridon à mors comme celui des chevaux.

Sur le sapin était assise à califourchon, dos par-ci, face par-là, toute une troupe de bons voisins et voisines. Tout à fait à l’arrière et à l’abri des curieux, sous la voûte d’un immense parapluie rouge, deux amoureux se parlaient à l’oreille. On en voit partout en Allemagne, et je ne m’en plains pas. J’aime bien la fauvette qui chante dans les rameaux d’un acacia en fleurs; mais j’aime mieux encore cette voix du cœur qui soupire dans l’âme de deux fiancés. C’est une des meilleures choses que le bon Dieu ait faites, et les Allemands ont bien raison

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de ne point cacher les chastes amours qui deviennent ensuite la bonne et durable affection du foyer domestique, un des traits les plus honorables de la société allemande.

J’avais déjà remarqué, le long de ma route, comme les ouvriers allemands aiment leurs aises. A Kehl, le cantonnier est assis, masqué, matelassé, et casse ses pierres dans une casserole de fer sans fond pour que les éclats ne lui sautent pas aux doigts. Ici, je rencontre un paysan qui vient de rouler son champ. Sur le rouleau est établi un siège commode où un gros Allemand fume sa longue pipe de faïence, les yeux à demi clos, et laisse marcher son bœuf d’un pas tranquille et lent, qui doit conduire l’un à sa soupe, l’autre à son râtelier avec une vitesse de quatre heures à la lieue.

Comme je rentrais en ville, je rencontrai un régiment qui manœuvrait. Je ne saurais vous dire pourquoi les soldats s’écartent dans les rangs de telle façon que cent hommes tiennent la place d’un de nos bataillons. Mais je serais bien plus embarrassé encore de vous faire comprendre qu’un des exercices qu’ils pratiquent

avec le plus de dextérité est celui devinez,

si vous pouvez. Je n’ajoute qu’un mot : Pour rendre sans doute, leur équipement plus léger, on ne met pas de mouchoir dans leur poche.

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