‹ Causeries du dimancheChapitre 14 sur 39 · AUX GRANDS MAUX LES GRANDS REMEDES · texte numérisé non relu

AUX GRANDS MAUX LES GRANDS REMEDES

M. Henri Lasserre, dans un magnifique ouvrage, qui a pour titre Notre-Dame de Lourdes^ a écrit cette parole remarquable : Otez Dieu de certains événements, et vous vous trouvez en face de Tincxplicahle !

Cette vérité trouve une application frappante dans la série de faits extraordinaires qui se déroulent sous nos yeux de Tautre côté de Tocéan. Les événements qui s'y accomplissent ont un caractère anormal et étonnant ; sans être précisément imprévu, tout y est étrange ; et celui qui aurait écrit, il y a trois mois, tout ce qui est maintenant fait accompli, aurait été infailliblement jugé digne de Bicêtre.

Essayer de trouver dans le seul domaine des choses naturelles les causes du bouleversement actuel de TEurope, c'est se heurter à l'impossible. Se placer au seul point de vue humain pour juger ce terrible ébranlement des trônes et des nations, c'est se jeter tête baissée dans l'absurde !

Dans ce drame émouvant, dont nous suivons les péripéties avec tant d'intérêt, il y a le visible et l'invisible, l'humain et le divin, l'un que l'on voit et l'autre que l'on devine, l'un qui exécute et l'autre qui ordonne, l'un qui s'agite et l'autre qui le mène !

Elevons donc nos regards au-dessus de ce théâtre où le monde se remue bruyamment, et tâchons de soulever un coin du voile qui nous dérobe encore les projets de Dieu.

La lutte engagée entre les deux plus grandes puissances de l'Europe est certainement bien effroyable. Mais il y a une guerre plus terrible qui se poursuit depuis le commencement de ce siècle entre l'Eglise et la Révolution que Joseph de Maistre a si bien appelée satanique.

Or, il n'y a pas à le dissimuler, â l'époque de la convocation du Concile, la victoire de la Révolution était imminente. Le libéralisme, son agent le plus subtil et le plus insinuant, avait fait des ravages étonnants dans tous les pays catholiciues. Il avait corrompu l'Espagne et l'Italie ; il avait envahi l'Autriche et la partie catholique de l'A Ile magne, et c'est lui qui régnait en France. Napoléon III (jui, comme son oncle, était venu à son heure, c'est-à-dire à l'heure marquée par Dieu, avec la mission évidente d'écraser

PU DIMANCUE. 29

la Révolution, Napoléon III avait oublié son rôle providentiel, et était devenu un instrument inutile que Dieu n'avait plus qu'à briser.

Le monde était donc déplorablement égaré, et il courait en folâtrant dans un sentier glissant qui le conduisait à l'abîme. Le chemin de la vérité devenait désert, et les multitudes, ennemies de la lumière, s'enfonçaient rapidement dans les ténèbres de l'erreur. Le monde allait donc être perdu, si Dieu n'intervenait pour le sauver.

Le Christ intervint.

Son représentant sur la terre convoqua le saint Concile du Vatican. De tous les confins de l'univers les célestes médecins a<îcoururent, et se mirent à préparer les remèdes qui devaient guérir les maladies de l'humanité.

Le dogme de l'Infaillibité fut le premier proposé. C'était un phare immense allumé pour dissiper les ténèbres. C'était un remède souverain destiné à guérir ces maladies mortelles dont le monde est atteint, et qui s'appellent : le mépris de toute autorité, la souveraineté de la raison humaine et le scepticisme universel. C'était une loi de vérité et d'amour que le ciel dictait h la terre et qui devait la sauver.

Hélas I quelles luttes terribles et scandaleuses s'engagèrent alors et vinrent démontrer combien le monde était per\*erti, puisque l'erreur avait pénétré jusqu'au sein de l'épiscopàt ! Là France et l'Alletnagne furent les deux foyers dé désordre d'où ces querelles Surgirent, et c^cîst {Pourquoi la colère! de Dieu B\illuinîi soudaine- «iëjrtt m\ilr^ iic^ ^km p^)[^ qtii ^Vdkhi im Uiilé cbtHre

Le dogme fut proclamé, et la guerre commença.

Le Concile du Vatican et la guerre : voilà donc les deux agents dont Dieu va se servir pour sauver le monde. Le Concile va guérir son aveuglement, et la guerre abattra son orgueil et détruira ses idoles. Le Concile est Toeuvre de la miséricorde, et la guerre est celle de la justice. Le Concile est l'astre bienfaiteur qui doit dissiper la nuit de ce monde, et la guerre est le remède violent qui doit secouer sa torpeur !

Admirable économie des desseins de Dieu ! Avant que le Concile proclame et définisse les principes éternels qui doivent régler les rapports de l'Eglise avec les Etats, Dieu précipite les peuples dans une guerre gigantesque, pour les instruire et pour les préparer à accepter ses préceptes !

On lit dans l'Exode que Moïse étant monté sur le Sinaï, y reçut des mains divines deux tables de pierre où Dieu lui-même avait écrit sa loi; mais quand il descendit de la montagne il trouva son peuple prosterné aux pieds d'un veau d'or ; et, entrant dans une grande colère, il brisa les tables de la loi, pulvérisa le veau d'or et fit tuer vingt-trois mille Israélites pour punir leur idolâtrie !

Le Concile du Vatican avait reçu de Dieu, comme Moïse, la mission de transmettre aux peuples catholiques les tables de sa loi. Mais quand il a voulu proclamer les divins commandements, il a trouvé les nations prosternées devant la Révolution et lui présentant leurs hommages. Alors la colère de Dieu a éclaté : le siiint Concile a été interrompu, l'idole de , la Ilcvolutiou à fait place à la Patrie eu danger, et

depuis trois mois Dieu promène sur l'Europe son glaive d'extermination. Le Dieu des peuples catholiques est le même que le Dieu des Hébreux, et c'est au milieu des éctairs et des tonnerres qu'il veut maintennat leur dicter ses lois.

Il faut que l'Eglise triomphe encore une fois de la Révolution, et qu'elle affirme aux yeux du monde, d'une manière plus évidente et plus manifeste que jamais, sa force, sa puissance et sa vitalité. Le Concile est pour les peuples catholiques un gage d'espérance, et les malheurs de la guerre leur obtiendront le pardon.

Dieu ne fait pas les choses à demi, et en châtiant le passé, il a voulu sauver l'avenir !

Mais il ne sauvera pas le monde malgré lui. Il faut que l'Europe revienne à Dieu, et sollicite de lui son salut. Elle aura beau faire, vivre sans Dieu est impossible ; et elle est irrévocablement condamnée à la mort si elle continue d'exclure Dieu de ses conseils, de son enseignement et de ses lois. Il faut que la loi de Dieu devienne la base des codes européens.

Sinon, la Révolution reprendra sa marche triomphante et nous verrons grandir fatalement le règne de la force brutale. L'Europe sera livrée au dieu qu'elle s'est choisi, la matière, et la matière l'écrasera. Après l'heure de la Prusse, sonnera l'heure de la Russie, et le monde sera perdu !

LA FRANCE ET LEiiLlSE.

Au milieu des catastrophes dont l'Europe est le théâtre, il est inipossil)lc de ne pas jeter un regard de stupeur sur ces deux grands vaincus que l'univers contemple: Napoléon III et Pie IX. L'on est saisi d'effroi quand on songe que ces illustres chefs de deux grandes nations catholiques sont maintenant prisonniers, et que la Révolution triomphe partout. La France écrasée, housculée du pied par le soldat prussien, Home prise et gouvernée par les satellites de Victor-Emmanuel : quel spectacle afïligdàrtt pour nous, frîlntjàie et calholiqtiç^, ! QHdl ntiixer^omt^Jit f\f

Et pourtant, si terribles que soient nos alarmes, si sombre que Tavenir apparaisse, notre espoir est inébranlable. Nous, catholiques, nous savons que Dieu sait tirer le bien du mal. Nous savons que Tabîme où il permet aux peuples de descendre n'est jamais si profond qu'il ne puisse les en tirer quand il le veut. Tout devient instrument dans ses mains, et lorsque la leçon terrible aura porté tous ses fruits, et que répreuve aura suffisamment confirmé les justes dans la foi, un acte de sa divine volonté rétablira le calme et la sécurité. De rien, Dieu fera tout surgir, et le miracle du fiât lux se renouvellera pour la millième fois.

Mais tant que le châtiment se poursuivra implacable et visible, tant que l'épreuve humiliera nos fronts, ne cessons pas de tirer de ce grand drame tous les enseignements qu'il contient.

Il y a dans le monde deux nations qui devraient toujours marcher sous le même drapeau : la nation française et le peuple romain. Il y a deux souverains qui devraient être inséparables: celui de la France et celui de Rome. Unis ensemble, ces deux souverains sont tout-puissants ; mais l'isolement les affaiblit et les livre sans défense aux assauts de la Révolution. La France est la force de l'Eglise et l'Eglise est la force de la France. Les ennemis de l'une sont les ennemis de l'autre, et quand la France se sépare de l'Eglise, tous ses ennemis sont dans la jubilation et dans la joie, parce qu'elle cesse dès lors d'être invincible.

L'illustre évoque de Poitiers a dit que la France a été créée pour l'Eglise. Rien n'est plus vrai, et la capitale de la France catholique, ce n'est pas Paris, c'est Home ! C'est ce qui faisait dire à un ambassadeur français en Italie: Rome ne peut pas être la capitale d'un royaume ; elle n'a rien pour cela, tandis qu'elle a tout pour rester la capitale de la catholicité.

Le souverain de la France, empereur ou roi, c'est le bras puissant de ce corps mystique du Christ que nous appelons l'Eglise. Coupez le nerf qui l'unit au corps, et ce bras ne sera plus qu'un tronçon inerte, parce qu'il puise dans le corps seul sa force et sa vigueur.

Pie IX comprenait bien la nécessité de cette union, lorsqu'il disait aux soldats français rappelés dans leur patrie : ** Si vous voyez l'Empereur, ** dites-lui que je prie chaque jour pour lui. On ** dit que sa santé n'est pas trop bonne : je prie ** pour sa santé. On dit que son âme n'est pas ** tranquille, je prie pour son âme. La nation ** française est chrétienne: son chef doit être chrétien *^ aussi.

C'est aussi Pie IX qui répondait au représentant de la France prenant congé de lui : *^ Dites à '^ l'Empereur que je demande au Seigneur de mourir ** avant d'être témoin des fléaux qui s'approchent, et ** il comprendra ! "

Hélas ! Pie IX avait trop bonne opinion de Tintelligence de l'Empereur : Napoléon III ne comprit pas ! •

ttî DIMANCHE. 35

Il n*y a eu qu'un Alexandre, qu'un Jules César, qu'un Charleraagne ; mais il y a eu deux Napoléon : ce qui semblerait étendre à toute leur dynastie la mission providentielle de ces deux hommes. Et, chose étrange, tous deux ont commis la môme faute, ont été victimes du même égarement I

On dirait qu'ils étaient jaloux de ce pouvoir surnaturel qui les dominait. Ils allongeaient la tête au-dessus des autres souverains, et pendant quelques années ils semblaient être les arbitres des destinées de l'Europe. Mais ils voyaient toujours au-dessus d'eux cette tête couronnée que l'univers catholique saluait du nom de Papel En abaissant cette tête ils croyaient qu'ils seraient les plus grands. Erreur fondamentale : c'est alors que leur déchéance commençait. C'est en élevant et en fortifiant la Papauté qu'ils auraient grandi avec elle ! Ainsi avaient fait Constantin et Charlemagne, qu'ils auraient dû prendre pour modèles et qu'ils ont méconnus.

Les Napoléon ont préféré le païen Jules César au chrétien Charlemagne, et ils ont laissé la France affaiblie et humiliée. L'Eglise, qu'ils avaient mission de protéger, ils l'ont combattue, ■. trahie ou abandonnée, et la catholicité leur en tiendra compte. Charlemagne restera le plus grand des empereurs, et son plus beau titre de gloire sera dans cette inscription qu'on lit au Vatican : * * Carolus magnus, Homams Fcclesiœ ensi^clypeusque, " Epée et bouclier de l'Eglise Romaine.

Un Empeureur comme Charlemagne et un pape comme Pie IX auraient pu remuer l'Europe et

rasseoir sur des bases plus solides. En méconnaissant ce rôle, Napoléon III a marché vers sa ruine, et sa ruine a entraîné la chute de Rome.

Mais entre les deux célèbres vaincus, il y a une immense distance.

Le Pape, prisonnier ou exilé, ne cesse pas d'être Roi de Rome, parce que ce titre et ce trône lui viennent de Dieu et qu'il n'est pas au pouvoir de Victor-Emmanuel de les lui enlever. Mais TEm- |Xïreur déchu n'est plus rien. Il avait voulu tenir son sceptre du suffraj^e universel, et le suffrage universel le lui a violemment arraché des mains.

L'empereur tombé ne peut espérer se relever.

Mais le Pape est sûr qu'il sortira de sa prison ou reviendra de son exil. Sa dynastie est immortelle, et il n'y a pas de révolutions ni de guerres qui puissent rendre légitime sur le trône de Rome une autre dynastie que la sienne. Comme Noé elle est établie dans une arche et ne peut pas être submergée. Quand vient le déluge, l'arche monte et la dynastie est sauvée !

Page 1