‹ Causeries de voyageChapitre 20 sur 65 · DE STUTTGART A U LM · texte numérisé non relu

DE STUTTGART A U LM

La Wilhelma. — L’Alpe de Souabe et l’Alpe-Rnde. — Le Hohenstaufenherg et les oiseaux noirs. — La porte de l’Orient.

Nous sortons de Stuttgart en longeant le Schloss-garten, longue promenade d'une lieue d’étendue, et nous atteignons le château de Rosenstein. On vante ses jardins, son palais arabe, la Wilhelma, où se trouvent, assuret-on, de ces peintures décolletées que les mauvaises langues accusent les princes allemands d’aimer à placer dans leurs villas. Le roi a dépensé aux coupoles indiennes et aux coquettes galeries de la Wilhelma tant de florins, que les bonnes gens du Wurtemberg ont murmuré le mot de folie. Ce qu’entendant, le roi s’est réservé à lui seul la jouissance de sa folie, et les portes restent obstinément fermées au nez des visiteurs.

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Le fils du roi a aussi la sienne, un charmant pastiche italien et des mieux réussis, qu'on appelle la villa du Prince Royal ; mais quel air triste elle doit avoir, quand l’hiver lui ôte son soleil et sa verdure ; et comme alors on doit grelotter sous ces galeries à jour faites pour l’éternel printemps du ciel de Naples.

La vue dont on jouit du Rosenstein sur Stuttgart, Cannstadt et leurs environs est magnifique; mais nous avons ce spectacle comme nous avons eu celui des Vosges : nous passons sous les fondations du château, par un tunnel de quatre cent vingt mètres, pour déboucher dans la vallée du Neckar, dont nous suivons la rive droite jusqu’à Plochingen, au milieu de vignobles et de champs de maïs. Plochingen n’est qu’un gros bourg; Esslingen, que nous avons rencontré d’abord est une ancienne ville impériale. Elle fut donc Etat souverain avant d’être réduite au rang de simple municipe wurtembergeois. Il y fume assez de ces grands tuyaux de briques qui servent aux usines de panaches, pour donner à croire que l’industrie n’y manque pas. Du chemin de fer, je n’ai vu qu’une charmante silhouette de ville gothique du quinzième siècle : des tours d’églises qui se profilent sur un fond de montagnes et dominent de grands toits à tuiles

vernissées; un admirable clocher de pierre qui dessine sur le ciel ses hardies ciselures; à gauche, des murs d’enceinte qui rampent sur le flanc d’une colline jusqu’à un vieux château bien ébréché par le temps et les hommes, mais encore de fière apparence; enfin une ceinture de jardins en fleurs et d’arbres fruitiers qui unit la ville à la plaine. Pourquoi passons-nous si vite?

A Reichenbach, nous entrons dans la vallée de la Fils, qui remonte jusqu’au centre de l’Alpe de Souabe, la dernière chaîne qui nous sépare du Danube.

L’Alpe de Souabe, appelée en quelques endroits l’Alpe-Rude, Rauhe-Alp *, a des cimes qui montent à plus de mille mètres au-dessus du niveau de la mer, et sa masse, dans le nordouest, dépasse de mille pieds la plaine du Neckar. C’est, par sa direction, la composition

1 . Le Schwabische- Alp s’étend de la source du Neckar à celle de l’Iaxt, sur une longueur de trente-six lieues et une largeur moyenne de cinq à sept. La partie la plus élevée et la plus sauvage, entre la Laucliart et Za.iningen, porte particulièrement le nom de Raulie-Alp. LeHolienberg y atteint mille vingt-sept mètres et le Hohenzollem neuf cent seize; le Hohen-Neuffeu est presque aussi haut. Burgbuhl, près d’Obernheim, à neuf cent soixantequinze mètres, est le point le plus élevé où le blé croisse dans l’Alpe, et Burgfelden, à neuf cent seize mètres, en est un des villages situés le plus haut.

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