‹ Causeries du dimancheChapitre 12 sur 39 · LE RIRE DES HOMMES · texte numérisé non relu

LE RIRE DES HOMMES

Comment ne' pas causer de ce dont tout le monde parle ? — Comment ne pas dire un mot de cette guerre gigantesque qui ébranle l'Europe jusqu'en ses fondements? — Comment ne pas se prosterner devant les décrets éternels de la justice de Dieu, précipitant Tune contre l'autre, pour les châtier, les deux plus fortes nations de l'univers ?

Terrible fîéau que la guerre, mais fléau nécessaire I Loi désastreuse mais divine, que les congrès de la paix sont impuissants à réformer, parce qu'ils sont impuissants à bannir le mal qui en est la cause !

Châtiment effrayant dont les effets font frémir, mais châtiment salutaire qui ramène à Dieu les nations égarées !

Pauvre mère-patrie ! Combien elle est humiliée ! Ce qui m'afflige, ce n*est pas sa défaite : la défaite est parfois bien glorieuse. Ce qui m'accable, c'est de penser qu'elle est châtiée et qu'elle l'a bien mérité !

Dieu l'avait faite grande et belle parce qu'elle était la fille aînée- de son épouse terrestre. Mais elle a déserté la maison maternelle ! Elle a choisi pour mère une marâtre qui s'appelle la Liberté, et cette infâme l'a pervertie ! Pour se rendre agréable h la Liberté, elle a flatté la Révolution qui veut s'affranchir de toutes lois divines et humaines ! Elle a prêté une oreille complaisante aux écrivains et aux philosophes qui veulent supprimer Dieu ! Que dis-je ? Elle les a applaudis et décorés !

Parce que Dieu laissait faire, elle croyait qu'il dormait ! Parce qu'il écoutait patiemment ses blasphèmes, ses impiétés, ses reniements, elle en était venue à penser qu'il n'existait plus ! Parce qu'il gardait le silence, en creusant l'abîme de douleurs où il doit la purifier, elle travaillait h lui creuser sa fosse ! cruelle déception ! C'est elle qui était endormie, et s'est éveillée trop tard!

Ne dis plus, o Jacob,. que Ion Seigneur sommeille.

Hélas ! Oui, la France est châtiée, et ceux qui ne voient pas au-dessus de ce qui se passe la main mystérieuse que Balthasar entrevit dans un festin, ne

connaissent pas le premier mot de la philosophie de riiisloire. Dans notre pays pourtant si catholique, il s'est rencontré des journaux que Thahitude de ne voir la Providence nulle part a aveugles au point qu'ils n'aperçoivent pas la main vengeresse qui s'appesantit sur la France.

Si vous leur dites que cette nation est coupable et qu'elle expie ses fautes, ils répondront en se moquant que vous avez des visions apocalyptiques ; et ils vous opposeront ce lin argument : M. Louis Veuillot a déclaré que la Prusse est le péché de l'Europe ; or la Providence n'a pu prendre parti pour le péché.

plaisanteri

La pire des choses après la guerre, c'est la plaisanterie, et je crois que l'une des fins de la première, c'est bien souvent de punir la seconde. Il y a longtemps que la France plaisante. Il y a longtemps que Paris se moque. Le rire de Paris était devenu épileptique, et il se changeait en grimace. Il avait des éclats qui retentissaient jusqu'aux extrémités du monde. Rien n'était exempt de ses quolibets et de ses lazzis : il riait des lois, il riait de l'homme, il riait de Dieu ! Rire satanique et devenu inextinguible !

11 fallait mettre un terme à ce mal contagieux, et je crois que Dieu l'a guéri. Paris ne semble plus avoir envie de plaisanter maintenant. Ditïîcile de rire quand on s'appelle Paris, et quand on ne peut plus allonger la tête au-dessus des ramparts sans apercevoir les fusils prussiens ! Difficile de plaisanter, quand au, lieu de Thérésa^ on entend chanter la mitrailleuse

prussienne, et quand un orchestre de quatre cent mille musiciens a remplacé celui de la Belle Hélène ! Paris voulait des drames nouveaux et des féeries nouvelles. Paris regrettait les cirques fameux des empereurs romains, et il allait demander des combats de gladiateurs pour amuser son peuple ! Que ce peuple soit satisfait : le plus grand des acteurs. Dieu, vient de faire son apparition dans ses murs, et le drame qui s'annonce fera pâlir toutes les féeries du XIXème siècle. Paris lui-même est transformé en un cirque immense dont les murailles sont les gradins, et ses portes céderont bientôt sous la multitude des gladiateurs !

Chateaubriand a dit : Les larmes sont mères des vertus ! Il est aussi vrai de dire que le rire est le père des vices.

La France était sérieuse et grande dans la première moitié du siècle de Louis XIV. Mais le bel esprit vint trop tôt mêler ses saillies aux œuvres sérieuses des grands écrivains, et quand la France s'abandonna entièrement au rire grivois de Molière et de La Fontaine, Dieu Taccabla de revers qui firent couler bien des larmes.

Au rire de Molière, qui ne s'attaquait qu'aux mœurs, succéda le rire sataniquc de Voltaire, qui nia la divinité du Christ et de sa sainte religion. Ce fut comme un incendie qui se communiqua à toute la FrartCCj et pour l'éteindre, il fallut une mer de sang : la Ilévolution Française !

Ltl Pi'ahce mbdcrtic est fille de Voltaire, et Bon (♦Irti e»*( tHôîUé eolMtlIè iiHë éfîunie jtiR<pi\iU {t(^m

(le Dieu. Comme Voltaire, auquel elle vient d'élever honteusement une statue, elle s'est dressée en face (lu Christ et elle lui a dit : ** Tu n'es pas Dieu ! " A l'exemple des valets du prétoire, elle l'a bafoué, iMiliculisé, injurié, et elle s'est moquée de ses leçons v\ de sa doctrine. Il faut que ce rire se change eu larmes, et que ces larmes enfantent des vertus.

Il faut bien le reconnaître : la France actuelle est déchue pour s'être trop abandonnée à la folie du plaisir. Ses journaux, ses romans, ses théâtres, ses féeries l'ont trop amusée. La joie et les orgies ont absorbé le temps consacré à l'étude et au travail. Aussi, la décadence n'esl-elle pas seulement dans les mivurs ; elle est dans les lettres, dans les arts et dans les sciences : je parle ici de l'école l(firC'pvnsrf(si\ et non de l'école catholique. Ses philosophes sont des plagiaires qui rééditent des vieilleries ; ses orateurs sont pour la plupart des phraseurs sans science véritable ; ses poêles, y compris Victor Hugo, sont dos rêveurs excentriques qui substituent le sou à Tidée ; ses hommes politiques trahissent rignorance la plus grossière en niant l'intorvention de Dieu dans les destinées des peuples. Ouant à Tari militaire, le seul dont on ignorait la déchéance, on s;iit maintenant ce qu'il est devenu dans la France des Henan, des Hochefort et des Olfonbach.

De l^onald a dit: ** La France est, depuis Charlemague, le centre du monde civilisé, le point autour duquel tourne le système social de TEurope. " Rien u\>i plus vrai, et c'est pourquoi la Franco est plu*

coupable, et doit porter la peine de l'égarement de TEurope.

Paris est sans contredit la capitale de la civilisation; mais, malheureusement, elle est aussi la capitale de Tempire de Satan en ce monde. C'est là que l'enfer a dressé des batteries qui vomissent la mort dans toutes les parties du globe. Il faut que Paris redevienne la ville de sainte Geneviève, s'il veut faire reculer le nouvel Attila qui le menace. Mais s'il veut continuer à chanter, c'est la bonne occasion pour lui de répéter ce refrain de la Belle Hélène :

Bon ! la foudre gronde Et voilà le monde Tout interloqué !

Ce coup de tonnerre Annonce à la terre Un communiqué !

Le communiqué a été entendu d'un bout du monde à l'autre. N'y aura-t-il que la France qui ne l'entendra pas? Nous en avons la ferme espérance, le peuple français ouvrira les yeux. Il se rappellera ce que l'illustre Joseph de Maistre a dit: ** Les ** annales de tous les peuples n'ont qu'un cri pour ** nous montrer comment le terrible fléau de la guerre sévit toujours avec une violence proportionnelle aux vices des nations, de manière que, lorsqu'il y a débordement de crimes, il y a toujours débordement de sang,.. Il n'y a qu'un moyen de comprimer le fléau de la guerre, c'est de com-

** primer les désordres qui amènent cette terrible ** purification. " Au lieu du refrain d'Ofîenbach, il redira avec l'Ecclésiastique : ** J'ai regardé le rire ** comme une erreur et j'ai dit à la joie : Pourquoi '* m'as-tu trompé ? "

Il jettera un coup d'œil en arrière, et il comptera les châtiments que la Providence lui a déjà infliges, et quand l'humiliation de ses défaites aura abattu son orgueil, et quand les larmes de la désolation auront noyé son rire, il se relèvera purifié, plus fort et plus grand que jamais !

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