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fait resplendir comme la neige des glaciers, et qui seraient bien, ceux-là, le trône d’un immortel.
Nous venions de traverser un de ces brouillards très- fréquents sur leDanube, qui causent beaucoup de sinistres et entravent la navigation, bien plus que les écueils et les bancs de sable cachés sous les eaux.
Le soleil revenu, nous marchons vite, mais nous n’avançons point, parce que le Danube fait, en cet endroit, de fréquents détours. Je ne m’en plains pas : j’aime la ligne droite dans la vie, pas du tout dans le paysage. Trois cents lieues de chemin de fer m’ont d’ailleurs saturé de géométrie.
Ces courbes du fleuve ne sont pas seulement élégantes, elle font varier sans cesse le point de vue, et les mêmes sites se montrent sous les aspects les plus divers. Nous voyons une ruine dont nous faisons ainsi presque le tour. Vingt fois Straubing apparaît à tous les points de l’horizon , même derrière nous, avant que nous passions devant ses murs. Aussi les gens du pays disent-ils : « De Ratisbonne à Straubing, il n’y a pas moyen de s’égarer ni d’arriver. »
Straubing est célèbre par la mort tragique de la belle Agnès Bernauer, fille d’un petit
bourgeois d’Augsbourg. Un fils du duc de Bavière l’avait épousée en secret; le père, irrité de ce mariage disproportionné, accusa Agnès de sorcellerie et la fit précipiter du haut du pont de Straubing dans le Danube. Comme elle surnageait et que le flot la portait à la rive, le bourreau la saisit par ses longs cheveux et lui tint la tête au fond de l’eau jusqu’à ce qu’elle fût noyée.
Je ne vous parlerais pas de cette aventure, dont vous trouverez le récit partout, si elle ne venait de faire commettre un de ces méfaits archéologiques auxquels se laissent parfois aller l’érudition allemande et la nôtre. La Gazette de Cologne racontait dernièrement que des pêcheurs avaient trouvé dans le Danube, près de Straubing, une épée portant l’inscription : Anno Domini 1303. La catastrophe d’Agnès était postérieure de près d’un siècle et demi, en 1436, et la pauvre enfant n’avait pas été frappée de l’épée. On n’en conclut pas moins que cette vieille ferraille était l’épée d'Emeran Kæsberger de Kalmherg, qui avait joué un rôle dans le procès, et elle vient d’être ou sera solennellement donnée au Musée germanique de Nurenberg.
Que de choses dans nos croyances d’érudits et d’artistes ont des attributions équivoques, et
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comme nos collections auraient besoin de ce savant et terrible abbé « le dénicheur de saints » qui trouvait tant de suppôts du diable en des personnages pieusement révérés! Par contre, si l’archéologie met certaines choses trop haut, elle en laisse tomber d’autres trop bas. Un jour, je trouvai à la porte d’un épicier la momie d’une reine d’Egypte. Je demandai ce qu’elle faisait là. « Mais j’en fais de l’encre de Chine. » me dit l’industriel. Ayez donc été la beauté, la grâce, la puissance, l’amour, pour finir par là !
Ce qui me rappelle cette fin lamentable, c’est l’Isar, que j’avais vu naître à peu près à Munich, et que je viens de voir se perdre dans le Danube, au-dessous de Straubing. Le pauvre petit fleuve, qui, à Munich, est tout turbulent et tapageur, fait là si triste figure, que sans le guide , je l’aurais pris pour un marais honteux qui se cachait à demi sous les saules. Il faut être vraiment grand pour disparaître de la scène avec éclat, et encore combien de grandeurs de ce monde, hommes ou choses, qui meurent misérablement !... le Rhin et le Rhône n’ont pas d’eau à leur embouchure.
Je n’avance guère : c’est que notre bateau ne va pas vite. Nous contournons une plaine fort riche, le grenier d’abondance de la Ba-
vière, dont Straubing est l’entrepôt. Or vous savez par notre Beauce, que pour un pays, richesse ne veut pas dire beauté. Il arrive donc que j’ai beau regarder, je ne trouve rien à vous conter, et que je suis réduit à faire comme le Danube, en l’endroit où nous sommes, de longs détours.
Au-dessous de Straubing, le paysage se dessine mieux, par places. Sur la rive gauche, la petite ville de Deggendorf se présente dans un site délicieux. Le Danube y a douze cents pieds de large, et un pont de bois à vingt-six ouvertures en réunit les deux rives. Chaque année, avant la débâcle des glaces, on l’enlève. Il y a quarante ans, on était occupé à cette besogne, quand la débâcle se produisit si soudainement, qu’elle brisa les arches des deux bords. Le milieu du pont fut emporté avec trente hommes qui y travaillaient. Us semblaient perdus; mais les glaces repoussèrent peu à peu l’épave vers la terre, et une demi-lieue plus bas ils purent s’en tirer. Je ne sais si je me trompe, mais je vois, au moment où nous passons, travailler beaucoup à ce pont, et il me semble qu’on veut le reconstruire en pierre, chose rare sur le Danube.
Rien de curieux à noter tout le long de cette route, si ce n’est des usages, des traditions