DE RAT1SBONNE A PASSAU
Les ruines et la sombre fiancée. — Un paysan du Danube. — Straubing, Agnès Bernauer et une reine d’Égypte. — Les pèlerins du Danube et Satan. — Holienlinden. — Le pont du Dampschiff,
En retournant à l’hôtel pour y faire cette fois une bonne nuit, je me disais : « Décidément, j’ai perdu ma journée.... *> et vous, mon cher ami , vous faites comme moi , en examinant le maigre butin que j’ai emporté de Ratisbonne.
Comme on m’en avait averti, avant quatre heures du matin, un bourreau de garçon.d’hôtel me réveilla pour partir à cinq. Le beau temps était revenu, la lune était magnifique et les étoiles brillaient encore. J’avais compté économiser une demi-heure sur le temps qu’on me laissait, pour faire une dernière course au pont et dans le grand faubourg de Stadt-am-
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Hof ; mais comme il est bien difficile d’aller vite avec des gens que l’on ne comprend guère et qui vous entendent encore moins, je perds mon heure en allées et venues du bureau de police au bateau. Ce n’est pourtant pas qu'on n’ait bien simplifié les choses. Jusqu’au 16 mars 1857, il était presque aussi difficile d’entrer et de circuler en Autriche que dans le Céleste Empire. Voyez plutôt l’énumération des formalités alors requises :
« Il faut, disait M. Marmier (Du Rhin au Nil), dans chaque ville qu’un nouveau visa soit appliqué à votre passe-port; dans chaque ville encore, on vous présente, dès votre entrée à l’hôtel, une pancarte en trois langues qui renferme un long interrogatoire. La police veut savoir non-seulement votre nom, votre état, mais quelle est votre religion, et si vous êtes veuf, célibataire ou marié, deux questions qui, aux yeux de nos compatriotes, paraissent fort indiscrètes. Lorsque enfin vous avez satisfait à toutes ces injonctions, s’il vous plaît de partir, ce n’est pas fini. Votre passe-port, embelli d’un douzième parafe et d’une douzième tête d’aigle, n’est qu’une pièce justificative; il vous faut de plus uu petit billet spécial qui fixe le jour de votre départ, le lieu ou vous allez. Sans cette pièce officielle, impossible de retenir
CAUSEKIES DE VOYAGE.
une place, soit à la poste, soit sur un chemin de fer ou sur un bateau à vapeur. » Voilà à quoi j’échappais; je remercie le ciel de n’être venu en Autriche que depuis ce bienheureux jour du 16 mars 1857, que j'inscrivis sur mes tablettes en grandes majuscules. J’ai, en effet, traversé l’empire de part en part, et l’on ne m’a demandé mon passe-port que deux fois, à la frontière et à Vienne.
Enfin tout se termine, me voilà à bord. La lune a pâli : le jour est venu, et le soleil va bientôt se montrer au-dessus des montagnes; nous partons. Dans quatorze heures nous serons à Lintz.
Au-dessous de Ratisbonue, les collines qui vont rejoindre le Bohmerwald sont toujours en vue. A droite, une plaine fertile qui n’a de beauté que pour son propriétaire; à gauche, beaucoup moins de revenus, ipais de molles ondulations de terrains qui portent des forêts, des villages, et envoient de temps en temps un promontoire dans le fleuve. Sur une de ces hauteurs, qui domine le village de Donaustauf, j’aperçois la résidence d’été des princes de Thurn et Taxis, et les restes d’un vieux château des évêques de Ratisbonne. C’est Bernard "de Weyuiar qui , durant la guerre de Trente ans, eu éventra les tours avec