‹ Causeries du dimancheChapitre 20 sur 39 · DE L'ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

DE L'ÉMIGRATION

Le sujet de ma dernière causerie m'amène tout naturellement à dire un mot de Témigration de nos com> patriotes aux Etats-Unis. Cette question a été longuement débattue dans les journaux et dans les chambres, et tous ceux qu'intéresse la chose publique ont déploré cet abandon de la patrie et ont cherché les moyens d'y remédier. Ils avaient sans doute raison, et je déplore comme tout le monde ce triste état de choses, qui nuit tant à J'Mcrflissement dp, Canada français. ..

Néanmoins, tout pessimiste qu'on pourrait me croire, j'aime à trouver dans les choses qui affligent un bon côté qui console, et je crois entrevoir dans l'émigration UELj;ésultat consolant, lequel pour être lointain n'en est pas rn oins vraisemblable. Sans vou-

loir poser en prophète, je veux communiquer à lecteurs ce quej appelle mes^ espérances, et ce q appelleront peut-être mes^illusipns à ce sujet. Pei \ ne, que je sache, n*a encore abordé cette face noi ^ le (le la question. **""^

J'ai toujours eu et j'ai encore une foi ave dans la nationalité canadienne-française. Je cr< sa vitalité et à sa force, parce que je crois à la vit des éléments qui la composent. Quoiqu'en nombre, nous sommes un peuple, et non-seulei j'ai la ferme conviction que ce peuple vivra, je^^le crois appelé à jouer un grand rôle dai civilisation américaine. Tout dams rhi^tAiro^^e'i origine, jusqu'aux circonstances les plus minutiei jusqu'aux événements les plus fortuits en apparc jusqu'aux obstacles qu'il nous a fallu renve démontre que nous avons une mission à remplir ce continent que la Foi catholique a J^ouvert. de la France et de l'Eglise, il me semble que sommes destinés à prendre en Amériqueja place la France a occupée en Europe. Ceux qui t bitionneiif iqtie le progrès matériel, les adorateur veau d'or, se moqueront de cette prétention. Q on croit à la toute-puissance de la richesse e nombre, il est bien naturel qu'on ne songe pa triomphe possible des idées et de leur influence alors, comment croire que cette petite nation. compte un million d'hommes, puisse jamais acq une influence prépondérante dans cette imn agglomération de peuples qui couvrent ^T Âerné] Septentrionale? Mais, pour ma part, je ne

croire qu'une nation puisse jamais parvenir à la véritable grandeur par les voies du matérialisme, et voilà pourquoi j'entretiens l'espérance que notre rac e si spir itualiste et si religieuse acquerra dans l'avenir la préponderaoce. qui lui appartient sur ce continent. Voilà pourquoi, aussi, l'émigration me parait être^un moyen dont la Providence se sert pour rflprrQÎRRpmpnf fi^fiir^p notre influence, et l'accompliss ement de nos destinées.

Le rôle du missionnaire est d'éyangéliser et de civiliser ; et c'estla^ffîission en Amérique du CanadieS-français, dont les pères ont qùiflé la France dans ce do upfe but. Nous sommes donc un peuple missionnaire, et je crois que l'émigration, toute déplorable qu'elle puisse^tre ^aS? ses conséquences immédiates^ servira les dessiens de la Providence, qui semble nous avoir évidemment préposés à cette double fin han aélisatn ce et civilisatrice.

Je sais que nos maTbeûreux compatriotes sont exposés à perdre la foi et la perdent le plus souvent «ar la terre éïrangère. Mais sous la cendre de l'oubli il reste to^uiours au fond de leurs cœurs un Peu lat ent dont le moindre sou (île peut réveiller 'ardeur. Aussi, quand les prêtres canadiens sont ipparus au milieu d'eux, avec quel enthousiasme 5t avçc quel bonheur ils les ont accueillis ! La plainte le Te^rflé, le cantique de la douleur, Super fïumina ^aôjjfonis. a été interrompu, et des chants d'allégresse se sont fi^it entendre. Tous se sont groupés iutourjljl prêtre, comme des enfants aijtour de

leur pèrç

avides d'entendre de cette bouche yénéréo /

ces paroles d'amour et d'espérance dont leur enfance a été bercée. Au premier rayon de cette lumière divine qu'ils ont cessé de contempler, les ténèbres ont été dissipées, et leurs âmes ont recommencé cette vie

surnaturelle qui les unit à Dieu.

Voici donc ce que mon rêve me laisse entrevoir dans un avenir plus ou moins éloigné. Je vois des Canadiens-français se groupant et s'agglomérant sur tous les points des Etats-Unis, y construisant des villaces et y fondant des villes. Je vois nos autorités ecclésiastiques députant des prêtres, des pères à ces pauvres enfants prodigues, et les ramenant dans les bras de leur père qui est dans les cieux. Et comme la vérité a quelque chose du rayonnement du soleil, je vois la lumière évangélique jaillissant de ces différents foyers et illuminant l'horizon.

Déjà l'œuvre est commencée et elle se continuera. Nos missionnaires répandent ça et là la divine semence, et les églises catholiques élevant leurs têtes majestueuses se regardent par-dessus les jnontagnes.

Déjà les servantes de Dieu en Canada ont jeté dans ces contrées lointaines les fondations de couvents magnifiques d'où sortira une autre pépinière d'apôtres ; et la Foi catholique, servie par ce double ministère de la religieuse et du prêtre, étendra invinciblement ses conquêtes.

La croix que nos pères ont plantée sur les bords du Mississipi a été arrachée ; mais cet arbre céleste y a laissé des racines qui sortiront de terre et fleuriront de nouveau. Quoique couvert d'ivraie, le sol améri- Cç^io est propre h cette divine floraison. Le grai|4

obstacle au triomphe de la vérité, c'est le fanatisme. Or, la liberté excessive dont nos voisins jouissent a du moins eu cet avantage, qu'elle y a éteint le fanatisme religieux. Le protestantisme, à force d'être TôTérant et libéral, y a fait place à rindifférence la plus compTete ^ et M. Tabbé 7]!olin me disait, il y a quelques mois, qu'il avait rencontré aux Etats-Unis une foule de gens qui lui avaient fait cette déclaration sincère : Nous sommes protestants de nom, mais en realité nous n'avons aucune jreligîôn. Aussi, ajoutait l'illustre arateur^ chacune de nos prédications réunissait toujours un auditoire nombreux composé en grande partie de protestants, et le vide se faisait autour des chaires'^rmssmntes.

Cet état de choses conduirait donc une partie du peuple américain au catholicisme, si la prédication - Wangelique yreynîssSn uiipTus grand nombre de i)issiQnn.aiires. Avec la force d'expansion dont elle îstTouée, la foi y germerai^ infailliblement ; et qui le coîSagrend^ue^ijoJtrej grandirait^

i l'on voyait une partie du sol américain se couvrir ['autels catholiques ? A cette puissance que le mouvenent relj^eux aux Etats-Unis nous apporterait, qu'on veuille bien joindre maintenant la force, morale que lous puiserons nécessairement dans le mouvement inelle çtuel et litt éraire qui se manifeste ici d'une madère si remarquable, et l'on avouera que mes espéances ne sont peut-être pas chimériques.

L'intellj£ence et la foi sont les deux grandes puisanccs de ce monde, eteïles sont très-certainement les [enn attributs C8^ractéristi(jues de notre peuple, G'egt

par elles que nous acquerrons la prépondérance qui nous appartient dans les affaires politiques et religieuses de TAmérique. Cultiver, féconder cette intelligence de notre peuple, et propager la foi catholique non-seulement dans les déserts du Nord-Ouest, mais encore sur les rives du Mississipi, voilà notre mission et le secret de notre future grandeur. Or, il me semble que rémigration favorisera la diffusion de notre Foi, comme la dispersion du peuple juif dans l'univers a favorisé la propagation de TEvangile. ' '

Est-ce à dire que nous ne devons pas combattre cette tendance de nos compatriotes à chercher fortune en pays étranger ? — Non, telle n'est pas ma pensée ; la sagesse et la prudence humaines exigent que nous nous efforcions d'arrêter ce courant. Mais si nos efforts sont vains, et si le torrent déborde, je dkqu,'i]*Jâaljf voir un dessein providentiel ; et au lieu de s'affliger outre mesure et de croire à la ruine inévitable de notre nationalité, il faut regarder plus haut et plus loin, et se convaincre que Dieu, qui prend soin de la fpr^ft du brin d*hcrbc, des grands empires et des petits peuples, saura faire servir à notre grandeur et à notrcjgloire ce (lui, suivant les calculs humains, devrait causer notre perte et notre honte I

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