‹ Causeries de voyageChapitre 32 sur 65 · M U MC II · texte numérisé non relu

M U MC II

A MUNICH

Les villes nécessaires et les villes artilicielles. — Munich est né (le la querelle d’un duc et d’un évéque. — Le roi Louis. — Un coup de cravache. — Munich à vol d’oiseau. — La vieille ville et la nouvelle ville. — L’architecture : un musée de pastiches pris pour une renaissance. — La Runieshalle et la Bavaria. — La Siegesthor et ses lions. — L’obélisque de bronze et les obélisques de pierre.

Ilya des villes nécessaires, comme Londres, Paris et Rome, comme Lisbonne, Amsterdam et New-York. C’est la géographie et l’histoire qui les ont faites. On n’aurait pu les mettre ailleurs et elles tirent toute leur force d’ellesmêmes. Mais d’autres sont des créations artificielles. Nées d’un caprice ou d’un concours fortuit de circonstances, elles n’ont d’autre raison d’être que de se trouver là où elles sont. Ainsi rien n’appelait une grande ville à la place où Munich s’est élevé, au milieu d’une

maigre plaine qui ne suffit pas à le nourrir, au bord d’une rivière torrentueuse où l’on ne peut faire flotter un bateau. Mais il en est de l’organisme social comme de l’organisme humain, le sang afflue au point où on le provoque à venir. Ces villes forcées , ainsi que disent les agriculteurs d’une plante qui vient hors de sa saison, finissent par croître et s’étendre. Seulement à la maigreur des rameaux, à la pauvreté du feuillage, on voit bien que ces arbres étiolés ne tirent pas du sol qui les porte la sève vigoureuse qui fait les grands chênes.

Munich est uneville doublement, artificielle. Ses ducs en ont fait, malgré sa situation, une capitale, et son roi Louis en a voulu faire une Athènes allemande, quoique les Phidias et les Raphaël n’y courussent pas les rues.

Parlons d’abord de la ville ; nous viendrons ensuite au roi.

Comme le clergé doit regretter le moyen âge ! En ce bienheureux temps un tiers du territoire allemand était domaine d’Eglise. En Bavière, Augsbourg, Passau, Freising appartenaient à leur évêque, avec d’immenses terres tout autour, et il ne restait aux ducs d’autre ville importante que la vieille cité de Ralisbonne. Ils y résidaient, assez, embarrassés d’y bien vivre, attendu la pauvreté de leurs reve-

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nus. Un des meilleurs, alors, était celui qu'on tirait des péages. Par la Bavière passaient toutes les denrées que Venise allait chercher en Orient et que ses marchands conduisaient à Inspruck pour les répandre de là en Allemagne. Par elle passait aussi tout le sel tiré des inépuisables mines du Salzbourg pour la Souabe et la Franconie. Or, les routes d'Inspruck et de Salzbourg à Augsbourg et à Ratisbonne se croisaient sur l’Isar. Mais en quel point ?

L’évêque de Freising voulait que ce point fût chez lui, à Vohring. Il y bâtit un pont; il y établit un marché et un hôtel des monnaies, où les marchands échangeaient leurs pièces étrangères contre celles du pays en laissant, bien entendu, chaque fois au monnayeur, comme au péager,pas mald’écus que l’évêque trouvait excellents quel que fût leur titre.

Le duc se désolait de voir cette bonne aubaine tomber aux mains de l’Eglise, et, chef du pays, il n’osait pas trop user d’une ressource alors fort employée, rançonner ou piller les marchands sur la route. Il imagina de faire concurrence à l’évêque : il jeta un pont, un peu plus haut sur l’Isar, en un endroit où l’on trouve encore des l’estes de constructions et de sépultures romaines. Des moines y avaient

déjà un couvent, ce qui faisait appeler le lieu Monachium *. Il y établit un bureau de change et un marché. Mais on ne sait à quelle époque ni sous quel duc cela se passait.

Au milieu du douzième siècle la couronne ducale était sur la tête d’un des plus puissants princes du temps et un des moins endurants, Henri le Lion, duc de Bavière, de Saxe et de Toscane. Il avait de grands besoins; il se dit que son trésor se remplirait bien plus vite si le pont de Vohring n’existait plus, et un beau jour il s’en alla le brûler. L’évêque était oncle de l’empereur ; on écouta ses réclamations, et il intervint une sentence arbitrale qui laissa au fond de l’eau le pont de l’évêque, mais attribua à celui-ci un tiers des revenus du pont ducal. Ce jugement est de l’année 1158, et c’est le plus ancien document où se trouve le nom de Munich désignant un lieu habité. Le duc y

1. Monachium, d’où nous avons fait Munich , comme les Allemands ont fait München de Mouche, qui signifie moines. Wesseling, danssou Itinéraire <F Antonin, p. 236, met sur l’emplacement de Munich une station romaine du nom de Zsunisca, dont on croit avoir suivi les diverses transformations : vers 780, Sunihinga; plus tard, Munirihinga et Munihha . Le monastère de Wessobrunu possédait des terres en cet endroit dés l’année 900, et nous avons un document où l'abbé de Tegernsée et l’église de Freising se disputent la dîmedes terres à Gmnnd, Vohring et Munich.

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perdit quelque argent, mais Munich y gagna de rester seul en possession du passage. Son pont et son marché attirèrent le commerce, et le village monacal devint un gros bourg.

Voilà donc l’Athènes moderne, puisqu’il faut, dit-on, la nommer ainsi, qui naquit d’une querelle entre un duc et un évêque, comme l’autre, la véritable, était née d’une querelle entre deux divinités, Neptune et Minerve. C’est un trait de ressemblance que je livre aux poètes de la Ludwigsstrasse.

Avec tout cela, Munich pouvait rester obscur. Une autre circonstance acheva sa fortune.

Quand la grande maison ducale des Welfs s’écroula, Ratisbonne rejeta le coûteux honneur d’être la capitale du duché, et se fit cité impériale, ce qui voulait dire ville libre et république à peu près souveraine. Les ducs se résignèrent à résider là où il ne se trouvait ni évêque pour leur disputer le pas, ni bourgeois pour leur fermer la porte au nez. Us vinrent à Munich. Un d’eux nommé empereur, Louis V, lui accorda des privilèges et y éleva des constructions qu’on voit encore. Aussi ce pauvre césar, qui fait dans l’histoire assez triste figure, y est-il célébré, en vers et en prose, à l’huile et à la détrempe, comme un grand homme.

Sigismond y fonda vers 1488 sa lourde cathédrale ; Guillaume 111, un palais qu’il mit à côté du couvent des Jésuites, pour être plus près de ces bons Pères, et par derrière, comme il convenait à un prince du seizième siècle de s’effacer devant ces puissants personnages ; Maximilien l'r, celui de la guerre de Trente ans, bâtit la Résidence ; Maximilien IV, le faubourg qui porte son nom et où son fils le roi Louis a élevé tous ces édifices dont Munich est si fier, qu’il a décorés de colonnes, de frontons et de statues, mais aussi de fort vilains noms, la Glyptothèque, la Pinacothèque *, etc.

C’est une curieuse histoire que celle de ce roi Louis : amoureux d’art, de poésie, de musique, il chercha le beau sous toutes les formes ; il l’étudia à Rome et dans les coulissés de l’Opéra ; il couvrit Munich de monuments et Lolla Montés d’une couronne comtale. Il fit des vers, des comédies, des chemins de fer et des canaux, surtout des temples grecs. Il fil même une révolution, ou du moins la laissa faire, abdiqua en faveur de son fils, et, comme un autre vert galant de notre histoire, est

t . Il y a pourtant une Pinacoteca à Bologne, et nous sommes habitués au mot de bibliothèque, qui est de même formation.

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resté, malgré toutes ses fredaines, très-populaire. Munich rafl’ole de lui et trouve que son nouveau roi est trop sage.

C’est que tant qu’il fut là ou tailla la pierre, on coula le bronze et on broya de la couleur à Munich comme il ne s’était jamais vu dans aucune ville du monde. Sa liste civile dépassait à peine six millions de francs ; mais il usa de tant d’économie dans ses autres dépenses, une seule exceptée, disent les mauvaises langues, celle qui amenait souvent un nouveau portrait dans une galerie déjà longue; il mit tant d’ordre dans ses comptes et de surveillance personnelle, dans les travaux 1 ; il eut si peu d’administrateurs et tant de bons ouvriers qu’il vint à bout en vingt-trois années de règne de transformer sa capitale. Les princes, les grands seigneurs qui sont encore nombreux et

1 . Un de mes amis visitait l’église Saint-Louis et était monté sur les échafauds, lorsqu’on frappa à la porte. C’était le roi qui venait tout seul voir les ouvriers, les artistes et les travaux. Chaque semaine, il contrôlait l’état des dépenses et ordonnançait le payement des sommes dues. Pour simplifier les rouages, les architectes étaient en même temps les administrateurs. Us choisissaient les entrepreneurs sur soumissions cachetées, et ils traitaient de gré à gré avec les sculpteurs et les peintres. Le roi n’arrivait qu’eusuite pour les gratifications.

riches en Bavière, le corps municipal et les particuliers firent comme le roi.

Tout le monde était content. Les ouvriers avaient de la besogne à faire, les bourgeois des chefs-d’œuvre à admirer. D’abord, étonnés de ce remue-ménage dans leur ville endormie, ils y avaient pris goût. Chaque matin on courait voir la nouvelle peinture ou le basrelief nouveau. Et en face de si belles choses on se répétait que la Bavière ne devait plus envier à Berlin le bonheur d’avoir les soldats les mieux alignés de l’Allemagne, à Vienne les diplomates les plus habiles sur la question de l’équilibre des corps. Si l’on n’était pas les premiers dans la guerre ni dans la politique, on l’était dans l’art, ce qui valait mieux. Aussi, comme on portait haut la tête : il n’y avait pas un citoyen de Munich passant sous la porte de l’Isar qui ne baissât le front, de peur de se heurter aux créneaux.

Et le roi Louis se frottait les mains. Sa ville s’embellissait. D’un bout à l’autre les uns y faisaient de l’art, les autres en discutaient : foin de la politique ! 11 vivait à sa guise, le bon roi, et ses sujets vivaient à la sienne.

Une ballerine renversa à coups de cravache cette bonne entente.

Vous savez, le reste. Aujourd’hui les grands

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artistes sont morts comme Schwanthaler et Klenze, ou sont partis comme Cornélius. On songe bien plus à quêter pour Rome qu’à dépenser pour l’art ; on oublie l’ogive et l'arc en plein cintre pour rayer des canons et carabiner des fusils ; on voudrait rendre à l’Autriche le service d’occuper pour elle ce Tyrol que nous leur avions donné, les ingrats, qu’ils regrettent toujours, parce qu’il finirait si bien leur frontière du sud, en l’appuyant aux grandes Alpes, et que peut-être ils espèrent recouvrer ainsi.

De ces préoccupations nouvelles il résulte qu’on travaille beaucoup moins ; pourtant on achève lentement ce qui a été commencé, c’est un reste de l’élan donné ; mais la vie n’y est plus, on s’endort dans la contemplation des merveilles écloses il y a trente ans. J’ai couru toutes les librairies pour trouver une publication d’art, et n’ai vu que deux ou trois mauvais albums.

Voilà bien longtemps que je vofs retiens dans l’histoire de Munich. Allons regarder dans la ville.

Selon mon habitude et afin de prendre plus vite mes directions, je montai d’abord sur la plus haute tour, celle de la Pfarrkirche zu S. -Peter, où le roi Louis, par parenthèse,

aurait bien dû faire passer ses maçons, tant elle est délabrée ; il est vrai que c’est la plus ancienne église de la ville. De là on reconnaît aisément la ligne des fortifications d’autrefois et par conséquent le vieux Munich. Il avait la forme d’un cercle tangent au fleuve par le point où se trouvait le pont qui fit sa fortune; de tous les autres côtés il s’en éloignait pour éviter les marécages de la rive. Le cercle est même double, car on peut suivre une seconde ligne concentrique à la première, qui doit marquer une plus ancienne enceinte1. Saint- Pierre et la Schrannenplatz , bâtie par l’empereur Louis au commencement du quatorzième siècle, sont au centre ; la Frauenkirche (Notre- Dame), sur la première circonférence ; la Résidence, sur la seconde. Au delà sont les faubourgs: au nord, ceux de Max, où se trouvent presque toutes les constructions nouvelles, et le Beau-Champ ( Schonfeld ), qui renferme un grand jardin anglais ; la Ludwigsstrasse ou rue de Lo»is est entre les deux. Au sud-ouest, celui de Louis, avec la Theresien-Weise , vaste prairie au bout de laquelle se dresse la Bavana; le long du fleuve, ceux de l’Isar et de

1. J’ai vu, en effet, depuis, un plau de Munich, vers l’an 1300, qui place la première enceinte sur cette ligne.

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Sainte-Anne; sur l’autre bord, Haidhausen et le faubourg d’Au avec la belle église ogivale de Notre-Dame, de Bon-Secours. Derrière les dernières maisons une plaine monotone et triste ; dans le lointain, à quinze ou vingt lieues dans le sud et le sud-est, les alpes du Salzbourg et du Tyrol, sur lesquelles je ne vis point de neige et qui, à cette distance, manquaient de grandeur. Les montagnes ont , comme les tableaux, leur point de perspective ; il faut les voir d’assez près pour qu’elles apparaissent dans leur majesté.

Un jour, à Dijon, j’ai cru voir, à soixante lieues de distance, le Mont-Blanc, et je ne trouvai d’autre cliarme à cette vue que de pouvoir me dire : « La plus haute montagne de l’Europe est là. » Je l’ai vu de plus près, du signal d’Aubonne; c’était bien le roi des Alpes. Mais à Chamouni, à la croix de Flegère, en face de la mer de glace, quand il se dresse soudainement du fond de la vallée, à une hauteur de dix mille pieds, c’est la jdIus belle montagne de la terre et le trône de i Eternel 1 .

t. Pas une montagne du globe n’a une bailleur relative aussi grande que le Mont-Blanc. L’Himalaya est donlile de hauteur, mais on arrive à ses sommets par une série d’étages et par des vallées successives, qui ne produisent pas l’effet de cette gigantesque muraille pres-

Si Munich est trop loin des hautes montagnes pour qu'on y ail des vues alpestres, il en est assez rapproché pour que les vents qui en viennent le glacent. Je grelottais sur ma tour, en plein mois d’aoùt 1 , et mou premier soin, quând j’eus descendu l’escalier branlant de Saint-Pierre, fut d’acheter un de ces grands châles que les Anglais, gens fort avisés en confort, ont toujours avec eux.

Dans les rues, je fus étonné de trouver une population d’apparence si peu germanique. Le soleil italien ne passe pas les monts, mais beaucoup de choses de l’Italie les franchissent. A Munich, le type allemand est italianisé. La taille est moyenne, les cheveux blonds sont rares et nombre de boutiques portent des noms transalpins. Dans les vieilles églises, celles du peuple, qui ne sont jamais désertes, tandis que les neuves n’ont personne, les saints sont dorés et les Vierges couvertes de brillants oripeaux. J’aperçus dans une chapelle

que à pie que forme le Mont-Blanc au-dessus de Chamouui. Les grandes alpes du Tyrol, le pic des Trois- Seigneurs et le Grand-Glockner sont à cent trente et à cent cinquante kilomètres à vol d’oiseau de Munich.

I. Le 19 mai 1861, il est tombé de la neige à Munich ; le thermomètre n’était qu’à un demi-degré audessus de zéro.

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des paysans assis sur un banc et qui regardaient, je crois, un Crucifiement ; je m’approchai pour mieux voir leur costume un peu étrange et je reconnus des statues peintes. A la Mariensaule , j’ai toujours trouvé des femmes et des hommes agenouillés en pleine rue et priant. C’étaient autant de signes annonçant que les arts italiens devaient être venus s’établir ici.

Dans le vieux Munich on ne les rencontre guère. Il ressemble à toutes les vieilles cités. Les rues n’y sont point larges et les maisons se serrent les unes contre les autres, comme faisaient les bourgeois du bon vieux temps toujours si menacés et si inquiets que par prudence ils occupaient le moins de place possible. Aucun édifice remarquable. Le moyen âge et la Renaissance n’ont rien laissé de curieux. Saint-Pierre est fort laid ; à Notre- Dame, on voit une masse informe de briques rouges dont le temps a rongé les arêtes, et deux tours coiffées d’une affreuse coupole de cuivre; sur la Schrannenplatz, la Mariensaule, colonne de marbre rouge surmontée d’une statue en bronze de la Vierge, avec quatre génies aux angles du piédestal qui combattent une vipère, un basilic, un lion et un dragon. Ces quatre animaux malfaisants représentent

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le protestantisme. L’électeur Maximilien se vengeait avec un peu de marbre et de bronze des Luthériens qui l’avaient si bien battu.

Tout cela ce n’est pas de l’art. On voit bien à la Vieille-Résidence une fontaine de bronze d’une jolie ordonnance et la cour de Rocaille ne manque point d’une certaine grâce ; les deux entrées ont du caractère ; enfin le portail de Saint-Michel, malgré sa froideur et sa tristesse, a de l’élégance dans ses lignes et du goût dans ses détails. Mais ces jolies choses ne suffisent pas à faire la réputation d’une capitale. Aussi, je me disais, en gagnant le faubourg Max, que j’allais être dédommagé ; qu’une ville où depuis vingt-cinq ans on a exécuté plusieurs kilomètres de peinture*, tout un peuple de statues, je ne sais combien d’églises et de palais, de portes triomphales et de musées, où la brique, la pierre, le marbre, le bronze, même le grès, ont été remués avec amour et entassés avec profusion, allait me montrer enfin un art nouveau ; que grâce à Munich et au roi Louis, à Cornélius, àSchwanthaler, à Ivlenze, à Schnorr et à Hess, un grand siècle serait dorénavant ajouté dans la mémoire

I . Les treize loges de la Pinacothèque, peintes par Cornélius, ou sur ses dessins, présentent à elles seules une surface de plus de six mille pieds carrés.

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et la reconnaissance des hommes aux siècles de Léon X, d’Auguste et de Périclès. On le dit très-haut à Munich, on le croit très-fermement en Allemagne, et en France quelquesuns tiennent pour une vérité qu’au bord de l’Isar on a vu le réveil radieux de la muse et une seconde Renaissance.

Hélas! le Phénix n'est pas rené de ses cendres. Je vis des choses charmantes, comme Notre-Dame de Bon-Secours, avec ses vitraux splendides et ce mélange de la brique et de la pierre qui est d’un si délicieux effet; quelquesunes d’aspect imposant, comme la basilique de Saint-Boniface, qui frappe tout le monde, même ceux qui ne pensent pas que la maison du Dieu des pauvres doive être de marbre et d’or; mais partout je trouvai des réminiscences et nulle part de l’invention. L’art à Munich est comme celui qui en fut quelque temps le pontife, Cornélius, bien plus érudit qu’il n’est créateur. Dans la grande page du jugement dernier , à l’église Saint-Louis , M. Th. Gautier retrouvait ici un ange, là un démon, ailleurs un groupe, un raccourci, un mouvement qu’il avait vus à Rome ou à Pise, à Florence ou à Anvers et qui appartiennent à Michel-Ange et à Rubens, à Orcagna et à Signorelli. En regardant bien les édifices on peut

ainsi leur mettre à tous, au front, une date et un nom. Munich est un charmant musée de pastiches .

La Siegesthor est la copie de l’arc de Constantin à Rome, et la basilique de Saint-Boniface, une réduction de Saint-Paul hors des murs. '

L’église Saint-Louis et la nouvelle chapelle de la cour appartiennent au style byzantin, et Sainte-Marie de Bon-Secours au pur ogival.

Au palais Wittelsbach on a copié le quatorzième et le quinzième siècle.

La Nouvelle-Résidence est le palais Pitti, et le ministère des mines, la Loggia de’Lanzi.

On retrouve le moyen âge italien dans l’Institut des aveugles et à la Bibliothèque royale, la Renaissance dans les palais du duc Maximilien et du prince Charles.

On dirait que Palladio où quelque artiste de Venise a élevé le palais des Salles de fête , et l’Hôtel de la guerre, la Salle des maréchaux ( Feldherren halle ) viennent tout droit de Florence.

Je ne me plains pas qu’on ait fait toutes ces copies. Je félicite Munich de les avoir et je voudrais bien que Paris les possédât, parce que, à reconstruire et à voir ces belles choses, des talents se forment, et qu’un tel milieu est

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trop favorable aux artistes pour ne l'être pas aussi à l’art. Le roi Louis a donc bien rempli sa tâche de roi en donnant de si grandes facilités au talent de se produire. Les architectes ont-ils aussi bien accompli la leur? Il y a dans les détails du goût, de l’esprit, de l’invention même. L’ordonnance intérieure, la distribution des salles et des jours, dans les musées de Munich , devront être étudiées chaque fois qu'on voudra construire ailleurs des édifices analogues. Mais la conception de l’ensemble à qui revient-elle, et l’art nouveau où est-il?

Je sais bien que les Grecs, les Romains et les Arabes ont depuis longtemps trouvé toutes les lettres de l’alphabet avec lequel l’artiste doit écrire son poëme de pierre, je veux dire les éléments de l’art architectural. Mais si le nombre de ces éléments est nécessairement borné, les combinaisons auxquelles ils se prêtent sont innombrables. On croyait avoir tout épuisé, quand deux arcs romains se coupant ont donné l’ogive, quand dix colonnes grecques accouplées ont fourni les piliers à la fois puissants et légers de nos cathédrales ;et la Renaissance jetant au milieu de tous les styles son caprice contenu, sa fantaisie réglée, son imagination élégante et vive, répandit sur

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loulcs les \ieilles clioses le souille créaleur. Un art charmant approprié à nos climats et à nos mœurs en naquit. Pourquoi la gracieuse fleur s'est-elle fanée si vite? Ni Klense, ni Gartner, ni Ziehlantl ne l’ont retrouvée*.

Ajoutez que ces monuments de l’Italie et de la Grèce ont froid sous le ciel inclément de Munich, dont la température moyenne est celle de Stockholm, car il y a un rapport nécessaire que l’art ne peut impunément méconnaître entre l’architecture d'un pays et son climat ; ajoutez encore que le sol plat où ils se trouvent les empêche de se dominer réciproquement et de former comme à Athènes,

1. Klenze a construit la Rühmeshalle ou Temple de la gloire, la nouvelle chapelle de la cour, la Nouvelle- Hésidence, la Glyptothèque, les palais Max et Leuchtenherg, l’obélisque de la Carolinenplatz; Gartner, la Salle îles fêtes, lTsarthor, la Sii-gesthor, la Bibliothèque, l’église Saint-Louis, le palais Wittelshach ; Zichlnnd,Saintlioniface; Ohlmuller, Notre-Dame de Bon-Secours.

Un architecte français, M. Lusson, qui admire beaucoup le roi Louis et Munich, est cependant forcé d'avouer « que la plupart de ces monuments sont des imitations et que l’artiste n’y voit le plus souvent que l’inexpérience d’une jeune école qui mélange les styles ou les applique parfois sans discernement. » (Souvenirs d'un vmrage à Munich, p. 77.) « A Munich, continue notre urchitecte, la peinture et la sculpture sont plus avancés que l’architecture. » Mais un peintre dira peut-être que les monuments y sont bien supérieurs aux tableaux.

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à Rome et à Paris même, ces belles masses pittoresques où la valeur de chaque partie est doublée par celle de l’ensemble; qu’enfin, jetés au hasard dans une campagne dont la ville n’a pas encore pris pleinement possession, il y a autour d’eux ce silence qui convient aux ruines , mais non aux édilices nouveaux vers lesquels on veut attirer la foule. La Ludwigsstra'sse, voie monumentale , entre un arc de triomphe et un palais de roi, est un désert qui ne devient une rue qu’à son extrémité où elle se confond avec la vieille ville. Pour animer ce vaste espace il faudrait y faire descendre et vivre tout le peuple muet des fresques.

West-End, à Londres, est aussi sans mouvement et sans bruit. Mais c’est le silence commandé par une riche et puissante aristocratie qui a voulu éloigner d’elle le tumulte importun de l’industrie et du commerce; si le noble quartier étale une froide magnificence, il n’en est pas moins très-habité; d’ailleurs, la Cité est à deux pas et l’esprit se plaît aux contrastes. Mais les palais qui bordent la Ludwigsstrasse sont pour la plupart des constructions administratives1. I! n’y entre et n’en sort

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