‹ Causeries de voyageChapitre 29 sur 65 · I. G. Rielil, Cu/tur liistorische Skizzeu · texte numérisé non relu

I. G. Rielil, Cu/tur liistorische Skizzeu

en paix, vivant ou mort. Il fonde des hospices ou des écoles; il cherche à donner du bienêtre par le travail, de la moralité par l’éducation. Il prie en travaillant et adore Dieu en tâchant de se rendre meilleur, en mettant plus près de lui son esprit et son cœur, sursum corda. Cela vaut mieux que de se quereller, de se battre et de s’entre-tuer en son nom, comme on l’a fait si longtemps.

Les deux religions se partagent inégalement la ville qui compte 25 000 catholiques contre 14 000 protestants. Mais par un phénomène que bien des choses expliquent, qui se voyait en France au temps de Louis XIV et qui se voit encore dans la pauvre Irlande par opposition à l’exubérante Angleterre, les grandes fortunes d’Augsbourg sont en des mains hérétiques. La minorité protestante est plus riche que la majorité catholique, elle a même plus d’influence au conseil communal et dans l’administration de la cité.

Il ne reste rien à Augsbourg du moyen âge; c’est à Nuremberg qu’il faut aller chercher le gothique allemand. Une seule habitation féodale subsiste , la maison Imhof; mais hélas! le commerce a percé les gros murs du rez-dechaussée pour y placer des vitrines; et les grandes salles du premier étage, où réson-

ÀUGSBOl RG.

naient les éperons des chevaliers, ne sont plus que des chambres bourgeoises. Le château fort est une maison à louer.

Qu’est aussi devenu le feu de la Saint-Jean, ce bûcher, haut de 95 pieds, autour duquel l’empereur Maximilien , le joyeux « bourgmestre d’Augsbourg » dansa avec la belle Suzanne Neidhart et dont Charles-Quint profita, en 1530, pour faire l’économie d’un bûcher particulier à l’usagè d’un artisan qu’il y fit brûler? Et Michel Perlach, la joie des enfants, grands et petits, d'Augsbourg? Pour lui, il vit encore; mais combien déchu! Chaque année, à la Saint-Michel, il sort de sa tour, vieilli et tremblotant sur ses jambes de bois ; autant de fois l’horloge sonne d’heures, autant de fois, d’une main mal assurée, il plonge faiblement sa lance dans le corps du diable. Comme il était leste, jadis, et vif, et triomphant! Un puissant mécanisme poussait d’une manière invisible l’archange radieux. Aujourd’hui l’on voit la main mercenaire qui lient et fait marcher le pauvre Perlach Michel. Les temps sont bien durs aux vieilles idées et aux vieilles fêles populaires.

« Si nous n’avons plus rien du moyen âge, disent les Augsbourgeois, nous avons beaucoup delà Renaissance, et notre grand arclii-

tectc Elias Holl a dérobé à Venise l'art italien. Sir Robert Peel, d'ailleurs, nous a proclamé la plus belle ville d’Allemagne. » Ce jugement, messieurs, prouve une fois de plus que sir Robert était un grand financier. Quant à votre

Elias Holl, aller à Venise au commencement du dix-huitième siècle, c’était un peu tard. La rue Maximilienne est eu effet bordée de maisons plutôt curieuses que belles, qui , par leur double caractère, montrent bien les deux influences qui sc sont rencontrées ici : elles sont du Nord par leur immense pignon en façade, et du Midi par leurs corniches italiennes, quelquefois môme par des colonnes et des frontons. Ce qui est plus italien encore, c’est l'amour des fresques. Il date de loin et les plus vieilles sont les meilleures. Une d’elles à demi effacée semble fort belle. On en fait d’autres : près de l'hôtel des Trois-Maures on se bâte de badigeonner une façade immense avec toute l’histoire des Fuggers, ces banquiers passés princes; mais elles ont du maniéré, de la lourdeur et un coloris criard que toutes les brumes de la Bavière ne rendront jamais harmonieux.

A l’arsenal, un beau groupe en bronze; dans quelques églises, des grilles en fer curieusement ouvragées et où le marteau a rivalisé de souplesse avec le pinceau du plus délié dessi-

Al CS BOURG.

nateur d’arabesques ; de jolies fontaines: surtout celle d’Hercule terrassant l’hydre de Lerne ; enfin à l’hôtel de ville, des poêles, en terre cuite, superbes de goût, de caprice et d’exécution, voilà les vrais monuments de l’art à Augsbourg.

Le Rathhaus (hôtel de ville) est très-vanté ; c’est peut-être bien à cause d’une salle intérieure , réellement immense , qui est dorée comme un livre du jour de l’an et qu’on appelle la salle d’or ( der goldene saal )? Ce n’est assurément pas pour sa large façade à six ou sept étages, percée de grandes fenêtres à pilastres et surmontée d’un fronton que couronne une pomme de pin en bronze, mais triste, sans saillie et sans style ; encore moins est-ce pour ses dômes écrasés et le beffroi qui l’avoisine, le Perlach Thurm , également coiffé d’une énorme coloquinte.

J’ai enfin le secret de ces clochers qui m’ont intrigué jusqu’ici. Elias Holl et les architectes qui ont semé la Souabe, la Bavière et l’Autriche de ces formes orientales sans les comprendre, ont apporté de Venise toutes les variétés de la coupole byzantine, pointue ou évasée, entière ou coupée soit par tranches soit par moitié, superposée en double et triple rang, ou finissant en un col long et mince qui

porte la girouette ou le paratonnerre. Notre vieux clocher carré, trapu, à pignon élance pyramide bien mieux et se termine par des plans très-inclinés, comme il convient sous un climat de pluie et de neige; de même que la coupole convient sous le soleil torride de l'Orient pour protéger contre lui de larges espaces et assurer de la fraîcheur et de l’ombre à l’intérieur des édifices. Que chez nous-même, au-dessus du sanctuaire , la voûte s’élance plus haute pour donner plus d’espace à la prière, qu elle s’arrondisse en coupole et domine avec grâce et fierté le reste de l’édifice, comme à Saint- Pierre de Rome, aux Invalides de Paris et à Saint-Paul de Londres, rien de mieux. Mais quand elle devient ce quelque chose sans nom qui écrase aux Tuileries de ses pans quadrangulaires le chef-d’œuvre léger et charmant de Philibert Delorme, ou lorsqu’elle surmonte, comme en Allemagne, tant de clochers qui ressemblent à un bilboquet terminé par sa grosse boule, le mince et le léger portant l’épais et le lourd, voilà qui me paraît un contre-sens pour les yeux et pour l'esprit.

Ajoutez que ces dômes de mosquée sont ha bituellement en cuivre brun, en tôle ou en ferblanc, ce qui fait sur les toits toute une chaudronnerie reluisant au soleil.

AUCSBOVRG.

Je ne puis pas quitter Augsbourg sans vous dire que de son grand commerce d’autrefois elle a gardé une cuisine cosmopolite. Le fond d’un bon dîner c’est une dinde de Vérone et au dessert arrivent les pommes du Tyrol, les raisins du Milanais, les vins de France, d’Italie, d’Espagne et de Grèce. Comme il faut en voyage regarder à tout, j’ai lu à l liôtel des Trois-Maures sur la carte du dîner une liste de vins provenant de cent quatre-vingt-douze crus différents, depuis l’Affentbaler, vin badois à 48 kreutzer la bouteille, jusqu'au Schloss- Johannisberg à 9 florins 30 kr., en passant

par les

Haut-Sauterne, château d’Iqueni. . . 5 fl. 48 kr.

Idem., crème de la côte d’Iquem. . . 9 30

Château Margaux (1847), grand vin

vicomte Aguado à G 48

Idem., grand vin de S. Scott. .... 7 48

Champagne, crème Bouzi 4 »

Crémant rosé, oder Crémant blanc

von Moët 4 »

Sillery, non mousseux, Moët .... 4 »

Grand vin de Sillery von , veuve Clic-

quot 4 48

Pujurete (?) de don Abad Romano. . 9 »

Xérès macharnndo de Pedro Domez. 9 »

Tokai (1834), von Molnar 9 »

Constance, Rloete. 5 25

Le Falerne, la gloire de l’ancienne Italie, est

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